Добавил:
ivanov666
Опубликованный материал нарушает ваши авторские права? Сообщите нам.
Вуз:
Предмет:
Файл:Французский язык говорим, пишем, мыслим = Le Français parler, écrire, réfléchir. Учебное пособие
.pdf
UNITÉ 4. ÉDUCATION &ENSEIGNEMENT
32) Qui s’étend sur cinq ans; Durée d’un mandat de cinq ans;
33) Manier quelque chose avec une grande habileté, une grande
aisance;
34) Partager quelque chose, un ensemble en deux groupes distincts
2. Précisez les champs sémantiques des mots soulignés du texte lu:
1) …Ils ont moins de 30 ans et ont été affectés dans ces collèges;
2) …Frais émoulus des Espé…;
3) … l’important turnover des enseignants…;
4) …L’académie de Créteil, réputée diffi cile, attire peu…,
5) …j’imaginais beaucoup de violences, beaucoup…;
6) … nous avons beaucoup d’élèves en surpoids…,
7) …la casse dans l’Éducation nationale…;
8) … Je m’attendais à une certaine bienveillance…;
9) … Des permanences géantes de 100 élèves…;
10) … en son temps émis ce vœu pieux…;
11) … après une première carrière dans le graphisme et la communication
3. Exprimez et commentez les idées suivantes. Donnez des synonymes et des analogues russes pour chaque mot ou expression
soulignés:
1) Certains, tels des missionnaires, ont choisi l’éducation prioritaire pour que le job «prenne tout son sens» ;
2) Tous ont bien en tête cette durée minimum en éducation prioritaire qui, depuis 2015, permet de «gagner des points» ;
3) Il y a un vrai problème d’éveil à l’autre, à la culture de l’autre;
4) La «diversité» et l’«égalité des chances» sont une grande illusion, un vaste mensonge politique;
5) Ce sont les élèves qui nous incitent à rester;
6) Mettre les moins expérimentés dans les endroits les plus complexes, avec les publics les plus fragiles, pose clairement un
problème;
7) C’est dans les académies les plus diffi ciles que la moyenne d’âge
des enseignants est la plus basse;
171

Г. В. БЕЛИКОВА, О. А . КУЛАГИНА. ФРАНЦУЗСКИЙ ЯЗЫК: ГОВОРИМ, ПИШЕМ, МЫСЛИМ
G. V. BELIKOVA, O. A. KULAGINA. LE FRANÇAIS: PARLER, ÉCRIRE, RÉFLÉCHIR
8) Mathématiquement, par l’actuel jeu de points qui régit la carrière
des enseignants, les débutants sont affectés où les expérimentés
ne veulent pas aller : dans les collèges des banlieues diffi ciles;
9) Le choc des élèves est d’autant plus diffi cile à encaisser que ceux
qui choisissent d’embrasser le plus beau métier du monde sont
généralement d’anciens bons élèves, issus de milieux plutôt
protégés;
10) Nous nous attachons à les (les Espé) former à des pédagogies
explicites, et non pas allusives comme ce fut le cas par le passé;
11) Depuis une trentaine d’années, on semble vouloir faire du professeur un animateur de centre de loisirs;
12) La gestion de classe s’apprend sur le tas.
II. Focaliser le texte : l’approche structurale, lexico-grammati-
cale, stylistique.
1. Déterminez la structure interne et les moyens de transitions
logiques entre les parties du texte: connecteurs de temps, de
cause, de conséquence, d’opposition;
2. Repérez des mots-clés et des moyens stylistiques les plus signifi ants (ceux qui rehaussent l’idée centrale de chaque par-
tie du texte lu). Sachez les interpréter en décelant leur sens
contextuel.
3. Formulez en une phrase l’idée directrice de chaque paragraphe
(divisez le texte donné en paragraphes s’il le faut).
