Описание внешности и характера человека. Учебное пособие по развитию навыков устной и письменной речи и дифференциации синонимов французского языка
.pdf2. En vertu de: par le pouvoir de, au nom de.
Ce qu’on nous impose en vertu des principes moraux En vertu de quoi accepterait-il?
vice (m)
I. 1. le vice: disposition habituelle au mal; conduite qui en résulte (=immoralité, mal, péché)
Vivre dans le vice et la débauche
– (fam.) dépravation du goût.
Il n’aime que les laiderons: c’est du vice!
2.Un vice: mauvais penchant, défaut grave que réprouve la morale sociale.
Il a tous les vices! Être pourri de vice
L’oisiveté (la paresse) est mère de tous les vices. Pauvreté n’est pas vice.
– Perversion sexuelle.
Un vice contre nature
3.Mauvaise habitude qu’on ne peut réprimer.
Le bavardage est notre vice familial (=faible, faiblesse).
II. Impression grave qui rend une chose plus ou moins impropre à sa destination.
Vice de construction d’un bâtiment Vice de forme
3.16. Observez l’emploi des mots vertu - vice:
1. J'ai peur de n'avoir pas épuisé tous les moyens de persuasion pour ramener Dine dans le chemin de la vertu. 2. À Séville, à Cadiz et à Grenade, il y avait de mon temps des bohémiennes dont la vertu ne résistait pas à un duro [douro]. 3. La chasteté, pour la femme, est synonyme de vertu, comme pour l'homme la justice et le courage, car le milieu de l'homme est la cité, le milieu de la femme est la famille.
4.Roland Alexandre a toutes les vertus qui font le grand comédien.
5.Cette eau a des vertus particulières. Prise pendant neuf jours, elle guérit les yeux des petits enfans. 6. On avait récemment, au moyen de la distillation, tiré du haschisch une huile essentielle qui paraît posséder une vertu beaucoup plus active que toutes les préparations connues jusqu'à présent. 7. Le temps n'a par lui-même aucune vertu
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effective; tout arrive dans le temps, mais rien ne se fait par le temps. 8. La poursuite peut avoir lieu en vertu d'un jugement provisoire ou définitif, exécutoire par provision, nonobstant appel. 9. La faillite de Fendant et de Cavalier rendait leurs billets exigibles en vertu d'une des dispositions du Code de commerce. 10. Il y a trois hiérarchies d'esprits célestes (...) la première comprend les Séraphins (...) la deuxième, les Dominations, les Vertus et les Puissances. 11. Il existe des natures spirituelles; telles que les anges, les archanges et les autres vertus célestes et aussi notre âme. 12. Voulez-vous bien aller à l'école, au lieu de prendre du vice dans les rues... 13. Il la mena un peu partout, chez les filles, au bal de l'Opéra, dans les avant-scènes des petits théâtres, dans tous les endroits équivoques où ils pouvaient coudoyer le vice brutal. 14. Quand son mari rentrait du vice, elle l'avait vu ainsi parfois, la chair à ce point satisfaite, qu'il dormait debout. 15. Il est évident que leurs idées morales antérieures sur le vice de la paresse (...) contribuent à donner, à de tels sentiments, une forme toute particulière. 16. Cette noble fille est empoisonnée par une grande dame jalouse, une duchesse, ornée de tous les vices, y compris celui de femme légitime. 17. L'oisiveté, on le sait, est la mère de tous les vices; un arrondissement qui a des principes donne de l'occupation à son député, avec l'idée que la sollicitation permanente est la compagne de toutes les vertus. 18. Il s'ingéniait à des variations dramatiques, langoureuses, prometteuses de vices. 19. Les Grecs ne pouvaient pas défendre les vices contre nature. 20. Maman aspirait une petite prise de tabac; elle le faisait discrètement, presque en cachette, car elle sait que je n'aime pas à la voir priser, moi qui fume toute la journée, moi qui suis gâté par toute sorte de vices, de manies et de tics. 21. Son vice à lui c'était la pêche. Il passait souvent une semaine canal Saint-Martin. 