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Le Temps retrouvé

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LE TEMPS RETROUVE
HWHOOHV QH OXLVHUYHQW SOXVj ULHQª/H PDvWUHG¶K{WHO SUR¿WD
de l’occasion pour dire à Françoise que sans doute c’était triste, mais que cela ne comptait guère auprès des millions d’hommes
TXLWRPEDLHQWWRXVOHVMRXUVPDOJUpWRXVOHVH൵RUWVTXHIDLVDLW
le gouvernement pour le cacher. Mais, cette fois, le maître d’hô tel ne réussit pas à augmenter la douleur de Françoise comme
LODYDLWFUX&DUFHOOHFLOXLUpSRQGLW©&¶HVWYUDLTX¶LOVPHXUHQW DXVVL SRXU OD )UDQFH PDLV F¶HVW GHV LQFRQQXV F¶HVW WRXMRXUV
plus intéressant quand c’est des gens qu’on connaît». Et Fran çoise, qui trouvait du plaisir à pleurer, ajouta encore: «Il faudra bien prendre garde de m’avertir si on cause de la mort du Mar quis sur le journal».
Robert m’avait souvent dit avec tristesse, bien avant la guerre: «Oh! ma vie, n’en parlons pas, je suis un homme
FRQGDPQp G¶DYDQFHª )DLVDLWLO DOOXVLRQ DX YLFH TX¶LO DYDLW réussi jusqu’alors à cacher à tout le monde, mais qu’il connais VDLW HW GRQW LO V¶H[DJpUDLW SHXWrWUH OD JUDYLWp FRPPH OHV HQ
fants qui font la première fois l’amour, ou même, avant cela, cherchent seuls le plaisir, s’imaginent pareils à la plante qui ne peut disséminer son pollen sans mourir tout de suite après.
3HXWrWUHFHWWHH[DJpUDWLRQWHQDLWHOOHSRXU6DLQW/RXSFRPPH
pour les enfants, ainsi qu’à l’idée du péché avec laquelle on ne s’est pas encore familiarisé, à ce qu’une sensation toute nou velle a une force presque terrible qui ira ensuite en s’atténuant.
2XELHQDYDLWLOOHMXVWL¿DQWDXEHVRLQSDUODPRUWGHVRQSqUH HQOHYp DVVH] MHXQH OH SUHVVHQWLPHQW GH VD ¿Q SUpPDWXUpH 6DQV GRXWH XQ WHO SUHVVHQWLPHQW VHPEOH LPSRVVLEOH 3RXUWDQW
la mort paraît assujettie à certaines lois. On dirait souvent, par exemple, que les êtres nés de parents qui sont morts très vieux ou très jeunes sont presque forcés de disparaître au même âge,
,
191
MARCEL PROUST
les premiers traînant jusqu’à la centième année des chagrins et des maladies incurables, les autres, malgré une existence heu
UHXVHHW K\JLpQLTXHHPSRUWpVjODGDWH LQpYLWDEOHHW SUpPDWX
rée par un mal si opportun et si accidentel (quelques racines profondes qu’il puisse avoir dans le tempérament) qu’il semble
ODIRUPDOLWpQpFHVVDLUHjODUpDOLVDWLRQGHODPRUW(WQHVHUDLWLO SDVSRVVLEOHTXHODPRUWDFFLGHQWHOOHHOOHPrPH±FRPPHFHOOH GH6DLQW/RXSOLpHG¶DLOOHXUVjVRQFDUDFWqUHGHSOXVGHIDoRQV SHXWrWUHTXHMHQ¶DLFUXGHYRLUOHGLUH±IWHOOHDXVVLLQVFULWH
