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Le Temps retrouvé

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LE TEMPS RETROUVE
TX¶LOVFRQWLQXDVVHQWjFKHUFKHUODFURL[GHJXHUUHOHVWURXYDLMH
froids au sujet de Robert, moi qui me doutais de l’endroit où
FHWWHFURL[DYDLWpWpRXEOLpH&HSHQGDQW6DLQW/RXSV¶LOV¶pWDLW GLVWUDLWFH VRLUOjGHFHWWH PDQLqUHFHQ¶pWDLW TX¶HQ DWWHQGDQW car, repris du désir de revoir Morel, il avait usé de toutes ses rela WLRQVSRXUVDYRLUGDQVTXHOFRUSV0RUHOVHWURXYDLWFUR\DQWTX¶LO V¶pWDLWHQJDJpD¿QGHO¶DOOHUYRLUHWQ¶DYDLWUHoXMXVTX¶LFL TXH des centaines de réponses contradictoires. Je conseillai à Fran oRLVHHWDXPDvWUHG¶K{WHOG¶DOOHUVHFRXFKHU0DLVFHOXLFLQ¶pWDLW
jamais pressé de quitter Françoise depuis que, grâce à la guerre,
LODYDLWWURXYp XQPR\HQSOXV H൶FDFHHQFRUHTXH O¶H[SXOVLRQ GHVV°XUVHWO¶D൵DLUH'UH\IXVGHODWRUWXUHU&HVRLUOjHWFKDTXH
fois que j’allais auprès d’eux pendant les quelques jours que je passai encore à Paris, j’entendis le maître d’hôtel dire à Fran çoise épouvantée: «Ils ne se pressent pas, c’est entendu, ils at
WHQGHQWTXHODSRLUHVRLWPUHPDLVFHMRXUOjLOVSUHQGURQW3DULV HW FH MRXUOj SDV GH SLWLp ± 6HLJQHXU9LHUJH0DULH V¶pFULDLW )UDQoRLVHoDQHOHXUVX൶WSDVG¶DYRLUFRQTXpULODSDXYUH%HO JLTXH(OOHDDVVH]VRX൵HUWFHOOHOjDXPRPHQWGHVRQHQYDKL WLRQ±OD%HOJLTXH)UDQoRLVHPDLVFHTX¶LOVRQWIDLWHQ%HOJLTXH QHVHUDULHQjF{WpªHWPrPHODJXHUUHD\DQWMHWpVXUOHPDUFKp
de la conversation des gens du peuple une quantité de termes
GRQW LOV Q¶DYDLHQW IDLW OD FRQQDLVVDQFH TXH SDU OHV \HX[ SDU
la lecture des journaux et dont, en conséquence, ils ignoraient
OD SURQRQFLDWLRQ OH PDvWUH G¶K{WHO DMRXWDLW ©9RXV YHUUH] oD
Françoise, ils préparent une nouvelle attaque d’une plus grande enverjure que toutes les autres». M’étant insurgé, sinon au nom de la pitié pour Françoise et du bon sens stratégique, au moins
GHODJUDPPDLUHHWD\DQWGpFODUpTX¶LOIDOODLWSURQRQFHU©HQYHU JXUHª MH Q¶\ JDJQDL TX¶j IDLUH UHGLUH j )UDQoRLVH OD WHUULEOH
,
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MARCEL PROUST
phrase chaque fois que j’entrais à la cuisine, car le maître d’hôtel
SUHVTXHDXWDQWTXHG¶H൵UD\HUVDFDPDUDGHpWDLWKHXUHX[GHPRQ WUHU j VRQ PDvWUH TXH ELHQ TX¶DQFLHQ MDUGLQLHU GH &RPEUD\
et simple maître d’hôtel, tout de même bon Français selon
ODUqJOHGH6DLQW$QGUpGHV&KDPSVLOWHQDLWGHODGpFODUDWLRQ
des droits de l’homme le droit de prononcer «enverjure» en toute indépendance, et de ne pas se laisser commander sur un point qui ne faisait pas partie de son service et où, par conséquent, depuis la Révolution, personne n’avait rien à lui dire puisqu’il était mon égal. J’eus donc le chagrin de l’entendre parler à Fran çoise d’une opération de grande «enverjure» avec une insistance qui était destinée à me prouver que cette prononciation était l’ef
IHWQRQGHO¶LJQRUDQFHPDLVG¶XQHYRORQWpPUHPHQWUpÀpFKLH
