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Le Temps retrouvé

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LE TEMPS RETROUVE
qu’on leur répétait que la guerre durerait deux mois. Ah! ils ne savaient pas comme moi la force de l’Allemagne, la vertu
GHODUDFHSUXVVLHQQHGLWLOHQV¶RXEOLDQW±HWSXLVUHPDUTXDQW
qu’il avait trop laissé voir son point de vue – ce n’est pas tant
O¶$OOHPDJQH TXH MH FUDLQV SRXU OD )UDQFH TXH OD JXHUUH HOOH
même. les gens de l’arrière s’imaginent que la guerre est seule ment un gigantesque match de boxe auquel ils assistent de loin, grâce aux journaux. Mais cela n’a aucun rapport. C’est une ma ladie qui quand elle semble conjurée sur un point reprend sur
XQDXWUH$XMRXUG¶KXL1R\RQVHUDGpOLYUpGHPDLQRQQ¶DXUDSOXV QLSDLQQLFKRFRODWDSUqVGHPDLQFHOXLTXLVHFUR\DLWWUDQTXLOOH HWDFFHSWHUDLWDXEHVRLQXQHEDOOHTX¶LOQ¶LPDJLQHSDVV¶D൵ROHUD
parce qu’il lira dans les journaux que sa classe est rappelée.
4XDQWDX[PRQXPHQWVXQFKHIG¶°XYUHXQLTXHFRPPH5HLPV
par la qualité n’est pas tellement ce dont la disparition m’épou vante, c’est surtout de voir anéantis une telle quantité d’en sembles qui rendaient le moindre village de France instructif
HWFKDUPDQWª-HSHQVDLDXVVLW{Wj&RPEUD\HWTX¶DXWUHIRLVM¶DX
me
UDLVFUXPHGLPLQXHUDX[\HX[GH0 ODSHWLWHVLWXDWLRQ TXH PD IDPLOOHRFFXSDLW j &RPEUD\-H PH
demandai si elle n’avait pas été révélée aux Guermantes et à
0GH &KDUOXVVRLW SDU/HJUDQGLQ RX6ZDQQ RX6DLQW/RXS
ou Morel. Mais cette prétérition même était moins pénible pour moi que des explications rétrospectives. Je souhaitai seulement
TXH0GH&KDUOXVQHSDUOkWSDVGH&RPEUD\©-HQHYHX[SDV GLUH GH PDO GHV $PpULFDLQV 0RQVLHXU FRQWLQXDWLO LO SDUDvW TX¶LOVVRQWLQpSXLVDEOHPHQWJpQpUHX[HWFRPPHLOQ¶\DSDVHX
de chef d’orchestre dans cette guerre, que chacun est entré dans la danse longtemps après l’autre, et que les Américains ont com
PHQFp TXDQG QRXV pWLRQV TXDVLPHQW ¿QLV LOV SHXYHQW DYRLU
de Guermantes en avouant
,
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MARCEL PROUST
une ardeur que quatre ans de guerre ont pu calmer chez nous.
0rPH DYDQW OD JXHUUH LOV DLPDLHQW QRWUH SD\V QRWUH DUW LOV SD\DLHQWIRUWFKHUQRVFKHIVG¶°XYUH%HDXFRXSVRQWFKH]HX[
maintenant. Mais précisément cet art déraciné, comme dirait
0%DUUqVHVWWRXWOHFRQWUDLUHGHFHTXLIDLVDLWO¶DJUpPHQWGpOL FLHX[GHOD)UDQFH/HFKkWHDXH[SOLTXDLWO¶pJOLVHTXLHOOHPrPH
parce qu’elle avait été un lieu de pèlerinage, expliquait la chan son de geste. Je n’ai pas à surfaire l’illustration de mes origines et de mes alliances, et d’ailleurs ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Mais dernièrement j’ai eu à régler une question d’intérêts, et,
PDOJUp XQ FHUWDLQ UHIURLGLVVHPHQW TX¶LO \ D HQWUH OH PpQDJH HWPRLjDOOHUIDLUHXQHYLVLWHjPDQLqFH6DLQW/RXSTXLKDELWH j &RPEUD\ &RPEUD\ Q¶pWDLW TX¶XQH WRXWHSHWLWHYLOOHFRPPH LO\HQDWDQW0DLVQRVDQFrWUHVpWDLHQWUHSUpVHQWpVHQGRQDWHXUV dans certains vitraux, dans d’autres étaient inscrites nos armoi ULHV1RXV\DYLRQVQRWUHFKDSHOOHQRVWRPEHDX[&HWWHpJOLVHD
