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Будущее Африки. Борьба новых и старых акторов. Материалы международной научной конференции. Москва, 13-14 марта 2012 г.

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Сонко Бруно Джозеф Амад
puis des lustres, l’Afrique ne bénécie pas d’une réelle autonomie dans la formulation de ses politiques et de ses priorités. Cela est particulièrement valable pour ceux qui ont la charge de formuler les politiques. Trop sou­vent, les principales orientations et décisions qui concernent l’Afrique ne
tiennent pas compte des réalités du continent. Face à la forte poussée des
BRICS, il demeure nécessaire d’imaginer des schémas qui soient en me­sure d’épouser les intérêts et les priorités de l’Afrique. «Penser par nous mêmes pour nousmêmes». Telle est la célèbre maxime d’Amilcar Cabral.
Penser le devenir de l’Afrique et imaginer quelle sera la place des pays
émergents et leur rôle en Afrique dans le futur, nécessite une rupture épis­témologique et un renversement des perspectives, comme le soutiennent certains théoriciens, car il s’agit ici de «réinventer l’avenir de l’Afrique».
Comment l’Afrique peut reprendre l’initiative et créer sa voie en dehors de
celles déjà dénies par les puissances traditionnelles et émergentes?35.
Globalement, on peut émettre l’hypothèse que les relations entre l’Afri­que et les pays émergents ont été inuencées par un ensemble de facteurs en relation étroite avec la dynamique de la politique mondiale, notamment par le biais de certaines alliances nouées au temps de la guerre froide, ou encore certains combats ou luttes contre le colonialisme, notamment le mouvement des Non-alignés, ou bien la quête de nouveaux paradigmes et modèles de développement, etc. En d’autres termes, ces relations peuvent être appréhendées à travers le prisme des idéologies dominantes relatives à
la lutte de pouvoir internationale et aux forces libérales internationales.
Toutefois, cela ne suft pas pour expliciter le regain d’intérêt des BRICS pour l’Afrique. En effet, la présence de plus en plus visible des BRICS en Afrique doit aussi être analysée en relation étroite avec d’autres facteurs; en effet, l’action des BRICS en Afrique doit être comprise comme faisant
partie intégrante de leur politique extérieure tant à l’échelle individuelle
que collective. En effet, si la coordination des actions extérieures de deux ou plusieurs Etats dans le but d’arriver à des objectifs particuliers, par le biais d’une alliance, a toujours caractérisé les relations internationales, l’ambition de mettre en cohérence, de manière organisée et progressive, l’action extérieure d’un groupe d’Etats n’est apparue qu’au siècle dernier. Les agissements des BRICS à l’échelle globale et plus particulièrement en Afrique, s’afnent à travers à diverses actions, sommets et foras, censés peauner ce qui s’apparente de jour en jour, à une véritable stratégie an de
peser sur les rapports de force mondiaux.
35
Niang I. Communication présentée lors de l’Assemblée générale du
CODESRIA. Rabat, décembre 2011.
42
L’Afrique et les pays émergents
Cependant, la mise en œuvre de politiques extérieures communes est
sujette à tension, entre la nécessité de coopérer sur la scène internationale
et l’impératif de garantir une politique extérieure en adéquation avec les
intérêts nationaux. Or pour le moment, nonobstant la foison de sommets organisés ici et là, les BRICS n’ont pas véritablement développé une poli-
tique extérieure commune comme c’est le cas pour l’Union Européenne et
doivent se contenter d’agir sur le plan international, et en Afrique de ma­nière individuelle. Leur action en Afrique est d’ailleurs fortement marquée par cette démarche individuelle, chaque Etat poursuivant des objectifs et des stratégies propres. A preuve, le sommet des BRIC organisé en juin
2009 en Russie n’a porté que sur la formulation d’une position commune
sur les réformes nancières et les changements climatiques. On est donc encore loin d’une politique extérieure intégrée. Dès lors, il convient de
s’interroger sur l’incapacité de la politique extérieure commune des BRICS à structurer une relation en bloc avec l’Afrique.
