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ivanov666
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Файл:Le Temps retrouvé
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LE TEMPS RETROUVE
alors qu’à la place du nez, des joues et du menton, il ne devrait
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ÀHWGHQRVGpVLUV(WPrPHVLMHQ¶DYDLVSDVOHORLVLUGHSUpSDUHU
chose déjà bien plus importante, les cent masques qu’il convient
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le voient et le sens où ils en lisent les traits et, pour les mêmes
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et l’habitude qui cachent pendant tant d’années les changements
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DYHF$OEHUWLQH VX൶VDLW SRXUWDQW j PH PRQWUHU TXH VDQV FHOD
tout est factice et mensonger, de représenter certaines personnes
non pas au dehors, mais en dedans de nous où leurs moindres
actes peuvent amener des troubles mortels, et de faire varier
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de notre sensibilité ou selon la sérénité de notre certitude, sous
laquelle un objet est si petit alors qu’un simple nuage de risque
en multiplie en un moment la grandeur, si je ne pouvais appor
ter ces changements et bien d’autres (dont la nécessité, si on
veut peindre le réel, a pu apparaître au cours de ce récit) dans
la transcription d’un univers qui était à redessiner tout entier,
GXPRLQV QH PDQTXHUDLVMHSDV DYDQWWRXWHFKRVH G¶\GpFULUH
O¶KRPPH FRPPH D\DQW OD ORQJXHXU QRQ GH VRQ FRUSV PDLV
de ses années, comme devant, tâche de plus en plus énorme
HWTXL¿QLWSDUOHYDLQFUHOHVWUDvQHUDYHFOXLTXDQGLOVHGpSODFH
D’ailleurs, que nous occupions une place sans cesse accrue dans
le Temps, tout le monde le sent, et cette universalité ne pou
vait que me réjouir puisque c’est la vérité, la vérité soupçonnée
par chacun, que je devais chercher à élucider. Non seulement
tout le monde sent que nous occupons une place dans le Temps,
mais, cette place, le plus simple la mesure approximativement
,
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MARCEL PROUST
comme il mesurerait celle que nous occupons dans l’espace.
6DQVGRXWHRQ VHWURPSHVRXYHQWGDQVFHWWHpYDOXDWLRQPDLV
TX¶RQ DLW FUX SRXYRLU OD IDLUH VLJQL¿H TX¶RQ FRQFHYDLW O¶kJH
comme quelque chose de mesurable.
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PDLVVXLVMHHQpWDWG¶DFFRPSOLUPRQ°XYUH"ªODPDODGLHTXL
en me faisant, comme un rude directeur de conscience, mou
rir au monde, m’avait rendu service (car si le grain de froment
ne meurt après qu’on l’a semé, il restera seul, mais s’il meurt,
il portera beaucoup de fruits), la maladie qui, après que la pa
UHVVHP¶DYDLWSURWpJpFRQWUHODIDFLOLWpDOODLWSHXWrWUHPHJDU
der contre la paresse, la maladie avait usé mes forces et, comme
je l’avais remarqué depuis longtemps, au moment où j’avais ces
sé d’aimer Albertine, les forces de ma mémoire. Or la recréation
par la mémoire d’impressions qu’il fallait ensuite approfondir,
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pas une des conditions, presque l’essence même de l’œuvre d’art
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Ah! si j’avais encore eu les forces qui étaient intactes dans la soi
rée que j’avais alors évoquée en apercevant François le Cham-
pi? C’était de cette soirée, où ma mère avait abdiqué, que datait,
avec la mort lente de ma grand’mère, le déclin de ma volonté,
de ma santé. Tout s’était décidé au moment où, ne pouvant plus
supporter d’attendre au lendemain pour poser mes lèvres sur
le visage de ma mère, j’avais pris ma résolution, j’avais sauté
du lit et étais allé, en chemise de nuit, m’installer à la fenêtre par
où entrait le clair de lune jusqu’à ce que j’eusse entendu partir
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la porte s’ouvrir, sonner, se refermer. À ce moment même, dans
l’hôtel du prince de Guermantes, ce bruit de pas de mes parents
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LE TEMPS RETROUVE
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interminable, criard et frais de la petite sonnette, qui m’annon
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MHOHVHQWHQGDLVHQFRUHMHOHVHQWHQGDLVHX[PrPHVHX[VLWXpV
pourtant si loin dans le passé. Alors, en pensant à tous les événe
ments qui se plaçaient forcément entre l’instant où je les avais
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c’était bien cette sonnette qui tintait encore en moi, sans que
je pusse rien changer aux criaillements de son grelot, puisque,
ne me rappelant plus bien comment ils s’éteignaient, pour
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plus entendre le son des conversations que les masques tenaient
autour de moi. Pour tâcher de l’entendre de plus près, c’est
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je portais. Quand il avait tinté j’existais déjà et, depuis, pour
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eu discontinuité, que je n’eusse pas un instant pris de repos,
cessé d’exister, de penser, d’avoir conscience de moi, puisque
cet instant ancien tenait encore à moi, que je pouvais encore
le retrouver, retourner jusqu’à lui, rien qu’en descendant plus
profondément en moi. C’était cette notion du temps incorporé,
des années passées non séparées de nous, que j’avais maintenant
l’intention de mettre si fort en relief dans mon œuvre. Et c’est
parce qu’ils contiennent ainsi les heures du passé que les corps
humains peuvent faire tant de mal à ceux qui les aiment, parce
qu’ils contiennent tant de souvenirs, de joies et de désirs déjà
H൵DFpVSRXUHX[PDLVVLFUXHOVSRXUFHOXLTXLFRQWHPSOHHWSUR
longe dans l’ordre du temps le corps chéri dont il est jaloux,
,
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MARCEL PROUST
jaloux jusqu’à en souhaiter la destruction. Car après la mort
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SkOLV±VRQWH൵DFpVGH FHOOHTXLQ¶HVWSOXVHWOHVHURQWELHQW{W
GHFHOXLTX¶LOVWRUWXUHQWHQFRUHHX[TXL¿QLURQWSDUSpULUTXDQG
le désir d’un corps vivant ne les entretiendra plus.
