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Le Temps retrouvé

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LE TEMPS RETROUVE
qu’il laissait entendre qu’on avait «limogé» Percin». Car la bê tise courante faisait que chacun tirait sa gloire d’user des expres
VLRQVFRXUDQWHVHWFUR\DLWPRQWUHUTX¶HOOHpWDLWDLQVLjODPRGH
comme faisait une bourgeoise en disant, quand on parlait
GH0GH%UpDXWpRXGH&KDUOXV©4XL"%HEHOGH%UpDXWp0pPp GH&KDUOXV"ªOHVGXFKHVVHVIRQWGHPrPHG¶DLOOHXUVHWDYDLHQW
le même plaisir à dire «limoger» car, chez les duchesses, c’est,
SRXUOHVURWXULHUVXQSHXSRqWHVOHQRPTXLGL൵qUHPDLVHOOHV s’expriment selon la catégorie d’esprit à laquelle elles appar WLHQQHQWHWRLO\DDXVVLpQRUPpPHQWGHERXUJHRLVOHVFODVVHV
d’esprit n’ont pas égard à la naissance.
me
Tous ces téléphonages de M
OHXUVVDQVLQFRQYpQLHQW4XRLTXHQRXVD\RQVRXEOLpGHOHGLUH OH©VDORQª9HUGXULQV¶LOFRQWLQXDLWHQHVSULWHWHQYpULWpV¶pWDLW
transporté momentanément dans un des plus grands hôtels
GH3DULVOHPDQTXHGHFKDUERQHWGHOXPLqUHUHQGDQWSOXVGL൶ FLOHVOHVUpFHSWLRQVGHV9HUGXULQGDQVO¶DQFLHQORJLVIRUWKXPLGH GHV$PEDVVDGHXUV GH 9HQLVH /H QRXYHDX VDORQ QH PDQTXDLW SDV GX UHVWH G¶DJUpPHQW &RPPH j 9HQLVH OD SODFH FRPS
tée à cause de l’eau, commande la forme des palais, comme un bout de jardin dans Paris ravit plus qu’un parc en province, l’étroite salle à manger qu’avait M d’une sorte de losange aux murs éclatants de blancheur comme un écran sur lequel se détachaient à chaque mercredi, et presque tous les jours, tous les gens les plus intéressants, les plus va
ULpV OHV IHPPHV OHV SOXV pOpJDQWHV GH 3DULV UDYLV GH SUR¿WHU GXOX[H GHV9HUGXULQ TXLJUkFH jOHXUIRUWXQHDOODLWFURLVVDQW
à une époque où les plus riches se restreignaient faute de tou cher leurs revenus. la forme donnée aux réceptions se trou
YDLW PRGL¿pH VDQV TX¶HOOHV FHVVDVVHQW G¶HQFKDQWHU %ULFKRW
9HUGXULQQ¶pWDLHQWSDVG¶DLO
me
9HUGXULQj O¶K{WHO IDLVDLW
,
51
MARCEL PROUST
TXLDX IXUHWj PHVXUHTXH OHV UHODWLRQVGHV 9HUGXULQDOODLHQW V¶pWHQGDQW\WURXYDLWGHVSODLVLUVQRXYHDX[HWDFFXPXOpVGDQV
un petit espace comme des surprises dans un chausson de Noël.
(Q¿QFHUWDLQVMRXUVOHVGvQHXUVpWDLHQWVLQRPEUHX[TXHODVDOOH
à manger de l’appartement privé était trop petite, on donnait
OHGvQHUGDQVODVDOOHjPDQJHULPPHQVHG¶HQEDVROHV¿GqOHV WRXWHQIHLJQDQWK\SRFULWHPHQWGHGpSORUHUO¶LQWLPLWpG¶HQKDXW
étaient ravis au fond – en faisant bande à part comme jadis dans le petit chemin de fer – d’être un objet de spectacle et d’envie
SRXU OHV WDEOHV YRLVLQHV 6DQV GRXWH GDQV OHV WHPSV KDELWXHOV GHOD SDL[ XQH QRWHPRQGDLQH VXEUHSWLFHPHQW HQYR\pH DXFi-
garo ou au Gaulois aurait fait savoir à plus de monde que n’en
SRXYDLWWHQLUOD VDOOH j PDQJHU GX0DMHVWLF TXH %ULFKRW DYDLW dîné avec la duchesse de Duras. Mais depuis la guerre, les cour ULpULVWHV PRQGDLQV D\DQW VXSSULPp FH JHQUH G¶LQIRUPDWLRQV (ils se rattrapaient sur les enterrements, les citations et les ban TXHWVIUDQFRDPpULFDLQVODSXEOLFLWpQHSRXYDLWSOXVH[LVWHUTXH SDUFHPR\HQHQIDQWLQHWUHVWUHLQWGLJQHGHVSUHPLHUVkJHVHWDQ
me
térieur à la découverte de Gutenberg, être vu à la table de M durin. Après le dîner on montait dans les salons de la Patronne, puis les téléphonages commençaient. Mais beaucoup de grands hôtels étaient, à cette époque, peuplés d’espions qui notaient
OHVQRXYHOOHV WpOpSKRQpHVSDU %RQWHPSVDYHF XQHLQGLVFUpWLRQ
que corrigeait seulement par bonheur le manque de sûreté de ses informations, toujours démenties par l’événement.
