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Le Temps retrouvé

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LE TEMPS RETROUVE
sion à haute voix – devant des tiers dont il oubliait la présence ou la sévérité – d’opinions qu’il avait l’habitude de cacher,
VD JHUPDQRSKLOLH SDU H[HPSOH $LQVL ORQJWHPSV DSUqV OD ¿Q
de la guerre, il gémissait de la défaite des Allemands, parmi les quels il se comptait, et disait orgueilleusement: «Et pourtant il ne se peut pas que nous ne prenions pas notre revanche, car nous avons prouvé que c’est nous qui étions capables de la plus grande résistance, et qui avions la meilleure organisation». Ou bien ses
FRQ¿GHQFHVSUHQDLHQWXQDXWUHWRQHWLOV¶pFULDLWUDJHXVHPHQW ©4XH/RUG;RXOHSULQFHGH;QHYLHQQHQWSDVUHGLUHFHTX¶LOV disaient hier, car je me suis tenu à quatre pour ne pas leur ré SRQGUH©9RXVVDYH]ELHQTXHYRXVHQrWHVDXPRLQVDXWDQWTXH
moi». Inutile d’ajouter que, quand M. de Charlus faisait ainsi, dans les moments où, comme on dit, il n’était pas très «présent», des aveux germanophiles ou autres, les personnes de l’entourage qui se trouvaient là, que ce fût Jupien ou la duchesse de Guer mantes, avaient l’habitude d’interrompre les paroles impru dentes et d’en donner, pour les tiers moins intimes et plus in discrets, une interprétation forcée mais honorable. «Mais mon Dieu! s’écria Jupien, j’avais bien raison de vouloir que nous
QHQRXVpORLJQLRQVSDVOHYRLOjTXLDWURXYpGpMjOHPR\HQG¶HQ
trer en conversation avec un garçon jardinier. Adieu, Monsieur, il vaut mieux que je vous quitte et que je ne laisse pas un instant seul mon malade qui n’est plus qu’un grand enfant».
,
* * *
Je descendis de nouveau de voiture un peu avant d’arriver chez la princesse de Guermantes et je recommençai à penser
j FHWWH ODVVLWXGH HW j FHW HQQXL DYHF OHVTXHOV M¶DYDLV HVVD\p
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MARCEL PROUST
la veille, de noter la ligne qui, dans une des campagnes réputées les plus belles de France, séparait sur les arbres l’ombre de la lu mière. Certes, les conclusions intellectuelles que j’en avais tirées
Q¶D൵HFWDLHQWSDV DXMRXUG¶KXL DXVVL FUXHOOHPHQWPD VHQVLELOLWp
Elles restaient les mêmes. Mais comme chaque fois que je me trouvais arraché à mes habitudes, sorti à une autre heure, dans un lieu nouveau, j’éprouvais un vif plaisir.
Ce plaisir me semblait aujourd’hui un plaisir purement fri
me
vole, celui d’aller à une matinée chez M puisque je savais maintenant que je ne pouvais rien atteindre
GH SOXV TXH GHV SODLVLUV IULYROHV j TXRL ERQ PH OHV UHIXVHU"
-HPHUHGLVDLVTXHMHQ¶DYDLVpSURXYpHQHVVD\DQWFHWWHGHVFULS
tion rien de cet enthousiasme qui n’est pas le seul mais qui est
XQ SUHPLHU FULWpULXP GX WDOHQW -¶HVVD\DLV PDLQWHQDQW GH WLUHU de ma mémoire d’autres «instantanés», notamment des ins WDQWDQpVTX¶HOOH DYDLW SULVj 9HQLVH PDLVULHQ TXH FHPRWPH ODUHQGDLWHQQX\HXVHFRPPHXQHH[SRVLWLRQGHSKRWRJUDSKLHV