été détruite par les Français et par les Anglais parce qu’elle ser vait d’observatoire aux Allemands. Tout ce mélange d’histoire survivante et d’art, qui était la France, se détruit, et ce n’est pas
¿QL(WELHQHQWHQGXMHQ¶DLSDVOHULGLFXOHGHFRPSDUHUSRXU GHV UDLVRQV GH IDPLOOH OD GHVWUXFWLRQ GH O¶pJOLVH GH &RPEUD\
à celle de la cathédrale de Reims, qui était comme le miracle d’une cathédrale gothique retrouvant naturellement la pureté de la statuaire antique, ou de celle d’Amiens. Je ne sais si le bras
OHYpGH6DLQW)LUPLQHVWDXMRXUG¶KXLEULVp'DQVFHFDVODSOXV KDXWHD൶UPDWLRQGHODIRLHWGHO¶pQHUJLHDGLVSDUXGHFHPRQGH± 6RQV\PEROH 0RQVLHXUOXLUpSRQGLVMH(W M¶DGRUHDXWDQW TXH YRXV FHUWDLQV V\PEROHV 0DLV LO VHUDLW DEVXUGH GH VDFUL¿HU DX V\PEROH ODUpDOLWpTX¶LOV\PEROLVH OHV FDWKpGUDOHV GRLYHQW être adorées jusqu’au jour où, pour les préserver, il faudrait re
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LE TEMPS RETROUVE
QLHUOHVYpULWpVTX¶HOOHVHQVHLJQHQW/HEUDVOHYpGH6DLQW)LUPLQ
dans un geste de commandement presque militaire disait:
4XHQRXVVR\RQV EULVpV VL O¶KRQQHXUO¶H[LJH 1H VDFUL¿H] SDV
des hommes à des pierres dont la beauté vient justement d’avoir
XQPRPHQW ¿[pGHV YpULWpVKXPDLQHV ±-H FRPSUHQGVFHTXH YRXVYRXOH]GLUHPHUpSRQGLW0GH&KDUOXVHW0%DUUqVTXL QRXVDIDLWKpODVWURSIDLUHGHSqOHULQDJHVjODVWDWXHGH6WUDV
bourg et au tombeau de M. Déroulède, a été touchant et gracieux
TXDQGLODpFULWTXHODFDWKpGUDOHGH5HLPVHOOHPrPHQRXVpWDLW
moins chère que la vie de nos fantassins. Assertion qui rend as sez ridicule la colère de nos journaux contre le général allemand
TXLFRPPDQGDLWOjEDVHWTXLGLVDLWTXHODFDWKpGUDOHGH5HLPV
lui était moins précieuse que celle d’un soldat allemand. C’est,
GXUHVWHFHTXLHVWH[DVSpUDQWHWQDYUDQWF¶HVWTXHFKDTXHSD\V
dit la même chose. les raisons pour lesquelles les associations
LQGXVWULHOOHVGHO¶$OOHPDJQHGpFODUHQWODSRVVHVVLRQGH%HOIRUW indispensable à préserver leur nation contre nos idées de re YDQFKHVRQWOHVPrPHVTXHFHOOHVGH%DUUqVH[LJHDQW0D\HQFH SRXUQRXVSURWpJHU FRQWUHOHVYHOOpLWpVG¶LQYDVLRQGHV%RFKHV 3RXUTXRL OD UHVWLWXWLRQ GH O¶$OVDFH/RUUDLQH DWHOOH SDUX jOD )UDQFHXQ PRWLILQVX൶VDQW SRXUIDLUH ODJXHUUH XQPRWLI VX൶VDQWSRXUODFRQWLQXHUSRXUODUHGpFODUHUjQRXYHDXFKDTXH DQQpH"9RXVDYH]O¶DLUGHFURLUHTXHODYLFWRLUHHVWGpVRUPDLV
promise à la France, je le souhaite de tout mon cœur, vous n’en
GRXWH]SDV PDLVHQ¿Q GHSXLVTX¶jWRUW RXj UDLVRQOHV$OOLpV
se croient sûrs de vaincre (pour ma part je serais naturellement enchanté de cette solution, mais je vois surtout beaucoup de vic
WRLUHVVXUOHSDSLHUGHYLFWRLUHVjOD3\UUKXVDYHFXQFRWTXL QHQRXV HVWSDVGLW HWTXH OHV%RFKHVQH VHFURLHQW SOXVVUV
de vaincre, on voit l’Allemagne chercher à hâter la paix, la France
,
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MARCEL PROUST
à prolonger la guerre, la France qui est la France juste et a raison de faire entendre des paroles de justice, mais est aussi la douce
)UDQFHHWGHYUDLWIDLUHHQWHQGUHGHVSDUROHVGHSLWLpIWFHVHX
lement pour ses propres enfants et pour qu’à chaque printemps
OHV ÀHXUV TXL UHQDvWURQW DLHQW DXWUH FKRVH j pFODLUHU TXH GHVWRPEHV6R\H]IUDQFPRQFKHUDPLYRXVPrPHP¶DYLH]IDLW
