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Основы теории второго иностранного языка (французский язык). Часть 1. Учебное пособие

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« sensibilité » du contenu sémantique des mots rend très difficile la classi­fication des nombreuses modifications de sens. L’évolutions sémantique des mots est une source interne féconde de l’enrichissemant du vocabu­laire. Il serait encombrant pour la langue d’avoir un vocable nouveau pour chaque notion nouvellement surgie. La langue réussit à accomplir ses fonc­tions à moindres frais ; elle utilise largement les mots qu’elle possède en leur soufflant une vie nouvelle. Ainsi chaque mot peut développer sa struc­ture sémantique ou son système significatif. Un mot peut modifier son sens à la suite du changement que subit la notion rendue par ce mot. P.ex., au XIX siècle la lampe était « un récipient renfermant un liquide susceptible de donner de la lumière en brûlant ». Aujourd’hui ce ne sont plus les lam­pes à pétrole, mais las lampes électriques, à néon ou à vapeur de mercure qui nous éclairent.
Très souvent l’évolution sémantique d’un mot est le résultat de la dé-
nomination d’un objet (ou d’un phénomène) nouveau au moyen d’un vo­cable désignant un autre objet auquel cet objet nouveau s’associe par quel­que rapport. C’est ainsi le mot cellule dont le premier sens est « une petite chambre dans un monastère » est arrivé à désigner « les alvéoles de cire dans lesquelles les abeilles déposent leur miel », et, plus récemment, ce
mot rend aussi les notions scientifiques : cellule végétale, cellule sanguine, cellule photo-électrique. Le procès sémantique peut aboutir à un change-
ment total ou à une modification partielle du contenu sémantique d’un mot. Le contenu sémantique change complètement ce mot acquiert un sens nouveau qui élimine son sens primitif. Nous sommes alors en présence du changement sémantique total d’un mot. P.ex., ramage était au Moyen Age un adjectif signifiant « qui a beaucoup de branches, de rameaux », puis « qui vit dans les branches » ; ce mot a qualifié en particulier le chant des
oiseaux dans les arbres (on disait chant ramage) : enfin ramage est devenu
un substantif qui désigne le chant des oiseaux, même s’ils ne sont pas dans
les arbres.
Le procès sémantique a parfois pour conséquence un changement par-
tiel du contenu du mot. Ici des cas différents se présentent. Le plus souvent on assiste à l’enrichissement du système de significations d’un mot lorsque ce dernier acquiert un sens nouveau qui s’ajoute aux anciens. Nous sommes alors en présence du développement sémantique de ce mot. L’évolution sémantique peut enfin aboutir à l’apparition d’homonymes dits sémantiques et qui sont des mots remontant à la même origine et, par conséquent, caractérisés par la même forme, mais dont le contenu séman-
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tique est totalement séparé. P.ex., table – « un meuble posé sur un ou plusieurs pieds » est un homonyme de table – « liste d’un ensemble
d’information » (table de multiplication, table des matières).
L’évolution sémantique des mots est une des principales voies de
l’enrichissement du vocabulaire. D’où le grand rôle de la sémantique, l’importance des études visant à révéler les lois présidant à l’évolution
du sens des mots.
2. Polysémie et monosémie des mots.
Contrairement à un mot monosémique qui n’a qu’un seul sens un mot
polisémique possède plusieurs sens au niveau de la langue-système à une époque déterminée. Généralement les linguistes reconnaissent que la grande majorité des mots ont tendance à prendre de nouvelles acceptions. M. Bréal affirmait que la polysémie est un des indices propres aux mots. La même idée était émise par le linguiste russe
M. M. Pokrovski. Selon O.Jespersen, la langue, sans la polysémie propre au mot, serait devenue un « enfer linguistique », aucune mémoire n’aurait
suffi pour retenir cette quantité de vocables à sens unique.