d’avance, connue seulement des dieux, invisible aux hommes, mais révélée par une tristesse particulière, à demi inconsciente, à demi consciente (et même, dans cette dernière mesure, expri mée aux autres avec cette sincérité complète qu’on met à annon cer des malheurs auxquels on croit dans son for intérieur échap per et qui pourtant arriveront), à celui qui la porte et l’aperçoit
VDQVFHVVHHQOXLPrPHFRPPHXQHGHYLVHXQHGDWHIDWDOH
,ODYDLWGrWUHELHQEHDXHQFHVGHUQLqUHVKHXUHVOXLTXLWRX
jours dans cette vie avait semblé, même assis, même marchant dans un salon, contenir l’élan d’une charge, en dissimulant d’un
VRXULUHODYRORQWpLQGRPSWDEOHTX¶LO\DYDLWGDQVVDWrWHWULDQJX ODLUHHQ¿QLODYDLWFKDUJp'pEDUUDVVpHGHVHVOLYUHVODWRXUHOOH
féodale était redevenue militaire. Et ce Guermantes était mort
SOXVOXLPrPHRXSOXW{WSOXVGHVDUDFHHQODTXHOOHLOQ¶pWDLWSOXV TX¶XQ*XHUPDQWHVFRPPHFHIXWV\PEROLTXHPHQWYLVLEOHjVRQ HQWHUUHPHQWGDQVO¶pJOLVH6DLQW+LODLUH GH&RPEUD\WRXWHWHQ
due de tentures noires où se détachait en rouge, sous la couronne fermée, sans initiales de prénoms ni titres, le G du Guermantes que par la mort il était redevenu. Avant d’aller à cet enterrement,
TXLQ¶HXWSDVOLHXWRXWGHVXLWHM¶pFULYLVj*LOEHUWH-¶DXUDLVSHXW
être dû écrire à la duchesse de Guermantes, je me disais qu’elle
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LE TEMPS RETROUVE
DFFXHLOOHUDLWODPRUW GH5REHUWDYHF ODPrPHLQGL൵pUHQFH TXH
je lui avais vu manifester pour celle de tant d’autres qui avaient
VHPEOpWHQLUVLpWURLWHPHQWjVDYLHHWTXHSHXWrWUHPrPHDYHF
son tour d’esprit Guermantes, elle chercherait à montrer qu’elle
Q¶DYDLWSDVODVXSHUVWLWLRQGHVOLHQVGXVDQJ-¶pWDLVWURSVRX൵UDQW
pour écrire à tout le monde. J’avais cru autrefois qu’elle et Ro bert s’aimaient bien dans le sens où l’on dit cela dans le monde,
F¶HVWjGLUHTXHO¶XQDXSUqVGHO¶DXWUHLOVVHGLVDLHQWGHVFKRVHV WHQGUHV TX¶LOV UHVVHQWDLHQW j FH PRPHQWOj 0DLV ORLQ G¶HOOH
il n’hésitait pas à la déclarer idiote, et si elle éprouvait parfois à le voir un plaisir égoïste, je l’avais vue incapable de se donner la plus petite peine, d’user si légèrement que ce fût de son cré dit pour lui rendre un service, même pour lui éviter un malheur. la méchanceté dont elle avait fait preuve à son égard en refu
VDQWGHOHUHFRPPDQGHUDXJpQpUDOGH6DLQW-RVHSKTXDQG5R
bert allait repartir pour le Maroc, prouvait que le dévouement qu’elle lui avait montré à l’occasion de son mariage n’était qu’une sorte de compensation qui ne lui coûtait guère. Aussi
IXVMH ELHQ pWRQQp G¶DSSUHQGUH FRPPH HOOH pWDLW VRX൵UDQWH
au moment où Robert fut tué, qu’on s’était cru obligé de lui ca cher pendant plusieurs jours (sous les plus fallacieux prétextes)
OHVMRXUQDX[TXLOXLHXVVHQW DSSULVFHWWHPRUWD¿QGH OXLpYL
ter le choc qu’elle en ressentirait. Mais ma surprise augmenta
TXDQGM¶DSSULVTX¶DSUqV TX¶RQHWpWpREOLJp HQ¿QGHOXLGLUH
