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Le Temps retrouvé

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LE TEMPS RETROUVE
thie, sera un jour célébré par la presse et recherché par les du FKHVVHV/HWHPSVpORLJQHSDUHLOOHPHQWOHVTXHUHOOHVGHIDPLOOH (W FKH] OD SULQFHVVH GH *XHUPDQWHV RQ YR\DLW XQ FRXSOH R
le mari et la femme avaient pour oncles, morts aujourd’hui, deux
KRPPHVTXLQHV¶pWDLHQWSDVFRQWHQWpVGHVHVRX൷HWHUPDLVGRQW O¶XQSRXUKXPLOLHUO¶DXWUHOXLDYDLWHQYR\pFRPPHWpPRLQVVRQ
concierge et son maître d’hôtel, jugeant que des gens du monde eussent été trop bien pour lui. Mais ces histoires dormaient dans
OHVMRXUQDX[ G¶LO\D WUHQWHDQV HWSHUVRQQHQHOHVVDYDLW SOXV
Et ainsi le salon de la princesse de Guermantes était illuminé,
RXEOLHX[HWÀHXUL FRPPHXQSDLVLEOH FLPHWLqUH/HWHPSVQ¶\ DYDLWSDVVHXOHPHQWGpIDLWG¶DQFLHQQHVFUpDWXUHVLO\DYDLWUHQGX SRVVLEOHVLO\DYDLWFUppGHVDVVRFLDWLRQVQRXYHOOHV
Pour en revenir à cet homme politique, malgré son change PHQWGHVXEVWDQFHSK\VLTXHWRXWDXVVLSURIRQGTXHODWUDQVIRU
mation des idées morales qu’il éveillait maintenant dans le pu blic, en un mot malgré tant d’années passées depuis qu’il avait été Président du Conseil, il était redevenu ministre. Ce président
GX&RQVHLOG¶LO\DTXDUDQWHDQVIDLVDLWSDUWLHGXQRXYHDXFDELQHW
dont le chef lui avait donné un portefeuille un peu comme ces
GLUHFWHXUVGHWKpkWUHFRQ¿HQW XQU{OHjXQHGHOHXUVDQFLHQQHV
camarades, retirée depuis longtemps, mais qu’ils jugent encore
SOXVFDSDEOHTXHOHVMHXQHVGHWHQLUXQU{OHDYHF¿QHVVHGHOD TXHOOHG¶DLOOHXUVLOVVDYHQWODGL൶FLOHVLWXDWLRQ¿QDQFLqUHHWTXL jSUqVGHTXDWUHYLQJWVDQVPRQWUHHQFRUHDXSXEOLFO¶LQWpJULWp
de son talent presque intact avec cette continuation de la vie qu’on s’étonne ensuite d’avoir pu constater quelques jours avant la mort.
me
/¶DVSHFW GH 0
ne pouvait même pas dire qu’elle avait rajeuni mais plutôt
de Forcheville était si miraculeux, qu’on
,
321
MARCEL PROUST
qu’avec tous ses carmins, toutes ses rousseurs, elle avait re ÀHXUL3OXVPrPHTXHO¶LQFDUQDWLRQGHO¶([SRVLWLRQXQLYHUVHOOH GHHOOHHWpWpGDQVXQHH[SRVLWLRQYpJpWDOHG¶DXMRXUG¶KXL
la curiosité et le clou. Pour moi, du reste, elle ne semblait pas
GLUH©-HVXLVO¶([SRVLWLRQGHªPDLVSOXW{W©-HVXLVO¶DOOpH GHV$FDFLDVGHª,OVHPEODLWTX¶HOOHHWSX\rWUHHQFRUH
D’ailleurs, justement parce qu’elle n’avait pas changé, elle ne semblait guère vivre. Elle avait l’air d’une rose stérilisée. Je lui dis bonjour, elle chercha quelque temps, mais en vain, mon nom sur mon visage. Je me nommai et aussitôt, comme si j’avais perdu, grâce à ce nom incantateur, l’apparence d’ar bousier ou de kangourou que l’âge m’avait sans doute donnée, elle me reconnut et se mit à me parler de cette voix si particu lière que les gens qui l’avaient applaudie dans les petits théâtres étaient si émerveillés, quand ils étaient invités à déjeuner avec elle, «à la ville», de retrouver dans chacune de ses paroles, pen dant toute la causerie, tant qu’ils voulaient. Cette voix était res tée la même, inutilement chaude, prenante, avec un rien d’accent