A la suite de son évolution historique le mot dévéloppe son système
de sens, il s’enrichie d’acceptions nouvelles. La polysémie est précise­ment la faculté du mot d’avoir simultanément plusieurs sens à une époque donnée. Le mot peut donc généraliser dans des directions différentes. Les liens sémantiques que les significations d’un même mot entretiennent sont d’ordre dérivationnel (épidigmatiques). Quoique les mots soient généralement polysémiques, les gens n’éprouvent aucune difficulté à se comprendre. Cette faculté de la compréhension est due à la monosémie des mots dans la parole. Donc, le mot est polysémique et monosémique à la fois. Il est généralement polysémique comme unité de la langue-système et nécessairement monosémique comme unité de la parole. La polysémie et la monosémie du mot forment une unité dialec­tique. La polysémie des mots étant un des traits caractéristiques du fran­çais, le contexte y prend une importance particulière comme actualisateur sémantique. Il y a parfois tendance à exagérer le rôle du contexte auquel on attribue à tort la faculté de conférer à lui seul du sens à un mot. Aussi grande soit-elle, l’importance du contexte n’est point absolue. On peut dire avec S.Ulmann que « le mot est avant tout une unité sémantique ». Pris artificiellement à l’état isolé le mot apparaît dans son système sémantique complexe où domine généralement un des sens perçu comme
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étant le sens central. Le contexte permet de réaliser seulement les besoins de communication l’un ou l’autre sens d’un mot polysémique. La mono- sémie du mot peut être créée par le milieu (local, historique et social). En effet, le sens du mot dépend de la région, de la province où ce mot em- ployé. Le mot peut acquérir un sens particulier selon le milieu social et professionnel où il a cours.
Une place à part revient aux termes. Les termes sont des mots ou
leurs équivalents d’un emploi relativement restreint et exprimant des concepts scientifiques ou spéciaux. Les termes dans le cadre d’une termi- nologie devraient être monosémiques. C’est une des conditions du bon
fonctionnement des termes dans la langue. Un terme à plusieurs sens est un moyen imparfait de communication. Le terme doit non seulement
avoir un seul sens, mais dans chaque terminologie spéciale un concept ne doit être rendu dans l’idéal que par un seul terme. Les termes synonymes n’ont aucune raison d’être, ils sont plutôt un inconvénient, et il y a tend- ance, parmi les initiés, à les différencier. Une autre condition importante du juste fonctionnement des termes est l’absence de toute nuance affec- tive. En effet, les termes manifestent la tendance de présenter les phénomènes de la réalité du point de vue rationnel. Les termes ne servent pas à exprimer les émotions.
En conclusion, on peut dire que la majeure partie des mots français
est polysémique. Leurs significations lexicales essentielles sont les sui-
vantes :
Dans la diachronie on distingue : le sens propre, libre, les sens dé-
rivés, y compris le sens figuré, qui remontent au sens propre.
Dans la synchronie on distingue : le sens principal, le plus usité à une
époque donnée (il peut coïncider avec le sens propre du dérivé), les sens secondaires qui dépendent plus du contexte, les sens phraséologiquement liés (clichés, groupements traditionnels, consacrés par l’usage), les sens syntaxiquement déterminés (conditionnés par la rection des verbes, la place des adjectifs dans la préposition et d’autres).
3. Types de sens du mot.
Les sens des mots se laissent classer d’après quelques types essen-
tiels.
Tout mot polysémique possède un sens propre et des sens derivés.
Le sens propre d’un mot dans la langue moderne n’est point son sens primitif. Le sens propre est une catégorie historique. Il peut se déplacer
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au cours de l’évolution du mot. Tel est précisement le cas du mot bouche qui désignait originairement, dans le latin, « joue » ; c’était alors le sens propre du mot. La disparition du sens originaire de « bouche » a été suivi du déplacement de son sens propre. Donc, le sens propre d’un mot est celui qui ne se laisse historiquement ramener à aucun de ses sens actuels, alors que les sens dérivés remontent directement ou indirectement au sens pro- pre. Le sens propre et le sens dérivés d’un mot ne peuvent être dégagés qu’à la suite d’une analyse diachronique.
