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Le Temps retrouvé

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LE TEMPS RETROUVE
GLUH©*XLOODXPHªWRXWFRXUW"&¶HVWoDWXDVODIURXVVHGpMjLFLWX te mets à plat ventre devant lui! Ah! ça nous fera de beaux sol GDWVjODIURQWLqUHLOVOpFKHURQWOHVERWWHVGHV%RFKHV9RXVrWHV
des galonnés qui savez parader dans un carrousel. un point, c’est
WRXWª©&H SDXYUH%ORFK YHXWDEVROXPHQW TXHMH QHIDVVHTXH SDUDGHUª PH GLW 6DLQW/RXS HQ VRXULDQW TXDQG QRXV HPHV
quitté notre camarade. Et je sentais bien que parader n’était pas du tout ce que désirait Robert, bien que je ne me rendisse pas
FRPSWHDORUVGHVHVLQWHQWLRQVDXVVLH[DFWHPHQWTXHMHOH¿VSOXV
tard quand, la cavalerie restant inactive, il obtint de servir comme
R൶FLHUG¶LQIDQWHULHSXLVGHFKDVVHXUVjSLHGHWHQ¿QTXDQGYLQW
la suite qu’on lira plus loin. Mais du patriotisme de Robert,
%ORFK QHVH UHQGLW SDV FRPSWH VLPSOHPHQW SDUFHTXH5REHUW QHO¶H[SULPDLW QXOOHPHQW6L%ORFK QRXVDYDLW IDLWGHVSURIHV
sions de foi méchamment antimilitaristes une fois qu’il avait été reconnu «bon», il avait eu préalablement les déclarations les plus
FKDXYLQHVTXDQG LO VHFUR\DLWUpIRUPp SRXUP\RSLH0DLV FHV GpFODUDWLRQV6DLQW/RXSHWpWpLQFDSDEOHGHOHVIDLUHG¶DERUG
par une espèce de délicatesse morale qui empêche d’exprimer les sentiments trop profonds et qu’on trouve tout naturels. Ma mère autrefois non seulement n’eût pas hésité une seconde à mourir pour ma grand’mère, mais aurait horriblement
VRX൵HUWVLRQO¶DYDLWHPSrFKpHGHOHIDLUH1pDQPRLQVLOP¶HVW
impossible d’imaginer rétrospectivement dans sa bouche une phrase telle que: «Je donnerais ma vie pour ma mère». Aus si tacite était, dans son amour de la France, Robert qu’en ce mo
PHQWMHWURXYDLVEHDXFRXSSOXV6DLQW/RXSDXWDQWTXHMHSRX
vais me représenter son père) que Guermantes. Il eût été
SUpVHUYp DXVVL G¶H[SULPHU FHV VHQWLPHQWVOj SDU OD TXDOLWp HQTXHOTXHVRUWHPRUDOHGHVRQLQWHOOLJHQFH,O\DFKH]OHVWUD
,
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MARCEL PROUST
vailleurs intelligents et vraiment sérieux une certaine aversion pour ceux qui mettent en littérature ce qu’ils font, le font valoir.