4. Reformulez à votre façon le contenu essentiel de chaque paragraphe.
III. Rédiger le compte-rendu de l’article (consultez le préambule)
1. Exposez la problématique du texte lu.
2. Reliez les idées reformulées et informations rassemblées tout
en assurant la logique de votre rédaction;
3. Faites une courte conclusion sans commentaires personnels.
IV. Faire un aperçu de l’article (consultez le préambule)
1. commentez des idées explicites et sous-jacentes du journaliste
sur le thème de l’article;
172

UNITÉ 4. ÉDUCATION &ENSEIGNEMENT
2. repérez le ton (didactique, doctrinaire, lyrique, ironique, railleur,
sérieux, sarcastique, réfl échi, moqueur, touchant, pontifi ant, dra-
matique, sophistiqué, solennel, émouvant, instructif etc.) sur lequel l’auteur présente le sujet traité et des connotations dues à sa
manière d’écriture (choix du vocabulaire, procédés rhétoriques);
3. exprimez votre avis personnel sur le problème de l’article
V. Réfl échir et parler
1. Faites des recherches et précisez le sens des toponymes et des
sigles suivants : Espé, La Courneuve, Bobigny, Drancy, UDI,
REP+, la Rue de Grenelle, L’académie de Créteil, SVT, Côtesd’Armor, «dys», EPS, Villeurbanne (Rhône), EPI, REP, la SeineSaint-Denis, SNPDEN, Unsa, Créteil, Versailles, Amiens, IUFM,
Snalc. À quoi, selon vous, servent les sigles?
2. Compte tenu de la problématique de l’article sauriez-vous faire
un rapprochement avec des enjeux éducatifs en Russie? Quels
en sont, selon vous, des buts et des attentes prioritaires? mettez en parallèles certains avantages et inconvénients de deux
systèmes éducatifs (utilisez des connecteurs de cause, conséquence, d’opposition).
3. Lisez les données statistiques dans le document ci-dessous et,
suivant les sous-thèmes abordés, établissez le questionnaire et
faites l’enquête parmi vos connaissances sur le sujet: «Qu’est-
ce que les Russes pensent de l’éducation des enfants et de
l’école d’aujourd’hui?». Ensuite confrontez les résultats reçus
avec ceux du document présenté.
LES FRANÇAIS ET L’ÉDUCATION DES ENFANTS
D’après Eric Bonnet, Directeur des études politiques BVA Opinion,
28.02. 2015
Les 4 principaux enseignements de ce sondage :
1) Les Français très sévères sur l’éducation des enfants d’aujourd’hui
74% des Français jugent les enfants d’aujourd’hui en général moins
bien élevés qu’à l’époque où ils étaient eux-mêmes enfants.
173

Г. В. БЕЛИКОВА, О. А . КУЛАГИНА. ФРАНЦУЗСКИЙ ЯЗЫК: ГОВОРИМ, ПИШЕМ, МЫСЛИМ
G. V. BELIKOVA, O. A. KULAGINA. LE FRANÇAIS: PARLER, ÉCRIRE, RÉFLÉCHIR
85% des Français jugent la plupart des parents «pas assez sévères»
avec leurs enfants.
En moyenne, les Français considèrent que les enfants devraient aller se coucher à 20h20 lorsqu’ils ont 6-7 ans; à 20h50 lorsqu’ils ont
10-11 ans et à 21h40 lorsqu’ils ont 14-15 ans.
Ils pensent aussi qu’ils devraient être autorisés à regarder la télé à
6 ans, à aller sur Internet à 12 ans, à avoir un téléphone portable à 13
ans, à avoir un compte Facebook à 15 ans et à partir en vacances avec
des ami(e)s à 16 ans.
2) L’école continue de très fortement diviser les Français
51% des Français pensent que l’enseignement à l’école est de mauvaise qualité, 48% pensent qu’il est de bonne qualité.
S’ils avaient un enfant et s’ils avaient le choix, 55% des Français
préféreraient l’inscrire dans une école publique, contre 44% qui préféreraient l’inscrire dans une école privée. Mais si les sympathisants de
la gauche seraient une écrasante majorité à préférer une école publique
(82%), les sympathisants de la droite, au contraire, seraient une très
large majorité à préférer une école privée (64%).