Dans la syncronie on distingue le sens principal et les sens secondaires
d’un mot polysémique. Le sens principal, étant le plus usité à une époque donnée ; constitue la base essentielle du dévéloppement sémantique ultéri­eur du mot. Il peut coïncider tantôt avec son sens propre, tantôt avec le dé­rivé. Le sens principal du mot, tout comme son sens propre, est une ca­tégorie historique. Jusqu’au XVI siècle le sens propre du substantif travail – « tourment, chagrin, peine » était également son sens principal. Plus tard il s’est déplacé et a coïncidé avec le sens dérivé – « besogne, ouvrage ». Puisque le plus employé, le sens principal dépend moins du contexte que
les sens secondaires.
On distingue encore les sens phraséologiquement liés qui s’opposent
aux sens dits libres. Ch. Bally remarque qu’on dit desirer ardemment et aimer éperdument et non aimer ardemment et desirer éperdument. On peut choisir entre la peur le prit, la peur la saisit, la peur s’empara de lui, tandis que la peur le happa ou l’empoigna serait ridicule. Сertains dictionnaires d’usage présentent une liste de solécismes. Donc, des mots ont souvent un emploi restreint, déterminé par l’usage, la tradition linguistique. On dira de ces mots qu’ils possèdent un sens phraséologiquement lié. Cette tradition d’emploi des mots revêt un caractère national : elle n’est pas la même dans les langues différentes.
Il arrive que les sens dépendent de la construction syntaxique où le
mot est employé. Ces sens pourraient être qualifiés de syntaxiquement dé­terminés. Il suffit parfois d’une préposition pour changer le sens d’un mot.
P.ex., applaudir signifie «battre des mains », applaudir à a le sens de « ap- prouver, louer », s’applaudir de correspond à « se réjouir, se féliciter ».
Parfois la présence ou l’absence d’un article est le signe d’un sens par-
ticulier : tenir tête a un autre sens que tenir la tête, donner raison que don-
ner une (la) raison, etc. Le mot peut prendre une acception spéciale selon la place qu’il occupe par rapport au mot qu’il détermine. Ainsi grand a des sens différents dans un grand homme et un homme grand, etc. Il serait utile
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de distinguer entre les sens directs et les sens (ou « emploi ») figurés des mots. Pris dans leur sens direct les mots servent avant tout à dénommer. Tels sont bras et tête dans « prendre dans ses bras » et « les bras d’un fau- teuil », dans « une jolie tête » et « la tête d’un clou ». Les sens figurés ten- dent à caractériser les phénomènes de la réalité, ils sont employés à des fins
expressives ; ce sont des images qui semblent se superposer sur les nomi­nations directes.
4. Mécanismes de l’évolution sémantique des vocables (procès
sémantiques fondamentaux) : restriction et extension du sens ; métonymie ; métaphore.
La signification étant un phénomène socio-linguistique et logico-
phycologique, le procès sémantique doit être examiner sous ces deux aspects. Envisagée sous l’aspect socio-linguistique, l’évolution séman­tique est la promotion d’une acception individuelle au niveau de la langue. Toute modulation sémantique se manifeste par l’extension des possibilités combinatoires des mots dans la parole individuelle. Pour s’incorporer à la structure sémantique du mot l’innovation sémantique doit devenir un fait de langue, autrement dit, s’imposer à la communau­té linguistique. Du point de vue logico-phycologique l’évolution sémantique présente quelques types différents. Ce sont la restriction et l’extension du sens, la métonymie, la métaphore, le glissement de sens qui sont les procès sémantiques fondamentaux éventuellement accom­pagnés de modifications affectives amenant à l’amélioration ou la péjo­ration, à l’affaiblissement ou l’intensification du sens des mots.
Nous assistons à la restriction ou à l’extension du sens d’un mot
lorsqu’il y a respectivement spécialisation ou généralisation de la no- tion exprimée.
La restriction du sens est une conséquence de la réduction de la
fonction nominative du mot qui de l’expression d’une notion de genre passe à l’expression d’une notion d’espèce. P.ex., avaler (de à et val) dont le premier sens était très étendu – « descendre, faire descendre,
abaisser » ne signifie aujourd’hui que « faire descendre dans le gosier » ; le sens étymologique apparaît encore dans l’expression en aval de (Rouen est en aval de Paris). Poison ou « substance qui détruit les fonctions vitales » avait autrefois le sens général de « breuvage ».
