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Le Temps retrouvé

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LE TEMPS RETROUVE
terriblement jaloux de moi. Je ne parle pas de M. de Forche ville, car, au fond, c’était un médiocre et je n’ai jamais pu aimer
YpULWDEOHPHQW TXH GHV JHQV LQWHOOLJHQWV 0DLV YR\H]YRXV 06ZDQQpWDLWDXVVLMDORX[TXHO¶HVWFHSDXYUHGXFSRXUFHOXL
ci je me prive de tout parce que je sais qu’il n’est pas heureux
FKH] OXL3RXU0 6ZDQQ F¶pWDLW SDUFH TXH MH O¶DLPDLV IROOH PHQW HW MH WURXYH TX¶RQ SHXW ELHQ VDFUL¿HU OD GDQVH
et le monde, et tout le reste à ce qui peut faire plaisir ou seule ment éviter des soucis à un homme qu’on aime. Pauvre Charles, il était si intelligent, si séduisant, exactement le genre d’hommes
TXHM¶DLPDLVª(WF¶pWDLWSHXWrWUHYUDL,O\DYDLWHXXQWHPSVR 6ZDQQ OXL DYDLW SOX MXVWHPHQW FHOXL R HOOHQ¶pWDLWSDV©VRQ
genre». À vrai dire, «son genre», même plus tard, elle ne l’avait jamais été. Il l’avait pourtant alors tant et si douloureusement aimée. Il était surpris plus tard de cette contradiction. Elle ne doit pas en être une si nous songeons combien est forte dans la vie
GHV KRPPHV OD SURSRUWLRQ GHV VRX൵UDQFHV SRXU GHV IHPPHV ©TXL Q¶pWDLHQW SDV OHXU JHQUHª 3HXWrWUH FHOD WLHQWLO j ELHQ GHVFDXVHVG¶DERUGSDUFHTX¶HOOHVQHVRQWSDVYRWUHJHQUHRQ
se laisse d’abord aimer sans aimer, par là on laisse prendre sur sa vie une habitude qui n’aurait pas eu lieu avec une femme qui eût été votre genre et qui, se sentant désirée, se fût disputée,
QHQRXVDXUDLWDFFRUGpTXHGHUDUHVUHQGH]YRXVQ¶HWSDVSULV
dans notre vie cette installation dans toutes nos heures qui plus tard, si l’amour vient et qu’elle vienne à nous manquer, pour
XQHEURXLOOHSRXUXQYR\DJHRRQQRXVODLVVHVDQVQRXYHOOHV ne nous arrache pas un seul lien mais mille. Ensuite, cette habi WXGHHVWVHQWLPHQWDOHSDUFHTX¶LOQ¶\DSDVJUDQGGpVLUSK\VLTXH
à la base, et si l’amour naît, le cerveau travaille bien davantage:
LO\DXQURPDQDXOLHXG¶XQEHVRLQ1RXVQHQRXVPp¿RQVSDV
,
411
MARCEL PROUST
des femmes qui ne sont pas notre genre, nous les laissons nous aimer, et si nous les aimons ensuite, nous les aimons cent fois plus que les autres, sans avoir même près d’elles la satisfaction du désir assouvi. Pour ces raisons et bien d’autres, le fait que
QRXVD\RQVQRVSOXVJURVFKDJULQVDYHFOHVIHPPHVTXLQHVRQW
pas notre genre ne tient pas seulement à cette dérision du destin qui ne réalise notre bonheur que sous la forme qui nous plaît le moins. Une femme qui est notre genre est rarement dange reuse, car ou elle ne veut pas de nous, ou nous contente et nous quitte vite, ne s’installe pas dans notre vie, et ce qui est dange
UHX[HW SURFUpDWHXU GHVRX൵UDQFHV GDQV O¶DPRXUFHQ¶HVWSDV ODIHPPHHOOHPrPHF¶HVWVDSUpVHQFHGHWRXVOHVMRXUVODFXULR VLWpGHFHTX¶HOOHIDLWjWRXVPRPHQWVFHQ¶HVWSDVODIHPPH
c’est l’habitude. J’eus la lâcheté d’ajouter que ce qu’elle disait
GH6ZDQQpWDLWJHQWLOHWQREOHGHVDSDUWPDLVMHVDYDLVFRPELHQ c’était faux et que sa franchise se mêlait de mensonges. Je pen VDLV DYHF H൵URL DX IXU HW j PHVXUH TX¶HOOH PH UDFRQWDLW VHV DYHQWXUHVjWRXWFHTXH6ZDQQDYDLWLJQRUpGRQWLODXUDLWWDQW VRX൵HUW SDUFH TX¶LO DYDLW ¿[p VD VHQVLELOLWp VXU FHW rWUHOj
et qu’il devinait à en être sûr, rien qu’à ses regards quand elle
YR\DLWXQKRPPHRXXQHIHPPHLQFRQQXVHWTXLOXLSODLVDLHQW
Au fond, elle le faisait seulement pour me donner ce qu’elle
FUR\DLWGHV VXMHWV GH QRXYHOOHV(OOH VH WURPSDLW QRQTX¶HOOH
n’eût de tout temps abondamment fourni les réserves de mon imagination, mais d’une façon bien plus involontaire et par
XQDFWH pPDQpGH PRLPrPHTXLGpJDJHDLW G¶HOOHj VRQLQVX
les lois de sa vie.