la vérité, la duchesse pleura toute une journée, tomba malade, et mit longtemps – plus d’une semaine, c’était longtemps pour elle – à se consoler. Quand j’appris ce chagrin j’en fus touché. Il fait que tout le monde peut dire, et que je peux assurer qu’il existait entre eux une grande amitié. Mais en me rappelant com bien de petites médisances, de mauvaise volonté à se rendre
,
193
MARCEL PROUST
VHUYLFHFHOOHOjDYDLWHQIHUPpHVMHSHQVHDXSHXGHFKRVH TXH
c’est qu’une grande amitié dans le monde. D’ailleurs, un peu plus tard, dans une circonstance plus importante historiquement
me
si elle touchait moins mon cœur, M à mon avis, sous un jour encore plus favorable. Elle qui, jeune
¿OOHDYDLWIDLWSUHXYHGHWDQWG¶LPSHUWLQHQWHDXGDFHVLO¶RQV¶HQ
souvient, à l’égard de la famille impériale de Russie et qui, ma riée, leur avait toujours parlé avec une liberté qui la faisait par
IRLVDFFXVHUGHPDQTXHGHWDFWIXWSHXWrWUHVHXOHDSUqVOD5p YROXWLRQUXVVHjIDLUHSUHXYH jO¶pJDUGGHVJUDQGHVGXFKHVVHV HW GHV JUDQGVGXFV G¶XQ GpYRXHPHQW VDQV ERUQHV (OOH DYDLW
l’année même qui avait précédé la guerre, considérablement
DJDFpODJUDQGHGXFKHVVH:ODGLPLUHQDSSHODQWWRXMRXUVODFRP WHVVHGH+RKHQIHOVHQIHPPHPRUJDQDWLTXHGXJUDQGGXF3DXO ©OD *UDQGH'XFKHVVH 3DXOª ,O Q¶HPSrFKH TXH OD 5pYROXWLRQ
russe n’eut pas plutôt éclaté que notre ambassadeur à Péters bourg, M. Paléologue ( «Paléo» pour le monde diplomatique, qui a ses abréviations prétendues spirituelles comme l’autre), fut harcelé des dépêches de la duchesse de Guermantes qui vou
ODLWDYRLUGHVQRXYHOOHVGHODJUDQGHGXFKHVVH0DULH3DYORYQD (WSHQGDQWORQJWHPSVOHVVHXOHVPDUTXHVGHV\PSDWKLHHWGHUHV
pect que reçut sans cesse cette princesse lui vinrent exclusive
me
ment de M
de Guermantes.
6DLQW/RXSFDXVDVLQRQSDUVDPRUWGXPRLQVSDUFHTX¶LO
avait fait dans les semaines qui l’avaient précédée, des chagrins
SOXVJUDQGVTXHFHOXLGHODGXFKHVVH(QH൵HWOHOHQGHPDLQPrPH
du soir où j’avais vu M. de Charlus, le jour même où le baron
DYDLW GLWj 0RUHO ©-H PH YHQJHUDLª OHVGpPDUFKHVGH 6DLQW /RXSSRXUUHWURXYHU0RUHODYDLHQWDERXWL±F¶HVWjGLUHTX¶HOOHV
avaient abouti à ce que le général sous les ordres de qui aurait
de Guermantes se montra,
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LE TEMPS RETROUVE
dû être Morel, s’étant rendu compte qu’il était déserteur, l’avait
IDLWUHFKHUFKHUHWDUUrWHUHWSRXUV¶H[FXVHUDXSUqVGH6DLQW/RXS
du châtiment qu’allait subir quelqu’un à qui il s’intéressait, avait
pFULWj6DLQW/RXSSRXUO¶HQDYHUWLU0RUHOQHGRXWDSDVTXHVRQ
arrestation n’eût été provoquée par la rancune de M. de Char lus. Il se rappela les paroles: «Je me vengerai», pensa que c’était là cette vengeance, et demanda à faire des révélations.