3) Les Français très sévères sur la réforme des rythmes scolaires et
très hostiles à l’abandon des notes 6 mois après sa généralisation
dans tout le pays, 68% des Français considèrent que la réforme des
rythmes scolaires dans les écoles a été «une mauvaise chose».
73% des Français seraient opposés à ce que l’évaluation des élèves
ne se fasse plus par des notes.
4) L’Histoire-géographie, matière préférée des Français
À l’école, lorsqu’ils étaient enfants, les Français préféraient l’Histoire-géographie (27%), devant les mathématiques (25%) et le Français
(21%). Ils étaient en revanche nettement moins nombreux à préférer les sciences naturelles (12%), les langues étrangères (8%) ou les
sciences physiques (7%).
LES FRANÇAIS ET L’ÉCOLE
1) Les Français portent un regard très critique sur le fonctionnement actuel de l’école en France
Seule l’école maternelle échappe au jugement sévère des Français :
76% estiment qu’elle fonctionne bien.
174

UNITÉ 4. ÉDUCATION &ENSEIGNEMENT
Les Français sont très partagés sur l’école élémentaire : 47% estiment qu’elle fonctionne bien, contre 50% qui déclarent qu’elle fonctionne mal.
Le second degré concentre les critiques puisque les jugements sont
majoritairement négatifs, que ce soit sur le collège (71% des Français
jugent qu’il fonctionne mal) qui demeure le maillon faible ou, dans une
moindre mesure, sur le lycée (59% de jugements négatifs).
2) La transmission des savoirs, au cœur des missions assignées à
l’école
La priorité principale de l’école reste pour les Français très large-
ment de «transmettre des connaissances» (79% de citations).
Vient ensuite le fait de «transmettre le goût de l’effort», cité par
plus d’un tiers des interviewés (36%), de «former de futurs citoyens»
(31%) ou encore de «contribuer à l’épanouissement des enfants» (25%).
L’idée que l’école puisse «réduire les différences sociales» ne séduit
que 12% des interviewés.
3) Une priorité largement donnée à l’apprentissage du français et
des mathématiques
Le français et les mathématiques arrivent largement en tête des
matières qui devraient selon les Français être enseignées en priorité à
l’école en France aujourd’hui (avec 95% et 70% de citations).
Loin derrière, les langues étrangères (46%) et l’histoire-géographie
(41%) complètent le podium.
Enfi n, l’informatique (14%), les sciences physiques (6%), les sciences
naturelles (5%) et le latin et le grec (3%) ne recueillent que des taux de
citations très faibles.
VI. Rédiger une dissertation (consultez le préambule)
Révisez toutes les informations apprises des documents étudiés,
remémorez-vous certains exemples (littéraires, politiques, philosophiques) et écrivez une dissertationsur le sujet «Le système éducatif,
répond-il aux besoins du XXI siècle?»
175

Г. В. БЕЛИКОВА, О. А . КУЛАГИНА. ФРАНЦУЗСКИЙ ЯЗЫК: ГОВОРИМ, ПИШЕМ, МЫСЛИМ
G. V. BELIKOVA, O. A. KULAGINA. LE FRANÇAIS: PARLER, ÉCRIRE, RÉFLÉCHIR
Texte 3: «Le beau parler des Aristos»
I. Travailler l’article de presse: approche globale
Lecture globale du texte vise à:
a) préciser son genre;
b) son thème;
c) trouver les idées forces autour desquelles s’organise le sujet;
d) hiérarchiser les informations pertinentes sur le sujet traité.
Le beau parler des Aristos
Extrait d’Aristocrates et grands bourgeois, d’après Eric Mension-Rigau; Lire,
№ 223,1994
* entre parenthèses – les dates de naissance des enquêtés.