Nous soutenons que l’Afrique, plus particulièrement les dirigeants et décideurs africains, ont encore le temps de peauner les relations avec ces Etats émergents et de mieux rééchir quant à leur collaboration future et partant, d’en tirer meilleur prot, pour plusieurs raisons. Il existe d’autres schémas ou stratégies de développement insufsamment exploitées par le continent africain. Cette afrmation repose sur de simples constats. De prime abord, l’ensemble BRICS, en tant qu’il ne constitue pas en­core un bloc homogène, comparable à celui de l’Union européenne, ou de la CEDEAO, présente des faiblesses structurelles; ensuite, il peut ou
est susceptible de connaître des tensions en son sein (exemple relations
heurtées entre Chine et Inde, conit en 1962 sur le Tibet ou encore conit Chine et Russie). En effet, la politique extérieure relève des attributs de la souveraineté étatique et constitue ainsi un domaine sensible, où la
mise en place de la coopération internationale nécessite une convergence
de valeurs, d’objectifs et d’intérêts souvent susceptible d’être remise en cause par la volonté d’un Etat. Ce qui atteste que les Etats, dans le cadre
de leur action extérieure ont des préférences dans la formulation de leur politique extérieure.
Nous apprécierons dans un premier temps les aspects historiques de
la présence des BRICS en Afrique ainsi que leurs motivations; quels sont les points qui ont été déterminants dans la stratégie de pénétration en Afri­que, quelles sont les prégances. Ensuite, nous verrons dans quelle mesure cette présence est source de dés pour l’Afrique; sied-il de renforcer la collaboration avec ces pays ; cette collaboration est-elle opportune ou a contrario, faut-il par exemple, miser sur le processus d’intégration afric-
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Сонко Бруно Джозеф Амад
aine ou imaginer d’autres schémas plus en adéquation avec les réalités du continent?
L’Afrique et les pays émergents: fondements théoriques
Ainsi que nous l’avons mentionné précédemment, la construction des
relations entre les BRICS et l’Afrique s’est faite à l’aune de considérations idéologiques. Il s’agit ici de tenter de bien comprendre la nature des relations Afrique/pays émergents en explorant les fondements théoriques de cette
relation; quelle est sa spécicité; quels sont ses soubassements et motivations;
quels sont les facteurs d’ordre structurel ou historique qui déterminent la nature des relations entre l’Afrique et les pays émergents? Comment cette relation a évolué? Quelles sont les prégnances et les ruptures?
La pertinence de l’analyse dépend pour beaucoup des outils
méthodologiques et des perspectives intellectuelles auxquels on a recours, mais aussi de la place que l’on occupe sur l’échiquier international, ou
de comment on appréhende la nature et les structures de la politique
mondiale. L’on peut afrmer sans conteste que ces relations peuvent être
appréhendées à travers le prisme des idéologies dominantes relatives à la lutte de pouvoir internationale et aux forces libérales internationales. Depuis
plusieurs décennies, la doctrine du Non-alignement en tant qu’idéologie, a une inuence certaine sur la trajectoire de nombreux pays d’Afrique et d’Asie. Cette doctrine a marqué de manière considérable le monde et elle a grandement inué sur l’architecture des relations entre le continent africain
et les pays émergents.