une théorie sur les choses qui n’existent que grâce à une création perpétuellement recommencée. la création du monde n’a pas eu
OLHXXQHIRLVSRXUWRXWHVPHGLVLH]YRXVHOOHDQpFHVVDLUHPHQW
lieu tous les jours. Hé bien, si vous êtes de bonne foi, vous ne pouvez pas excepter la guerre de cette théorie. Notre excel lent Norpois a beau écrire – en sortant un des accessoires de rhé torique qui lui sont aussi chers que «l’aube de la victoire» et le «Général Hiver»: – «Maintenant que l’Allemagne a voulu
ODJXHUUHª©/HV GpVHQVRQWMHWpVªODYpULWpF¶HVWTXH FKDTXH
matin on déclare à nouveau la guerre. Donc celui qui veut la continuer est aussi coupable que celui qui l’a commencée,
SOXVSHXWrWUHFDUFHSUHPLHUQ¶HQSUpYR\DLWSHXWrWUHSDVWRXWHV
les horreurs. Or rien ne dit qu’une guerre aussi prolongée, même si elle doit avoir une issue victorieuse, ne soit pas sans péril.
,OHVWGL൶FLOHGHSDUOHUGHFKRVHVTXLQ¶RQWSRLQWGHSUpFpGHQW
et des répercussions sur l’organisme d’une opération qu’on tente pour la première fois. Généralement, il est vrai, ces nouveautés dont on s’alarme se passent fort bien. les républicains les plus sages pensaient qu’il était fou de faire la séparation de l’Église.
(OOHDSDVVpFRPPHXQHOHWWUHjODSRVWH'UH\IXVDpWpUpKDELOLWp
Picquart ministre de la guerre, sans qu’on crie ouf. Pourtant que
QH SHXWRQ SDV FUDLQGUH G¶XQ VXUPHQDJH SDUHLO j FHOXL G¶XQH
guerre ininterrompue pendant plusieurs années! Que feront
OHVKRPPHV DXUHWRXU" VHURQWLOVODV" ODIDWLJXH OHVDXUDWHOOH
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LE TEMPS RETROUVE
URPSXVRX D൵ROpV"7RXWFHOD SRXUUDLWPDO WRXUQHUVLQRQSRXU OD)UDQFHDXPRLQVSRXUOHJRXYHUQHPHQWSHXWrWUHPrPHSRXU ODIRUPHGXJRXYHUQHPHQW9RXVP¶DYH]IDLWOLUHDXWUHIRLVO¶DG PLUDEOH$LPpHGH&RLJQ\GH0DXUUDV-HVHUDLVIRUWVXUSULVTXH TXHOTXH $LPpH GH &RLJQ\ Q¶DWWHQGvW SDV GX GpYHORSSHPHQW GHODJXHUUHTXHIDLWOD5pSXEOLTXHFHTX¶HQ$LPpHGH&RL JQ\DWWHQGLW GH ODJXHUUHTXH IDLVDLW O¶(PSLUH6L O¶$LPpH DF WXHOOHH[LVWHVHVHVSpUDQFHVVHUpDOLVHURQWHOOHV"-HQHOHGpVLUH SDV3RXU HQUHYHQLUj ODJXHUUH HOOHPrPHOHSUHPLHUTXLO¶D FRPPHQFpHHVWLOO¶HPSHUHXU*XLOODXPH"-¶HQGRXWHIRUW(WVL F¶HVWOXLTX¶DWLOIDLWDXWUH FKRVHTXH1DSROpRQSDUH[HPSOH
chose que moi je trouve abominable mais que je m’étonne de voir inspirer tant d’horreurs aux thuriféraires de Napoléon, aux gens qui, le jour de la déclaration de guerre, se sont écriés
FRPPH OH JpQpUDO ; ©-¶DWWHQGDLV FH MRXUOj GHSXLV TXDUDQWH
ans. C’est le plus beau jour de ma vie». Dieu sait si personne a protesté avec plus de force que moi quand on a fait dans la so ciété une place disproportionnée aux nationalistes, aux mili taires, quand tout ami des arts était accusé de s’occuper de choses funestes à la patrie, toute civilisation qui n’était pas belli queuse étant délétère. C’est à peine si un homme du monde au thentique comptait auprès d’un général. Une folle faillit me pré
VHQWHUj06\YHWRQ9RXVPHGLUH]TXH FHTXHMHP¶H൵RUoDLV
de maintenir n’était que les règles mondaines. Mais, malgré leur
IULYROLWpDSSDUHQWHHOOHVHXVVHQWSHXWrWUHHPSrFKpELHQGHVH[