1RXVQ¶DYLRQVpWpHQVHPEOHQLDXO\FpHQLjOD6RUERQQHPDLV
nous avions séparément suivi certains cours des mêmes maîtres,
HWMHPHUDSSHOOHOHVRXULUHGH6DLQW/RXSHQSDUODQWGHFHX[TXL
tout en faisant un cours remarquable, voulaient se faire passer pour des hommes de génie en donnant un nom ambitieux à leurs théories. Pour peu que nous en parlions, Robert riait de bon cœur. Naturellement notre prédilection n’allait pas d’instinct
DX[&RWWDUGRXDX[%ULFKRWPDLVHQ¿QQRXVDYLRQVXQHFHUWDLQH considération pour les gens qui savaient à fond le grec ou la mé GHFLQHHWQHVHFUR\DLHQWSDVDXWRULVpVSRXUFHODjIDLUHOHVFKDU
latans. De même que toutes les actions de maman reposaient jadis sur le sentiment qu’elle eût donné sa vie pour sa mère,
FRPPHHOOHQHV¶pWDLWMDPDLVIRUPXOpFHVHQWLPHQWjHOOHPrPH
en tout cas elle eût trouvé non pas seulement inutile et ridicule,
PDLVFKRTXDQW HW KRQWHX[GH O¶H[SULPHU DX[DXWUHV GH PrPH LOP¶pWDLWLPSRVVLEOHG¶LPDJLQHU6DLQW/RXSPHSDUODQWGHVRQ
équipement, des courses qu’il avait à faire, de nos chances de victoire, du peu de valeur de l’armée russe, de ce que ferait l’Angleterre) prononçant une des phrases les plus éloquentes
TXHSHXWGLUHOH 0LQLVWUHOHSOXVV\PSDWKLTXHDX[GpSXWpVGH
bout et enthousiastes. Je ne peux cependant pas dire que, dans ce côté négatif qui l’empêchait d’exprimer les beaux sentiments
TX¶LOUHVVHQWDLWLOQ¶\ DYDLWSDVXQH൵HWGH O¶ªHVSULWGHV*XHU PDQWHVªFRPPHRQHQDYXWDQWG¶H[HPSOHVFKH]6ZDQQ&DUVL MH OH WURXYDLV 6DLQW/RXS VXUWRXW LO UHVWDLW *XHUPDQWHV DXVVL et par là, parmi les nombreux mobiles qui excitaient son cou UDJHLO\HQDYDLWTXLQ¶pWDLHQWSDVOHVPrPHVTXHFHX[GHVHV
amis de Doncières, ces jeunes gens épris de leur métier avec qui
M¶DYDLVGvQpFKDTXH VRLUHWGRQW WDQWVH¿UHQW WXHUjOD EDWDLOOH
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LE TEMPS RETROUVE
de la Marne ou ailleurs en entraînant leurs hommes. les jeunes
VRFLDOLVWHV TX¶LO SRXYDLW \ DYRLU j 'RQFLqUHV TXDQG M¶\ pWDLV
mais que je ne connaissais pas parce qu’ils ne fréquentaient pas
OHPLOLHXGH6DLQW/RXS SXUHQWVHUHQGUHFRPSWH TXHOHVR൶ ciers de ce milieu n’étaient nullement des «aristos» dans l’ac FHSWLRQKDXWDLQHPHQW¿qUHHWEDVVHPHQWMRXLVVHXVHTXHOH©SR SXORªOHVR൶FLHUVVRUWLVGHVUDQJVOHVIUDQFVPDoRQVGRQQDLHQW
à ce surnom. Et pareillement d’ailleurs, ce même patriotisme,
OHVR൶FLHUVQREOHVOH UHQFRQWUqUHQWSOHLQHPHQWFKH]OHVVRFLD listes que je les avais entendu accuser, pendant que j’étais à Don FLqUHVHQSOHLQHD൵DLUH'UH\IXVG¶rWUHGHVVDQVSDWULH/HSD
triotisme des militaires, aussi sincère, aussi profond, avait pris
XQHIRUPHGp¿QLHTX¶LOVFUR\DLHQWLQWDQJLEOHHWVXUODTXHOOHLOV
s’indignaient de voir jeter «l’opprobre», tandis que les patriotes en quelque sorte inconscients, indépendants, sans religion pa