L’extention du sens présente un mouvement contraire dû à ce que
le mot reçoit une plus grande liberté quant à sa fonction nominative : on assiste à la transformation d’une notion d’espèce en une notion de gen-
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re. P.ex., panier était « une corbeille pour le pain » et aujourd’hui « une corbeille » pour toute sorte de provision. Fruit signifiait « résultat d’un travail » (en latin), puis « produit de la floraison », et de nouveau –
« résultat d’un travail ».
Le déplacement de sens se fait aussi dans le cadre de la même notion
de genre, seulement dans ce cas il y a transfert d’une notion d’espèce à une autre notion d’espèce. Ainsi chaîne dont la notion générique de « succes­sion d’anneaux de métal entrelacés » est concrétisée dans les sens de « lien » (tenir un chien à la chaîne), d’ « attache ornementale » (chaîne d’or, chaîne d’argent), de « suite d’éléments métalliques servant à trans­mettre un mouvement utilisés en mécanique » (chaîne de bicyclette).
La métonymie (du grec « metonumia » - changement de nom) est un
procédé par lequel un terme est substitué par un autre terme qui est relié par une rélation de contiguïté de la cause pour l’effet (descendre pour tuer), du contenant pour le contenu (boire un verre), de l’abstrait pour le concret (une beauté – une belle femme), de l’objet pour la matière dont il est fait (un jean pour un pantalon fait en jean), du lieu pour l’objet fait ce lieu (un bordeaux pour du vin de Bordeaux), etc. La métonymie désigne qqch. qui
se trouve dans un rapport voisin avec ce que le mot signifie habituellement, c’es-à-dire : le tout pour la partie (ameuter la ville = tous les habitants de la ville) ; le contenant pour le contenu (boire un verre = le vin qu’il y a dans le verre) ; la cause pour l’effet (aimer la gravure = aimer les dessins faits avec la technique de la gravure) ; le symbole pour la réalité (la colombe =
la paix), etc. La synecdoque est une métonymie qui désigne un lien d’inclusion, c’est-à-dire la partie pour le tout : « Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles » (Pierre Corneille) (les voiles = les navires).
La métaphore (du grec « metaphora » - transport) est un procédé par
lequel on substitue la signification d’un mot ou d’un groupe de mots par une autre signification qui lui est assimilée en vertu d’une analogie ou comparaison implicite : Il brûle d’amour ; Cette femme est une perle. Il existe des métaphores mortes et poétiques. La métaphore est donc une fig- ure fondée sur la ressemblance, la similitude. Elle est basée sur des analo- gies existant entre le réel et l’imaginaire, (du sens propre au sens figuré). Cette ressemblance peut porter sur la forme (les dents de la bouche – les dents d’une scie), la situation (les pieds d’une personne debout – les pieds
de la table), la fonction (une personne marche – la machine marche), la propriété (un renard – une personne rusée). On substitue souvent un terme abstrait par un terme concret : un coeur de pierre veut dire un caractère
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insensible. Dans l’optique cognitive la métaphore d’appuie sur l’interaction
de deux structures de connaissance. Selon Lakoff et Johnson, la metaphore
réunit le rationnel et l’imaginaire. C’est un mécanisme qui fonctionne afin de créer de nouvelles significations.
Les changements de sens dus à la métaphore et à la métonymie sont
souvent à l’origine de la polysémie. Enfin c’est la signification lexicale qui l’emporte sur les autres significations des mots.
5. Mécanismes de l’évolution sémantique des vocables (accom-
pagnés de modifications affectives) : amélioration et péjoration du
sens ; affaiblissement et intensification du sens des mots.
Les cas d’« avilissement » de sens sont fréquents. Un mot dont le sens
primitif est neutre peut prendre une nuance défavorable. Les causes de dé­gradation du sens sont différentes. On peut noter entre autres, l’attitude dédaigneuse qui manifestent les représentants des classes dirigeantes à l’égard de certains métiers, de certaines occupations. Paysan et campa­gnard sont parfois employés avec ironie. Un épicier, « propriétaire d’une épicerie », parvient à désigner « un homme à idées étroites, à goûts vul­gaires qui ne cherche qu’à gagner de l’argent ».