M. de Guermantes ne gardait ses foudres que pour la du
me
FKHVVH VXU OHV OLEUHV IUpTXHQWDWLRQV GH ODTXHOOH 0
cheville ne manquait pas d’attirer l’attention irritée du duc.
de For
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LE TEMPS RETROUVE
$XVVL OD GXFKHVVH pWDLWHOOH IRUW PDOKHXUHXVH ,O HVW YUDL TXH
M. de Charlus, à qui j’en avais parlé une fois, prétendait que les premiers torts n’avaient pas été du côté de son frère, que la légende de pureté de la duchesse était faite, en réalité, d’un nombre incalculable d’aventures habilement dissimulées. Je n’avais jamais entendu parler de cela. Pour presque tout
me
le monde M
/¶LGpHTX¶HOOHDYDLWpWpWRXMRXUVLUUpSURFKDEOHJRXYHUQDLWOHVHV
prits. Entre ces deux idées je ne pouvais décider laquelle était conforme à la vérité, cette vérité que presque toujours les trois quarts des gens ignorent. Je me rappelais bien certains regards bleus et vagabonds de la duchesse de Guermantes dans la nef
GH&RPEUD\PDLVYUDLPHQWDXFXQHGHVGHX[LGpHVQ¶pWDLWUpIX
tée par eux, et l’une et l’autre pouvaient leur donner un sens
GL൵pUHQWHWDXVVLDFFHSWDEOH'DQVPDIROLHHQIDQWMHOHVDYDLV
pris un instant pour des regards d’amour adressés à moi. Depuis j’avais compris qu’ils n’étaient que des regards bienveillants d’une suzeraine, pareille à celle des vitraux de l’église, pour
VHVYDVVDX[)DOODLWLOPDLQWHQDQWFURLUHTXHF¶pWDLWPDSUHPLqUH
idée qui avait été la vraie, et que si, plus tard, jamais la du chesse ne m’avait parlé d’amour, c’est parce qu’elle avait craint de se compromettre avec un ami de sa tante et de son neveu plus
TX¶DYHFXQHQIDQWLQFRQQXUHQFRQWUpSDUKDVDUGj6DLQW+LODLUH GH&RPEUD\"
GH*XHUPDQWHVpWDLWXQHIHPPHWRXWHGL൵pUHQWH
,
* * *
/DGXFKHVVHDYDLWSXXQLQVWDQWrWUHKHXUHXVHGHVHQWLUVRQ
passé plus consistant parce qu’il était partagé par moi, mais à quelques questions que je lui posai à nouveau sur le provin
413
MARCEL PROUST
FLDOLVPHGH0 GH%UpDXWpTXH M¶DYDLVjO¶pSRTXHSHXGLVWLQ JXpGH0GH6DJDQRXGH0GH*XHUPDQWHVHOOHUHSULWVRQ SRLQW GH YXH GH IHPPH GX PRQGH F¶HVWjGLUH GH FRQWHPS
trice de la mondanité. Tout en me parlant, la duchesse me faisait visiter l’Hôtel. Dans des salons plus petits on trouvait des intimes qui, pour écouter la musique, avaient préféré s’iso ler. Dans un petit salon Empire, où quelques rares habits noirs
pFRXWDLHQWDVVLVVXUXQFDQDSpRQYR\DLWjF{WpG¶XQH3V\FKp
supportée par une Minerve, une chaise longue, placée de façon rectiligne, mais à l’intérieur incurvée comme un berceau, et où une jeune femme était étendue. la mollesse de sa pose, que
O¶HQWUpHGHODGXFKHVVH QHOXL¿WPrPHSDV GpUDQJHUFRQWUDV
tait avec l’éclat merveilleux de sa robe Empire en une soie rie nacarat devant laquelle les plus rouges fuchsias eussent
SkOLHWVXUOH WLVVXQDFUpGHODTXHOOH GHVLQVLJQHVHWGHVÀHXUV VHPEODLHQWDYRLUpWpHQIRQFpVORQJWHPSVFDUOHXUWUDFH\UHV