$YDQWO¶KHXUHROHVWKpVG¶DSUqVPLGL¿QLVVDLHQWjODWRP EpHGXMRXUGDQVOHFLHOHQFRUHFODLURQ YR\DLWGHORLQGH SH
tites taches brunes qu’on eût pu prendre, dans le soir bleu, pour des moucherons ou pour des oiseaux. Ainsi quand on voit de très loin une montagne on pourrait croire que c’est un nuage. Mais
9HU
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LE TEMPS RETROUVE
on est ému parce qu’on sait que ce nuage est immense, à l’état
VROLGHHWUpVLVWDQW$LQVLpWDLVMHpPXSDUFHTXHODWDFKHEUXQH
dans le ciel d’été n’était ni un moucheron, ni un oiseau, mais un aéroplane monté par des hommes qui veillaient sur Paris.
/HVRXYHQLUGHVDpURSODQHVTXHM¶DYDLVYXVDYHF$OEHUWLQHGDQV QRWUHGHUQLqUHSURPHQDGHSUqVGH9HUVDLOOHVQ¶HQWUDLWSRXUULHQ
dans cette émotion, car le souvenir de cette promenade m’était
GHYHQXLQGL൵pUHQW
À l’heure du dîner les restaurants étaient pleins et si, pas VDQWGDQVODUXHMHYR\DLVXQSDXYUHSHUPLVVLRQQDLUHpFKDSSp
pour six jours au risque permanent de la mort, et prêt à repartir
SRXUOHVWUDQFKpHVDUUrWHUXQLQVWDQWVHV\HX[GHYDQWOHVYLWULQHV LOOXPLQpHVMHVRX൵UDLVFRPPHjO¶K{WHOGH%DOEHFTXDQGOHVSr FKHXUVQRXVUHJDUGDLHQWGvQHUPDLVMHVRX൵UDLVGDYDQWDJHSDUFH
que je savais que la misère du soldat est plus grande que celle du pauvre, les réunissant toutes, et plus touchante encore parce qu’elle est plus résignée, plus noble, et que c’est d’un hoche ment de tête philosophe, sans haine, que, prêt à repartir pour
ODJXHUUHLO GLVDLWHQYR\DQW VHERXVFXOHUOHV HPEXVTXpVUHWH
nant leurs tables: «On ne dirait pas que c’est la guerre ici». Puis
jKòDORUVTXHSHUVRQQHQ¶DYDLWHQFRUHHXOHWHPSVGH¿QLU
de dîner, à cause des ordonnances de police on éteignait brus quement toutes les lumières et la nouvelle bousculade des em busqués arrachant leurs pardessus aux chasseurs du restaurant
RM¶DYDLVGvQpDYHF6DLQW/RXSXQVRLUGHSHUPHDYDLWOLHXjK GDQVXQHP\VWpULHXVHSpQRPEUHGHFKDPEUHRO¶RQPRQWUH
la lanterne magique, ou de salle de spectacle servant à exhiber
OHV¿OPVG¶XQGHFHVFLQpPDVYHUVOHVTXHOVDOODLHQWVHSUpFLSLWHU GvQHXUVHW GvQHXVHV 0DLVDSUqVFHWWH KHXUHOj SRXUFHX[ TXL
comme moi, le soir dont je parle, étaient restés à dîner chez eux, et sortaient pour aller voir des amis, Paris était, au moins
,
53
MARCEL PROUST
GDQVFHUWDLQVTXDUWLHUVHQFRUHSOXVQRLUTXHQ¶pWDLWOH&RPEUD\ GH PRQ HQIDQFH OHV YLVLWHV TX¶RQ VH IDLVDLW SUHQDLHQW XQ DLU
de visites de voisins de campagne. Ah! si Albertine avait vécu, qu’il eût été doux, les soirs où j’aurais dîné en ville, de lui don
QHUUHQGH]YRXVGHKRUV VRXVOHVDUFDGHV'¶DERUGMHQ¶DXUDLV
rien vu, j’aurais eu l’émotion de croire qu’elle avait manqué
DXUHQGH]YRXVTXDQGWRXWjFRXSM¶HXVVHYXVHGpWDFKHUGXPXU QRLUXQHGHVHVFKqUHVUREHVJULVHVVHV\HX[VRXULDQWVTXLP¶DX
raient aperçu, et nous aurions pu nous promener enlacés sans que personne nous distinguât, nous dérangeât et rentrer ensuite
j OD PDLVRQ +pODV M¶pWDLV VHXO HW MH PH IDLVDLV O¶H൵HW G¶DOOHU