L’éthique mondaine suppose une conception de la relation à autrui
fondée sur un équilibre entre la familiarité et la pudeur. Désigné par
l’expression anglaise small talk, il allie l’art consommé de la litote et de
l’euphémisme, la recherche de la douceur et le culte de la légèreté. Le
recours à la litote est la règle dans l’expression des sentiments, restant
ainsi fi dèle aux principes de l’éducation aristocratique qui bannit toute
démonstration déplacée de la sensibilité et a fortiori de la sensiblerie. […]
La propension à l’euphémisation dans l’expression des sentiments
explique l’usage rare, en famille, des hypocoristiques affectueux courants dans les autres milieux sociaux, même si, en revanche, les surnoms sont fréquents. Chez les enquêtés, personne ne parle de ses
parents en disant maman ou papa, utilisés seulement comme appels,
ou des parents des autres en disant ta(votre) maman(papa), ce qui est
fréquent dans d’autres milieux où l’on considère que cela «fait gentil» : ils disent Ta mère, Votre mère et, à quelqu’un qu’ils connaissent
peu, Madame votre mère. Une enquêtée signale, par exemple, comme
un indice de non-appartenance à son milieu une annonce parue dans
le Carnet du jour du Figaro et ainsi rédigée: X annoncent le décès de
leur chère épouse et de leur chère maman. On note aussi que le mot
chéri est réservé à l’appel entre époux et assez rarement utilisé par une
mère s’adressant à son enfant. Enfi n les «intonations bêtifi antes» et
«l’enthousiasme un peu niais», pratiqués pour s’adresser aux petits
176

UNITÉ 4. ÉDUCATION &ENSEIGNEMENT
enfants – dont M.Yagello montre qu’ils sont fréquents dans les autres
milieux, en particulier chez les femmes – sont proscrits. Tous ces refus
indiquent la volonté de rendre le langage sobre, voire sec. […]
De la même façon qu’ils s’efforcent de manger avec le maximum de
délicatesse, les enquêtés choisissent pour désigner les repas des mots
conformes à leur idéal de beauté. Ils prohibent le verbe manger – et plus
encore avaler car «c’est chez Mac Donald’s qu’on avale» – et emploient
à la place déjeuner, dîner, pique-niquer, goûter et parfois certains mots
anglais: «On m’a appris qu’on ne mangeait pas. On déjeunait, on goûtait ou on dînait» (homme, 1934). Le souper pour le dîner, le midi ou le
manger pour le déjeuner (en particulier l’expression ce qu’on va manger ce midi) sont des expressions considérées comme très populaires
(femme, 1941). En préférant déjeuner et dîner à manger, les enquêtés
signalent leur habitude, assez constante, d’éviter les termes vagues et
surtout leur volonté de choisir des mots qui effacent la fonction nutritive de repas et renvoient à une expérience sociale. […]
L’édulcoration se traduit par le souci d’éviter les épithètes cinglantes, les propos brutaux, les intonations violentes, et par le respect
des liaisons qui confèrent à la langue plus de douceur et une plus grande
fl uidité. Crier ou rire bruyamment sont considérés comme des attitudes
très vulgaires: «Ne jamais hausser le ton quoi qu’il arrive» (homme,
1934); «Le rire bien gras et bien sonore qui perturbe la conversation de
tout le monde est à bannir» (femme, 1941); «Être commun, c’est être
bruyant» (femme, 1925).
Comme les attitudes ou les gestes, le langage traduit une volonté
d’éroder les aspérités, de raffi ner, de ritualiser. L’essentiel est «d’avoir le
la » (homme, 1934), expression remarquable par sa connotation musicale. Certains sujets, moins tabous certes aujourd’hui, mais sur lesquels
le silence a longtemps été de règle, sont laissés de côté: l’argent, la politique, le sexe. Les récits d’histoires tristes ou trop personnelles susceptibles d’ «ennuyer» (femme, 1941) sont également proscrits. La capacité
d’éviter les sujets délicats et de parler pour ne rien dire a pour résultat
que les conversations de salon sont parfois bercées de monotonie. Elles
se bornent à quelques sujets: l’histoire, l’art, la littérature, les voyages, et
les amis communs, ce dernier sujet étant vaste car les amis communs sont
souvent nombreux dans ce milieu où la sociabilité se pratique en vase clos.