et je ne me sentais pas plus de goût, plus de talent, pour décrire maintenant ce que j’avais vu autrefois qu’hier ce que j’observais d’un œil minutieux et morne, au moment même. Dans un instant tant d’amis que je n’avais pas vus depuis si longtemps allaient sans doute me demander de ne plus m’isoler ainsi, de leur consa crer mes journées. Je n’aurais aucune raison de le leur refuser, puisque j’avais maintenant la preuve que je n’étais plus bon à rien, que la littérature ne pouvait plus me causer aucune joie, soit par ma faute, étant trop peu doué, soit par la sienne, si elle
pWDLWHQH൵HWPRLQVFKDUJpHGHUpDOLWpTXHMHQ¶DYDLVFUX
4XDQGMHSHQVDLVjFHTXH%HUJRWWHP¶DYDLWGLW©9RXVrWHV
malade, mais on ne peut vous plaindre car vous avez les joies
GHO¶HVSULWªMHYR\DLVFRPELHQLOV¶pWDLWWURPSpVXUPRL&RPPH
de Guermantes. Mais
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LE TEMPS RETROUVE
LO\DYDLWSHXGHMRLHGDQVFHWWHOXFLGLWpVWpULOH-¶DMRXWHPrPH TXHVLTXHOTXHIRLVM¶DYDLVSHXWrWUHGHVSODLVLUV±QRQGHO¶LQWHO OLJHQFH±MHOHVGpSHQVDLVWRXMRXUVSRXUXQHIHPPHGL൵pUHQWH GHVRUWHTXHOH'HVWLQP¶HWLODFFRUGpFHQWDQVGHYLHGHSOXV HWVDQVLQ¿UPLWpVQ¶HWIDLWTX¶DMRXWHUGHVUDOORQJHVVXFFHVVLYHV jXQHH[LVWHQFHWRXWHHQORQJXHXUGRQWRQQHYR\DLWPrPHSDV
l’intérêt qu’elle se prolongeât davantage, à plus forte raison longtemps encore.
4XDQWDX[ ©MRLHVGHO¶LQWHOOLJHQFHª SRXYDLVMHDLQVL DSSH OHUFHV IURLGHV FRQVWDWDWLRQV TXHPRQ °LO FODLUYR\DQWRXPRQ
raisonnement juste relevaient sans aucun plaisir et qui restaient infécondes. Mais c’est quelquefois au moment où tout nous semble perdu que l’avertissement arrive qui peut nous sauver: on a frappé à toutes les portes qui ne donnent sur rien, et la seule par où on peut entrer et qu’on aurait cherchée en vain pendant
FHQWDQVRQ\KHXUWHVDQVOHVDYRLUHWHOOHV¶RXYUH
,
(QURXODQWOHVWULVWHVSHQVpHVTXHMHGLVDLVLO\DXQLQVWDQW
j’étais entré dans la cour de l’hôtel de Guermantes, et dans ma
GLVWUDFWLRQMHQ¶DYDLV SDVYXXQHYRLWXUHTXLV¶DYDQoDLWDX FUL GXZDWWPDQMHQ¶HXVTXHOHWHPSVGHPHUDQJHUYLYHPHQWGHF{Wp
et je reculai assez pour buter malgré moi contre des pavés assez mal équarris derrière lesquels était une remise. Mais au moment où, me remettant d’aplomb, je posai mon pied sur un pavé qui était un peu moins élevé que le précédent, tout mon décourage ment s’évanouit devant la même félicité qu’à diverses époques de ma vie m’avaient donnée la vue d’arbres que j’avais cru re
FRQQDvWUH GDQV XQH SURPHQDGH HQ YRLWXUH DXWRXU GH %DOEHF
la vue des clochers de Martinville, la saveur d’une madeleine trempée dans une infusion, tant d’autres sensations dont j’ai par
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MARCEL PROUST
OpHWTXHOHVGHUQLqUHV°XYUHVGH9LQWHXLOP¶DYDLHQWSDUXV\QWKp
tiser. Comme au moment où je goûtais la madeleine, toute in quiétude sur l’avenir, tout doute intellectuel étaient dissipés. Ceux qui m’assaillaient tout à l’heure au sujet de la réalité de mes dons littéraires, et même de la réalité de la littérature, se trou vaient levés comme par enchantement. Cette fois je me promet tais bien de ne pas me résigner à ignorer pourquoi, sans que j’eusse fait aucun raisonnement nouveau, trouvé aucun argu