faire une visite de voisin à la campagne, de ces visites comme
6ZDQQYHQDLWQRXVHQIDLUHDSUqVOHGvQHUVDQVUHQFRQWUHUSOXV
de passants dans l’obscurité de Tansonville, par ce petit chemin
GHKDODJHMXVTX¶jODUXHGX6DLQW(VSULWTXHMHQ¶HQUHQFRQWUDLV
maintenant dans les rues devenues de sinueux chemins rustiques
GHODUXH&ORWLOGHjODUXH%RQDSDUWH'¶DLOOHXUVFRPPHFHVIUDJ PHQWVGHSD\VDJHTXHOHWHPSVTX¶LOIDLWPRGL¿HQ¶pWDLHQWSOXV contrariés par un cadre devenu nuisible, les soirs où le vent chas VDLWXQJUDLQJODFLDOMHPHFUR\DLVELHQSOXVDXERUGGHODPHU IXULHXVHGRQWM¶DYDLV MDGLVWDQWUrYpTXH MHQHP¶\pWDLVVHQWL j%DOEHFHWPrPHG¶DXWUHVpOpPHQWVGHQDWXUHTXLQ¶H[LVWDLHQW SDVMXVTXHOj j3DULV IDLVDLHQWFURLUH TX¶RQYHQDLW GHVFHQGDQW
du train, d’arriver pour les vacances, en pleine campagne: par exemple le contraste de lumière et d’ombre qu’on avait à côté
GHVRLSDUWHUUHOHVVRLUVGHFODLUGHOXQH&HOXLFLGRQQDLWGHFHV H൵HWVTXHOHVYLOOHVQHFRQQDLVVHQWSDVPrPHHQSOHLQKLYHUVHV UD\RQVV¶pWDODLHQWVXUODQHLJHTX¶DXFXQWUDYDLOOHXUQHGpEOD\DLW plus, boulevard Haussmann, comme ils eussent fait sur un gla
54
LE TEMPS RETROUVE
FLHU GHV $OSHV OHV VLOKRXHWWHV GHV DUEUHV VH UHÀpWDLHQW QHWWHV
et pures sur cette neige d’or bleuté, avec la délicatesse qu’elles ont dans certaines peintures japonaises ou dans certains fonds
GH5DSKDsOHOOHVpWDLHQWDOORQJpHVjWHUUHDXSLHGGHO¶DUEUHOXL même, comme on les voit souvent dans la nature au soleil cou FKDQWTXDQGFHOXLFLLQRQGHHWUHQGUpÀpFKLVVDQWHVOHVSUDLULHV où des arbres s’élèvent à intervalles réguliers. Mais, par un raf ¿QHPHQW G¶XQH GpOLFDWHVVH GpOLFLHXVH OD SUDLULH VXU ODTXHOOH
se développaient ces ombres d’arbres, légères comme des âmes, était une prairie paradisiaque, non pas verte mais d’un blanc
VLpFODWDQWj FDXVHGXFODLUGHOXQH TXLUD\RQQDLWVXU ODQHLJH
de jade, qu’on aurait dit que cette prairie était tissée seulement
DYHFGHVSpWDOHVGHSRLULHUVHQÀHXUV(WVXUOHVSODFHVOHVGL
vinités des fontaines publiques tenant en main un jet de glace avaient l’air de statues d’une matière double pour l’exécution desquelles l’artiste avait voulu marier exclusivement le bronze au cristal. Par ces jours exceptionnels, toutes les maisons étaient noires. Mais au printemps, au contraire, parfois de temps à autre, bravant les règlements de la police, un hôtel particulier, ou seu lement un étage d’un hôtel, ou même seulement une chambre
G¶XQpWDJHQ¶D\DQWSDVIHUPpVHVYROHWVDSSDUDLVVDLWD\DQWO¶DLU
de se soutenir toute seule sur d’impalpables ténèbres, comme une projection purement lumineuse, comme une apparition sans
FRQVLVWDQFH (W OD IHPPH TX¶HQ OHYDQW OHV \HX[ ELHQ KDXW RQ
distinguait dans cette pénombre dorée prenait, dans cette nuit
RO¶RQpWDLWSHUGXHWRHOOHPrPHVHPEODLWUHFOXVHOHFKDUPH P\VWpULHX[HWYRLOpG¶XQHYLVLRQG¶2ULHQW3XLVRQSDVVDLWHWULHQ Q¶LQWHUURPSDLWSOXVO¶K\JLpQLTXHHWPRQRWRQHSLpWLQHPHQWU\WK
mique dans l’obscurité.