Jawaharla Nehru avait la vision d’un monde nouveau où les nations
nouvellement indépendantes et en voie de développement de l’Asie et de
l’Afrique luttaient pour se débarrasser des séquelles des siècles de domi­nation étrangère et donner un contenu à leur liberté et à leur indépendance. Cette politique répondait non seulement aux besoins de l’Inde, mais à ceux
de tous les pays nouvellement libérés de la tutelle coloniale. Les grands
axes du non-alignement se présentaient comme suit:
- le non-alignement n’est pas une n en soi, mais un moyen en vue
d’une n; il fait partie d’une politique;
- le non-alignement est certes une expression négative, en tant que
refus de s’agréger à des blocs de puissance; en fait, c’est une conception
positive qui implique la poursuite active d’objectifs de politique intérieure
et extérieure;
- il ne faut pas confondre non-alignement et neutralité: l’essence de la politique de coexistence pacique comme celle du non-alignement, qui en est en dénitive, un des aspects, n’est pas une forme de neutralisme face aux alliances militaires en vigueur; c’est avant tout, une lutte
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L’Afrique et les pays émergents
pour l’indépendance politique et économique et pour l’égalité des peuples.
Contrairement à ce qui a été souvent afrmé ici et là, le non-aligne-
ment n’était pas simplement qu’une réaction contre la guerre froide et une différenciation d’avec les deux blocs dominant le monde. Ses racines étaient plus profondes36 et plus fortes. Il répondait aux aspirations d’un
grand nombre de peuples récemment libérés de la domination étrangère et impatients d’être reconnus à l’égal des autres nations.
La plupart des analyses sur la doctrine du non-alignement mettent en
avant le rôle primordial joué par l’Asie (la Chine et l’Inde notamment) au
moment de sa naissance; par la suite, le mouvement connut une montée
en puissance et gagna en visibilité en partie grâce à la présence massive
des Etats africains nouvellement indépendants, mais aussi grâce à l’impli­cation constante de leaders africains tels que Nasser, Nkrumah, Kenneth Kaunda dans les années 1970, etc. Le Tanzanien Julius Nyerere joua aussi
un rôle considérable dans la transformation de la ligne idéologique. Le but
et l’orientation du mouvement des NA furent fortement inuencés durant les deux premières décennies par ce qui se passait et ce qu’on pensait en Afrique (lutte contre l’apartheid, la guerre d’indépendance en Algérie). Par la suite, les revendications contre l’impérialisme et pour la mise en place d’un nouvel ordre économique international prirent le dessus et partant, ont constitué le soubassement théorique, du moins les fondations de la collabo­ration entre les Etats africains et les puissances dites émergentes (même si
ce terme on le sait a été consacré plus tard).
Relations BRICS / Afrique: permanences et ruptures
Il serait bon de rééchir un tant soit peu sur les motivations réelles des
BRICS quant à leur présence de plus en plus remarquée en Afrique. Ces
motivations sont-elles identiques pour tous les BRICS; quelles sont leurs spécicités? Quelles sont les permanences et les ruptures? Il demeure éga­lement opportun d’analyser dans quelle mesure l’idéologie du non-aligne­ment a servi les intentions ou motivations des pays émergents, mais aussi
celles des pays africains et comment elle a évolué dans le temps.
Si l’on considère que le non-alignement a pour objectif de satisfaire les
besoins des pays en voie de développement, en les tenant à l’écart de tout
engagement militaire et en leur permettant de consacrer toute leur énergie
à la résolution des problèmes de développement, de pauvreté, etc., alors
36
Voir exposé de MCS Jha, conférence internationale de Salzbourg, août 1967;
Le non-alignement dans un monde en évolution // Politique étrangère, 1967, № 4–5,
p. 349–367.
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Сонко Бруно Джозеф Амад
on peut estimer qu’il a atteint son but dans une certaine mesure, même si, à bien des égards, cette doctrine a souvent été contestée dans son principe et de nombreux exemples peuvent en attester (conit entre la Chine et l’Inde
en 1962 sur le Tibet).
Comment l’idéologie du non-alignement a-t-elle servi de soubassement à la pénétration des BRICS en Afrique et comment cette idéologie a-t-elle évolué? Arrêtons-nous un instant sur quelques exemples de stratégies de
pays composant les BRICS en Afrique.