PHQW GpFLVLI OHV GL൶FXOWpV LQVROXEOHV WRXW j O¶KHXUH DYDLHQW
perdu toute importance, comme je l’avais fait le jour où j’avais goûté d’une madeleine trempée dans une infusion. la félicité que
MHYHQDLVG¶pSURXYHUpWDLWELHQHQH൵HWODPrPHTXHFHOOHTXH
j’avais éprouvée en mangeant la madeleine et dont j’avais alors
DMRXUQpGHUHFKHUFKHUOHVFDXVHVSURIRQGHVODGL൵pUHQFHSXUH
ment matérielle, était dans les images évoquées. un azur profond
HQLYUDLWPHV\HX[GHVLPSUHVVLRQVGHIUDvFKHXUG¶pEORXLVVDQWH OXPLqUHWRXUQR\DLHQWSUqVGHPRLHWGDQVPRQGpVLUGHOHVVDLVLU
sans oser plus bouger que quand je goûtais la saveur de la made leine en tâchant de faire parvenir jusqu’à moi ce qu’elle me rap
SHODLWMHUHVWDLVTXLWWHjIDLUHULUHODIRXOHLQQRPEUDEOHGHVZDWW
men, à tituber comme j’avais fait tout à l’heure, un pied sur le pavé plus élevé, l’autre pied sur le pavé le plus bas. Chaque fois que je refaisais, rien que matériellement, ce même pas, il me
UHVWDLWLQXWLOHPDLVVLMHUpXVVLVVDLVRXEOLDQWODPDWLQpH*XHU
mantes, à retrouver ce que j’avais senti en posant ainsi mes pieds, de nouveau la vision éblouissante et indistincte me frôlait
FRPPHVL HOOH P¶DYDLWGLW ©6DLVLVPRLDX SDVVDJH VLWX HQDV la force et tâche à résoudre l’énigme du bonheur que je te pro SRVHª(W SUHVTXHWRXW GHVXLWHMHOHUHFRQQXVF¶pWDLW9HQLVH GRQWPHVH൵RUWVSRXUODGpFULUHHWOHVSUpWHQGXVLQVWDQWDQpVSULV
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LE TEMPS RETROUVE
par ma mémoire ne m’avaient jamais rien dit et que la sensation que j’avais ressentie jadis sur deux dalles inégales du baptistère
GH6DLQW0DUFP¶DYDLWUHQGXHDYHFWRXWHVOHVDXWUHVVHQVDWLRQV MRLQWHVFHMRXUOjjFHWWHVHQVDWLRQOjHWTXLpWDLHQWUHVWpHVGDQV
l’attente, à leur rang, d’où un brusque hasard les avait impérieu sement fait sortir, dans la série des jours oubliés. De même
OHJRWGH ODSHWLWHPDGHOHLQHP¶DYDLWUDSSHOp&RPEUD\0DLV SRXUTXRLOHVLPDJHVGH&RPEUD\HWGH9HQLVHP¶DYDLHQWHOOHV à l’un et à l’autre moment, donné une joie pareille à une certi WXGHHWVX൶VDQWHVDQVDXWUHVSUHXYHVjPHUHQGUHODPRUWLQGLI IpUHQWH"7RXWHQPHOHGHPDQGDQWHWHQpWDQWUpVROXDXMRXUG¶KXL
à trouver la réponse, j’entrai dans l’hôtel de Guermantes, parce que nous faisons toujours passer avant la besogne intérieure que nous avons à faire le rôle apparent que nous jouons et qui,
FHMRXUOjpWDLWFHOXLG¶XQLQYLWp0DLVDUULYpDXSUHPLHUpWDJH
un maître d’hôtel me demanda d’entrer un instant dans un petit
VDORQELEOLRWKqTXHDWWHQDQWDXEX൵HWMXVTX¶jFHTXHOHPRUFHDX TX¶RQMRXDLWIWDFKHYpODSULQFHVVHD\DQWGpIHQGXTX¶RQRXYUvW
les portes pendant son exécution. Or, à ce moment même, un se cond avertissement vint renforcer celui que m’avaient donné les pavés inégaux et m’exhorter à persévérer dans ma tâche.
XQGRPHVWLTXHHQH൵HWYHQDLWGDQVVHVH൵RUWVLQIUXFWXHX[SRXU
ne pas faire de bruit, de cogner une cuiller contre une assiette.