,
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MARCEL PROUST
Je songeais que je n’avais revu depuis bien longtemps au cune des personnes dont il a été question dans cet ouvrage. En 1914, pendant les deux mois que j’avais passés à Paris,
M¶DYDLVDSHUoX0GH&KDUOXVHWYX%ORFKHW6DLQW/RXSFHGHU
nier seulement deux fois. la seconde fois était certainement celle
RLOV¶pWDLWOHSOXVPRQWUpOXLPrPHLODYDLWH൵DFpWRXWHVOHVLP
pressions peu agréables de manque de sincérité qu’il m’avait produites pendant le séjour à Tansonville que je viens de rappor ter et j’avais reconnu en lui toutes les belles qualités d’autrefois. la première fois que je l’avais vu après la déclaration de guerre,
F¶HVWjGLUHDXGpEXWGHODVHPDLQHTXLVXLYLWWDQGLVTXH%ORFK IDLVDLW PRQWUH GHV VHQWLPHQWV OHV SOXV FKDXYLQV 6DLQW/RXS Q¶DYDLWSDV DVVH] G¶LURQLHSRXU OXLPrPH TXLQH UHSUHQDLWSDV
de service et j’avais été presque choqué de la violence de son
WRQ6DLQW/RXSUHYHQDLWGH%DOEHF©1RQV¶pFULDWLODYHFIRUFH
et gaîté, tous ceux qui ne se battent pas, quelque raison qu’ils donnent, c’est qu’ils n’ont pas envie d’être tués, c’est par peur».
(WDYHFOHPrPHJHVWHG¶D൶UPDWLRQSOXVpQHUJLTXHHQFRUHTXH
celui avec lequel il avait souligné la peur des autres, il ajouta: «Et moi, si je ne reprends pas de service, c’est tout bonnement par peur, naª-¶DYDLVGpMjUHPDUTXpFKH]GL൵pUHQWHVSHUVRQQHV
TXHO¶D൵HFWDWLRQGHVVHQWLPHQWVORXDEOHVQ¶HVWSDVODVHXOHFRX
verture des mauvais, mais qu’une plus nouvelle est l’exhibition de ces mauvais, de sorte qu’on n’ait pas l’air au moins de s’en
FDFKHU'HSOXV FKH]6DLQW/RXS FHWWH WHQGDQFHpWDLW IRUWL¿pH
par son habitude, quand il avait commis une indiscrétion, fait
XQHJD൵HHWTX¶RQDXUDLWSXOHVOXLUHSURFKHUGHOHVSURFODPHU
en disant que c’était exprès. Habitude qui, je crois bien, devait lui venir de quelque professeur à l’École de Guerre dans l’inti mité de qui il avait vécu et pour qui il professait une grande ad
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LE TEMPS RETROUVE
miration. Je n’eus donc aucun embarras pour interpréter cette
ERXWDGHFRPPHODUDWL¿FDWLRQYHUEDOHG¶XQVHQWLPHQWTXH6DLQW /RXSDLPDLWPLHX[SURFODPHUSXLVTX¶LODYDLWGLFWpVDFRQGXLWH HWVRQDEVWHQWLRQGDQVODJXHUUHTXLFRPPHQoDLW©(VWFHTXHWX DVHQWHQGXGLUHGHPDQGDWLOHQPHTXLWWDQWTXHPDWDQWH2ULDQH GLYRUFHUDLW" 3HUVRQQHOOHPHQW MH Q¶HQ VDLV DEVROXPHQW ULHQ
On dit cela de temps en temps et je l’ai entendu annoncer si sou vent que j’attendrai que ce soit fait pour le croire. J’ajoute que
FHVHUDLW WUqVFRPSUpKHQVLEOHPRQ RQFOHHVW XQKRPPHFKDU
mant, non seulement dans le monde, mais pour ses amis, pour ses parents. Même, d’une façon, il a beaucoup plus de cœur que ma tante qui est une sainte, mais qui le lui fait terriblement sen
WLU6HXOHPHQWF¶HVWXQPDULWHUULEOHTXLQ¶DMDPDLVFHVVpGHWURP