Il confondait le gouvernement, les journaux, dans un même:
©RQª SOHLQ GH Pp¿DQFH GLVDQW ©2Q QRXV SDUOH GHV SHUWHV GHV%RFKHVRQ QHQRXVSDUOHSDV GHVQ{WUHVLOSDUDvWTX¶HOOHV
sont dix fois plus grandes. On nous dit qu’ils sont à bout
GHVRX൷HTX¶LOVQ¶RQWSOXV ULHQjPDQJHUPRL MHFURLVTX¶LOV
en ont cent fois comme nous, à manger. Faut pas tout de même
QRXVERXUUHUOHFUkQH6¶LOVQ¶DYDLHQWULHQjPDQJHULOVQHVHEDW
traient pas comme l’autre jour où ils nous ont tué cent mille jeunes gens de moins de vingt ans». Il exagérait ainsi à tout ins tant les triomphes des Allemands, comme il avait fait jadis pour
FHX[GHVUDGLFDX[LOQDUUDLWHQPrPHWHPSVOHXUVDWURFLWpVD¿Q que ces triomphes fussent plus pénibles encore à Françoise, la TXHOOHQHFHVVDLWSOXVGHGLUH©$K6DLQWH0qUHGHV$QJHVª
«Ah! Marie Mère de Dieu!» et parfois, pour lui être désagréable d’une autre manière, il disait: «Du reste, nous ne valons pas plus cher qu’eux, ce que nous faisons en Grèce n’est pas plus beau
TXHFHTX¶LOVRQWIDLWHQ%HOJLTXH9RXVDOOH]YRLUTXHQRXVDO
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LE TEMPS RETROUVE
lons mettre tout le monde contre nous et que nous serons obligés de nous battre avec toutes les nations», alors que c’était exacte ment le contraire. les jours où les nouvelles étaient bonnes, il prenait sa revanche en assurant à Françoise que la guerre dure
UDLWWUHQWHFLQTDQVHWHQSUpYLVLRQG¶XQHSDL[SRVVLEOHDVVXUDLW TXHFHOOHFLQHGXUHUDLWSDVSOXVGHTXHOTXHVPRLVHWVHUDLWVXLYLH GH EDWDLOOHV DXSUqV GHVTXHOOHV FHOOHVFL QH VHUDLHQW TX¶XQ MHX
d’enfant, et après lesquelles il ne resterait rien de la France. la victoire des alliés semblait, sinon rapprochée, du moins à peu près certaine, et il faut malheureusement avouer que le maître
G¶K{WHOHQpWDLWGpVROp&DUD\DQWUpGXLWODJXHUUH©PRQGLDOHª
comme tout le reste, à celle qu’il menait sourdement contre Françoise (qu’il aimait, du reste, malgré cela comme on peut aimer la personne qu’on est content de faire rager tous les jours
HQOD EDWWDQW DX[GRPLQRV OD 9LFWRLUHVH UpDOLVDLW jVHV \HX[ sous les espèces de la première conversation où il aurait la souf IUDQFHG¶HQWHQGUH)UDQoRLVH OXLGLUH ©(Q¿QF¶HVW¿QLHWLOYD
falloir qu’ils nous donnent plus que nous ne leur avons donné
HQª,OFUR\DLWGX UHVWHWRXMRXUV TXHFHWWHpFKpDQFH IDWDOH
arrivait, car un patriotisme inconscient lui faisait croire, comme tous les Français victimes du même mirage que moi depuis que j’étais malade, que la victoire – comme ma guérison – était pour le lendemain. Il prenait les devants en annonçant à Françoise que
FHWWHYLFWRLUHDUULYHUDLWSHXWrWUHPDLVTXHVRQF°XUHQVDLJQH
rait, car la Révolution la suivrait aussitôt, puis l’invasion. «Oh!
FHWWHERQVDQJGHJXHUUHOHV%RFKHVVHURQWOHVVHXOVjV¶HQUHOH YHUYLWH)UDQoRLVHLOV\ RQWGpMj JDJQpGHVFHQWDLQHV GHPLO
liards. Mais qu’ils nous crachent un sou à nous, quelle farce!