©6DQVGRXWHGpFODUDWLO M¶DL GpVHUWp0DLVVL M¶DL pWp FRQGXLW VXUOH PDXYDLVFKHPLQHVWFH WRXWj IDLWPDIDXWH"ª,OUDFRQWD
sur M. de Charlus et sur M. d’Argencourt, avec lequel il s’était brouillé aussi, des histoires ne le touchant pas à vrai dire direc
WHPHQWPDLVTXHFHX[FLDYHFODGRXEOHH[SDQVLRQGHVDPDQWV HWGHVLQYHUWLVOXLDYDLHQWUDFRQWpHVFHTXL¿WDUUrWHUjODIRLV 0GH&KDUOXVHW0G¶$UJHQFRXUW&HWWHDUUHVWDWLRQFDXVDSHXW
être moins de douleur à tous deux que d’apprendre à chacun, qui l’ignorait, que l’autre était son rival, et l’instruction révéla qu’ils en avaient énormément d’obscurs, de quotidiens, ramassés dans la rue. Ils furent bientôt relâchés, d’ailleurs. Morel le fut aussi
SDUFHTXHODOHWWUHpFULWHj6DLQW/RXSSDUOHJpQpUDOOXLIXWUHQ YR\pHDYHFFHWWHPHQWLRQ©'pFpGpPRUWDXFKDPSG¶KRQQHXUª /H JpQpUDO YRXOXW IDLUH SRXU OH GpIXQW TXH 0RUHO IW VLPSOH PHQWHQYR\p VXUOH IURQWLO V¶\FRQGXLVLW EUDYHPHQWpFKDSSD jWRXV OHV GDQJHUVHWUHYLQW OD JXHUUH¿QLH DYHF ODFURL[TXH
M. de Charlus avait jadis vainement sollicitée pour lui et que
OXLYDOXWLQGLUHFWHPHQWODPRUWGH6DLQW/RXS-¶DLVRXYHQWSHQVp
depuis, en me rappelant cette croix de guerre égarée chez Jupien,
TXHVL6DLQW/RXSDYDLWVXUYpFXLOHWSXIDFLOHPHQWVHIDLUHpOLUH
député dans les élections qui suivirent la guerre, grâce à l’écume
GHQLDLVHULHHWDXUD\RQQHPHQWGHJORLUHTX¶HOOHODLVVDDSUqVHOOH et où, si un doigt de moins, abolissant des siècles de préjugés, per
,
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MARCEL PROUST
mettait d’entrer par un brillant mariage dans une famille aristo FUDWLTXHODFURL[GHJXHUUHHWHOOHpWpJDJQpHGDQVOHVEXUHDX[
tenait lieu de profession de foi pour entrer, dans une élection triomphale, à la Chambre des Députés, presque à l’Académie
IUDQoDLVH /¶pOHFWLRQ GH 6DLQW/RXS j FDXVH GH VD ©VDLQWHª IDPLOOHHW IDLWYHUVHU j0$UWKXU0H\HU GHVÀRWV GHODUPHV HWG¶HQFUH0DLV SHXWrWUHDLPDLWLOWURSVLQFqUHPHQWOHSHXSOH SRXU DUULYHUjFRQTXpULU OHV VX൵UDJHV GX SHXSOH OHTXHO SRXU
tant lui aurait sans doute, en faveur de ses quartiers de noblesse,
SDUGRQQpVHVLGpHVGpPRFUDWLTXHV6DLQW/RXSOHVHWH[SRVpHV
sans doute avec succès devant une chambre d’aviateurs. Certes, ces héros l’auraient compris, ainsi que quelques très rares hauts
HVSULWV0DLV JUkFH jO¶DSDLVHPHQWGX %ORFQDWLRQDORQ DYDLW
aussi repêché les vieilles canailles de la politique, qui sont tou jours réélues. Celles qui ne purent entrer dans une chambre d’aviateurs quémandèrent, au moins pour entrer à l’Académie
IUDQoDLVHOHVVX൵UDJHVGHVPDUpFKDX[G¶XQSUpVLGHQWGHOD5p
publique, d’un président de la Chambre, etc. Elles n’eussent