177

Г. В. БЕЛИКОВА, О. А . КУЛАГИНА. ФРАНЦУЗСКИЙ ЯЗЫК: ГОВОРИМ, ПИШЕМ, МЫСЛИМ
G. V. BELIKOVA, O. A. KULAGINA. LE FRANÇAIS: PARLER, ÉCRIRE, RÉFLÉCHIR
La légèreté est la dernière composante principale de la conversation
aristocratique, dont le rythme idéal est celui du tourbillonnement léger
et gracieux, dégagé et badin. «Avoir de la conversation signifi e savoir la
faire rebondir avec tact et adresse, et fonction des convives, en donnant
à chacun l’occasion de briller selon les sujets abordés» (femme, 1941).
Tout langage refl étant autant les valeurs que la condition de celui
qui parle, cette vivacité et cette désinvolture sans lourdeur peuvent
être mises en relation avec deux traits caractéristiques de la culture
des enquêtés. Le premier est l’habitude de côtoyer beaucoup de monde.
L’aisance dans les pratiques sociales est suggérée par l’emploi, pour
s’autodécrire, de certaines épithètes comme policés, des expressions
avoir du frottement ou savoir manœuvrer (femme, 1946). Elle apparaît
aussi dans le souci d’éviter plus que tout, dans le langage comme dans
les gestes, les comportements timides ou guindés, qualifi és de provin-
ciaux ou de versaillais. Le second trait caractéristique de la culture des
enquêtés réside dans la manière dont ils l’ont acquise. Elle ne repose
pas seulement sur des connaissances livresques et scolaires, et cela
d’autant moins qu’un grand nombre d’entre eux n’ont pas fait d’études
poussées et, en particulier pour les femmes, ne sont guère lestés de
diplômes. Elle est le fruit d’un papillonnage léger, d’un apprentissage
sans effort apparent, rendu possible par une familiarisation progressive et sans labeur avec la culture. «J’ai eu ce qu’on appelle une éducation de culture générale. C’était une éducation peut-être plus complète
parce que maintenant on a tendance à se spécialiser. J’entendais parler
de tout. On avait la chance de connaître beaucoup de monde, ça fait
beaucoup» (femme, 1941).
Cette culture, acquise par imprégnation familiale quotidienne et
fondée en partie sur le psittacisme des propos de salon, ne suppose
pas les efforts qu’exige la préparation d’un examen ou d’un concours.
La conséquence est que les enquêtés n’apprécient guère les gens qui
étalent trop leur érudition; ils parlent d’eux avec un sourire méprisant
comme de nouveaux Pic de la Mirandole*: «On doit cacher son érudi-
tion, comme le font les Anglais, qui lâchent un ou deux points qui supposent une grande érudition, mais qui ne l’avouent pas entièrement.
Surtout pas de récitation. On disait toujours: on peut raconter une
anecdote, mais surtout pas tomber dans la conférence. C’est abomi-
178

UNITÉ 4. ÉDUCATION &ENSEIGNEMENT
nable. On trouvait que cela faisait instituteur. Mon grand-père disait:
ce sont des choses que les gens ne retiennent pas et qui, en plus, les
ennuient» (homme, 1934). […]
L’exaltation d’un idéal de discrétion et de douceur, l’intense valorisation de la mesure et de la retenue s’accompagnent cependant de
larges débordements. Dans les salons, en effet circulent des plaisanteries et des «bons mots» qui sont parfois des «histoires cochonnes
à faire rougir les singes» (homme, 1934). Certains ne manquent pas
une occasion de potiner et de dauber, et parfois s’en délectent. Le cosy
chat autour d’une tasse de thé est fertile en ragots, en quolibets, en
moqueries parfois féroces. Des surnoms plus ou moins bienveillants
circulent, n’épargnant pas les apparences physiques disgracieuses.