Prenons d’abord l’exemple de la Chine
Selon Adama Gaye, les relations sino-africaines ne datent pas de la
Conférence de Bandung ou la naissance de la Chine communiste. Elles
sont très anciennes et remontent au XV siècle entre 1405 et 143337. Le cé­lèbre navigateur chinois Zheng He de la dynastie des Ming dirigea une otte de 300 navires qui accostera en Afrique orientale. Ce fut à sa mort que les Chinois décidèrent de mettre n à leurs relations commerciales et
d’interrompre les visées expansionnistes de l’Empire du milieu soucieux de préserver son intégrité face à la menace de l’invasion mongole.
Nous mentionnerons ici des travaux de recherche plus récents; il nous
paraît opportun ici de convoquer les analyses effectuées par quelques
auteurs sur la stratégie de la Chine, parmi lesquels Lumumba-Kasongo (Lumumba-Kasongo, 2007); en un demi-siècle pratiquement, la présence de la Chine a été très active. Kasongo soutient que cette présence, avait non seulement des niveaux complexes d’implication politiques en Chine, dans la mesure où elle œuvrait en vue d’acquérir le statut de leadership dans le Sud global et des ressources stratégiques pour son industrialisation, mais elle a également contribué à la redénition de la place de l’Afrique dans
l’économie politique internationale sur la base de l’autodétermination.
A maintes reprises, l’esprit de la conférence de Bandung et son pragma-
tisme ont été convoqués dans la façon dont la Chine et l’Afrique ont eu
des interactions dans la politique mondiale. Pour rappel, la Conférence de
Bandung avait pour ambition de rompre les alignements coloniaux mais
aussi, de protéger les barrières coloniales dans le cadre de la redénition de la souveraineté de l’Etat-Nation.
Lors de cette conférence, les leaders chinois se sont inscrits dans une logique de réconciliation, non pas pour renoncer à leur socialisme mais pour gagner et inspirer conance en Afrique et en Asie. Ainsi, à compter de 1971, beaucoup de pays africains ont reconnu la Chine continentale comme l’unique représentante du peuple chinois et partant, ont rompu
37
Gaye A. Chine-Afrique: le dragon et l’autruche // L’Harmattan. 2006.
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L’Afrique et les pays émergents
avec Taiwan. D’ailleurs, c’est sur cette base que la Chine reprendra à Taiwan son siège au Conseil de Sécurité de l’O.N.U, dès 1965, grâce au vote africain. Ce qui fera dire à Mao Zedong: «Si maintenant nous som
mes entrés à l’O.N; c’est que les frères pauvres d’Asie et d’Afrique nous ont épaulés»38.
La Chine construisait de nombreuses infrastructures dans les pays afri­cains quelle que soit la base idéologique des Etats. Cela signie comme le remarque Kasongo, que même avant les réformes de 1978, la Chine sous Mao poursuivait le pragmatisme et non une approche socialiste mission­naire. Kasongo (Kasongo, 2007) semble ainsi remettre en cause la position
selon laquelle la présence chinoise en Afrique repose exclusivement sur un
fondement idéologique: «Il convient également de noter, cependant que la politique étrangère éclectique de la Chine à l’égard de l’Afrique et l’ab sence totale de fondement idéologique derrière ses actions sont source de préoccupation à long terme. Ni le socialisme chinois, ni son nationalisme, ni n’importe quel possible élément de slogan restant du maoïsme ne façon nent directement les relations sinoafricaines actuelles. Un Etat orienté vers le développement, le néomercantilisme et l’interprétation chinoise du capitalisme articulé à l’ampleur du syndrome du pouvoir sont à la base de ses actions».
Piet Konings39 de même que d’autres auteurs40 remarquent que l’es­sentiel de la littérature existante sur les relations sino-africaines évoque la période de la guerre froide. En effet, deux phases se dégagent; la 1
ère
sous
Mao, caractérisée par la prégnance de considérations idéologiques et stra-
tégiques au niveau de la politique africaine de la Chine et cherchant avant
tout, à valoriser son modèle révolutionnaire en direction de l’Afrique, à amenuiser l’inuence occidentale et soviétique et à remettre en cause le succès diplomatique de Taiwan. La seconde phase coïncide avec la stratégie de modernisation initiée par Deng Xiaoping, qui ciblait plutôt l’Occident.
