Добавил:
Опубликованный материал нарушает ваши авторские права? Сообщите нам.
Вуз: Предмет: Файл:

Франкофония культура повседневности. Учебное пособие

.pdf
Скачиваний:
0
Добавлен:
07.09.2026
Размер:
2 Мб
Скачать
☆
avec ces mas et sans clou ny cheuille, que c’est une euvre sy bien practiqu tout leur ouvrage, et n’y a maistre ma gu
ée, qu’il n’y a que redire, et n’ont que une seule ache à faire
çon qui puisse faire vn euvre
ère plus admirable qu’ilz font. »
Les impressions d’un voyageur
Voici la description de la première rencontre entre Français et
Russes
change, o raport, come est la coustume en tout pa ilz estoient, et quand il sceut que nous estions Fran l’interpr coupe d’argent et la feist emplir, et falut la vuider ; et puys une autre, et encore la revuider ; puis encore la 3e qu’il falut parachever ; et, a coups, on pense estre quite ; mais le pire est le dernier, car fault boire une tasse d’eau-de-vie qui est sy forte qu’on a le ventre et le gosier en feu. Quand on a beu une tasse, ancore n’estre pas tout, et, a boire pa
à Arkhangelsk.
Nous sommes arrivés le 26e jour de juin devant la ville de Saint-Michel-Ar-
ù nos marchands alèrent à terre pour parler au gouverneur et faire leur
ïs, et l’aïant salué, il leur demanda d’où
çoys, il fut bien resjouy et dit à
ète qui les présentoit qu’ils estoient les très-bien venus, et prit une grande
ïant fait ces trois beaux
ïant parlé un mot avec vous, faudra ancore
à la santé de vostre roy, car vous ne l’auseriez refuser, et c’est la coustume du
ïs que de bien boire.
Le premier dictionnaire franco-russe
Dans quelle langue communiquaient les Français ? Jean Sauvage
fait mention d’un interpr nationale,
à côté du récit de Jean Sauvage et avec la même écriture,
se trouve un petit dictionnaire fran
ète. Dans les archives de la Bibliothèque
çais-russe du xvie siècle. L’a-t-il
écrit ? Complété ? Utilisé ? Au fond peu importe car c’est un témoi-
gnage linguistique tr vage, il en existe une version l d’Andr l’a anot
é Thevet, cosmographe du roi
é et édité en 1905 dans le Recueil de mémoires orientaux
Boris Alexandrovitch Larine l’a aussi reproduit et comment
ès intéressant. Comme pour le récit de Jean Sau-
égèrement différente dans les brouillons
1
. Le grand slaviste Paul Boyer
é à Lé-
2
ningrad en 1936 puis à Riga en 1948. Ce dictionnaire est constitué d’un peu plus de six cents entr compagn doute Thevet s’int lectionn
és de leur traduction russe, en transcription latine, sans
écrit parun français qui ne comprendrait pas le russe. André
éressait beaucoup aux langues du monde entier. Il a col-
é l’« oraison dominicale » dans de très nombreuses langues.
ées, mots ou phrases en français, ac-
.
1
Le mémoire de Jean Sauvage lui était peut-être destiné. Sa Cosmographie
universelle de 1575 est
2
Le dictionnaire et tous les extraits de cet article sont reproduits in-extenso
dans mon ouvrage (cf. infra).
étonnamment précise sur la Moscovie.
231
La voici dans le langage des moscovites1. Les v peuvent être ortho- graphi
és u.
Oche nassije esti nane besech, da suatitsa ima tuoa, da priidet tzerture tuæ, da boudet vola tuoa iacco nane besech ina Zemli. Chleb nash nasoushuij daiede nam due : i ostaui nam dolgi nassa, iacco i mui ostaulaem dolgnicom nassim, i. neuedi nas vona past, no isbauinas ot loncauago, iacco tuoe est tzerture i sila, i slaua vouechi. Amin.