WULRWLTXH Gp¿QLH TX¶pWDLHQW OHV UDGLFDX[VRFLDOLVWHV Q¶DYDLHQW
pas su comprendre quelle réalité profonde vivait dans ce qu’ils
FUR\DLHQW GH YDLQHV HW KDLQHXVHV IRUPXOHV 6DQV GRXWH 6DLQW /RXS FRPPH HX[V¶pWDLWKDELWXpj GpYHORSSHU HQ OXL FRPPH ODSDUWLHODSOXVYUDLHGHOXLPrPHODUHFKHUFKHHWODFRQFHSWLRQ
des meilleures manœuvres en vue des plus grands succès straté giques et tactiques, de sorte que, pour lui comme pour eux, la vie de son corps était quelque chose de relativement peu important
TXLSRXYDLWrWUHIDFLOHPHQWVDFUL¿pjFHWWHSDUWLHLQWpULHXUHYpUL WDEOHQR\DXYLWDOFKH]HX[DXWRXUGXTXHOO¶H[LVWHQFHSHUVRQQHOOH
n’avait de valeur que comme un épiderme protecteur. Je parlai
j6DLQW/RXSGHVRQDPLOHGLUHFWHXUGX*UDQG+{WHOGH%DOEHF TXLSDUDvWLODYDLWSUpWHQGXTX¶LO\DYDLWHXDXGpEXWGHODJXHUUH
dans certains régiments français des défections, qu’il appelait des «défectuosités», et avait accusé de les avoir provoquée
,
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MARCEL PROUST
ce qu’il appelait le «militariste prussien», disant d’ailleurs en riant à propos de son frère: «Il est dans les tranchées, ils sont
jWUHQWH PqWUHV GHV%RFKHVª MXVTX¶j FHTX¶D\DQW DSSULVTX¶LO O¶pWDLWOXLPrPHRQ O¶HW PLV GDQVXQ FDPS GH FRQFHQWUDWLRQ ©¬SURSRVGH%DOEHFWHUDSSHOOHVWXO¶DQFLHQOLIWLHUGHO¶K{WHO"ª PHGLW HQPH TXLWWDQW6DLQW/RXS VXUOHWRQ GHTXHOTX¶XQ TXL
n’avait pas trop l’air de savoir qui c’était et qui comptait sur moi pour l’éclairer. «Il s’engage et m’a écrit pour le faire entrer dans
O¶DYLDWLRQª6DQVGRXWHOHOLIWLHUpWDLWLOODVGHPRQWHUGDQVODFDJH
captive de l’ascenseur, et les hauteurs de l’escalier du Grand
+{WHOQHOXLVX൶VDLHQWSOXV,ODOODLW©SUHQGUHVHVJDORQVªDXWUH
ment que comme concierge, car notre destin n’est pas toujours
FHTXHQRXVDYLRQVFUX©-HYDLVVUHPHQWDSSX\HUVDGHPDQGH PHGLW6DLQW/RXS-HOHGLVDLVHQFRUHj*LOEHUWHFHPDWLQMDPDLV
nous n’aurons assez d’avions. C’est avec cela qu’on verra ce que
SUpSDUH O¶DGYHUVDLUH &¶HVW FHOD TXL OXL HQOqYHUD OH EpQp¿FH le plus grand d’une attaque, celui de la surprise, l’armée la meil OHXUHVHUDSHXWrWUHFHOOHTXLDXUD OHVPHLOOHXUV\HX[(KELHQ HWODSDXYUH )UDQoRLVH DWHOOH UpXVVL jIDLUHUpIRUPHU VRQ QH YHX"ª0DLV)UDQoRLVHTXLDYDLWIDLWGHSXLVORQJWHPSVWRXVVHV H൵RUWVSRXUTXHVRQQHYHXIWUpIRUPpHWTXLTXDQGRQOXLDYDLW
proposé une recommandation, par la voie des Guermantes, pour
OHJpQpUDOGH 6DLQW-RVHSK DYDLWUpSRQGXG¶XQ WRQ GpVHVSpUp ©2KQRQoDQHVHUYLUDLWjULHQLOQ¶\DULHQjIDLUHDYHFFHYLHX[ ERQKRPPHOjF¶HVWWRXWFHTX¶LO\DGHSLVLOHVWSDWULRWLTXHª
Françoise, dès qu’il avait été question de la guerre, et quelque douleur qu’elle en éprouvât, trouvait qu’on ne devait pas aban donner les «pauvres Russes», puisqu’on était «alliancé».