/HPrPHJHQUHGHIpOLFLWpTXHP¶DYDLHQWGRQQpOHVGDOOHVLQp JDOHVP¶HQYDKLWOHVVHQVDWLRQVpWDLHQWGHJUDQGHFKDOHXUHQFRUH PDLVWRXWHVGL൵pUHQWHV PrOpHV G¶XQH RGHXUGH IXPpH DSDLVpH SDU OD IUDvFKH RGHXU G¶XQ FDGUH IRUHVWLHU HW MH UHFRQQXV TXH
ce qui me paraissait si agréable était la même rangée d’arbres
TXHM¶DYDLVWURXYpHHQQX\HXVHjREVHUYHUHWjGpFULUHHWGHYDQW ODTXHOOHGpERXFKDQWODFDQHWWHGHELqUHTXHM¶DYDLVGDQVOHZD
,
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gon, je venais de croire un instant, dans une sorte d’étourdisse ment, que je me trouvais, tant le bruit identique de la cuiller contre l’assiette m’avait donné, avant que j’eusse eu le temps
GHPHUHVVDLVLUO¶LOOXVLRQGXEUXLWGXPDUWHDXG¶XQHPSOR\pTXL
avait arrangé quelque chose à une roue de train pendant que nous étions arrêtés devant ce petit bois. Alors on eût dit que les signes
TXLGHYDLHQWFHMRXUOjPHWLUHUGHPRQGpFRXUDJHPHQWHWPH
rendre la foi dans les lettres avaient à cœur de se multiplier, car un maître d’hôtel depuis longtemps au service du prince de Guer
PDQWHV P¶D\DQW UHFRQQX HW P¶D\DQW DSSRUWp GDQV OD ELEOLR WKqTXHRM¶pWDLVSRXUP¶pYLWHUG¶DOOHUDXEX൵HWXQFKRL[GHSH WLWV IRXUVXQYHUUH G¶RUDQJHDGH MH P¶HVVX\DL OD ERXFKH DYHF ODVHUYLHWWHTX¶LOP¶DYDLWGRQQpHPDLVDXVVLW{WFRPPHOHSHU
sonnage des Mille et une Nuits qui, sans le savoir, accomplit pré cisément le rite qui fait apparaître, visible pour lui seul, un docile génie prêt à le transporter au loin, une nouvelle vision d’azur
SDVVDGHYDQWPHV \HX[ PDLV LOpWDLWSXU HW VDOLQ LOVH JRQÀD HQPDPHOOHVEOHXkWUHVO¶LPSUHVVLRQIXWVLIRUWHTXHOHPRPHQW
que je vivais me sembla être le moment actuel, plus hébété que le jour où je me demandais si j’allais vraiment être accueilli par
ODSULQFHVVH GH*XHUPDQWHVRX VLWRXW Q¶DOODLWSDV V¶H൵RQGUHU MH FUR\DLV TXH OH GRPHVWLTXH YHQDLW G¶RXYULU OD IHQrWUH VXU
la plage et que tout m’invitait à descendre me promener le long
GH ODGLJXHj PDUpH KDXWH OD VHUYLHWWH TXH M¶DYDLV SULVHSRXU P¶HVVX\HU OD ERXFKH DYDLW SUpFLVpPHQW OH JHQUH GH UDLGHXU
et d’empesé de celle avec laquelle j’avais eu tant de peine à me
VpFKHUGHYDQWODIHQrWUHOHSUHPLHUMRXUGHPRQDUULYpHj%DO bec, et maintenant, devant cette bibliothèque de l’hôtel de Guer PDQWHVHOOHGpSOR\DLWUpSDUWLGDQVVHVSOLVHWGDQVVHVFDVVXUHV
le plumage d’un océan vert et bleu comme la queue d’un paon.