Des enquêtés parlent de la princesse dont le port est royal mais dont
le long cou «semble toujours chercher la lunette de la guillotine »
; ils surnomment Marie-des-Neiges Marie-des-Intempéries à cause de
son caractère et de son mode de vie; quelqu’un de petite taille est
appelé le nain, un autre est surnommé Tête-d’Epingle, d’autres encore
l’Araignée ou Coude-Poulet. Les mésaventures des uns et des autres,
largement racontées, sont parfois ridiculisées: la princesse, agressée
par un voleur et dépouillée d’une bague ornée d’un énorme solitaire
est surnommée Notre-Dame-du-Gros-Caillou ; une jeune fi lle, dont
les fi ançailles ont été rompues et qui a été obligée après un procès
de rendre la bague de fi ançailles qu’elle voulait garder, est appelée
Notre-Dame-de-la-Pierre-qui-Vire.Les insultes sont particulièrement
violentes quand elles s’adressent à des personnes qui portent atteinte
à l’honneur du groupe ou cherchent à s’y introduire par effraction:
telle duchesse, par exemple, appelle une de ses semblables la putain
américaine et traite de sous-merde ( femme, 1914) une famille portant
un titre de noblesse usurpé tandis qu’un enquêté parle de la prin-
cessede en disant Mme Meuf* (homme, 1934).
Obéissant à un code qui, comme les traits, est «de famille» et décèle «la race», le «langage du monde» est doté d’une fonction intégratrice et exclusive: il est signe d’appartenance au groupe en même
temps qu’il est parfois incompréhensible aux non-initiés. Le code se
manifeste par l’usage signifi ant du silence et par le recours à des ex-
pressions idiomatiques. Les enquêtés utilisent le silence comme un
179

Г. В. БЕЛИКОВА, О. А . КУЛАГИНА. ФРАНЦУЗСКИЙ ЯЗЫК: ГОВОРИМ, ПИШЕМ, МЫСЛИМ
G. V. BELIKOVA, O. A. KULAGINA. LE FRANÇAIS: PARLER, ÉCRIRE, RÉFLÉCHIR
véritable moment du langage: ils ont conscience que se taire, c’est
choisir de ne pas parler, donc s’exprimer encore. Ils recourent au silence pour donner plus de solennité aux rituels importants de la vie
sociale. L’un d’eux est la «présentation», étape fondamentale dans la
relation à autrui car les enquêtés ne saluent jamais quelqu’un qui ne
leur a pas été présenté ou auquel ils n’ont pas été présentés. Le rituel
du salut s’accomplit toujours dans un silence relatif. Lorsqu’un enquêté salue, il tend la main et éventuellement incline la tête, mais ne
dit rien, et surtout pas Enchanté s’il voit la personne pour la première
fois. Si le salut ne s’accompagne pas d’un geste (serrer la main, faire
un baisemain, éventuellement une révérence) qui requiert obligatoirement le silence, il est toujours exprimé sobrement, par les mots:
Bonjour, Au revoir, Bonsoir – auxquels sont obligatoirement ( femme,
1941) joints Monsieur ou Madame – sans rien ajouter de plus: Bonne
soirée, Au plaisir, et a fortiori Bien des choses à votre dame, A la re-
voyure sont jugés impensables sinon, entre amis, pour rire.
Le silence est considéré comme un moment préalable ou conclusif
de la relation à autrui: il remplit paradoxalement la fonction phatique du langage qui consiste à établir la communication. Il peut, à
l’inverse, être utilisé pour exprimer la réprobation et pour remettre
à sa place l’interlocuteur qui déplaît: il est une manière d’ignorer
l’autre, de ne pas le voir et donc l’exclure, et sert à marquer le refus de
communication. […]
Le silence est un moyen par lequel les enquêtés cherchent à se distinguer du commun. Savoir se taire au bon moment est, à leurs yeux,
«un signe certain de bonne éducation». Intégrer le silence dans les
règles du rapport à autrui est une manière de rompre avec les modes
de sociabilité populaires dans lesquels le silence est plus rare de même
que les gestes et le propos sont moins contenus: ainsi doit probablement être interprétée la proscription absolue des expressions A votre
santé, A la vôtre ou Bon appétit, courantes dans d’autres milieux au moment de l’apéritif ou au début du repas.
Le silence constitue aussi un contrepoids indispensable à l’infl uence,
parfois pesante, du groupe. S’interdire de communiquer sur tout est un
moyen de préserver une certaine solitude du cœur, un jardin secret,
une liberté individuelle, inévitablement menacée dans un milieu fami-
180
Соседние файлы в предмете [НЕСОРТИРОВАННОЕ]