Le plagiat du voyage
Dans le manuscrit d’André Thevet Description de plusieurs Isles, on trouve un plagiat du voyage de Jean Sauvage. Thevet reprend la relation un mythe litt faut boire une tasse d’eau
à son compte, parfois l’embellit ou l’exagère. Ainsi se crée
éraire. La fin de l’extrait précédent devient : « Car il
ë de vie, et y en a si grande abondance, que
plusieurs, qui en beuvent plus qu’ils ne fault, principalement les es­trangers en ont le ventre et le gosier enfl
é. Ce qui leur cause souven-
tefois de grandes maladies, et bien souvent la mort <...> ».
Que reste-il de ce voyage ?
Le fin mot de l’histoire
À en croire le marin français, la rencontre avec les Norvégiens
s’est pass
taine du chasteau [de Vardø] et luy demander congé de passer pour aler à Saint­Nicolas, il respondit que jamais il n’avoit veu Françoys passer par là pour aler à Saint-Nicolas, et qu’il n’auoit nulle commission de nous doner congé pour aler là ; et, voiant cela, falut faire presens cousta environ 250 dalles, sens les presens et despens que nous y feimes, car nous y demourasmes trois jours.
teurs du sieur aport plus de douze pots, qui estoit tout plein de grosse bière noire et forte plus que le vin, et falut boire tout. Et croiés que les sieurs Colas et du Renel estoient plus faschez de tant boire que de l’argent qu’ilz venoient de desbourser ; car il faloit vuider ceste cruche ou bien faire de l’yvroigne pour en sortir, car telle est leur coustume.
ée comme avec les Russes.
Quand nous fumes à l’ancre, nostre marchand ala en terre pour parler au capi-
à quelques sieurs qui parlèrent pour nous, ce qui
Quand nous fumes entrés et que nous eumes paié nostre coustume, les servi-
èrent à monsieur Colas un grand pot de bois rouge qui tenoit
En réalité, Jean Sauvage a édulcoré son récit. Danzay nous ap­prend le fin mot de l’histoire : les 250 « dalles » (thaler ou rixdaller,
1
« Basile [III (1462—1505)], duc de Moscovie » dans Les vrais pourtraicts et
vies des hommes illustres. Paris, 1584 (soit deux ans avant le Dictionnaire des Mos- covites)
; chapitre reproduit dans la Cosmographie moscovite de A. Galitzin en 1858
(l’orthographe de l’oraison est l
232
égèrement différente).
la monnaie internationale de l’époque) étaient une caution. Les marchands Nicolas du Renel et Germain Collade avaient fait un faux passeport pour
éviter de payer les taxes.
A Monseigneur le Duc de Joyeuse [18 août 1586]
Monseigneur ! Je Vous avertis au commencement de cette année, que les mar-
chands fran trafiquer et n que celle du Moscovite, en payant au Capitaine du Ch deux Portugaises. N Renel, marchands fran de la Tolle [douane], par un faux passeport, duquel je Vous envoie la copie.
donn navire qu’il eut envoy chandise, si le Capitaine, qui est de mes amis, et auquel j’avais recommand marchands fran respect, laiss ou deux cents thalers, qu’ils lui laiss S:t Nicolas, ils repasseraient par Warthaus. Cependant qu’il avertirait le Roi de Dannemark de ce fait, et s’il se contentait des deux Portugaises pour leur Tolle, qu’il leur rendrait le surplus de leur argent, et s’il en demandait davantage, que cel serait compris et rabattu sur le reste des deux cents thalers. Les marchands m’ virent du lieu de Warthaus le 18:e de Juin, qu’ils avaient clarer la vraie cause, et me priaient d’y pourvoir, m’assurant que leur navire Vous apartenait. Cela fut cause, que soudain j’allai parler au Grand-Tr mark, qui a charge de telles affaires, qui fut fort f Fran passer les Fran
çais qui avaient un passeport de Vous, pourraient aller librement pêcher,
égocier du côté du Nord, tant es mer et terre du Roi de Dannemark,
âteau de Warthaus [Vardø]
éanmoins, il est avenu que Germain Collade et Nicolas du
çais, essayèrent dépasser et défrauder le Roi de Dannemark
Le Capitaine de Warthaus ayant lu le passeport et connaissant qu’il avait
é par un des sujets du Roi de Dannemark, fit arrêter les marchands et leur
é en Dannemark, comme justement confisqué et la mar-
é les
çais et qui savait que j’avais répondu pour eux, n’eût pour mon
é passer les marchands et leur navire, moyennant quatre cents livres
èrent avec cette condition qu’à leur retour de
écri-
été arrêtés sans m’en dé-
ésorier de Danne-
âché de cet empêchement fait aux
çais. Aussi au même instant, il écrivit au Capitaine de Warthaus, qu’il laissât
çais sans prendre aucune chose d’eux.