cès. J’ai toujours honoré ceux qui défendent la grammaire, ou la logique. On se rend compte cinquante ans après qu’ils ont conjuré de grands périls. Or nos nationalistes sont les plus ger manophobes, les plus jusqu’auboutistes des hommes… Mais après quinze ans leur philosophie a changé entièrement. En fait,
,
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MARCEL PROUST
ils poussent bien à la continuation de la guerre. Mais ce n’est que pour exterminer une race belliqueuse et par amour de la paix. Car une civilisation guerrière, ce qu’ils trouvaient si beau
LO\DTXLQ]HDQVOHXUIDLWKRUUHXUQRQVHXOHPHQWLOVUHSURFKHQW
à la Prusse d’avoir fait prédominer chez elle l’élément militaire, mais en tout temps ils pensent que les civilisations militaires furent destructrices de tout ce qu’ils trouvent maintenant pré
FLHX[QRQVHXOHPHQWOHVDUWVPDLVPrPHODJDODQWHULH,OVX൶W
qu’un de leurs critiques se soit converti au nationalisme pour qu’il soit devenu du même coup un ami de la paix… Il est per suadé que, dans toutes les civilisations guerrières, la femme avait un rôle humilié et bas. On n’ose lui répondre que
OHV©'DPHVªGHVFKHYDOLHUVDXPR\HQkJHHWOD%pDWULFHGH'DQWH pWDLHQWSHXWrWUHSODFpHVVXUXQWU{QHDXVVLpOHYpTXHOHVKpURwQHV GH 0 %HFTXH -H P¶DWWHQGV XQ GH FHV MRXUV j PH YRLU SODFp
à table après un révolutionnaire russe ou simplement après un de nos généraux faisant la guerre par horreur de la guerre et pour
SXQLU XQ SHXSOH GH FXOWLYHU XQ LGpDO TX¶HX[PrPHV MXJHDLHQW OHVHXOWRQL¿DQWLO\DTXLQ]HDQV/HPDOKHXUHX[7]DUpWDLWHQ FRUHKRQRUpLO\DTXHOTXHVPRLVSDUFHTX¶LODYDLWUpXQLODFRQIp UHQFHGHOD+D\H0DLVPDLQWHQDQWTX¶RQVDOXHOD5XVVLHOLEUH RQ RXEOLH OH WLWUH TXL SHUPHWWDLW GH OD JORUL¿HU$LQVL WRXUQH
la Roue du Monde. Et pourtant l’Allemagne emploie tellement les mêmes expressions que la France que c’est à croire qu’elle la cite, elle ne se lasse pas de dire qu’elle «lutte pour l’exis tence». Quand je lis: «nous luttons contre un ennemi implacable
HWFUXHOMXVTX¶j FH TXH QRXV D\RQVREWHQX XQH SDL[ TXL QRXV
garantisse l’avenir de toute agression et pour que le sang de nos braves soldats n’ait pas coulé en vain», ou bien: «qui n’est pas pour nous est contre nous», je ne sais pas si cette phrase est
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de l’Empereur Guillaume ou de M. Poincaré, car ils l’ont, à quelques variantes près, prononcée vingt fois l’un et l’autre, bien qu’à vrai dire je doive confesser que l’Empereur ait été en ce cas l’imitateur du Président de la République. la France
Q¶DXUDLWSHXWrWUHSDVWHQXWDQWjSURORQJHUODJXHUUHVLHOOHpWDLW UHVWpHIDLEOHPDLVVXUWRXWO¶$OOHPDJQHQ¶DXUDLWSHXWrWUHSDVpWp VLSUHVVpHGHOD¿QLUVLHOOHQ¶DYDLWSDVFHVVpG¶rWUHIRUWH'¶rWUH
aussi forte, car forte, vous verrez qu’elle l’est encore». Il avait pris l’habitude de crier très fort en parlant, par nervosité, par
UHFKHUFKHG¶LVVXHSRXUGHVLPSUHVVLRQVGRQWLOIDOODLW±Q¶D\DQW jamais cultivé aucun art – qu’il se débarrassât, comme un avia WHXU GH VHV ERPEHV IWFH HQ SOHLQ FKDPS Oj R VHV SDUROHV n’atteignaient personne, et surtout dans le monde où elles tom EDLHQWDXKDVDUGHWRLOpWDLWpFRXWpSDUVQRELVPHGHFRQ¿DQFH HWWDQWLOW\UDQQLVDLWOHVDXGLWHXUVRQSHXWGLUHGHIRUFHHWPrPH SDU FUDLQWH 6XU OHV ERXOHYDUGV FHWWH KDUDQJXH pWDLW GH SOXV une marque de mépris à l’égard des passants pour qui il ne bais VDLWSDVSOXVODYRL[TX¶LOQ¶HWGpYLpVRQFKHPLQ0DLVHOOH\Gp WRQQDLW\pWRQQDLWHWVXUWRXWUHQGDLWLQWHOOLJLEOHVjGHVJHQVTXL