DQJODLV(WSRXUWDQWGHPrPHTXHVHV\HX[DYDLHQWO¶DLUGHPH regarder d’un rivage lointain, sa voix était triste, presque sup SOLDQWHFRPPHFHOOH GHVPRUWVGDQV O¶2G\VVpH2GHWWHHWSX MRXHUHQFRUH-HOXL¿VGHVFRPSOLPHQWVVXUVDMHXQHVVH(OOHPH GLW©9RXVrWHVJHQWLOP\GHDUPHUFLªHWFRPPHHOOHGRQQDLW GL൶FLOHPHQWjXQVHQWLPHQWPrPHOHSOXVYUDLXQHH[SUHVVLRQ TXL QH IW SDV D൵HFWpHSDUOHVRXFL GH FH TX¶HOOH FUR\DLW pOp
gant, elle répéta à plusieurs reprises: «Merci tant, merci tant». Mais moi, qui avais jadis fait de si longs trajets pour l’aperce
YRLUDX %RLVTXLDYDLVpFRXWpOH VRQGH VDYRL[ WRPEHUGH VD
bouche, la première fois que j’avais été chez elle, comme un tré sor, les minutes passées maintenant auprès d’elle me semblaient
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LE TEMPS RETROUVE
interminables à cause de l’impossibilité de savoir que lui dire, et je m’éloignai. Hélas, elle ne devait pas rester toujours telle. Moins de trois ans après, non pas en enfance, mais un peu ramol lie, je devais la voir à une soirée donnée par Gilberte, devenue incapable de cacher sous un masque immobile ce qu’elle pen sait – pensait est beaucoup dire – ce qu’elle éprouvait, hochant la tête, serrant la bouche, secouant les épaules à chaque impres sion qu’elle ressentait, comme ferait un ivrogne, un enfant, comme font certains poètes qui ne tiennent pas compte de ce qui les entoure, et, inspirés, composent dans le monde et tout en allant à table au bras d’une dame étonnée, froncent les sour
me
cils, font la moue. les impressions de M une, celle qui l’avait fait précisément assister à la soirée don
QpHSDU*LOEHUWHODWHQGUHVVHSRXUVD¿OOHELHQDLPpHO¶RUJXHLO
qu’elle donnât une soirée si brillante, orgueil que ne voilait pas chez la mère la mélancolie de ne plus être rien – ces impressions
Q¶pWDLHQWSDV MR\HXVHVHWFRPPDQGDLHQW VHXOHPHQWXQH SHUSp
tuelle défense contre les avanies qu’on lui faisait, défense ti morée comme celle d’un enfant. On n’entendait que ces mots:
me
«Je ne sais pas si M
de Forcheville me reconnaît, je devrais
SHXWrWUHPHIDLUHSUpVHQWHUjQRXYHDX±dDSDUH[HPSOHYRXV SRXYH]YRXVHQGLVSHQVHUUpSRQGDLWRQjWXHWrWHVDQVVRQJHU TXHODPqUH GH*LOEHUWHHQWHQGDLW WRXWVDQV\ VRQJHURX VDQV
s’en soucier), c’est bien inutile. Pour l’agrément qu’elle vous apportera! On la laisse dans son coin. Du reste, elle est un peu gaga». Furtivement M
me
de Forcheville lançait un regard de ses
\HX[UHVWpV VL EHDX[VXU OHV LQWHUORFXWHXUVLQMXULHX[SXLV YLWH
ramenait ce regard à elle de peur d’avoir été impolie, et, tout
GHPrPHDJLWpHSDUO¶R൵HQVHWDLVDQWVDGpELOHLQGLJQDWLRQRQ YR\DLWVDWrWHEUDQOHUVDSRLWULQHVHVRXOHYHUHOOHMHWDLWXQQRX
de Forcheville – sauf
,
323
MARCEL PROUST
veau regard sur un autre assistant aussi peu poli, et ne s’étonnait pas outre mesure, car, se sentant très mal depuis quelques jours,