été
à
Les conséquences officielles
La première lettre connue entre un tsar et un roi de France date
d’octobre 1586 et invite les marchands Moscovie. Est-ce une cons marchands fran
é suivant
trait
1
On ne connaît que la traduction française de ce traité et la lettre du Tsar. Ces
documents sont reproduits dans mon livre. Le trait fois dans le Bulletin de la Soci Tome XI. P. Nestor (p. 381) traduit par Louis Paris en 1834 une version du r
çais sont-ils restés l’hiver à Moscou pour négocier le
1
.
132 et la lettre dans les annexes du premier tome de la Chronique de
écit de Jean Sauvage.
équence du voyage ? Peut-être les
été de l’Histoire de Paris et de l’Île-de-France. 1884.
à venir faire du commerce en
é a été publié pour la première
à Paris. On trouve aussi dans ce livre
233
Traité de commerce entre le tzar et des marchands parisiens
[Moscou, le 23 mars 1587]
Au nom du Père et du Fils, et du Saint-Esprit et de la sainte Trinité glorifiée un seul Dieu, et de tous les saincts et sainctes, et de toutes les choses qu’il a faites par sa bont
é et puissance et par son amour envers l’homme, auquel il a donné toutes
choses, et lequel nous recognoissons pour Dieu nostre, et qui nous a cr monde par sa sapience [sagesse], et faictz h par nostre seigneur Hesus Christ, vivant avecq le P
éritiers de son corps et de sa parolle
ère et le Saint-Esprit en toute
éternité, et qui tient tout en sa puissance en ce monde. Nous, grand empereur et
grand duc, Th de Nonegrot, empereur de Cazan et Astracan, seigneur de Plescovie, duc de Smo­lensquo et de Averseguie, de Jongoisquie, Permesquie, Vasquie, Bolgarie, du pa bas de Nonegoroda, de Chernigue, de Razan, Polisquie, Rostruye, Jhieruslane, Veloserguie, Livonie, de Ordorie, Obdorie, de Condye, et de tout les pa du Nort, ville de Nonegrot et Plesco, Colmogrot et chasteau neuf de Arcange, de Volgueda et de Jheruslane, mandons que, suivant la resqueste de Renel et Guillaume de La Bistrate, pour et au nom du seigneur Jacques Parent et ses asosi pres, leur donner exp pour faire marchandises avecq navires et trafficquer teau de Arcange, Plesco, et traficquer ez susditz lieux quand ils viendront avecq leurs dictes marchandises soict
éodore de Hehan, de toutes les Russyes, de Velodinière et Moscovie,
à vous noz gouverneurs, lieutenans, et autres officiers de nostre héritière
à nous présentée par Nicollas
és de Paris et autres leurs commis, faisant pour ladicte compaignie cy ap-
éditions promptes et passaiges de venir à nostre héritier païs,
à Colmogrote, et au neuf chas-
à Volgueda, Jheruslane, et à nostre héritière ville de Nonegrote et
à nostre ville de Mosco, ausquelz nous avons permis comme dessus faire,
à nostre ville de Nonegrot, Plesco, Colmogrot, Volgueda, Jheruslane et Mosco, et à vous nos ditz subjectz et gouverneurs et lieutenans, et autres nos officiers, com-
mandons de leur donner franche commerce en payant seullement la moiti droictz moingz de ce que payent les autres estranger en toutes noz villes susdictes suivant nostre commandement, et ce pour cause et consid est
é les premiers François qui ce sont jamais hasardés de venir à Arcange pour faire
traficque dict royaume, et s’il leur plaist venir en nostre ville de Mosco vous les laisser ser sans leur faire d prenant pour les droictz suivant nostre susdict commandement, lequel aiant veu en prenderez coppie sur vos registres, et leur rendez promptement leurs dictes lettres sans les faire s ville, l’an sept mille et nonante cinq, le vingt-troixi
armes de l’empereur, et au dos est escript : Par la gr duc, Th
à nostre païx. Que s’il leur vient marchandizes commodes pour nostre
éplaisir, ny aucun empeschement, ains toute faveur et ayde, en
éjourner, car telle est nostre volonté. Faict à Mosco nostre héritière
Et est sell
ée la dicte lettre de cire rouge, sur double queue de soye rouge, des
éodore de Jehan, de toutes les Reussyes.