se retournaient des propos qui eussent pu nous faire prendre
SRXUGHV GpIDLWLVWHV -HOH ¿VUHPDUTXHU j 0GH &KDUOXVVDQV
réussir qu’à exciter son hilarité. «Avouez que ce serait bien
GU{OH GLWLO$SUqV WRXW DMRXWDWLO RQ QH VDLW MDPDLV FKDFXQ
de nous risque chaque soir d’être le fait divers du lendemain.
(Q VRPPH SRXUTXRL QH VHUDLVMH SDV IXVLOOp GDQV OHV IRVVpV GH9LQFHQQHV"ODPrPHFKRVHHVWELHQDUULYpHjPRQJUDQGRQFOH OHGXFG¶(QJKLHQODVRLIGXVDQJQREOHD൵ROHXQHFHUWDLQHSRSX ODFHTXLHQFHODVHPRQWUHSOXVUD൶QpHTXHOHVOLRQV9RXVVDYH] TXHSRXUFHVDQLPDX[LOVX൶UDLWSRXUTX¶LOVVHMHWDVVHQWVXUHOOH
me
que M
9HUGXULQHWXQHpFRUFKXUHVXUVRQQH]6XUFHTXHGDQV
,
127
MARCEL PROUST
ma jeunesse on eût appelé son pif!» et il se mit à rire à gorge
GpSOR\pHFRPPHVLQRXVDYLRQVpWpVHXOVGDQVXQVDORQ3DUPR PHQWVYR\DQW GHVLQGLYLGXV DVVH]ORXFKHV H[WUDLWVGHO¶RPEUH
par le passage de M. de Charlus se conglomérer à quelque dis tance de lui, je me demandais si je lui serais plus agréable en le laissant seul ou en ne le quittant pas. Tel celui qui a rencon tré un vieillard sujet à de fréquentes crises épileptiformes et qui voit, par l’incohérence de la démarche, l’imminence probable d’un accès se demande si sa compagnie est plutôt désirée comme celle d’un soutien, ou redoutée comme celle d’un témoin à qui
RQYRXGUDLWFDFKHUODFULVHHWGRQWODSUpVHQFHVHXOH SHXWrWUH TXDQGOHFDOPH DEVROX UpXVVLUDLW jO¶pFDUWHU VX൶UDj OD KkWHU
Mais la possibilité de l’événement duquel on ne sait si l’on doit s’écarter ou non est révélée, chez le malade, par les circuits qu’il fait comme un homme ivre. Tandis que pour M. de Charlus les diverses positions divergentes, signe d’un incident possible dont je n’étais pas bien sûr s’il souhaitait ou redoutait que ma présence l’empêchât de se produire, étaient, par une ingé
QLHXVHPLVHHQVFqQHRFFXSpHVQRQSDUOHEDURQOXLPrPHTXL PDUFKDLWIRUWGURLW PDLV SDU WRXWXQ FHUFOH GH ¿JXUDQWV7RXW
de même, je crois qu’il préférait éviter la rencontre, car il m’en traîna dans une rue de traverse, plus obscure que le boulevard
HWRFHOXLFLQHFHVVDLWGHGpYHUVHU GHVVROGDWVGHWRXWHDUPH HWGH WRXWHQDWLRQ LQÀX[ MXYpQLOHFRPSHQVDWHXU HWFRQVRODQW SRXU0GH&KDUOXVGHFHUHÀX[GHWRXVOHVKRPPHVjODIURQ
tière qui avait fait frénétiquement le vide dans Paris aux pre miers temps de la mobilisation. M. de Charlus ne cessait pas d’admirer les brillants uniformes qui passaient devant nous et qui faisaient de Paris une ville aussi cosmopolite qu’un port, aussi irréelle qu’un décor de peintre qui n’a dressé quelques ar
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,
LE TEMPS RETROUVE
chitectures que pour avoir un prétexte à grouper les costumes
OHVSOXVYDULpVHWOHVSOXVFKDWR\DQWV,OJDUGDLWWRXWVRQUHVSHFW HWWRXWHVRQD൵HFWLRQjGHJUDQGHVGDPHVDFFXVpHVGHGpIDLWLVPH FRPPHMDGLVjFHOOHVTXLDYDLHQWpWpDFFXVpHVGHGUH\IXVLVPH