2QOHPHWWUDSHXWrWUHVXUOHVMRXUQDX[DMRXWDLWLOSDUSUXGHQFH
et pour parer à tout événement, pour calmer le peuple, comme
,
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MARCEL PROUST
RQGLWGHSXLVWURLVDQVTXHODJXHUUHVHUD¿QLHOHOHQGHPDLQ-HQH
peux pas comprendre comment que le monde est assez fou pour le croire». Françoise était d’autant plus troublée de ces paroles
TX¶HQH൵HWDSUqV DYRLUFUXOHV RSWLPLVWHVSOXW{WTXH OHPDvWUH G¶K{WHOHOOHYR\DLWTXHODJXHUUHTX¶HOOHDYDLWFUXGHYRLU¿QLU HQTXLQ]HMRXUV PDOJUp ©O¶HQYDKLWLRQGHOD SDXYUH %HOJLTXHª GXUDLW WRXMRXUV TX¶RQ Q¶DYDQoDLW SDV SKpQRPqQH GH ¿[DWLRQ GHVIURQWVGRQWHOOHFRPSUHQDLWPDOOHVHQVHWTX¶HQ¿QXQGHVLQ QRPEUDEOHV©¿OOHXOVªjTXLHOOHGRQQDLWWRXWFHTX¶HOOHJDJQDLW
chez nous lui racontait qu’on avait caché telle chose, telle autre. «Tout cela retombera sur l’ouvrier, concluait le maître d’hôtel.
2QYRXVSUHQGUDYRWUHFKDPS)UDQoRLVH±$K6HLJQHXU'LHXª
Mais à ces malheurs lointains, il en préférait de plus proches et dévorait les journaux dans l’espoir d’annoncer une défaite à Françoise. Il attendait les mauvaises nouvelles comme des œufs de Pâques, espérant que cela irait assez mal pour épouvanter
)UDQoRLVHSDV DVVH]SRXUTX¶LOSWPDWpULHOOHPHQW HQVRX൵ULU
C’est ainsi qu’un raid de zeppelins l’eût enchanté pour voir Françoise se cacher dans les caves, et parce qu’il était persuadé que dans une ville aussi grande que Paris les bombes ne vien draient pas juste tomber sur notre maison. Du reste, Fran
oRLVHFRPPHQoDLWjrWUHUHSULVH SDUPRPHQWGHVRQSDFL¿VPH GH&RPEUD\(OOHDYDLWSUHVTXHGHVGRXWHVVXUOHV©DWURFLWpVDOOH
mandes». «Au commencement de la guerre on nous disait que ces Allemands c’était des assassins, des brigands, de vrais ban
GLWVGHV%EERFKHV«ªVLHOOHPHWWDLWSOXVLHXUVEj%RFKHVF¶HVW que l’accusation que les Allemands fussent des assassins lui sem EODLWDSUqVWRXWSODXVLEOHPDLVFHOOHTX¶LOVIXVVHQWGHV%RFKHV SUHVTXHLQYUDLVHPEODEOHj FDXVH GHVRQ pQRUPLWp 6HXOHPHQW LOpWDLWDVVH]GL൶FLOHGHFRPSUHQGUHTXHOVHQVP\VWpULHXVHPHQW
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H൵UR\DEOH)UDQoRLVHGRQQDLWDXPRWGH%RFKHSXLVTX¶LOV¶DJLV
sait du début de la guerre, et aussi à cause de l’air de doute avec lequel elle prononçait ce mot. Car le doute que les Allemands fussent des criminels pouvait être mal fondé en fait, mais ne ren fermait pas en soi, au point de vue logique, de contradiction.