/HPDvWUHG¶K{WHOSHUVXDGpG¶DLOOHXUVTXHODJXHUUHQHGXUHUDLW
que dix jours et se terminerait par la victoire éclatante
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LE TEMPS RETROUVE
de la France, n’aurait pas osé, par peur d’être démenti par les événements, et n’aurait même pas eu assez d’imagination pour prédire une guerre longue et indécise. Mais cette victoire complète et immédiate, il tâchait au moins d’en extraire d’avance
WRXWFH TXL SRXYDLWIDLUHVRX൵ULU )UDQoRLVH ©dDSRXUUDLW ELHQ IDLUH GX YLODLQ SDUFH TX¶LO SDUDvW TX¶LO \ HQ D EHDXFRXS TXL
ne veulent pas marcher, des gars de seize ans qui pleurent». Il tâchait aussi pour la «vexer» de lui dire des choses désa gréables, c’est ce qu’il appelait «lui jeter un pépin, lui lancer
XQH DSRVWURSKH OXL HQYR\HU XQ FDOHPERXUª ©'H VHL]H DQV 9LHUJH0DULHªGLVDLW)UDQoRLVHHWXQLQVWDQWPp¿DQWH©2QGL
sait pourtant qu’on ne les prenait qu’après vingt ans, c’est encore des enfants. – Naturellement les journaux ont ordre de ne pas dire cela. Du reste, c’est toute la jeunesse qui sera en avant, il n’en reviendra pas lourd. D’un côté, ça fera du bon, une bonne saignée, là, c’est utile de temps en temps, ça fera marcher le com
PHUFH$KGDPHV¶LO\DGHVJRVVHVWURSWHQGUHVTXLRQWXQHKp
sitation, on les fusille immédiatement, douze balles dans la peau,
YODQ'¶XQF{WpLOIDXWoD(WSXLVOHVR൶FLHUVTX¶HVWFHTXHoD SHXWOHXUIDLUH" ,OV WRXFKHQW OHXUVSHVHWDV F¶HVW WRXW FHTX¶LOV
demandent». Françoise pâlissait tellement pendant chacune de ces conversations qu’on craignait que le maître d’hôtel ne la fît mourir d’une maladie de cœur. Elle ne perdait pas ses
GpIDXWVSRXUFHOD4XDQGXQHMHXQH¿OOHYHQDLWPHYRLUVLPDO DX[ MDPEHV TX¶HW OD YLHLOOH VHUYDQWH P¶DUULYDLWLO GH VRUWLU XQLQVWDQWGHPDFKDPEUH MHOD YR\DLVDXKDXWG¶XQHpFKHOOH GDQVODSHQGHULHHQWUDLQGLVDLWHOOHGHFKHUFKHUTXHOTXHSDOH WRWjPRLSRXUYRLUVLOHVPLWHVQHV¶\PHWWDLHQWSDVHQUpDOLWp
pour nous écouter. Elle gardait malgré toutes mes critiques sa manière insidieuse de poser des questions d’une façon indirecte
,
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MARCEL PROUST
pour laquelle elle avait utilisé depuis quelque temps un certain
©SDUFHTXHVDQVGRXWHª1¶RVDQWSDVPHGLUH©(VWFHTXHFHWWH GDPH D XQ K{WHO"ª HOOH PH GLVDLW OHV \HX[ WLPLGHPHQW OHYpV
comme ceux d’un bon chien: «Parce que sans doute cette dame
DXQK{WHOSDUWLFXOLHU«ªpYLWDQWO¶LQWHUURJDWLRQÀDJUDQWHPRLQV SRXUrWUHSROLHTXHSRXUQHSDVVHPEOHUFXULHXVH(Q¿QFRPPH
les domestiques que nous aimons le plus – surtout s’ils ne nous rendent presque plus les services et les égards de leur emploi – restent, hélas, des domestiques et marquent plus nettement les li
PLWHVTXHQRXVYRXGULRQVH൵DFHUGHOHXUFDVWHDXIXUHWjPH
sure qu’ils croient le plus pénétrer la nôtre, Françoise avait souvent à mon endroit (pour me piquer, eût dit le maître d’hôtel)