SDVpWpIDYRUDEOHVj6DLQW/RXSPDLVO¶pWDLHQWjXQDXWUHKDEL WXpGH-XSLHQFHGpSXWpGHO¶$FWLRQ/LEpUDOHTXLIXWUppOXVDQV FRQFXUUHQW,OQHTXLWWDLWSDVO¶XQLIRUPHG¶R൶FLHUGHWHUULWRULDOH ELHQTXHODJXHUUHIW¿QLHGHSXLVORQJWHPSV6RQpOHFWLRQIXW
saluée avec joie par tous les journaux qui avaient fait l’»union» sur son nom, par les dames nobles et riches, qui ne portaient plus que des guenilles par un sentiment de convenances et la peur
GHVLPS{WVWDQGLVTXHOHVKRPPHVGHOD%RXUVHDFKHWDLHQWVDQV
arrêter des diamants, non pour leurs femmes mais parce que,
D\DQWSHUGX WRXWHFRQ¿DQFHGDQV OHFUpGLW G¶DXFXQ SHXSOHLOV se réfugiaient vers cette richesse palpable, et faisaient ainsi mon WHUODGH%HHUVGHPLOOHIUDQFV7DQWGHQLDLVHULHDJDoDLWXQSHX
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LE TEMPS RETROUVE
PDLV RQ HQ YRXOXW PRLQV DX %ORF QDWLRQDO TXDQG RQ YLW WRXW G¶XQFRXSOHVYLFWLPHVGXEROFKHYLVPHGHVJUDQGHVGXFKHVVHV
en haillons, dont on avait assassiné les maris dans des brouettes,
HWOHV¿OVHQMHWDQWGHVSLHUUHVGHVVXVDSUqVOHVDYRLUODLVVpVVDQV PDQJHUIDLWWUDYDLOOHU DXPLOLHX GHVKXpHV HWHQ¿Q MHWpVGDQV GHVSXLWV RRQOHV ODSLGDLWSDUFH TX¶RQFUR\DLWTX¶LOV DYDLHQW
la peste et pouvaient la communiquer. Ceux qui étaient arrivés à s’enfuir reparurent tout à coup, ajoutant encore à ce tableau
G¶KRUUHXUGHQRXYHDX[GpWDLOVWHUUL¿DQWV
,
CHAPITRE III
MATINEE CHEZ
LA PRINCESSE DE
GUERMANTES
/DQRXYHOOHPDLVRQGHVDQWpGDQVODTXHOOHMHPHUHWLUDLDORUV QHPHJXpULWSDVSOXVTXHODSUHPLqUHHWXQORQJWHPSVV¶pFRXOD
avant que je la quittasse. Durant le trajet en chemin de fer que
MH¿VSRXUUHQWUHUj3DULVODSHQVpHGHPRQDEVHQFHGHGRQVOLW
téraires, que j’avais cru découvrir jadis du côté de Guermantes, que j’avais reconnue avec plus de tristesse encore dans mes pro menades quotidiennes avec Gilberte, avant de rentrer dîner, fort avant dans la nuit, à Tansonville, et qu’à la veille de quitter cette
SURSULpWpM¶DYDLVjSHXSUqVLGHQWL¿pHHQOLVDQWTXHOTXHVSDJHV du journal des Goncourt, à la vanité, au mensonge de la litté UDWXUH FHWWHSHQVpH PRLQV GRXORXUHXVH SHXWrWUH SOXV PRUQH HQFRUHVLMHOXLGRQQDLVFRPPHREMHWQRQPDSURSUHLQ¿UPLWp
à moi particulière, mais l’inexistence de l’idéal auquel j’avais cru, cette pensée qui ne m’était pas depuis bien longtemps reve nue à l’esprit me frappa de nouveau et avec une force plus la mentable que jamais. C’était, je me le rappelle, à un arrêt du train
HQSOHLQHFDPSDJQH/HVROHLOpFODLUDLWMXVTX¶jODPRLWLpGHOHXU
tronc une ligne d’arbres qui suivait la voie du chemin de fer.
©$UEUHVSHQVDLMHYRXVQ¶DYH]SOXVULHQjPHGLUHPRQF°XU
198
LE TEMPS RETROUVE
refroidi ne vous entend plus. Je suis pourtant ici en pleine nature,
HKELHQF¶HVWDYHFIURLGHXUDYHFHQQXLTXHPHV\HX[FRQVWDWHQW
la ligne qui sépare votre front lumineux de votre tronc d’ombre.