tait en creux. Pour saluer la duchesse elle inclina légèrement
VDEHOOHWrWHEUXQH%LHQTX¶LOIvWJUDQGMRXUFRPPHHOOHDYDLW
demandé qu’on fermât les grands rideaux, en vue de plus de re cueillement pour la musique, on avait, pour ne pas se tordre les pieds, allumé sur un trépied une urne où s’irisait une faible lueur. En réponse à ma demande, la duchesse de Guermantes
me
me dit que c’était M
YRLUFHTX¶HOOHpWDLWjODPDGDPHGH6DLQWH(XYHUWHTXHM¶DYDLV
me
connue. M
de Guermantes me dit que c’était la femme d’un
GH VHV SHWLWVQHYHX[ SDUXW VXSSRUWHU O¶LGpH TX¶HOOH pWDLW QpH OD5RFKHIRXFDXOGPDLVQLDDYRLUHOOHPrPHFRQQXGHV6DLQWH
Euverte. Je lui rappelai la soirée, que je n’avais sue, il est vrai,
TXHSDURXwGLUHRSULQFHVVHGHV/DXPHVHOOHDYDLWUHWURXYp 6ZDQQ0
me
GH*XHUPDQWHVP¶D൶UPDQ¶DYRLUMDPDLVpWpjFHWWH
GH6DLQWH(XYHUWH$ORUV MH YRXOXVVD
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LE TEMPS RETROUVE
soirée. la duchesse avait toujours été un peu menteuse et l’était devenue davantage. M lon – d’ailleurs assez tombé avec le temps – qu’elle aimait à renier. Je n’insistai pas. «Non, qui vous avez pu entrevoir chez moi, parce qu’il avait de l’esprit, c’est le mari de celle dont vous parlez et avec qui je n’étais pas en relations. – Mais
HOOHQ¶DYDLWSDVGHPDUL±9RXVYRXVO¶rWHV¿JXUpSDUFHTX¶LOV pWDLHQWVpSDUpVPDLVLOpWDLWELHQSOXVDJUpDEOHTX¶HOOHª-H¿QLV
par comprendre qu’un homme énorme, extrêmement grand, extrêmement fort, avec des cheveux tout blancs, que je rencon trais un peu partout et dont je n’avais jamais su le nom était
me
le mari de M
GH6DLQWH(XYHUWH,OpWDLWPRUWO¶DQSDVVp4XDQW
à la nièce, j’ignore si c’est à cause d’une maladie d’estomac, de nerfs, d’une phlébite, d’un accouchement prochain, récent ou manqué, qu’elle écoutait la musique étendue sans se bouger
SRXUSHUVRQQH/HSOXVSUREDEOHHVWTXH¿qUHGHVHVEHOOHVVRLHV URXJHVHOOHSHQVDLWIDLUHVXUVDFKDLVHORQJXHXQH൵HWJHQUH5p
camier. Elle ne se rendait pas compte qu’elle donnait pour moi
ODQDLVVDQFHjXQQRXYHOpSDQRXLVVHPHQWGHFHQRP6DLQWH(X
verte, qui à tant d’intervalle marquait la distance et la continuité du Temps. C’est le Temps qu’elle berçait dans cette nacelle où
ÀHXULVVDLHQWOHQRPGH6DLQWH(XYHUWHHWOHVW\OH(PSLUHHQVRLH GHIXFKVLDVURXJHV&HVW\OH(PSLUH0 UDLWO¶DYRLUWRXMRXUVGpWHVWpFHODYRXODLWGLUH TX¶HOOHOHGpWHV
tait maintenant, ce qui était vrai, car elle suivait la mode, bien
TX¶DYHFTXHOTXHUHWDUG6DQVFRPSOLTXHU HQSDUODQWGH 'DYLG TX¶HOOHFRQQDLVVDLWSHXWRXWHMHXQH¿OOHHOOHDYDLWFUX0,QJUHV OHSOXVHQQX\HX[GHVSRQFLIVSXLVEUXVTXHPHQWOHSOXVVDYRX
reux des maîtres de l’Art nouveau, jusqu’à détester Delacroix. Par quels degrés elle était revenue de ce culte à la réprobation
me
GH6DLQWH(XYHUWHpWDLWSRXUHOOHXQVD
me
de Guermantes décla
,
415
MARCEL PROUST