Les noms de nations et de peuples acquièrent aussi parfois un sens
péjoratif non sans l’influence des idées chauvinistes et nationalistes. Ainsi Bohémien devient le synonyme de « fripon, filou » ; gaulois a parfois le sens le « scabreux, grivois ». On dit filer à l’anglaise, chercher une querelle d’allemand, parler français comme un Basque espagnol, (variante de l’expression : « parler français comme une vache espagnole »).
Des mots empruntés aux langues étrangères sont souvent dégradés :
hâbler (empr. De l’esp. hablar – « parler ») a le sens de « parler beaucoup
en se vantant » ; palabre (empr. De l’esp. palabra – « parole ») – « discours long et ennuyeux ».
Parfois la dégradation du sens est due à ce que l’objet ou le
phénomène désigné par le mot évoque des associations négatives. Ansi, oie devient le synonyme de « personne sans intelligence » ; sale – signifie « qui blesse la pudeur » dans sales paroles et a le sens de « contraire à l’honneur » dans une sales affaires.
La dégradation du sens des mots est souvent causée par leur emploi
euphémique. Un euphémisme est un mot ou un expression employé à des- sein afin d’éviter l’évocation d’une réalité désagréable ou choquante. L’emploi euphémique d’un mot aboutit à la modification de la structure sémantique de ce dernier.
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Les mots peuvent subir une évolution sémantique opposée ; ils peu-
vent améliorer leur sens, s’ennoblir. Toutefois ces cas paraissent être moins fréquents. La nuance péjorative que certains mots possédaient à l’origine s’est estompée ou s’est effacée complétement. Tel est le cas de bagnole qui s’emploie de plus en plus souvent au sens neutre d’« automobile ». Ce sont parfois des mots dont le sens primitif est neutre et qui au cours de leur développement prennent une nuance favorable. P.ex., le mot chien au sens figuré a été marqué d’une nuance défavorable (« Chien de philosophe enragé », Molière). On dit encore aujourd’hui avoir une humeur de chien, il fait un temps de chien. Mais au XIX siè­cle le mot chien commence à prendre une valeur positive ; et on dit familièrement avoir du chien pour « avoir du charme ».
L’affaiblissement du sens est une conséquence de l’emploi abusif,
hyperbolique des mots : il présente un moyen affectif de la langue. Les hyperboles usuelles et stylistiques représentent un emploi à outrance d’un mot ou d’une expression (p.ex., formules de politesse : être ravi, être enchanté de faire la connaissance de qn), on exagère sans trop le remarquer lorsqu’on dit c’est assommant, crispant, tuant, rasant pour « c’est ennuyeux ! » ou bien il y a des siècles, il y a toute une éternité qu’on ne vous a pas vu pour « il y a très longtemps qu’on ne vous a pas vu ». Les hyperboles usuelles, à force d’être souvent répétées, perdent leur intensité émotionnelle et connaissent un affaiblissement de sens. Souvent elles sont affaire de mode et s’usent vite.
Par contre, lorsque nous voulons faire entendre le plus en disant le
moins nous employons une litote (du gr. : litotes – « petitesse ») qui
signifie « diminution ». Au lieu de il est intelligent on dit il n’est pas bête ; pour ne pas blesser une femme d’un âge avancé on dira qu’elle n’est plus jeune. Les litotes, qui présentent un procédé affectif opposé à l’hyperbole, amènent à l’intensification du sens des mots.
6. Causes de l’évolution sémantique des vocables.
L’evolution sémantique des vocables s’effectue sous l’action du
facteur divers. Ces facteurs sont d’ordre extra-linguistique et linguistique.
Parmi les facteurs extra-linguistiques il faut nommer avant tout les
changements survenus au sein de la société : transformations sociales, progrès culturel, scientifique et technique ; ici viendront se ranger les em- plois des mots dans une sphère nouvelle de l’activité humaine, emplois dus
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à la différenciation de la société en couches sociales, groupes profession­nels, etc.