GHFHVSURSRVpWUDQJHVTX¶XQHSHUVRQQHGXPRQGHQ¶DXUDLWSDV
avec une joie aussi dissimulée mais aussi profonde que si c’eût
pWpXQHPDODGLHJUDYHVLM¶DYDLVFKDXGHWTXHODVXHXU±MHQ¶\
prenais pas garde – perlât à mon front: «Mais vous êtes en nage»,
PHGLVDLWHOOH pWRQQpHFRPPHGHYDQW XQSKpQRPqQH pWUDQJH
souriant un peu avec le mépris que cause quelque chose d’indé cent, «vous sortez, mais vous avez oublié de mettre votre cra vate», prenant pourtant la voix préoccupée qui est chargée d’in quiéter quelqu’un sur son état. On aurait dit que moi seul dans l’univers avais jamais été en nage. Car dans son humilité, dans
VDWHQGUHDGPLUDWLRQSRXUGHVrWUHVTXLOXLpWDLHQWLQ¿QLPHQWLQ IpULHXUVHOOHDGRSWDLWOHXUYLODLQWRXUGHODQJDJH6D¿OOHV¶pWDQW SODLQWG¶HOOHjPRLHWP¶D\DQWGLWMHQHVDLVGHTXLHOOHO¶DYDLW
appris): «Elle a toujours quelque chose à dire, que je ferme mal les portes, et patati patali et patata patala», Françoise crut sans doute que son incomplète éducation seule l’avait privée jusqu’ici
GH FH EHO XVDJH (W VXU VHV OqYUHV R M¶DYDLV YX ÀHXULU MDGLV le français le plus pur, j’entendis plusieurs fois par jour: «Et pa
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LE TEMPS RETROUVE
tati patali et patata patala». Il est du reste curieux combien non seulement les expressions mais les pensées varient peu chez
XQH PrPH SHUVRQQH /H PDvWUH G¶K{WHO D\DQW SULV O¶KDELWXGH
de déclarer que M. Poincaré était mal intentionné, pas pour l’ar gent, mais parce qu’il avait voulu absolument la guerre, il redi sait cela sept à huit fois par jour devant le même auditoire habi
WXHOHWWRXMRXUVDXVVLLQWpUHVVp3DVXQPRWQ¶pWDLWPRGL¿pSDV XQJHVWHXQHLQWRQDWLRQ %LHQTXHFHODQHGXUkW TXHGHX[PL QXWHVF¶pWDLWLQYDULDEOHFRPPHXQHUHSUpVHQWDWLRQ6HVIDXWHV
de français corrompaient le langage de Françoise tout autant que
OHVIDXWHVGHVD¿OOH
Elle ne dormait plus, ne mangeait plus, se faisait lire les com muniqués, auxquels elle ne comprenait rien, par le maître d’hôtel
TXLQ¶\FRPSUHQDLWJXqUHGDYDQWDJHHWFKH]TXLOHGpVLUGHWRXU menter Françoise était souvent dominé par une allégresse patrio WLTXH LOGLVDLW DYHF XQ ULUH V\PSDWKLTXH HQSDUODQWGHV$OOH PDQGV©dDGRLWFKDX൵HUQRWUHYLHX[-R൵UHHVWHQWUDLQGHOHXU
tirer des plans sur la comète». Françoise ne comprenait pas trop de quelle comète il s’agissait, mais n’en sentait pas moins que cette phrase faisait partie des aimables et originales extrava gances auxquelles une personne bien élevée doit répondre avec bonne humeur, par urbanité, et haussant gaiement les épaules d’un air de dire: «Il est bien toujours le même», elle tempérait
VHVODUPHV G¶XQVRXULUH$X PRLQVpWDLWHOOH KHXUHXVHTXH VRQ
nouveau garçon boucher qui, malgré son métier, était assez craintif (il avait cependant commencé dans les abattoirs) ne fût
SDVG¶kJHjSDUWLU6DQVTXRLHOOHHWpWpFDSDEOHG¶DOOHUWURXYHU
le Ministre de la Guerre.