per sa femme, de l’insulter, de la brutaliser, de la priver d’argent. Ce serait si naturel qu’elle le quitte que c’est une raison pour que ce soit vrai, mais aussi pour que cela ne le soit pas parce que c’en est une pour qu’on en ait l’idée et qu’on le dise. Et puis du mo ment qu’elle l’a supporté si longtemps… Maintenant je sais bien
TX¶LO \DWDQW GH FKRVHV TX¶RQ DQQRQFH j WRUW TX¶RQGpPHQW HW SXLV TXL SOXV WDUG GHYLHQQHQW YUDLHVª &HOD PH ¿W SHQVHU
à lui demander s’il avait jamais été question, avant son mariage
lle
avec Gilberte, qu’il épousât M et m’assura que non, que ce n’était qu’un de ces bruits du monde, qui naissent de temps à autre on ne sait pourquoi, s’évanouissent de même et dont la fausseté ne rend pas ceux qui ont cru en eux
SOXVSUXGHQWVGqVTXHQDvWXQEUXLWQRXYHDXGH¿DQoDLOOHVGHGL YRUFHRXXQEUXLWSROLWLTXH SRXU\DMRXWHU IRLHW OHFROSRUWHU 4XDUDQWHKXLWKHXUHVQ¶pWDLHQWSDVSDVVpHVTXHFHUWDLQVIDLWVTXH
j’appris me prouvèrent que je m’étais absolument trompé dans l’interprétation des paroles de Robert: «Tous ceux qui ne sont
de Guermantes. Il sursauta
,
57
MARCEL PROUST
SDV DX IURQW F¶HVW TX¶LOVRQWSHXUª6DLQW/RXSDYDLW GLW FHOD SRXUEULOOHUGDQVODFRQYHUVDWLRQSRXUIDLUHGHO¶RULJLQDOLWpSV\
chologique, tant qu’il n’était pas sûr que son engagement serait
DFFHSWp0DLVLOIDLVDLWSHQGDQWFHWHPSVOjGHVSLHGVHWGHVPDLQV
pour qu’il le fût, étant en cela moins original, au sens qu’il
FUR\DLWTX¶LOIDOODLW GRQQHU jFHPRW PDLV SOXV SURIRQGpPHQW IUDQoDLVGH 6DLQW$QGUpGHV&KDPSVSOXV HQFRQIRUPLWp DYHF WRXWFHTX¶LO\DYDLWjFHPRPHQWOjGHPHLOOHXUFKH]OHV)UDQoDLV GH6DLQW$QGUpGHV&KDPSVVHLJQHXUV ERXUJHRLVHWVHUIVUHV
pectueux des seigneurs ou révoltés contre les seigneurs, deux
GLYLVLRQV pJDOHPHQW IUDQoDLVHV GH OD PrPH IDPLOOH VRXVHP EUDQFKHPHQW )UDQoRLVH HW VRXVHPEUDQFKHPHQW 6DXWRQ G¶R GHX[ÀqFKHVVHGLULJHDLHQWjQRXYHDXGDQVXQHPrPHGLUHFWLRQ TXLpWDLWODIURQWLqUH%ORFKDYDLWpWpHQFKDQWpG¶HQWHQGUHO¶DYHX
de la lâcheté d’un nationaliste (qui l’était d’ailleurs si peu) et,
FRPPH 6DLQW/RXS DYDLW GHPDQGp VL OXLPrPH GHYDLW SDUWLU DYDLWSULVXQH¿JXUHGHJUDQGSUrWUHSRXUUpSRQGUH©0\RSHª 0DLV %ORFK DYDLW FRPSOqWHPHQW FKDQJp G¶DYLV VXU OD JXHUUH TXHOTXHVMRXUVDSUqVRLOYLQWPHYRLUD൵ROp4XRLTXH©P\RSHª
il avait été reconnu bon pour le service. Je le ramenais chez
OXLTXDQGQRXVUHQFRQWUkPHV6DLQW/RXSTXLDYDLWUHQGH]YRXV
pour être présenté au Ministère de la Guerre à un colonel, avec
XQDQFLHQR൶FLHU©0GH &DPEUHPHUª PH GLWLO©$K F¶HVW
vrai, mais c’est d’une ancienne connaissance que je te parle. Tu connais aussi bien que moi Cancan». Je lui répondis que je le
FRQQDLVVDLVHQH൵HWHWVDIHPPHDXVVLTXHMHQHOHVDSSUpFLDLV
qu’à demi. Mais j’étais tellement habitué, depuis que je les avais vus pour la première fois, à considérer la femme comme une per
VRQQH PDOJUp WRXW UHPDUTXDEOH FRQQDLVVDQW j IRQG 6FKRSHQ KDXHUHWD\DQWDFFqVHQVRPPHGDQVXQPLOLHXLQWHOOHFWXHOTXL
58
LE TEMPS RETROUVE
était fermé à son grossier époux, que je fus d’abord étonné d’en WHQGUH6DLQW/RXSUpSRQGUH©6DIHPPHHVWLGLRWHMHWHO¶DEDQ