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Et je ne jouissais pas que de ces couleurs, mais de tout un instant de ma vie qui les soulevait, qui avait été sans doute aspiration vers elles, dont quelque sentiment de fatigue ou de tris
WHVVHP¶DYDLWSHXWrWUHHPSrFKpGHMRXLUj%DOEHFHWTXLPDLQ WHQDQWGpEDUUDVVpGHFHTX¶LO\DG¶LPSDUIDLWGDQVODSHUFHSWLRQ H[WpULHXUHSXUHWGpVLQFDUQpPHJRQÀDLWG¶DOOpJUHVVH/HPRU FHDXTX¶RQMRXDLWSRXYDLW¿QLUG¶XQPRPHQWjO¶DXWUHHWMHSRX YDLVrWUHREOLJpG¶HQWUHUDXVDORQ$XVVLMHP¶H൵RUoDLVGHWkFKHU
de voir clair le plus vite possible dans la nature des plaisirs iden tiques que je venais, par trois fois en quelques minutes, de res sentir, et ensuite de dégager l’enseignement que je devais en ti
UHU6XU O¶H[WUrPHGL൵pUHQFHTX¶LO \D HQWUHO¶LPSUHVVLRQYUDLH
que nous avons eue d’une chose et l’impression factice que nous
QRXVHQGRQQRQVTXDQGYRORQWDLUHPHQWQRXVHVVD\RQVGHQRXV ODUHSUpVHQWHUMHQHP¶DUUrWDLVSDVPHUDSSHODQWWURSDYHFTXHOOH LQGL൵pUHQFHUHODWLYH6ZDQQDYDLWSXSDUOHUDXWUHIRLVGHVMRXUVR LO pWDLW DLPp SDUFH TXH VRXV FHWWH SKUDVH LO YR\DLW DXWUH chose qu’eux, et de la douleur subite que lui avait causée la pe WLWHSKUDVHGH9LQWHXLOHQOXLUHQGDQWFHVMRXUVHX[PrPHVWHOV
qu’il les avait jadis sentis, je comprenais trop que ce que la sen sation des dalles inégales, la raideur de la serviette, le goût de la madeleine avaient réveillé en moi, n’avait aucun rapport
DYHFFHTXHMHFKHUFKDLVVRXYHQWjPHUDSSHOHUGH9HQLVHGH%DO EHFGH&RPEUD\jO¶DLGHG¶XQHPpPRLUHXQLIRUPHHWMHFRP
prenais que la vie pût être jugée médiocre, bien qu’à certains moments elle parût si belle, parce que dans le premier cas c’est
VXUWRXWDXWUHFKRVHTX¶HOOHPrPHVXUGHVLPDJHVTXLQHJDUGHQW rien d’elle qu’on la juge et qu’on la déprécie. Tout au plus no WDLVMHDFFHVVRLUHPHQWTXHODGL൵pUHQFHTX¶LO\DHQWUHFKDFXQH GHV LPSUHVVLRQV UpHOOHV ± GL൵pUHQFHV TXL H[SOLTXHQW TX¶XQH
,
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peinture uniforme de la vie ne puisse être ressemblante – tenait probablement à cette cause: que la moindre parole que nous
DYRQVGLWHjXQHpSRTXHGHQRWUHYLHOHJHVWHOHSOXVLQVLJQL¿DQW TXHQRXVDYRQVIDLWpWDLWHQWRXUpSRUWDLWVXUOXLOHUHÀHWGHVFKRVHV
qui logiquement ne tenaient pas à lui, en ont été séparées par l’intelligence, qui n’avait rien à faire d’elles pour les besoins
GXUDLVRQQHPHQWPDLVDXPLOLHXGHVTXHOOHV±LFLUHÀHWURVHGX VRLU VXU OH PXU ÀHXUL G¶XQ UHVWDXUDQW FKDPSrWUH VHQVDWLRQ GH IDLP GpVLU GHV IHPPHV SODLVLU GX OX[H Oj YROXWHV EOHXHV
de la mer matinale enveloppant des phrases musicales qui en émergent partiellement comme les épaules des ondines – le geste, l’acte le plus simple reste enfermé comme dans mille vases clos dont chacun serait rempli de choses d’une couleur,
G¶XQH RGHXU G¶XQH WHPSpUDWXUH DEVROXPHQW GL൵pUHQWHV VDQV compter que ces vases, disposés sur toute la hauteur de nos an QpHVSHQGDQWOHVTXHOOHV QRXVQ¶DYRQVFHVVpGHFKDQJHUIWFH
seulement de rêve et de pensée, sont situés à des altitudes bien diverses, et nous donnent la sensation d’atmosphères singulière ment variées. Il est vrai que, ces changements, nous les avons
DFFRPSOLVLQVHQVLEOHPHQW PDLVHQWUHOH VRXYHQLUTXL QRXVUH
vient brusquement et notre état actuel, de même qu’entre deux
VRXYHQLUVG¶DQQpHVGHOLHX[G¶KHXUHVGL൵pUHQWHVODGLVWDQFHHVW WHOOHTXHFHODVX൶UDLWHQGHKRUVPrPHG¶XQHRULJLQDOLWpVSpFL ¿TXH j OHV UHQGUH LQFRPSDUDEOHV OHV XQV DX[ DXWUHV 2XL VL
le souvenir, grâce à l’oubli, n’a pu contracter aucun lien, jeter aucun chaînon entre lui et la minute présente, s’il est resté à sa place, à sa date, s’il a gardé ses distances, son isolement dans
OHFUHX[G¶XQHYDOOpHRXjODSRLQWHG¶XQVRPPHWLOQRXVIDLWWRXW
à coup respirer un air nouveau, précisément parce que c’est un air qu’on a respiré autrefois, cet air plus pur que les poètes ont