Ce n’est qu’assez récemment que la Chine est devenu un acteur clé sur le
continent africain, avec son engagement de plus en plus marqué dicté par
le besoin d’obtenir des ressources énergétiques pour l’expansion économi-
38
Zhang Hongming. La politique africaine de la Chine. CEAN, Bordeaux,
2000.
39
Konings Piet. La Chine et l’Afrique à l’ère de la mondialisation néolibérale //
Bulletin du CODESRIA. 2007, № 1, 2.
40
Ogunsawa A. China’s Policy in Africa 1958–1971. London, Cambridge Uni-
versity Press, 1974; Snow P. The Star Raft: China’s Encounter with Africa. Weiden- eld and Nicholson, 1981.
47
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que rapide de la Chine41. Konings42 partage cette dernière position tout en
soulignant qu’il ne faut pas exclure dans l’analyse, les motivations poli-
tiques: la Chine ambitionne de forger une alliance avec les Etats africains pour combattre l’hégémonie occidentale perçue, notamment au sein des NationsUnies (ONU) et d’autres organisations, et circonscrire l’espace diplomatique de Taiwan en Afrique. Le FOCAC (Forum sur la coopéra tion sinoafricaine) fondé par la Chine en Octobre 2000, est l’expression institutionnelle d’un partenariat stratégique sinoafricain dans les affaires économiques et politiques).
Il y a beaucoup de similitudes entre la présence chinoise et celle indien­ne, dans les grandes lignes. Grosso modo, le projet africain de l’Inde pa­raît se structurer autour de trois volontés, ou de trois désirs43: que l’idée et la pratique du non-alignement progresse en Afrique, que s’y installent des régimes modérés et stables, que l’Afrique cesse d’être un enjeu de la confrontation Est- Ouest qui, par ses répercussions dans l’océan Indien,
peut menacer la sécurité de l’Inde.
Que peut-on dire pour le compte de l’Afrique du Sud, dernier entrant de la «fratrie BRICS», de la Russie?
Pour la Russie, il faut remonter à la période de la guerre froide et la doctrine Jdanov pour tenter de comprendre son positionnement en Afrique. En effet, si l’on en croit Samir Amin, cette doctrine Jdanov poursuivait un objectif prioritaire: imposer la coexistence pacique et par ce moyen calmer les ardeurs agressives des Etats-Unis et de leurs alliés subalternes
européens et japonais. En contre partie l’Union soviétique accepterait
d’adopter un prol bas, s’abstenant de s’ingérer dans les affaires coloniales
que les puissances impérialistes concevaient comme leurs affaires
intérieures. La doctrine Jdanov partageait aussi le monde en deux sphères, la sphère socialiste (l’URSS et l’Europe de l’Est) et la sphère capitaliste (le reste du monde). Le rapport ignorait les contradictions qui, au sein de la sphère capitaliste, opposent les centres impérialistes aux peuples et nations
de périphéries engagées dans des luttes pour leur libération.
41
Alden C. China in Africa // Survival. London, 2007; Tull D.M. China’s En-
gagement in Africa: Scope, Signicance and Consequences // Journal of Modern African Studies. 2006; Jaffe A.M., Lewis S.W. Beijing’s Oil Diplomacy // Survival. 2002, № 44.
42
Konings Piet. Op. cit.
43
India’s foreign policy. Selected speeches of Jawahurlal Nehru, September
1946 – August 1961. The Publication Division. Minister of Information and Broad-
casting, Government of India. New Delhi, 1961. (Discours du 4 décembre 1947,
p. 24–28.)