HOOHDYDLWjPRWVFRXYHUWVVXJJpUpjVD¿OOHGHUHPHWWUHODIrWH
me
PDLVVD¿OOHDYDLWUHIXVp0 PRLQVWRXWHVOHVGXFKHVVHVTXL HQWUDLHQWO¶DGPLUDWLRQGH WRXW
le monde pour le nouvel hôtel inondait de joie son cœur, et quand
HQWUDODPDUTXLVHGH6HEUDQTXLpWDLWDORUVODGDPHRPHQDLW VLGL൶FLOHPHQWOHSOXV KDXWpFKHORQVRFLDO0 VHQWLWTX¶HOOHDYDLWpWpXQHERQQHHWSUpYR\DQWHPqUHHWTXHVD
tâche maternelle était achevée. De nouveaux invités ricaneurs
OD¿UHQWjQRXYHDXUHJDUGHUHWSDUOHUWRXWHVHXOHVLF¶HVWSDUOHU que tenir un langage muet qui se traduit seulement par des gesti FXODWLRQV6LEHOOHHQFRUHHOOHpWDLWGHYHQXH±FHTX¶HOOHQ¶DYDLW MDPDLVpWp±LQ¿QLPHQWV\PSDWKLTXHFDU HOOHTXLDYDLWWURPSp 6ZDQQHWWRXWOHPRQGHF¶pWDLWO¶XQLYHUVHQWLHUTXLPDLQWHQDQW ODWURPSDLWHWHOOHpWDLWGHYHQXHVLIDLEOHTX¶HOOHQ¶RVDLWPrPH
plus, les rôles étant retournés, se défendre contre les hommes. Et bientôt elle ne se défendrait pas contre la mort. Mais après
FHWWH DQWLFLSDWLRQ UHYHQRQV WURLV DQV HQ DUULqUH F¶HVWjGLUH
à la matinée où nous sommes chez la princesse de Guermantes.
%ORFKP¶D\DQWGHPDQGpGHOHSUpVHQWHUDXPDvWUHGHPDLVRQ MHQH¿VjFHODSDVO¶RPEUHGHVGL൶FXOWpVDX[TXHOOHVMHP¶pWDLV
heurté le jour où j’avais été pour la première fois en soirée chez le prince de Guermantes, qui m’avaient semblé naturelles, alors que maintenant cela me semblait si simple de lui présen ter un de ses invités, et cela m’eût même paru simple de me permettre de lui amener et présenter à l’improviste quelqu’un
TX¶LOQ¶HW SDV LQYLWpeWDLWFH SDUFH TXHGHSXLV FHWWHpSRTXH
lointaine, j’étais devenu un «familier», quoique depuis quelque
WHPSV XQ ©RXEOLpªGHFH PRQGH R DORUV M¶pWDLV VL QRXYHDX"
de Forcheville ne l’en aimait pas
me
de Forcheville
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LE TEMPS RETROUVE
pWDLWFHDXFRQWUDLUHSDUFHTXHQ¶pWDQWSDVXQYpULWDEOHKRPPH GXPRQGHWRXWFHTXLIDLWGL൶FXOWpSRXUHX[Q¶H[LVWDLWSOXVSRXU PRLXQH IRLV ODWLPLGLWp WRPEpH" pWDLWFHSDUFH TXH OHVrWUHV D\DQWSHXjSHXODLVVpWRPEHUGHYDQWPRLOHXUSUHPLHUVRXYHQW
leur second et leur troisième aspect factice, je sentais derrière la hauteur dédaigneuse du prince une grande avidité humaine
GHFRQQDvWUHGHVrWUHVGHIDLUHODFRQQDLVVDQFHGHFHX[OjPrPHV TX¶LOVD൵HFWHQWGHGpGDLJQHU"eWDLWFHSDUFHTXHDXVVLOHSULQFH
avait changé comme tous ces insolents de la jeunesse et de l’âge mûr, à qui la vieillesse apporte sa douceur (d’autant plus que les hommes débutants et les idées inconnues contre lesquels ils regimbaient, ils les connaissaient depuis longtemps de vue et les savaient reçus autour d’eux), surtout si cette vieillesse a pour adjuvant quelques vertus ou quelques vices qui étendent les rela tions, ou la révolution que fait une conversion politique, comme
FHOOHGXSULQFHDXGUH\IXVLVPH"
%ORFKP¶LQWHUURJHDLWFRPPHPRLMHIDLVDLVDXWUHIRLVHQHQ
trant dans le monde, comme il m’arrivait encore de faire sur
OHVJHQVTXHM¶\DYDLVFRQQXVDORUVHWTXLpWDLHQWDXVVLORLQDXVVL jSDUWGHWRXWTXH FHVJHQVGH&RPEUD\TX¶LOP¶pWDLWVRXYHQW DUULYpGHYRXORLU©VLWXHUªH[DFWHPHQW0DLV&RPEUD\DYDLWSRXU