/HPDvWUH G¶K{WHOQ¶HW SXLPDJLQHU TXHOHVFRPPXQLTXpV QHIXVVHQWSDVH[FHOOHQWVHWTX¶RQQHVHUDSSURFKkWSDVGH%HU
,
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MARCEL PROUST
lin, puisqu’il lisait: «Nous avons repoussé, avec de fortes pertes pour l’ennemi, etc»., actions qu’il célébrait comme de nouvelles
YLFWRLUHV-¶pWDLVFHSHQGDQWH൵UD\p GHODUDSLGLWpDYHFODTXHOOH
le théâtre de ces victoires se rapprochait de Paris, et je fus même
pWRQQp TXH OH PDvWUH G¶K{WHO D\DQW YX GDQV XQ FRPPXQLTXp TX¶XQHDFWLRQDYDLWHX OLHXSUqVGH/HQVQ¶HWSDVpWpLQTXLHW HQYR\DQWGDQV OHMRXUQDOGXOHQGHPDLQTXHVHVVXLWHV DYDLHQW WRXUQpjQRWUHDYDQWDJHj-RX\OH9LFRPWHGRQWQRXVWHQLRQVVROL GHPHQWOHVDERUGV/HPDvWUHG¶K{WHOVDYDLWFRQQDLVVDLWSRXUWDQW ELHQOHQRP-RX\OH9LFRPWHTXLQ¶pWDLWSDVWHOOHPHQWpORLJQp GH&RPEUD\0DLVRQOLWOHVMRXUQDX[FRPPHRQDLPHXQEDQ GHDXVXUOHV \HX[ 2QQHFKHUFKH SDV jFRPSUHQGUHOHV IDLWV
On écoute les douces paroles du rédacteur en chef, comme on écoute les paroles de sa maîtresse. On est battu et content parce qu’on ne se croit pas battu, mais vainqueur.
Je n’étais pas, du reste, demeuré longtemps à Paris et j’avais
UHJDJQp DVVH] YLWH PD PDLVRQ GH VDQWp %LHQ TX¶HQ SULQFLSH OHGRFWHXUQRXVWUDLWkWSDUO¶LVROHPHQWRQP¶\DYDLWUHPLVjGHX[ pSRTXHVGL൵pUHQWHVXQHOHWWUHGH*LOEHUWHHWXQHOHWWUHGH5REHUW
Gilberte m’écrivait (c’était à peu près en septembre 1914) que, quelque désir qu’elle eût de rester à Paris pour avoir plus faci lement des nouvelles de Robert, les raids perpétuels de taubes
DXGHVVXVGH3DULVOXLDYDLHQWFDXVpXQHWHOOHpSRXYDQWHVXUWRXW SRXUVDSHWLWH¿OOHTX¶HOOHV¶pWDLWHQIXLHGH3DULVSDUOHGHUQLHU WUDLQTXLSDUWDLWHQFRUHSRXU&RPEUD\TXHOHWUDLQQ¶pWDLWPrPH SDV DOOpj&RPEUD\ HW TXH FH Q¶pWDLW TXH JUkFH jODFKDUUHWWH G¶XQ SD\VDQ VXU ODTXHOOH HOOH DYDLW IDLW GL[ KHXUHV G¶XQ WUDMHW DWURFHTX¶HOOHDYDLW SX JDJQHU7DQVRQYLOOH©(W Oj LPDJLQH] YRXVFHTXLDWWHQGDLWYRWUHYLHLOOHDPLHP¶pFULYDLWHQ¿QLVVDQW
Gilberte. J’étais partie de Paris pour fuir les avions allemands,
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LE TEMPS RETROUVE
PH¿JXUDQWTX¶j 7DQVRQYLOOHMH VHUDLVjO¶DEUL GH WRXW -H Q¶\
étais pas depuis deux jours que vous n’imaginerez jamais ce qui arrivait: les Allemands qui envahissaient la région après avoir
EDWWXQRVWURXSHVSUqVGHOD)qUHHWXQpWDWPDMRUDOOHPDQGVXLYL
d’un régiment qui se présentait à la porte de Tansonville, et que
M¶pWDLVREOLJpHG¶KpEHUJHUHWSDVPR\HQGHIXLUSOXVXQ WUDLQ ULHQª/¶pWDWPDMRUDOOHPDQGV¶pWDLWLOELHQFRQGXLWRXIDOODLWLO YRLUGDQVODOHWWUHGH*LOEHUWHXQH൵HWSDUFRQWDJLRQGHO¶HVSULW
des Guermantes, lesquels étaient de souche bavaroise, appa rentée à la plus haute aristocratie d’Allemagne, mais Gilberte
QHWDULVVDLWSDVVXUODSDUIDLWHpGXFDWLRQGHO¶pWDWPDMRUHWPrPH des soldats qui lui avaient seulement demandé «la permis VLRQGHFXHLOOLUXQGHVQHP¶RXEOLH]SDVTXLSRXVVDLHQWDXSUqV de l’étang», bonne éducation qu’elle opposait à la violence dé VRUGRQQpHGHVIX\DUGVIUDQoDLVTXLDYDLHQWWUDYHUVpODSURSULp