donne. Mais lui est un excellent homme qui était doué et qui est
UHVWp IRUW DJUpDEOHª 3DU O¶ªLGLRWLHª GH OD IHPPH 6DLQW/RXS HQWHQGDLW VDQV GRXWH OH GpVLU pSHUGX GH FHOOHFL GHIUpTXHQWHU
le grand monde, ce que le grand monde juge le plus sévèrement. Par les qualités du mari, sans doute quelque chose de celles que lui reconnaissait sa nièce quand elle le trouvait le mieux de la fa
PLOOH/XLGXPRLQVQHVHVRXFLDLWSDVGHGXFKHVVHVPDLVjYUDL GLUHF¶HVWOj XQH ©LQWHOOLJHQFHªTXLGL൵qUH DXWDQW GHFHOOHTXL
caractérise les penseurs, que «l’intelligence» reconnue par le pu blic à tel homme riche «d’avoir su faire sa fortune». Mais les pa
UROHVGH6DLQW/RXSQHPHGpSODLVDLHQWSDVHQFHTX¶HOOHVUDSSH
laient que la prétention avoisine la bêtise et que la simplicité a un goût un peu caché mais agréable. Je n’avais pas eu, il est vrai, l’occasion de savourer celle de M. de Cambremer. Mais
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rences de jugement. De Cambremer je n’avais connu que l’écorce. Et sa saveur, qui m’était attestée par d’autres, m’était
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et que lui, simple soldat de 2 «trouer la peau» pour Guillaume. «Il paraît qu’il est gravement
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cueillait avec une facilité particulière les nouvelles sensation nelles, ajouta: «On dit même beaucoup qu’il est mort». ¬ OD %RXUVH WRXW VRXYHUDLQ PDODGH TXH FH VRLW (GRXDUG
classe, n’avait pas envie de se faire
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MARCEL PROUST
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d’hier. Mon père le tient d’une source de tout premier ordre». les sources de tout premier ordre étaient les seules dont tînt
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grâce à de «hautes relations», d’être en communication avec elles, il en recevait la nouvelle encore secrète que l’Extérieure
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«sur la réserve», la source de premier ordre n’en restait pas
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aussi rageur. Il était surtout particulièrement exaspéré d’entendre Robert dire: «l’Empereur Guillaume». Je crois que sous le cou
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pas pu dire autrement. Deux hommes du monde restant seuls vivants dans une île déserte, où ils n’auraient à faire preuve de bonnes façons pour personne, se reconnaîtraient à ces traces d’éducation, comme deux latinistes citeraient correctement
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lemands, dire autrement que «l’Empereur Guillaume». Et ce
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l’esprit. Celui qui ne sait pas les rejeter reste un homme du monde. Cette élégante médiocrité est d’ailleurs délicieuse –
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