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LE TEMPS RETROUVE
YDLQHPHQWHVVD\pGHIDLUHUpJQHUGDQVOH3DUDGLVHWTXLQHSRXU
rait donner cette sensation profonde de renouvellement que s’il avait été respiré déjà, car les vrais paradis sont les paradis qu’on
DSHUGXV(WDXSDVVDJHMHUHPDUTXDLVTX¶LO\DXUDLWGDQVO¶°XYUH G¶DUWTXHMHPHVHQWDLVSUrWGpMjVDQVP¶\rWUHFRQVFLHPPHQW UpVROXj HQWUHSUHQGUHGH JUDQGHVGL൶FXOWpV&DU M¶HQGHYUDLV
exécuter les parties successives dans une matière en quelque
VRUWHGL൵pUHQWH(OOHVHUDLWELHQGL൵pUHQWHFHOOHTXLFRQYLHQGUDLW DX[VRXYHQLUVGHPDWLQVDXERUGGHODPHUGHFHOOHG¶DSUqVPLGL j9HQLVH XQH PDWLqUH GLVWLQFWH QRXYHOOH G¶XQH WUDQVSDUHQFH G¶XQHVRQRULWpVSpFLDOHFRPSDFWHIUDvFKLVVDQWHHWURVHHWGL൵p
rente encore si je voulais décrire les soirs de Rivebelle où, dans la salle à manger ouverte sur le jardin, la chaleur commençait à se décomposer, à retomber, à se déposer, où une dernière lueur éclairait encore les roses sur les murs du restaurant tandis que les dernières aquarelles du jour étaient encore visibles au ciel. Je glissais rapidement sur tout cela, plus impérieusement solli cité que j’étais de chercher la cause de cette félicité, du caractère de certitude avec lequel elle s’imposait, recherche ajournée au trefois. Or, cette cause, je la devinais en comparant entre elles ces diverses impressions bienheureuses et qui avaient entre elles ceci de commun que je les éprouvais à la fois dans le moment actuel et dans un moment éloigné où le bruit de la cuiller sur l’assiette, l’inégalité des dalles, le goût de la madeleine allaient jusqu’à faire empiéter le passé sur le présent, à me faire hésiter
jVDYRLUGDQVOHTXHOGHVGHX[MHPHWURXYDLVDXYUDLO¶rWUHTXL
alors goûtait en moi cette impression la goûtait en ce qu’elle avait de commun dans un jour ancien et maintenant, dans
FHTX¶HOOHDYDLWG¶H[WUDWHPSRUHOXQrWUHTXLQ¶DSSDUDLVVDLWTXH quand, par une de ces identités entre le présent et le passé, il pou
,
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MARCEL PROUST
vait se trouver dans le seul milieu où il pût vivre, jouir de l’es VHQFHGHVFKRVHVF¶HVWjGLUH HQGHKRUVGXWHPSV &HODH[SOL
quait que mes inquiétudes au sujet de ma mort eussent cessé au moment où j’avais reconnu, inconsciemment, le goût de la pe
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jamais manifesté qu’en dehors de l’action, de la jouissance im médiate, chaque fois que le miracle d’une analogie m’avait fait
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de ma mémoire et de mon intelligence échouaient toujours.
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jadis dit faux en parlant des joies de la vie spirituelle, c’était
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nements logiques qui étaient sans rapport avec elle, avec ce qui existait en moi à ce moment – exactement comme j’avais pu
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d’après des souvenirs sans vérité, alors que j’avais un tel appé tit de vivre, maintenant que venait de renaître en moi, à trois reprises, un véritable moment du passé.
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quelque chose qui, commun à la fois au passé et au présent, est beaucoup plus essentiel qu’eux deux.
Tant de fois, au cours de ma vie, la réalité m’avait déçu parce que, au moment où je la percevais, mon imagination, qui était mon seul organe pour jouir de la beauté, ne pouvait s’appliquer à elle, en vertu de la loi inévitable qui veut qu’on ne puisse ima
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dure loi s’était trouvé neutralisé, suspendu, par un expédient
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