importe peu, puisque ce sont là des nuances des goûts que le cri WLTXH G¶DUW UHÀqWH GL[ DQV DYDQW OD FRQYHUVDWLRQ GHV IHPPHV VXSpULHXUHV$SUqV DYRLUFULWLTXpOHVW\OH(PSLUH HOOHV¶H[FX VDGHP¶DYRLUSDUOpGHJHQVDXVVLLQVLJQL¿DQWVTXHOHV6DLQWH (XYHUWHHWGHQLDLVHULHVFRPPH OHF{WpSURYLQFLDOGH%UpDXWp
car elle était aussi loin de penser pourquoi cela m’intéressait
me
que M
OHELHQGHVRQHVWRPDFRXXQH൵HWLQJUHVTXHpWDLWORLQGHVRXS çonner que son nom m’avait ravi, celui de son mari, non ce OXLSOXV JORULHX[GHVHV SDUHQWVHW TXHMH  OXLYR\DLV FRPPH
une fonction dans cette pièce pleine d’attributs de bercer
OHWHPSV ©0DLV FRPPHQWSXLVMH YRXVSDUOHUGH FHVVRWWLVHV FRPPHQW FHOD SHXWLO YRXV LQWpUHVVHU"ª V¶pFULD OD GXFKHVVH (OOH DYDLW GLW FHWWH SKUDVH j PLYRL[ HW SHUVRQQH Q¶DYDLW SX
entendre ce qu’elle disait. Mais un jeune homme (qui devait m’intéresser dans la suite par un nom bien plus familier de moi
DXWUHIRLV TXH FHOXL GH 6DLQWH(XYHUWH VH OHYD G¶XQ DLU H[DV
péré et alla plus loin pour écouter avec plus de recueillement.
&DUF¶pWDLWODVRQDWHj.UHXW]HUTX¶RQMRXDLWPDLVV¶pWDQWWURP SpVXUOHSURJUDPPHLOFUR\DLWTXHF¶pWDLWXQPRUFHDXGH5DYHO
qu’on lui avait déclaré être beau comme du Palestrina, mais
GL൶FLOH j FRPSUHQGUH 'DQVVDYLROHQFHj FKDQJHU GH SODFH LO KHXUWD j FDXVH GH OD GHPLREVFXULWp XQ ERQKHXU GX MRXU
ce qui n’alla pas sans faire tourner la tête à beaucoup de per sonnes pour qui cet exercice si simple de regarder derrière soi interrompait un peu le supplice d’écouter «religieusement»
ODVRQDWHj.UHXW]HU(W0
petit scandale, nous nous hâtâmes de changer de pièce. «Oui,
FRPPHQWFHVULHQVOjSHXYHQWLOVLQWpUHVVHUXQKRPPHGHYRWUH PpULWH"&¶HVWFRPPHWRXWjO¶KHXUHTXDQGMHYRXVYR\DLVFDX
 GH 6DLQWH(XYHUWH GH OD 5RFKHIRXFDXOG FKHUFKDQW
me
de Guermantes et moi, causes de ce
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LE TEMPS RETROUVE
VHUDYHF *LOEHUWHGH 6DLQW/RXS&H Q¶HVWSDV GLJQHGH YRXV 3RXUPRLF¶HVWH[DFWHPHQWULHQFHWWHIHPPHOjFHQ¶HVWPrPH
pas une femme, c’est ce que je connais de plus factice et de plus bourgeois au monde (car, même à sa défense de l’actua lité, la duchesse mêlait ses préjugés d’aristocrate). D’ailleurs
GHYULH]YRXVYHQLUGDQVGHVPDLVRQVFRPPHLFL"$XMRXUG¶KXL HQFRUHMHFRPSUHQGVSDUFHTX¶LO\DYDLWFHWWHUpFLWDWLRQGH5D
chel, ça peut vous intéresser. Mais si belle qu’elle ait été, elle
QHGRQQHSDVGHYDQWFHSXEOLFOj-HYRXVIHUDLGpMHXQHUVHXOH
avec elle. Alors vous verrez l’être que c’est. Mais elle est cent fois supérieure à tout ce qui est ici. Et après déjeuner elle vous
GLUD GX 9HUODLQH 9RXV P¶HQ GLUH] GHV QRXYHOOHVª (OOH PH YDQWDVXUWRXWVHV DSUqVGpMHXQHUV RLO\ DYDLW WRXVOHV MRXUV
X et Y. Car elle en était arrivée à cette conception des femmes à «salons» qu’elle méprisait autrefois (bien qu’elle le niât au jourd’hui) et dont la grande supériorité, le signe d’élection selon
HOOHpWDLHQWG¶DYRLUFKH]HOOH©WRXVOHVKRPPHVª6LMHOXLGL