Obtenue
à Mosco au mois de mars 1587.
ération de ce qu’ilz ont
ème jour de mars 1587.
âce de Dieu, empereur et grand
éés en ce
ïs
ïs Sbiére et
ée des
és pas-
Theodore de Jehan est Fedor Ier, fils d’Ivan le Terrible. On reconnaitra aussi les villes de Vladimir, Novgorod, Pskov, Nijni Novgorod, Rostov, Iaroslavl, Kholmogory, Arkhangelsk, Vologda...
234
Ce traité est resté sans suite, la France étant en pleines guerres de
Religion et la Russie russe Soloviev signale encore trois bateaux dieppois en 1604. Au xviie si les relations commerciales restent tr stables, commerciales et diplomatiques, ne commenceront qu’apr la guerre du Nord,
à la veille du Temps des Troubles. L’historien
à Arkhangelsk
ècle malgré la volonté de Richelieu et de Colbert,
ès épisodiques. Des relations
ès
à la fin du règne de Pierre le Grand.
La redécouverte du texte au xixe siècle
Le récit de Jean Sauvage est resté à l’état de manuscrit. L’origi-
nal est inconnu mais trois copies l trouv
ées, dont deux ont été publiées indépendamment en 1834 puis
1
1855
, en pleine guerre de Crimée. Bien que le texte ait été traduit
dans le journal russe Russkij Vestnik d blent pas avoir eu d’
écho immédiat. Mais avec le rapprochement
entre la Russie et la France apr
égèrement différentes ont été re-
ès 1841, ces éditions ne sem-
ès la guerre de 1870, puis l’alliance
franco-russe de 1894, ce texte deviendra le symbole des relations amicales entre les deux pays, et ce jusqu’en 1917. Il est souvent mentionn
é par Louis Delavaud, Charles de la Roncière, André Le
Glay. La beuverie d’Arkhangelsk se transforme en un sympathique « premier toast
à l’alliance franco-russe ».
Michel Mervaud et Givi Jordania
En URSS, Givi Jordania, historien à l’université de Tbilissi, s’est
int
éressé aux premières relations franco-russes. Dans son ouvrage
de r
éférence
correspondance de Danzay. Le doyen de l’universit
2
, il cite longuement Jean Sauvage et une partie de la
é d’Arkhangelsk
Vladimir Boulatov aussi reproduit la traduction russe de 1841 dans son livre sur la Russie du Nord en 1999 (Russkij Sever, tome 3). Une nouvelle traduction (plus fid
èle) a été faite par Viktoria Goudkova,
elle est reproduite dans mon livre.
En France, il fallut attendre le 400e anniversaire du voyage, en 1986, pour voir para sances relatives
1
Il s’agit de l’ouvrage de Louis Paris (voir la note précédente), et du petit livre
de Louis Lacour publi
Jehan Sauvage — suivi de l’exp
2
Žordanja G. Oþerki iz istorii franko-russkix otnošenij konca XVI i pervoj
poloviny XVII vv. Tbilissi, 1959.
ître un article faisant la synthèse des connais-
à cette expédition. C’est à Michel Mervaud, profes-
é à Paris en 1855, Mémoire du voiage en Russie fait en 1586 par
édition de Fr. Drake en Amérique à la même époque.