0DLVFRPPHQWGRXWHUTX¶LOVIXVVHQWGHV%RFKHVSXLVTXHFHPRW GDQVODODQJXHSRSXODLUHYHXWGLUHSUpFLVpPHQW$OOHPDQG3HXW rWUHQHIDLVDLWHOOHTXHUpSpWHUHQVW\OHLQGLUHFWOHVSURSRVYLR lents qu’elle avait entendus alors et dans lesquels une particu OLqUH pQHUJLH DFFHQWXDLW OH PRW ©%RFKHª ©-¶DL FUX WRXW FHOD GLVDLWHOOHPDLVMHPHGHPDQGHWRXWjO¶KHXUHVLQRXVQHVRPPHV
pas aussi fripons comme eux». Cette pensée blasphématoire avait été sournoisement préparée chez Françoise par le maître
G¶K{WHOOHTXHOYR\DQW TXH VD FDPDUDGH DYDLWXQ FHUWDLQ SHQ
chant pour le roi Constantin de Grèce, n’avait cessé de le lui re présenter comme privé par nous de nourriture jusqu’au jour où
LOFpGHUDLW$XVVLO¶DEGLFDWLRQGXVRXYHUDLQDYDLWHOOHpPX)UDQ
çoise, qui allait jusqu’à déclarer: «Nous ne valons pas mieux
TX¶HX[6LQRXVpWLRQVHQ$OOHPDJQHQRXVHQIHULRQVDXWDQWª
Je la vis peu, du reste, pendant ces quelques jours, car elle allait beaucoup chez ces cousins dont maman m’avait dit un jour: «Mais tu sais qu’ils sont plus riches que toi». Or, on avait vu
FHWWHFKRVHVLEHOOHTXLIXWVLIUpTXHQWHjFHWWHpSRTXHOjGDQV WRXWOH SD\VHWTXL WpPRLJQHUDLWV¶LO \DYDLW XQKLVWRULHQSRXU en perpétuer le souvenir, de la grandeur de la France, de sa gran GHXU G¶kPH GH VD JUDQGHXU VHORQ 6DLQW$QGUpGHV&KDPSV
et que ne révélèrent pas moins tant de civils survivant à l’arrière que les soldats tombés à la Marne. un neveu de Françoise avait
pWpWXpj%HUU\DX%DFTXL pWDLWDXVVL OHQHYHXGHFHVFRXVLQV millionnaires de Françoise, anciens cafetiers retirés depuis long
,
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temps après fortune faite. Il avait été tué, lui, tout petit cafetier
VDQVIRUWXQHTXLjODPRELOLVDWLRQkJpGHYLQJWFLQTDQVDYDLW ODLVVpVDMHXQHIHPPHVHXOHSRXUWHQLUOHSHWLWEDUTX¶LOFUR\DLW
regagner quelques mois après. Il avait été tué. Et alors on avait vu ceci. les cousins millionnaires de Françoise, et qui n’étaient rien à la jeune femme, veuve de leur neveu, avaient quitté la campagne où ils étaient retirés depuis dix ans et s’étaient re
PLVFDIHWLHUVVDQVYRXORLUWRXFKHUXQVRXWRXVOHVPDWLQVjVL[
heures, la femme millionnaire, une vraie dame, était habillée ainsi que «sa demoiselle», prêtes à aider leur nièce et cousine par alliance. Et depuis plus de trois ans, elles rinçaient ainsi des verres et servaient des consommations depuis le matin jusqu’à neuf heures et demie du soir, sans un jour de repos. Dans ce livre, où
LOQ¶\DSDVXQVHXOIDLWTXLQHVRLW¿FWLIRLOQ¶\DSDVXQVHXO
personnage «à clefs», où tout a été inventé par moi selon les be soins de ma démonstration, je dois dire, à la louange de mon
SD\VTXHVHXOVOHVSDUHQWVPLOOLRQQDLUHVGH)UDQoRLVHD\DQWTXLW WpOHXUUHWUDLWHSRXUDLGHUOHXUQLqFHVDQVDSSXLTXHVHXOVFHX[Oj
sont des gens réels, qui existent. Et persuadé que leur modestie
QH V¶HQ R൵HQVHUD SDV SRXU OD UDLVRQ TX¶LOV QH OLURQW MDPDLV
ce livre, c’est avec un enfantin plaisir et une profonde émotion que, ne pouvant citer les noms de tant d’autres qui durent agir de même et par qui la France a survécu, je transcris ici leur nom
YpULWDEOHLOVV¶DSSHOOHQWG¶XQQRPVLIUDQoDLVG¶DLOOHXUV/DUL YLqUH6¶LO\ DHXTXHOTXHV YLODLQVHPEXVTXpVFRPPH O¶LPSp
rieux jeune homme en smoking que j’avais vu chez Jupien et dont la seule préoccupation était de savoir s’il pourrait avoir
/pRQjKò©SDUFHTX¶LOGpMHXQDLWHQYLOOHªLOVVRQWUDFKHWpV SDUODIRXOH LQQRPEUDEOHGHWRXV OHV)UDQoDLVGH6DLQW$QGUp GHV&KDPSV SDU WRXV OHV VROGDWV VXEOLPHV DX[TXHOV M¶pJDOH