48
L’Afrique et les pays émergents
Les mouvements de libération, y compris la révolution chinoise, n’ont pas été soutenus avec enthousiasme à cette époque, et se sont imposé par eux-mêmes. Mais leur victoire (en particulier évidemment celle de la Chine) apportait des changements dans les rapports de force internatio­naux. Moscou n’en a pris la mesure qu’après Bandung, ce qui lui permet­tait, par son soutien aux pays en conit avec l’impérialisme de briser son
isolement et de devenir un acteur majeur dans les affaires mondiales.
Pour l’heure, on peut soutenir que la Russie ne semble pas vraiment avoir de stratégie globale pour l’Afrique, nonobstant la présence de nom­breuses entreprises russes en Afrique (le géant pétrolier Lukoil); même si la Russie entend développer une coopération avec le Nigeria et l’Angola,
producteurs de gaz naturel44. L’on notre toutefois une certaine évolution
avec la visite du président Medvedev en 2009, en Egypte, au Nigeria, en
Namibie et en Angola.
L’Afrique du Sud, on l’a dit, est le dernier pays à intégrer les BRICS; cette intégration constitue forcément un succès diplomatique mais pose un certain nombre de questionnements. En effet, comme le souligne Portella
Raphael45, elle conforte son statut international de puissance émergente
moyenne et africaine. Puissance émergente moyenne, en tant qu’elle en réunit la plupart des caractéristiques économiques et politiques. Africaine, car il s’agit du premier pays africain du continent à être autant présent sur l’échiquier international et qui peut se targuer d’être souvent consulté
lorsqu’il y a des crises politiques en Afrique. On ne niera pas que l’Afri­que du sud souhaite jouer un rôle de premier plan au niveau international
par exemple, en réclamant urbi et orbi un siège au conseil de sécurité de l’ONU. Toutefois, il semblerait que son souci premier soit de respecter les principes fondamentaux de sa politique étrangère, à savoir la promotion des droits humains et de la démocratie, l’engagement anti-impérialiste et anti néocolonialiste, mais aussi la réalisation des priorités nationales en attirant
de nouveaux investisseurs et en prônant une ouverture vers de nouveaux marchés tels que la Chine (la Chine est actuellement le premier partenaire
commercial), le Brésil et l’Inde.
La cooptation de ce pays dans les BRICS suscite malgré tout quelques
inquiétudes de la part des autres pays africains; justiées ou non, la plupart ces craintes existent et ne contribuent pas à amoindrir les tensions, ou suspicions hégémoniques à l’égard de l’Afrique du sud. En effet, les pays
africains craignent que l’émergence des BRICS ne débouche petit à petit
44
Kingah S. Eclairage. Vol. 10, № 4, Juin 2011.
45
Portella R. Recherches internationals. № 91, Juillet-septembre 2011.
49
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sur une reconguration de la coopération sud-sud à leur détriment, et surtout ne fasse oublier la nalité première de cette coopération qui est de
favoriser le développement des Etats les plus faibles.
Comment l’Afrique doit-elle gérer la présence des BRICS? Quelles peuvent être les stratégies adoptées par les pays africains face à la montée en puissance des pays émergents?
L’une des questions que l’on peut se poser et sur laquelle les spéculations vont bon train est celle de savoir quel type de relations les BRICS entendent instaurer et développer avec le continent africain. La coopération avec les
pays émergents s’effectuera-telle à l’avantage réciproque de chacun des partenaires ou bien les BRICS adopteront-ils un comportement nalement proche de celui des pays capitalistes industriels? Certains, on le sait, n’hésitent pas déjà, à dénoncer leur impérialisme en Afrique.
Les analyses sur la nature et la signication de la présence des
BRICS en Afrique demeurent nombreuses et varient du scepticisme à
la condamnation, en passant par l’optimisme. Pour l’heure, un examen
approfondi des relations entre l’Afrique et les pays émergents donne
l’impression que ce sont ces derniers (la Chine par exemple) qui, tout en exploitant ces rapports jadis fondés sur l’histoire, en tirent le plus prot
et que l’Afrique a une attitude plutôt passive. Il va de soi que dans un
monde en perpétuelle compétition, le continent africain a aussi besoin
d’une stratégie en mesure d’exploiter au mieux ces relations du passé et du présent et de bâtir un avenir meilleur pour son peuple et en faveur du
développement. Quelle stratégie donc l’Afrique doit-elle adopter dans ses
relations avec les pays émergents?