Les facteurs linguistiques sont tout ainsi importants que les facteurs ex-
tra-linguistiques, quoique moins étudiés. Ce sont, p.ex., des ouvrages
consacrés à l’influence réciproque des mots sémantiquement apparentés,
etc. Parmi les facteurs linguistiques il faudrait distinguer ceux qui agissent au niveau de la langue-système et сeux qui appartiennent au niveau de la parole.
Au niveau de la langue :
1. L’interaction des mots sémantiquement apparentés (penser et songer).
2. L’interdépendance des faisant partie de la même famille
étymologique.
3. L’influence des mots à sonorité simulaire (pour un Parisien le Bois
de Boulogne devient le Bois.
Telles sont à grands traits les causes essentielles de l’évolution séman-
tiques des vocables.
ATTENTION! RÉVISION 2
1. Quels sont les moyens d’enrichissement du vocabulaire français ?
2. Qu’est-ce que c’est que la polysémie et monosémie des mots ?
3. Quels types de sens du mot conaissez-vous ?
4. Comment sont les mécanismes de l’évolution sémantique des vo-
cables (procès sémantiques fondamentaux) ?
5. Quels sont les mécanismes de l’évolution sémantique des vocables
(accompagnés de modifications affectives) ?
6. Parlez des causes de l'évolution sémantique des vocables.
Тема 3. FORMATION DE MOTS NOUVEAUX
1. Formation de mots comme moyen de l’enrichissement du vo-
cabulaire français. La définition et la place de la formation de mots dans le système de la langue.
2. Suffixation ou dérivation.
3. Préfixation (généralités). Dérivation.
4. Conversion ou dérivation impropre.
5. Composition des mots.
6. Abréviation. Redoublement et déformation des mots. Onomatopée
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1. Formation de mots comme moyen de l’enrichissement du vo-
cabulaire français. La définition et la place de la formation de mots dans le système de la langue.
« On appelle formation de mots l’ensemble de processus morpho-
syntaxiques permettant la création d’unités nouvelles à partir de morphèmes lexicaux » (Dubois 1973 : 221). C’est-à-dire il s’agit de la
production de mots nouveaux, de la reproduction des mots construits,
mots de la langue qu’on trouve dans les dictionnaires. La formation de mots occupe dans le système de la langue une place intermédiaire entre la grammaire et le lexique (Виноградов 1975 : 155-156). La formation de mots sert à enrichir le lexique. Elle se rattache donc au lexique par son contenu et par sa sémantique. D’autre part, par son côté formel la
formation de mots se rapproche de la morphologie.
La formation de mots représente un système, un ensemble
d’éléments qui sont reliés entre eux. Ce système peut être étudué en
synchronie et en diachronie. Dans le premier cas on ne tient compte que
des modèles actifs. A son tour, l’approche synchronique comprend deux aspects : l’aspect dynamique et l’aspect statique, c’est-à-dire qu’on peut considérer la formation de mots comme processus (création de mots nouveaux) ou comme résultat de ce processus (reproduction de mots dérivés, composés, etc. d’après les modèles existants). C’est donc dans la synchronie que nous allons étudier tous les procédés de for-
mation de mots.
De nos jours la « créativité » est devenue particulièrement intense.
Cela s’explique, d’une part, par la révolution scientifique et technique, d’autre part, par l’accès des larges masses à l’enseignement, aux mass média. Les linguistes français signalent qu’aujourd’hui chacun se сroit autorisé à « néologiser » ce qui amène dans des cas d’abus à une juste réaction négative de leur part.
Les procédés productifs de la formation de mots sont : 1) dériva-
tion propre (affixale), 2) composition, 3) abréviation, 4) télescopage, 5) dérivation impropre (conversion, apposition, ellipse, onomatopée).
2. Suffixation ou dérivation. a) par suffixes des substantifs.
De tous les procédés de formation de mots c’est la suffixation qui
joue le rôle le plus important par le nombre de ses dérivés et par son activité. La plupart des suffixes donnent naissance à des mots appartenant à
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