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OHV /DULYLqUH /H PDvWUH G¶K{WHO SRXU DWWLVHU OHV LQTXLp WXGHVGH)UDQoRLVHOXLPRQWUDLWGHYLHLOOHV©/HFWXUHVSRXUWRXVª qu’il avait retrouvées et sur la couverture desquelles (ces numé URV GDWDLHQW G¶DYDQW OD JXHUUH ¿JXUDLW OD ©IDPLOOH LPSpULDOH G¶$OOHPDJQHª©9RLOjQRWUHPDvWUHGHGHPDLQªGLVDLWOHPDvWUH d’hôtel à Françoise, en lui montrant «Guillaume». Elle écar TXLOODLWOHV\HX[SXLVSDVVDLWDXSHUVRQQDJHIpPLQLQSODFpjF{Wp GHOXLHWGLVDLW©9RLOjOD*XLOODXPHVVHª
Mon départ de Paris se trouva retardé par une nouvelle qui, par le chagrin qu’elle me causa, me rendit pour quelque temps
LQFDSDEOHGHPHPHWWUHHQURXWH-¶DSSULVHQH൵HWODPRUWGH5R EHUWGH6DLQW/RXSWXpOHVXUOHQGHPDLQGHVRQUHWRXUDXIURQW
en protégeant la retraite de ses hommes. Jamais homme n’avait eu moins que lui la haine d’un peuple (et quant à l’empereur,
SRXU GHV UDLVRQV SDUWLFXOLqUHV HW SHXWrWUH IDXVVHV LO SHQVDLW
que Guillaume II avait plutôt cherché à empêcher la guerre qu’à
ODGpFKDvQHU 3DVGHKDLQH GX*HUPDQLVPH QRQSOXV OHVGHU QLHUVPRWV TXHM¶DYDLVHQWHQGXVVRUWLUGH VDERXFKH LO\ DYDLW VL[MRXUVF¶pWDLHQWFHX[TXLFRPPHQFHQWXQOLHGGH6FKXPDQQ
et que sur mon escalier il me fredonnait, en allemand, si bien qu’à cause des voisins je l’avais fait taire. Habitué par une bonne éducation suprême à émonder sa conduite de toute apologie, de toute invective, de toute phrase, il avait évité devant l’ennemi, comme au moment de la mobilisation, ce qui aurait pu assurer sa
YLHSDUFHWH൵DFHPHQWGHVRLGHYDQWOHVDFWHVTXHV\PEROLVDLHQW
toutes ses manières, jusqu’à sa manière de fermer la portière
GHPRQ¿DFUHTXDQGLOPHUHFRQGXLVDLWWrWHQXHFKDTXHIRLVTXH
je sortais de chez lui. Pendant plusieurs jours je restai enfermé dans ma chambre, pensant à lui. Je me rappelais son arrivée,
ODSUHPLqUHIRLVj%DOEHFTXDQGHQODLQDJHVEODQFKkWUHVDYHF
,
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VHV\HX[YHUGkWUHVHWERXJHDQWVFRPPHODPHULODYDLWWUDYHUVp
le hall attenant à la grande salle à manger dont les vitrages don naient sur la mer. Je me rappelais l’être si spécial qu’il m’avait paru être alors, l’être dont ç’avait été un si grand souhait de ma part d’être l’ami. Ce souhait s’était réalisé au delà de ce que j’aurais jamais pu croire, sans me donner pourtant presque aucun plaisir alors, et ensuite je m’étais rendu compte de tous les grands mérites et d’autres choses encore que cachait cette ap parence élégante. Tout cela, le bon comme le mauvais, il l’avait donné sans compter, tous les jours, et le dernier, en allant atta quer une tranchée par générosité, par mise au service des autres de tout ce qu’il possédait, comme il avait un soir couru sur les canapés du restaurant pour ne pas me déranger. Et l’avoir vu si peu, en somme, en des sites si variés, dans des circonstances
VLGLYHUVHVHWVpSDUpHVSDUWDQWG¶LQWHUYDOOHVGDQVFHKDOOGH%DO
bec, au café de Rivebelle, au quartier de cavalerie et aux dîners
PLOLWDLUHVGH'RQFLqUHVDXWKpkWUHRLODYDLWJLÀpXQMRXUQDOLVWH
chez la princesse de Guermantes, ne faisait que me donner de sa vie des tableaux plus frappants, plus nets, de sa mort un chagrin plus lucide, que l’on en a souvent pour les personnes aimées davantage, mais fréquentées si continuellement que l’image que
QRXVJDUGRQVG¶HOOHVQ¶HVWSOXVTX¶XQHHVSqFHGHYDJXHPR\HQQH HQWUHXQHLQ¿QLWpG¶LPDJHV LQVHQVLEOHPHQWGL൵pUHQWHVHWDXVVL TXH QRWUHD൵HFWLRQUDVVDVLpH Q¶D SDV FRPPH SRXU FHX[TXH
nous n’avons vus que pendant des moments limités, au cours de rencontres inachevées malgré eux et malgré nous, l’illusion
GHODSRVVLELOLWp G¶XQH D൵HFWLRQ SOXV JUDQGHGRQW OHV FLUFRQV