Comme nous l’avons déjà dit dans notre propos liminaire, nous soute-
nons que l’Afrique est encore en mesure de négocier au mieux ses relations avec les BRICS. Il ne s’agit pas ici de soutenir une quelconque position mais de voir dans quelle mesure la coopération avec les BRICS peut s’ef-
fectuer au bénéce de chacune des parties46. De manière plus globale, notre
but est de souligner qu’il est temps pour le continent africain de rompre
avec l’afro-pessimisme du dehors et du dedans pour montrer que le nouvel ordre politico-économique global n’est pas une fatalité; il convient aussi de rompre avec une construction théorique de l’Afrique qui récuse des inter­rogations comme celles que la Banque mondiale posait en 2000: «l’Afri­que peut-elle revendiquer sa place dans le 21ème siècle?». Le plus impor-
tant demeure également de comprendre pourquoi et comment l’Afrique est
46
Bangui T. La Chine, un nouveau partenaire de développement de l’Afrique,
Vers la n des privilèges européens sur le continent noir? // L’Harmattan. 2009.
50
L’Afrique et les pays émergents
encore enjeu/objet stratégique dans le nouvel ordre politico-économique
global et quelles sont les opportunités qui lui permettront de repositionner le monde par rapport à son propre objectif qui reste d’apporter le dével­oppement à ses habitants.
Samir Amin a semble-t-il, bien analysé la situation dans laquelle se
trouve l’Afrique en déclarant fort opportunément: «voilà que certains pays
du Sud parviennent dans le cadre de cette nouvelle mondialisation dominée par l’impérialisme à s’imposer comme «émergents». Mais «émergents» dans quel sens: celui de marchés émergents ouverts à l’expansion du capital des oligopoles de la triade impérialiste, ou celui de nations émergentes capables d’imposer une révision sérieuse des termes de la mondialisation en question, de réduire le pouvoir qu’y exercent les oligopoles et de recentrer l’accumulation sur leur propre développement national? La question du contenu social des pouvoirs en place dans des pays émergents (et dans les autres pays de la périphérie), des perspectives que celuici ouvre ou ferme est donc à nouveau à l’ordre du jour du débat incontournable sur ce que sera – ou pourrait être – le monde «après la crise».
Quelle place pour l’Afrique?
Contrairement à certaines représentations que l’on fait du continent
africain en le présentant comme un «lieu de trêves» ou un «continent per­du», les choses ne sont pas restées gées et l’Afrique a su tirer son épingle du jeu, en participant à la reconguration des relations économiques et
politiques. Le continent africain a connu des taux de croissance élevés au cours de la décennie précédente et présente le taux de rendement sur les investissements directs étrangers (IDE) le plus élevé parmi les pays en dé­veloppement.
Pour l’Afrique, les répercussions de la montée en puissance des pays
émergents se traduisent aussi bien par des bouleversements économiques
que politiques, sociaux et environnementaux. Le constat que l’on peut faire est que le continent africain suscite beaucoup d’intérêt de la part des pays émergents, comme en témoigne l’organisation des différents sommets
Chine Afrique, Inde Afrique, Brésil – Afrique, etc.
L’intensication des relations entre l’Afrique et ces pays émergents té moigne de l’éruption d’un monde multipolaire et du déplacement du centre de gravité économique mondial. A l’heure actuelle, ces relations sont pour l’essentiel économiques et basées sur le principe «winwin» (gagnantga gnant). Elles reposent sur la division internationale du travail héritée de la colonisation avec, d’une part, les fournisseurs de matières premières africains et d’autre part les pourvoyeurs en produits manufacturés ou en services.
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