moi une forme si à part, si impossible à confondre avec le reste, que c’était un puzzle que je ne pouvais jamais arriver à faire rentrer dans la carte de France. «Alors je ne peux avoir aucune idée de ce qu’était jadis le prince de Guermantes en me repré
VHQWDQW6ZDQQ RX0GH&KDUOXV"PH GHPDQGDLW%ORFK jTXL
j’avais longtemps emprunté sa manière de parler et qui main tenant imitait souvent la mienne. – Nullement. – Mais en quoi
FRQVLVWHODGL൵pUHQFH"±,ODXUDLWIDOOXOHVHQWHQGUHSDUOHUHQWUH HX[SRXUODVDLVLUPDLVF¶HVWPDLQWHQDQWLPSRVVLEOH6ZDQQHVW
,
325
MARCEL PROUST
PRUWHW0GH&KDUOXVQHYDXWJXqUHPLHX[0DLVFHVGL൵pUHQFHV pWDLHQWpQRUPHVª(WWDQGLVTXHO¶°LOGH%ORFKEULOODLWHQSHQVDQW
à ce que pouvait être la conversation de ces personnages merveil leux, je pensais que je lui exagérais le plaisir que j’avais eu à me
WURXYHUDYHFHX[ Q¶HQD\DQWMDPDLVUHVVHQWLTXH TXDQGM¶pWDLV VHXOHWO¶LPSUHVVLRQGHVGL൵pUHQFLDWLRQVYpULWDEOHVQ¶D\DQWOLHX TXHGDQVQRWUHLPDJLQDWLRQ%ORFKV¶HQDSHUoXWLO"©7XPHSHLQV SHXWrWUHFHODWURSHQEHDXPHGLWLODLQVLODPDvWUHVVHGHPDL
son d’ici, la princesse de Guermantes, je sais bien qu’elle n’est
SOXVMHXQHPDLVHQ¿QLOQ¶\DSDVWHOOHPHQWORQJWHPSVTXHWXPH
parlais de son charme incomparable, de sa merveilleuse beauté.
&HUWHVMHUHFRQQDLVTX¶HOOHDJUDQGDLUHWHOOHDELHQFHV\HX[ H[WUDRUGLQDLUHVGRQWWXPHSDUODLVPDLVHQ¿QMHQHODWURXYHSDV
tellement inouïe que tu disais. Évidemment elle est très racée,
PDLVHQ¿Q«ª-HIXVREOLJpGHGLUHj%ORFKTX¶LOQHPHSDUODLW SDVGHODPrPHSHUVRQQHODSULQFHVVHGH*XHUPDQWHVHQH൵HW pWDLWPRUWHHWF¶HVWO¶H[0DGDPH9HUGXULQ TXHOHSULQFHUXLQp SDUODGpIDLWHDOOHPDQGHDYDLWpSRXVpHHWTXH%ORFKQHUHFRQ
naissait pas. «Tu te trompes, j’ai cherché dans le Gotha de cette
DQQpH PH FRQIHVVD QDwYHPHQW %ORFK HW M¶DL WURXYp OH SULQFH
de Guermantes, habitant l’hôtel où nous sommes et marié à tout
FHTX¶LO\DGHSOXVJUDQGLRVHDWWHQGVXQSHXTXHMHPHUDSSHOOH PDULpj 6LGRQLHGXFKHVVHGH'XUDVQpH GHV%DX[ª (QH൵HW
me
9HUGXULQSHXDSUqVODPRUWGHVRQPDULDYDLWpSRXVpOHYLHX[
M duc de Duras, ruiné, qui l’avait faite cousine du prince de Guer mantes, et était mort après deux ans de mariage. Il avait été pour
me
9HUGXULQXQHWUDQVLWLRQIRUWXWLOHHWPDLQWHQDQWFHOOHFLSDU
M un troisième mariage, était princesse de Guermantes et avait
GDQVOHIDXERXUJ6DLQW*HUPDLQXQHJUDQGHVLWXDWLRQTXLHWIRUW pWRQQpj&RPEUD\ROHVGDPHVGHODUXHGHO¶2LVHDXOD¿OOH
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LE TEMPS RETROUVE
de Mme*RXSLOHWODEHOOH¿OOHGH0me6D]HUDWWRXWHVFHVGHUQLqUHV années, avant que M avaient dit en ricanant: «la duchesse de Duras», comme si c’eût été un rôle que M cipe des castes voulant qu’elle mourût M qu’on ne s’imaginait lui conférer aucun pouvoir mondain nou
YHDX IDLVDLW SOXW{W PDXYDLV H൵HW ©)DLUH SDUOHU G¶HOOHª FHWWH
expression qui dans tous les mondes est appliquée à une femme
TXLDXQDPDQWSRXYDLWO¶rWUHGDQVOHIDXERXUJ6DLQW*HUPDLQ jFHOOHVTXLSXEOLHQWGHVOLYUHVGDQVODERXUJHRLVLHGH&RPEUD\