235
seur à l’université de Rouen, que l’on doit ce travail1. Il publia une version du texte dans un livre
Je me permet aussi de renvoyer
édité en 1991
à mon livre Tout autour du voyage
de Jean Sauvage en Moscovie en 1586 ( 2012, 520 p. avec illustrations.). C’est la premi de ce voyage. Il contient les diff
érentes versions du texte avec leur
traduction russe, le Dictionnaire des Moscovites, le plagiat d’Andr Thevet ainsi que sa description des
îles Solovki (jusqu’à présent iné-
2
.
édition Thesaurus, Moscou,
ère édition critique
é
dits), toute la correspondance de Danzay concernant la Russie et la Baltique ainsi que de nombreux documents relatifs au d lations franco-russes ou est pr
évue à Arkhangelsk en 2013.
à la route du Nord. La traduction du livre
Conclusion
ébut des re-
Michel Mervaud remarquait que ce texte et ses à-côtés, pris iso-
l
ément, n’ont pas forcément grande signification ; mais qu’assem-
bl
és, ils forment un tout très riche et cohérent. C’est une série de
« premi Fran
ères » : premier récit en français, première visite avérée de
çais à Vardø et en mer Blanche, premier récit sur la Moscovie
d’une personne simple (ni ambassadeur, ni marchand important), premier trait
é de commerce, première lettre connue entre nos sou-
verains, premier dictionnaire franco-russe.
Un Jean Sauvage peut aussi en cacher un autre. Un des 96 pilo­tes volontaires engag porte ce nom (parmi eux 42 furent tu reprises. Jean Sauvage est pour les Russes un « v
és dans la division « Normandie-Niemen »
és). L’URSS l’a décoré à deux
étéran ». Il était
toujours vivant en mars 2012.
Un livre retra pourrait s’intituler De Jean Sauvage
çant l’histoire des relations entre nos deux pays
à Jean Sauvage.
Questions et devoirs
1. Pour quelle raison Jean Sauvage est-il venu en Russie? Pour-
quoi est-il venu par Arkhangelsk?
2. Le r
écit de Jean Sauvage a-t-il été publié de son vivant? Pour-
quoi et quand est-il devenu populaire?
1
Mervaud M. Un Normand en Russie au xvie siècle // Revue des Pays de l’Est.
Bruxelles, 1986. N 1. Article aussi paru dans la revue N 2). Traduit en russe par Alexandre Lavrov en 1993 dans Slova i otzvuki. Paris; Saint-Petersbourg, 1993. N 2.
2
Mervaud M., Roberti J.-C. Une Infinie brutalité, l’image de la Russie dans la
France des xvie et xviie si
236
ècles. Institut d’études slaves. P., 1991.
Études Normandes (1986.
3. Quelles conséquences a eues le voyage de Jean Sauvage? Dan-
zay a-t-il jou
4.
Écrire en français moderne (orthographe, grammaire, voca-
bulaire) les deux premi
é un rôle dans ce voyage?
ères lettres de Danzay ([Lettre au roi Charles
IX du 15 juillet 1571] et [Lettre au duc de Joyeuse du 28 novembre 1583]).
5.
Écrire en français moderne (orthographe, grammaire, voca-
bulaire) les extraits du textes de Jean Sauvage.
Смирнова Вера Ефимовна,
преподаватель кафедры французского языка для гуманитарных фа­культетов, соискатель кафедры франкоязычных культур факультета иностранных языков и регионоведения МГУ имени М.В. Ломоносова, e-mail: veras777@mail.ru
Повседневная жизнь французов в России: исторический аспект
Smirnova Vera. La vie quotidienne des Français en Russie: aspect historique
Le livre « Le voyage en Sib d’Auterauche qui a visit en Russie du XVIII si
à travers les idées de la vie quotidienne de l’historien français Fernand Braudel.