J’éprouvais un sentiment de fatigue profonde à sentir que
tout ce temps si long non seulement avait sans une interruption
été vécu, pensé, sécrété par moi, qu’il était ma vie, qu’il était
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tenir attaché à moi, qu’il me supportait, que j’étais juché à son
sommet vertigineux, que je ne pouvais me mouvoir sans le dé
placer avec moi.
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GLQGH&RPEUD\VLGLVWDQWHWSRXUWDQWLQWpULHXUpWDLWXQSRLQW
de repère dans cette dimension énorme que je ne savais pas
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pourtant, comme si j’avais des lieues de hauteur, tant d’années.
Je venais de comprendre pourquoi le duc de Guermantes,
dont j’avais admiré, en le regardant assis sur une chaise, com
bien il avait peu vieilli bien qu’il eût tellement plus d’années
TXHPRLDXGHVVRXVGHOXLGqVTX¶LOV¶pWDLWOHYpHWDYDLWYRXOX
VHWHQLUGHERXWDYDLWYDFLOOpVXUGHVMDPEHVÀDJHRODQWHVFRPPH
FHOOHV GH FHV YLHX[ DUFKHYrTXHV VXU OHVTXHOV LO Q¶\ D GH VR
lide que leur croix métallique et vers lesquels s’empressent
les jeunes séminaristes, et ne s’était avancé qu’en tremblant
FRPPH XQH IHXLOOH VXU OH VRPPHW SHX SUDWLFDEOH GH TXDWUH
YLQJWWURLV DQQpHV FRPPH VL OHV KRPPHV pWDLHQW MXFKpV VXU
de vivantes échasses grandissant sans cesse, parfois plus hautes
TXHGHVFORFKHUV ¿QLVVDQW SDU OHXU UHQGUHOD PDUFKH GL൶FLOH
HWSpULOOHXVHHWG¶RWRXWG¶XQFRXSLOVWRPEHQW-HP¶H൵UD\DLV
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LE TEMPS RETROUVE
que les miennes fussent déjà si hautes sous mes pas, il ne me
semblait pas que j’aurais encore la force de maintenir longtemps
attaché à moi ce passé qui descendait déjà si loin, et que je por
WDLVVL GRXORXUHXVHPHQWHQ PRL6L GXPRLQV LOP¶pWDLW ODLVVp
assez de temps pour accomplir mon œuvre, je ne manquerais
pas de la marquer au sceau de ce Temps dont l’idée s’imposait
jPRLDYHFWDQWGHIRUFHDXMRXUG¶KXLHWM¶\GpFULUDLVOHVKRPPHV
FHODGWLOOHVIDLUHUHVVHPEOHUjGHVrWUHVPRQVWUXHX[FRPPH
occupant dans le Temps une place autrement considérable que
celle si restreinte qui leur est réservée dans l’espace, une place,
au contraire, prolongée sans mesure, puisqu’ils touchent si
multanément, comme des géants, plongés dans les années,
à des époques vécues par eux, si distantes – entre lesquelles tant
de jours sont venus se placer – dans le Temps.
,

Литературно-художественное издание
Marcel Proust
Le Temps retrouvé
Выпускающий редактор: Э. Ефанова
Редактор: П. Воронин
Корректор: И. Серегина
Компьютерная верстка: Т. Мосолова
Художественное оформление: С. Дондупова
В оформлении обложки использованы материалы
по лицензии агентства © shutterstock.com
Проект осуществлён с помощью технологий
print on demand
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Знак информационной продукции согласно
Федеральному закону от 29.12.2010 г. № 436-ФЗ.
Подписано в печать 10.01.2018
Формат 60х90/16
Усл. печ. л. 27,88
Отпечатано: АО «Т8 Издательские Технологии»
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