tances seules nous auraient frustrés. Peu de jours après celui où je l’avais aperçu, courant après son monocle, et l’imaginant
DORUVVLKDXWDLQGDQVFHKDOOGH%DOEHFLO\DYDLWXQHDXWUHIRUPH
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LE TEMPS RETROUVE
YLYDQWHTXHM¶DYDLVYXHSRXUODSUHPLqUHIRLVVXUODSODJHGH%DO
bec et qui maintenant n’existait non plus qu’à l’état de souvenir,
F¶pWDLW$OEHUWLQH IRXODQWOH VDEOHFH SUHPLHUVRLULQGL൵pUHQWH
à tous, et marine comme une mouette. Elle, je l’avais si vite aimée que pour pouvoir sortir avec elle tous les jours je n’étais
MDPDLV DOOp YRLU 6DLQW/RXS GH %DOEHF (W SRXUWDQW O¶KLVWRLUH
de mes relations avec lui portait aussi le témoignage qu’un temps j’avais cessé d’aimer Albertine, puisque, si j’étais allé m’installer quelque temps auprès de Robert, à Doncières, c’était dans le chagrin de voir que ne m’était pas rendu le sentiment que
me
j’avais pour M
WDUGFRQQXHVGHPRLWRXWHVGHX[j%DOEHFHWVLYLWHWHUPLQpHV V¶pWDLHQWFURLVpHV jSHLQHF¶pWDLWOXLPH UHGLVDLVMHHQ YR\DQW TXH OHV QDYHWWHV DJLOHV GHV DQQpHV WLVVHQW GHV ¿OV HQWUH FHX[
de nos souvenirs qui semblaient d’abord les plus indépendants,
F¶pWDLWOXLTXHM¶DYDLVHQYR\pFKH]0
tine m’avait quitté. Et puis il se trouvait que leurs deux vies avaient chacune un secret parallèle et que je n’avais pas soup
oRQQp&HOXLGH6DLQW/RXSPHFDXVDLWSHXWrWUHPDLQWHQDQWSOXV
de tristesse que celui d’Albertine, dont la vie m’était devenue si étrangère. Mais je ne pouvais me consoler que la sienne comme
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Et c’était eux qui étaient morts, eux dont je pouvais, séparées par un intervalle en somme si bref, mettre en regard l’image ultime, devant la tranchée, après la chute, de l’image première qui, même pour Albertine, ne valait plus pour moi que par son association
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par Françoise avec plus de pitié que celle d’Albertine. Elle prit immédiatement son rôle de pleureuse et commenta la mémoire
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MARCEL PROUST
du mort de lamentations, de thrènes désespérés. Elle exhibait son chagrin et ne prenait un visage sec, en détournant la tête, que lorsque moi je laissais voir le mien, qu’elle voulait avoir l’air de ne pas avoir vu. Car comme beaucoup de personnes nerveuses, la nervosité des autres, trop semblable sans doute à la sienne, l’horripilait. Elle aimait maintenant à faire remar quer ses moindres torticolis, un étourdissement, qu’elle s’était cognée. Mais si je parlais d’un de mes maux, redevenue stoïque et grave, elle faisait semblant de ne pas avoir entendu. «Pauvre
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ser qu’il eût fait l’impossible pour ne pas partir et, une fois
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en pensant à M
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parce qu’il avait le nez coupé en deux, il était tout dévisagé».
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doute Françoise plaignait la douleur de M son cœur, mais elle regrettait de ne pas connaître la forme que cette douleur avait prise et de ne pouvoir s’en donner le spec
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parlant de Robert. Et plutôt, sans doute, par esprit d’imitation
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ses richesses ne l’ont pas empêché de mourir comme un autre,
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de Marsantes de tout
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