à celles qui font des mariages dans un sens ou dans l’autre «dis proportionnés». Quand elle eut épousé le prince de Guermantes, on dut se dire que c’était un faux Guermantes, un escroc. Pour
PRLjPH¿JXUHUFHWWHLGHQWLWpGHWLWUHGHQRPTXLIDLVDLWTX¶LO \DYDLWHQFRUHXQHSULQFHVVH GH*XHUPDQWHVHWTX¶HOOHQ¶DYDLW
aucun rapport avec celle qui m’avait tant charmé et qui n’était plus, qui était comme une morte sans défense à qui on l’eût volé,
LO\DYDLWTXHOTXHFKRVHG¶DXVVLGRXORXUHX[TX¶jYRLUOHVREMHWV TX¶DYDLW SRVVpGpVODSULQFHVVH +HGZLJH FRPPH VRQ FKkWHDX
comme tout ce qui avait été à elle et dont une autre jouissait. la succession au nom est triste comme toutes les successions,
FRPPHWRXWHVOHVXVXUSDWLRQVGHSURSULpWpHWWRXMRXUVVDQVLQ WHUUXSWLRQVYLHQGUDLHQWFRPPHXQÀRWGHQRXYHOOHVSULQFHVVHV
de Guermantes, ou plutôt, millénaire, remplacée d’âge en âge
GDQV VRQ HPSORL SDU XQH IHPPH GL൵pUHQWH YLYUDLW XQH VHXOH SULQFHVVH GH *XHUPDQWHV LJQRUDQWH GH OD PRUW LQGL൵pUHQWH
à tout ce qui change et blesse nos cœurs, et le nom comme la mer refermerait sur celles qui sombrent de temps à autre sa toujours pareille et immémoriale placidité.
me
9HUGXULQQHIWSULQFHVVHGH*XHUPDQWHV
me
9HUGXULQHWWHQXDXWKpkWUH0rPHOHSULQ
me
9HUGXULQ FH WLWUH
,
327
MARCEL PROUST
Mais – contradiction avec cette permanence – les anciens habitués assuraient que dans le monde tout était changé, qu’on
\UHFHYDLWGHVJHQVTXHMDPDLVGHOHXUWHPSVRQQ¶DXUDLWUHoXV
et, comme on dit: «c’était vrai, et ce n’était pas vrai». Ce n’était pas vrai parce qu’ils ne se rendaient pas compte de la courbe
GXWHPSVTXLIDLVDLWTXHFHX[G¶DXMRXUG¶KXLYR\DLHQWFHVJHQV
nouveaux à leur point d’arrivée tandis qu’eux se les rappelaient à leur point de départ. Et quand eux, les anciens, étaient entrés
GDQVOHPRQGHLO\DYDLWOjGHVJHQVDUULYpVGRQWG¶DXWUHVVHUDS SHODLHQW OHGpSDUW8QH JpQpUDWLRQ VX൶W SRXU TXH V¶\ UDPqQH
ce changement qui en des siècles s’est fait pour le nom bourgeois d’un Colbert devenu nom noble. Et, d’autre part, cela pourrait être vrai, car si les personnes changent de situation, les idées et les coutumes les plus indéracinables (de même que les for
WXQHVHWOHV DOOLDQFHV GHSD\VHW OHV KDLQHVGHSD\V FKDQJHQW
aussi, parmi lesquelles même celles de ne recevoir que des gens chic. Non seulement le snobisme change de forme, mais il pour rait disparaître, comme la guerre même, et les radicaux, les juifs
rWUHUHoXVDX-RFNH\
&HUWHVPrPHFHFKDQJHPHQWH[WpULHXUGDQVOHV¿JXUHVTXH M¶DYDLVFRQQXHV Q¶pWDLW TXHOH V\PEROHG¶XQ FKDQJHPHQW LQWp ULHXUTXLV¶pWDLWH൵HFWXpMRXUSDUMRXU3HXWrWUHFHVJHQVDYDLHQW
ils continué à accomplir les mêmes choses, mais, jour par jour, l’idée qu’ils se faisaient d’elles et des êtres qu’ils fréquentaient,
D\DQWXQSHXGHYLHDXERXWGHTXHOTXHVDQQpHVVRXVOHVPrPHV
noms c’était d’autres choses, d’autres gens qu’ils aimaient, et étant devenus d’autres personnes, il eût été étonnant qu’ils n’eussent pas eu de nouveaux visages.