sais que telle grande dame à «salons» ne disait pas du bien,
me
quand elle vivait, de M devant ma naïveté: «Naturellement, l’autre avait chez elle tous
OHVKRPPHVHWFHOOHFLFKHUFKDLWjOHVDWWLUHUª(OOHUHSULW©0DLV
dans de grandes machines comme ici, non, ça me passe que vous veniez. À moins que ce ne soit pour faire des études…»,
DMRXWDWHOOHG¶XQDLUGHGRXWHGHPp¿DQFHHWVDQVWURSV¶DYHQ
turer, car elle ne savait pas très exactement en quoi consistait le genre d’opérations improbables auquel elle faisait allusion.
©(VWFHTXH YRXVQH FUR\H]SDVGLVMH jOD GXFKHVVHTXH
ce soit pénible à M
HOOHYLHQWGHOHIDLUHO¶DQFLHQQHPDvWUHVVHGHVRQPDUL"ª-HYLV
se former dans le visage de M
+RZODQGODGXFKHVVHpFODWDLWGHULUH
me
GH 6DLQW/RXS G¶HQWHQGUHDLQVL FRPPH
me
de Guermantes cette barre
,
417
MARCEL PROUST
oblique qui relie par des raisonnements ce qu’on vient d’en tendre à des pensées peu agréables. Raisonnements inexprimés, il est vrai, mais toutes les choses graves que nous disons ne re çoivent jamais de réponse ni verbale, ni écrite. les sots seuls sol licitent en vain deux fois de suite une réponse à une lettre qu’ils
RQWHXOHWRUWG¶pFULUHHWTXLpWDLWXQHJD൵HFDUjFHVOHWWUHVOj
il n’est jamais répondu que par des actes, et la correspondante qu’on croit inexacte vous dit Monsieur quand elle vous ren contre, au lieu de vous appeler par votre prénom. Mon allu
VLRQjODOLDLVRQGH6DLQW/RXSDYHF5DFKHOQ¶DYDLWULHQGHVL
me
grave et ne put mécontenter qu’une seconde M
HQOXLUDSSHODQWTXHM¶DYDLVpWpO¶DPLGH5REHUWHWSHXWrWUHVRQ FRQ¿GHQWDX VXMHWGHV GpERLUHVTX¶DYDLWSURFXUpVj5DFKHO VD VRLUpHFKH]ODGXFKHVVH0DLVFHOOHFLQHSHUVLVWDSDVGDQVVHV
pensées, la barre orageuse se dissipa, et M
me
répondit à ma question relative à M
GH6DLQW/RXS©-HYRXV
dirai que je crois que ça lui est d’autant plus égal que Gilberte n’a jamais aimé son mari. C’est une petite horreur. Elle a aimé la situation, le nom, être ma nièce, sortir de sa fange, après quoi
HOOHQ¶DSDVHXG¶DXWUHLGpHTXHG¶\UHQWUHU-HYRXVGLUDLTXHoD
me faisait beaucoup de peine à cause du pauvre Robert, parce qu’il avait beau ne pas être un aigle, il s’en apercevait très bien, et d’un tas de choses. Il ne faut pas le dire parce qu’elle est mal gré tout ma nièce, je n’ai pas la preuve positive qu’elle le trom
SDLWPDLVLO\DHXXQWDVG¶KLVWRLUHV0DLVVLMHYRXVGLVTXH MHOHVDLVDYHFXQR൶FLHUGH0pVpJOLVH5REHUWDYRXOXVHEDWWUH C’est pour tout ça que Robert s’est engagé. la guerre lui est ap SDUXHFRPPHXQHGpOLYUDQFHGHVHVFKDJULQVGHIDPLOOHVLYRXV
voulez ma pensée, il n’a pas été tué, il s’est fait tuer. Elle n’a eu aucune espèce de chagrin, elle m’a même étonnée par un rare
de Guermantes
me
de Guermantes me
418
LE TEMPS RETROUVE
F\QLVPHGDQVO¶D൵HFWDWLRQGHVRQLQGL൵pUHQFHFHTXLP¶DIDLW
beaucoup de chagrin parce que j’aimais bien le pauvre Robert.