ècle. Cet article propose l’analyse du témoignage du voyageur
érie » du savant — astronome français Jean Chappe
é la Russie en 1761, expose sa vision de la vie quotidienne
Из маленьких происшествий, из путевых за­меток вырисовывается общество. И никогда не бывает безразлично, каким образом на разных его уровнях едят, одеваются, обставляют жили­ще. Эти «мимолетности» к тому же фиксируют от общества к обществу контрасты и несходства вовсе не поверхностные. Воссоздавать такие картинки — увлекательная игра, и я не считаю ее пустым занятием.
Ф. Бродель
Первые представления о феномене культуры повседневности сложились уже в конце XVIII в. Немецкий философ И.Г. Гер­дер в своем труде «Идеи к философии истории человечества» (1784—1791), характеризуя различные культуры мира, исполь­зовал не только примеры достижений этих народов в искус-
1
Бродель Ф. Материальная цивилизация, экономика и капитализм, XV—
XVIII вв. Т. 1. Структуры повседневности: возможное и невозможное. М.,
1986. C. 40.
237
1
стве, науке, философии, но и затронул особенности их быта. Традиция исследовать культуру быта впоследствии нашла свое отражение в трудах швейцарского историка и философа куль­туры Я. Буркхардта «Культура Италии в эпоху Возрождения» (1860), художника и историка культуры, профессора Берлин­ской академии художеств Г. Вейса «Внешний быт народов» (1856—1872), английского этнографа и культуролога Э. Тай­лора «Первобытная культура» (1871), голландского историка Й. Хейзинги «Осень средневековья» (1919), американского антрополога и культуролога Л. Уайта «Понятие культуры» (1959)
1
и др.
Важную роль в формировании понимания культуры повсе­дневности сыграли историки, представители школы «Анналов». К этой школе относятся в первую очередь такие французские историки, как М. Блок, Л. Февр, Ф. Бродель, Ж. Ле Гофф, Ж. Дюби, Э. Ле Руа Ладюри. Особенно важным в развитии концепции культуры повседневности является вышедший в 1979 г. во Франции труд Ф. Броделя «Материальная цивили­зация, экономика и капитализм, XV—XVIII вв.» и его первый том «Структуры повседневности: возможное и невозможное» (1967). Излагаемый автором обширнейший исторический ма­териал, охватывающий многие века мировой истории, разные страны и континенты, раскрывает значимые реальности из прошлого человечества. В исследование глобальной истории, рассматриваемой на длительной пространственной и времен­ной протяженности, Ф. Бродель включил изучение повсед­невной жизни. Повседневность, согласно Ф. Броделю, — это мелкие факты, едва заметные во времени и пространстве. «Когда вы сужаете наблюдаемое время до малых промежут­ков, то получаете либо какое-то событие, либо какой-то факт. Событие должно быть уникально и полагать себя единствен­ным; какой-либо факт повторяется и, повторяясь, обретает всеобщий характер или, еще лучше, становится структурой. Он распространяется на всех уровнях общества, характеризу­ет его образ существования и образ действий, бесконечно их увековечивая. Иной раз бывает достаточно нескольких забав­ных историй, для того чтобы разом высветить и показать об­раз жизни»
2
.
1
См.: Луков М.В. Культура повседневности. Информационный гумани-
тарный портал «Знание. Понимание. Умение». 2008. № 4. Культурология.
2
Бродель Ф. Указ. соч. C. 39.
238
Исследуя структуру повседневной жизни, Ф. Бродель об­ращает внимание на ее неоднородность в различных социаль­ных слоях, культурах и исторических периодах развития об­ществ. Он приходит к идее о существовании некоего предела, «потолка», который ограничивает жизнь людей. Такой предел, возникающий в любом обществе, в любую эпоху, — это грань между возможным и невозможным, обычным и излишним, необходимостью и роскошью. В свою очередь эпоха, культура и социальный статус накладывают ограничения на повсе­дневную жизнь человека.