6LMDPDLVM¶DLSXPHFURLUHSRqWHMHVDLVPDLQWHQDQWTXHMHQH OHVXLVSDV3HXWrWUHGDQV ODQRXYHOOHSDUWLH GHPDYLHGHVVp FKpHTXLV¶RXYUH OHVKRPPHVSRXUUDLHQWLOVP¶LQVSLUHUFHTXH QHPHGLWSOXVODQDWXUH0DLVOHVDQQpHVRM¶DXUDLVSHXWrWUH
été capable de la chanter ne reviendront jamais». Mais en me donnant cette consolation d’une observation humaine possible venant prendre la place d’une inspiration impossible, je savais que je cherchais seulement à me donner une consolation, et que
MHVDYDLVPRLPrPH VDQV YDOHXU6L M¶DYDLVYUDLPHQW XQH kPH G¶DUWLVWH TXHO SODLVLU Q¶pSURXYHUDLVMH SDV GHYDQW FH ULGHDX G¶DUEUHVpFODLUpSDUOHVROHLOFRXFKDQWGHYDQWFHVSHWLWHVÀHXUV GXWDOXVTXLVHKDXVVDLHQWSUHVTXHMXVTX¶DXPDUFKHSLHGGXZD
gon, dont je pouvais compter les pétales et dont je me garderais bien de décrire la couleur comme feraient tant de bons lettrés,
FDUSHXWRQHVSpUHUWUDQVPHWWUH DXOHFWHXUXQSODLVLU TX¶RQQ¶D SDVUHVVHQWL"XQSHXSOXV WDUGM¶DYDLVYX DYHFOD PrPHLQGLI férence les lentilles d’or et d’orange dont le même soleil cou FKDQWFULEODLWOHVIHQrWUHVG¶XQHPDLVRQHWHQ¿QFRPPHO¶KHXUH
avait avancé, j’avais vu une autre maison qui semblait construite en une substance d’un rose assez étrange. Mais j’avais fait ces
GLYHUVHV FRQVWDWDWLRQVDYHFODPrPH DEVROXH LQGL൵pUHQFH TXH
si, me promenant dans un jardin avec une dame, j’avais vu une feuille de verre et un peu plus loin un objet d’une matière analogue à l’albâtre dont la couleur inaccoutumée ne m’aurait pas tiré du plus languissant ennui et que si, par politesse pour la dame, pour dire quelque chose et pour montrer que j’avais remarqué cette couleur, j’avais désigné en passant le verre
,
199
MARCEL PROUST
coloré et le morceau de stuc. De la même manière, par acquit
GHFRQVFLHQFHMHPHVLJQDODLVjPRLPrPHFRPPHjTXHOTX¶XQ
qui m’eût accompagné et qui eût été capable d’en tirer plus
GHSODLVLUTXHPRLOHVUHÀHWVGXIHXGDQVOHVYLWUHVHWODWUDQV
parence rose de la maison. Mais le compagnon à qui j’avais fait
FRQVWDWHUFHVH൵HWVFXULHX[pWDLWG¶XQHQDWXUHVDQVGRXWHPRLQV
enthousiaste que beaucoup de gens bien disposés, qu’une telle vue ravit, car il avait pris connaissance de ces couleurs sans au cune espèce d’allégresse.
Ma longue absence de Paris n’avait pas empêché d’anciens amis à continuer, comme mon nom restait sur leurs listes, à m’en
YR\HU¿GqOHPHQWGHVLQYLWDWLRQVHWTXDQGM¶HQWURXYDLHQUHQ WUDQW±DYHFXQHSRXUXQJRWHUGRQQpSDUOD%HUPDHQO¶KRQQHXU GHVD ¿OOHHW GHVRQ JHQGUH±XQH DXWUHSRXU XQHPDWLQpH TXL
devait avoir lieu le lendemain chez le prince de Guermantes,
OHV WULVWHV UpÀH[LRQV TXH M¶DYDLV IDLWHV GDQV OH WUDLQ QH IXUHQW SDVXQGHVPRLQGUHVPRWLIVTXLPHFRQVHLOOqUHQWGHP¶\UHQGUH
Ce n’était vraiment pas la peine de me priver de mener la vie
GHO¶KRPPHGXPRQGHP¶pWDLVMHGLWSXLVTXHOHIDPHX[©WUD
vail» auquel depuis si longtemps j’espère chaque jour me mettre le lendemain, je ne suis pas ou plus fait pour lui, et que
SHXWrWUHPrPHLO QHFRUUHVSRQGjDXFXQHUpDOLWp¬YUDL GLUH
cette raison était toute négative et ôtait simplement leur valeur à celles qui auraient pu me détourner de ce concert mondain.
0DLVFHOOHTXLP¶\¿W DOOHUIXWFHQRPGH*XHUPDQWHVGHSXLV
assez longtemps sorti de mon esprit pour que, lu sur la carte
G¶LQYLWDWLRQLOUpYHLOOkWXQUD\RQGHPRQDWWHQWLRQDOOkWSUpOH ver au fond de ma mémoire une coupe de leur passé, accompa JQpGHWRXWHVOHVLPDJHVGHIRUrWGRPDQLDOHRXGHKDXWHVÀHXUV
qui l’escortaient alors, et pour qu’il reprît pour moi le charme
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