té en saccageant tout, avant l’arrivée des généraux allemands. En tout cas, si la lettre de Gilberte était par certains côtés impré gnée de l’esprit des Guermantes – d’autres diraient de l’inter nationalisme juif, ce qui n’aurait probablement pas été juste, comme on verra – la lettre que je reçus pas mal de mois plus tard
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parlait pas de stratégie comme dans ses conversations de Don cières et ne me disait pas dans quelle mesure il estimait que
ODJXHUUHFRQ¿UPkWRXLQ¿UPkWOHVSULQFLSHVTX¶LOP¶DYDLWDORUV H[SRVpV7RXWDXSOXVPHGLWLOTXHGHSXLVV¶pWDLHQWHQUpD lité succédé plusieurs guerres, les enseignements de chacune in ÀXDQWVXUODFRQGXLWHGHODVXLYDQWH(WSDUH[HPSOHODWKpRULH
de la «percée» avait été complétée par cette thèse qu’il fallait
,
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MARCEL PROUST
avant de percer bouleverser entièrement par l’artillerie le ter rain occupé par l’adversaire. Mais ensuite on avait constaté qu’au contraire ce bouleversement rendait impossible l’avance de l’infanterie et de l’artillerie dans des terrains dont des mil
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en état de perpétuel devenir». C’était peu auprès de ce que j’aurais voulu savoir. Mais ce qui me fâchait davantage encore c’est qu’il n’avait plus le droit de me citer de noms de généraux. Et d’ailleurs, par le peu que me disait le journal, ce n’était pas ceux dont j’étais à Doncières si préoccupé de savoir lesquels montreraient le plus de valeur dans une guerre, qui conduisaient
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Pau avait quitté le service actif presque au début de la guerre.
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surtout les gens du peuple, les ouvriers, les petits commerçants, qui ne se doutaient pas de ce qu’ils recelaient en eux d’héroïsme et seraient morts dans leur lit sans l’avoir soupçonné, courir sous les balles pour secourir un camarade, pour emporter un chef bles
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prise aux Allemands, je t’assure, mon cher petit, que cela donne une belle idée du Français et que ça fait comprendre les époques historiques qui nous paraissaient un peu extraordinaires dans nos
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moi que les mots ne sont plus rien. Au contact d’une telle gran deur, le mot «poilu» est devenu pour moi quelque chose dont je ne sens pas plus s’il a pu contenir d’abord une allusion ou une plai santerie que quand nous lisons «chouans» par exemple. Mais
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