dDYRXVpWRQQHUDSHXWrWUHSDUFHTX¶RQPHFRQQDvWPDOPDLV
il m’arrive encore de penser à lui. Je n’oublie personne. Il ne m’a jamais rien dit, mais il avait bien compris que je devinais
WRXW0DLVYR\RQV VL HOOH DYDLWDLPpWDQW VRLW SHX VRQPDUL SRXUUDLWHOOH VXSSRUWHU DYHF FH ÀHJPH GH VH WURXYHU GDQV
le même salon que la femme dont il a été l’amant éperdu pen dant tant d’années, on peut dire toujours, car j’ai la certitude que ça n’a jamais cessé, même pendant la guerre. Mais elle lui sau
WHUDLWjODJRUJHªV¶pFULDOD GXFKHVVHRXEOLDQWTX¶HOOHPrPH
en faisant inviter Rachel et en rendant possible la scène qu’elle jugeait inévitable si Gilberte eût aimé Robert, agissait cruel OHPHQW©1RQYR\H]YRXV FRQFOXWHOOHF¶HVWXQH FRFKRQQHª
me
Une telle expression était rendue possible à M par la pente agréable qu’elle descendait, du milieu des Guer mantes à la société des comédiennes, et aussi parce qu’elle gref
e
fait cela sur un genre xviii
siècle qu’elle jugeait plein de verdeur,
HQ¿QSDUFHTX¶HOOHVHFUR\DLWWRXWSHUPLV0DLVFHWWHH[SUHVVLRQ
lui était aussi dictée par la haine qu’elle éprouvait pour Gilberte,
SDUXQEHVRLQGHODIUDSSHUjGpIDXWGHPDWpULHOOHPHQWHQH൶ JLH(WHQPrPHWHPSVODGXFKHVVHSHQVDLWMXVWL¿HUSDUOjWRXWH
la conduite qu’elle tenait à l’égard de Gilberte, ou plutôt contre elle, dans le monde, dans la famille, au point de vue même des intérêts et de la succession de Robert. Mais parfois les ju gements qu’on porte reçoivent des faits qu’on ignore et qu’on
Q¶HWSXVXSSRVHUXQHMXVWL¿FDWLRQDSSDUHQWH*LOEHUWHTXLWH
nait sans doute un peu de l’ascendance de sa mère (et c’est bien cette facilité que j’avais, sans m’en rendre compte, escomptée,
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de Guermantes
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MARCEL PROUST
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hardie que toutes celles que j’avais pu supposer et, revenant vers
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Mortemart et d’autres bambins sans intérêt. Je suis sûre qu’elle sera une gentille amie pour vous». Je lui demandai si Robert
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Mais, naturellement, je crois tout de même qu’étant donné ses goûts, dit naïvement Gilberte, il aurait préféré un garçon». Cette
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croire aux générations nouvelles que les parents de cet obscur ménage avaient eu une grande situation.
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M idée du Temps passé, qu’elle aussi, à sa manière, me rendait, et sans même que je l’eusse vue, M
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dans les forêts les «étoiles» des carrefours où viennent conver ger des routes venues, pour notre vie aussi, des points les plus
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Et avant tout venaient aboutir à elle les deux grands «côtés» où j’avais fait tant de promenades et de rêves – par son père Ro
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