Il regrettait seulement qu’en s’abaissant à faire de la politique elles eussent donné prise «aux polémiques des journalistes». Pour lui, à leur égard, rien n’était changé. Car sa frivolité était si
V\VWpPDWLTXH TXH OD QDLVVDQFH XQLH j OD EHDXWp HW j G¶DXWUHV SUHVWLJHVpWDLWODFKRVHGXUDEOH±HWODJXHUUHFRPPHO¶D൵DLUH 'UH\IXVGHVPRGHVYXOJDLUHVHWIXJLWLYHV(WRQIXVLOOpODGX
chesse de Guermantes pour essai de paix séparée avec l’Autriche qu’il l’eût considérée comme toujours aussi noble et pas plus
GpJUDGpH TXH QH QRXV DSSDUDvW DXMRXUG¶KXL 0DULH$QWRLQHWWH d’avoir été condamnée à la décapitation. En parlant à ce mo PHQWOj0GH&KDUOXVQREOHFRPPHXQHHVSqFHGH6DLQW9DO OLHURXGH6DLQW0pJULQpWDLWGURLWULJLGHVROHQQHOSDUODLWJUD
vement, ne faisait pour un moment aucune des manières où
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en ce moment où elle approchait le plus du grave, elle était fausse encore et aurait eu besoin de l’accordeur. D’ailleurs, M. de Charlus ne savait littéralement où donner de la tête et il la levait souvent avec le regret de ne pas avoir une jumelle qui, d’ailleurs, ne lui eût pas servi à grand’chose, car en plus grand
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avait des militaires jusque dans le ciel. les aéroplanes que j’avais vus quelques heures plus tôt faire, comme des insectes, des taches brunes sur le soir bleu passaient maintenant dans la nuit qu’ap profondissait encore l’extinction partielle des réverbères comme
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MARCEL PROUST
de lumineux brûlots. la plus grande impression de beauté que
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la beauté presque sans défense attendre la menace de l’ennemi
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rieusement sereine, qui versait aux monuments encore intacts l’inutile beauté de sa lumière, mais comme en 1914, et plus
TX¶HQLO\DYDLWDXVVLDXWUHFKRVHGHVOXPLqUHVGL൵pUHQWHV et des feux intermittents, que soit de ces aéroplanes, soit des pro MHFWHXUVGHOD7RXU(L൵HORQVDYDLWGLULJpVSDUXQHYRORQWpLQWHO
ligente, par une vigilance amie qui donnait ce même genre d’émotion, inspirait cette même sorte de reconnaissance et de
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la cellule de ce cloître militaire où s’exerçaient, avant qu’ils consommassent un jour, sans une hésitation, en pleine jeunesse,
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mouvementé que la terre, il s’était calmé comme la mer après une tempête. Mais comme la mer après une tempête il n’avait pas encore repris son apaisement absolu. Des aéroplanes mon taient encore comme des fusées rejoindre les étoiles et des pro jecteurs promenaient lentement, dans le ciel sectionné, comme une pâle poussière d’astres, d’errantes voies lactées. Cepen dant les aéroplanes venaient s’insérer au milieu des constella
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admiration pour ces aviateurs, et comme il ne pouvait pas plus s’empêcher de donner libre cours à sa germanophilie qu’à ses
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