Обосновывая включение повседневной жизни в сферу исторического изучения, Ф. Бродель не случайно упоминает путевые заметки
1
. Люди, открывающие новые места, особен­но внимательны к мелочам, на которые местный житель, при­выкший наблюдать их ежедневно, не обратит внимания. Именно эти мелочи, Ф. Бродель называет их «мимолетности», фиксируют контрасты и несходства культур различных об-
2
ществ
. Используя термин «дифференциальное отклонение», предложенный К. Леви-Стросом в другой связи, Т.Ю. Загряз­кина подчеркивает особую роль этих «отклонений» при срав­нительном изучении культур
3
. Таким образом, ограничения, накладываемые эпохой, культурой и социальным статусом, одновременно являются дифференциальными признаками исторической эпохи, культуры страны и конкретного соци­ального слоя.
С учетом этих концепций проанализируем записки фран­цузского путешественника — аббата, ученого-астронома Жа­на-Шаппа д’Отроша (1722—1769), посетившего Россию во второй половине XVIII в. Ученый провел в России более года (с февраля 1761 по май 1762 г.) и пересек всю страну от Петер­бурга до Тобольска
4
. Вернувшись во Францию, он в течение шести лет обрабатывал свои путевые заметки, в результате в 1768 г. вышла книга «Путешествие в Сибирь», которая является одной из первых опубликованных французских книг о России. Рассмотрим, какие именно события и факты повседневной жизни привлекли внимание французского путешественника.
1
См. эпиграф к данной статье (см.: Бродель Ф. Указ. соч. С. 40).
2
Там же.
3
См.: Загрязкина Т.Ю. Этнотекст как средство изучения языка и куль­туры: речь о России как вид этнотекста // Россия и Запад: диалог культур. Вып. 3. М., 1996. С. 216.
4
См.: Альбина Л.Л. Россия—Франция. Л., 1987. C. 73.
239
Про анализируем, с какими ограничениями повседневной жиз­ни, характеризующими эпоху, культуру и социальную ситуа­цию конкретных людей, столкнулся ученый, посетивший Россию в XVIII в., выделим дифференциальные признаки французского и русского культурного ареала данного истори­ческого периода.
Первое ограничение, с которым столкнулся отважный уче­ный, рискнувший поехать в незнакомую страну, было времен­но´е, связанное с особенностями передвижения. Ж.-Ш. д’От­рош прибыл в Россию в 1761 г. по поручению Королевской парижской академии наук и Академии наук Санкт-Петербурга для того, чтобы наблюдать в Тобольске прохождение Венеры через диск Солнца. Именно по этой причине ему нужно было успеть в Тобольск к определенному времени. Дорога от Пари­жа до Петербурга заняла у него долгих два с половиной меся­ца, и к моменту его приезда в Санкт-Петербург русские астро­номы, с которыми аббат должен был ехать в Тобольск, уже уехали более месяца назад
1
. Была большая вероятность опо­здать. Но поскольку данное событие ждал весь научный мир и Россия была очень заинтересована в проводимых исследо­ваниях, ученому помогли влиятельные покровители русской науки, и ему удалось завершить сборы всего необходимого в кратчайшие сроки.
Поскольку ученый очень торопился, он выехал из Петер­бурга 10 марта, пренебрегая другим временным ограничением, обусловленным местными культурными традициями: шла не­деля Масленицы, перед Великим постом. Русские, как объяс­нили французскому гостю, в это время стараются никуда не выезжать «из-за разгула, которому предается народ»
2
. Но целе устремленный исследователь решил не откладывать вы­езд, и, как он сам свидетельствует, никаких досадных недо­разумений в пути не произошло. Но, несмотря на это, быстро передвигаться ученому все равно не удалось. От Санкт­Петербурга до Москвы Ж.-Ш. д’Отрош добирался четыре дня, тогда как обычно в это время дорога занимала два дня
3
.
Ограниченные возможности передвижения объяснялись во многом состоянием дорог. Плохие дороги были не особен­ностью России, судя по описаниям путешественника, а отли­чительной чертой повседневной жизни эпохи. Еще на пути из
1
D’Auteroche J.-Ch. Voyage en Sibérie. Vol. 1. P., 1768. P. 25.
2
Ibid. P. 28.
3
Ibid. P. 30.
240
Соседние файлы в предмете [НЕСОРТИРОВАННОЕ]