6LGDQVFHVSpULRGHVGHYLQJWDQVOHVFRQJORPpUDWVGHFRWH
ries se défaisaient et se reformaient selon l’attraction d’astres
328
LE TEMPS RETROUVE
nouveaux destinés, d’ailleurs, eux aussi, à s’éloigner puis à repa raître, des cristallisations, puis des émiettements suivis de cristal
OLVDWLRQVQRXYHOOHVDYDLHQWOLHXGDQVO¶kPHGHVrWUHV6LSRXUPRL
la duchesse de Guermantes avait été bien des personnes, pour la duchesse de Guermantes, pour M
GRQQpH DYDLW pWp XQ IDYRUL G¶XQH pSRTXH SUpFpGDQW O¶$൵DLUH 'UH\IXVSXLVXQ IDQDWLTXHRXXQLPEpFLOHjSDUWLUGHO¶D൵DLUH 'UH\IXVTXLDYDLWFKDQJpSRXUHX[ODYDOHXUGHVrWUHVHWUHFODVVp autour les partis, lesquels s’étaient depuis encore défaits et re IDLWV&HTXL\ VHUWSXLVVDPPHQWHW\ DMRXWHVRQLQÀXHQFHDX[ SXUHVD൶QLWpVLQWHOOHFWXHOOHVF¶HVWOHWHPSVpFRXOpTXLQRXVIDLW oublier nos antipathies, nos dédains, les raisons mêmes qui ex SOLTXDLHQWQRVDQWLSDWKLHVHWQRVGpGDLQV6LRQHWMDGLVDQDO\Vp
me
l’élégance de la jeune M
/pRQRUGH&DPEUHPHURQ\HWWURX
vé qu’elle était la nièce du marchand de notre maison, Jupien, et que ce qui avait pu s’ajouter à cela pour la rendre brillante, c’était que son oncle procurait des hommes à M. de Charlus.
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que les causes déjà lointaines, non seulement étaient inconnues de beaucoup de nouveaux, mais encore que ceux qui les avaient connues les avaient oubliées, pensant beaucoup plus à l’éclat actuel qu’aux hontes passées, car on prend toujours un nom dans son acception actuelle. Et c’était l’intérêt de ces transfor
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et un phénomène de mémoire.
Parmi les personnes présentes se trouvait un homme consi dérable qui venait, dans un procès fameux, de donner un témoi gnage dont la seule valeur résidait dans sa haute moralité devant laquelle les juges et les avocats s’étaient unanimement inclinés et qui avait entraîné la condamnation de deux personnes. Aussi
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MARCEL PROUST
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bonjour avec plaisir quoique avec réserve. Il se rappelait le temps
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lui la poésie et la mélancolie de la jeunesse.
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reconnaître pour la raison que je ne les avais pas connues, car,
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ce salon, exercé sa chimie sur la société. Ce milieu, en la nature
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tous les grands noms princiers de l’Europe et par la répulsion qui éloignait d’elle tout élément non aristocratique, j’avais trouvé un refuge matériel pour ce nom de Guermantes auquel il prêtait
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tution intime et que j’avais crue stable, une altération profonde. la présence de gens que j’avais vus dans de tout autres socié
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m’étonna moins encore que l’intime familiarité avec laquelle ils
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de préjugés aristocratiques, de snobisme, qui jadis écartait auto matiquement du nom de Guermantes tout ce qui ne s’harmoni sait pas avec lui, avait cessé de fonctionner.
Certains étrangers qui, quand j’avais débuté dans le monde, donnaient de grands dîners où ils ne recevaient que la prin cesse de Guermantes, la duchesse de Guermantes, la prin cesse de Parme et étaient chez ces dames à la place d’hon
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