22. Chaque peuple a son vice national, et si mes compatriotes sont cruels, ils rachètent ce grand défaut par mille qualités estimables. 23. Si on lit ceci on me croira envieux, cela me désole; ce plat vice bourgeois est, ce me semble, le plus étranger à mon caractère. 24. Le duc de Bourgogne, au contraire, avait bien du vice, comme dit le peuple, ce qui veut dire aussi qu'il avait bien de l'esprit. 25. Une horrible palpitation, due à quelque vice dans l'organisation de son cœur, l'agita de ses coups précipités. 26. La plupart des accidents de trains dépendent d'une des trois circonstances suivantes: faute des agents, vice des appareils, lacune des règlements. 27. Un jardinier hébété, qui (...) s'exprime d'une manière intolérable, avec d'immenses
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retards de compréhension et des vices de prononciation, le jardinier du pensionnat, se tient maintenant près de la porte, ânonnant des paroles vagues. 28. Si c'est une condamnation (...), elle sera probablement cassée, car il est rare que, dans un procès où les dépositions de témoins sont aussi nombreuses, il n'y ait pas de vices de forme que les avocats puissent invoquer. 29. Le vice radical de tout syllogisme est que la majeure est une hypothèse, qui, loin de donner la certitude à la conséquence, la reçoit d'elle, au contraire. 30. Il voyait très bien le vice de son argumentation; il ne s'en obstinait que davantage; il eût sacrifié la victoire de sa cause à l'orgueil de ses principes.
3.17. Lisez et traduisez le texte. Pourquoi Mme Rénal vous est-il sympathique ?
Mme de RÉNAL
Madame de Rénal était une de ces femmes de province, que l'on peut très bien prendre pour des sottes pendant les quinze premiers jours qu'on les voit. Elle n'avait aucune expérience de la vie, et ne se souciait pas de parler. Douée d'une âme délicate et dédaigneuse, cet instinct de bonheur naturel à tous les êtres faisait que, la plupart du temps, elle ne donnait aucune attention aux actions des personnages grossiers au milieu desquels le hasard l'avait jetée.
On l'eût remarquée pour le naturel et la vivacité d'esprit, si elle eût reçu la moindre éducation; mais en sa qualité d'héritière, elle avait été élevée chez des religieuses adoratrices passionnées du Sacré-Cœur de Jésus, et animées d'une haine violente pour les Français ennemis des jésuites. Madame de Rénal s'était trouvé assez de sens pour oublier bientôt, comme absurde, tout ce qu'elle avait appris au couvent; mais elle ne mit rien à la place, et finit par ne rien savoir. Les flatteries précoces dont elle avait été l'objet, en sa qualité d'héritière d'une grande fortune, et un penchant décidé à la dévotion passionnée, lui avaient donné une manière de vivre tout intérieure. Avec l'apparence de la condescendance la plus parfaite, et d'une abnégation de volonté, que les maris de Verrières citaient en exemple à leurs femmes, et qui faisait l'orgueil de M. de Rénal, la conduite habituelle de son âme était en effet le résultat de l'humeur la plus altière. Telle princesse, citée à cause de son orgueil, prête infiniment plus d'attention à ce que ses gentilshommes font autour d'elle, que cette femme si douce, si modeste en apparence, n'en donnait à tout ce que disait ou faisait son
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mari. Jusqu'à l'arrivée de Julien, elle n'avait réellement eu d'attention que pour ses enfants. Leurs petites maladies, leurs douleurs, leurs petites joies, occupaient toute la sensibilité de cette âme, qui, de la vie, n'avait adoré que Dieu, quand elle était au Sacré-Cœur de Besançon.
Sans qu'elle daignât le dire à personne un accès de fièvre d'un de ses fils la mettait presque dans le même état que si l'enfant eût été mort. Un éclat de rire grossier, un haussement d'épaules, accompagné de quelque maxime triviale sur la folie des femmes, avaient constamment accueilli les confidences de ce genre de chagrins, que le besoin d'épanchement l'avait portée à faire à son mari, dans les premières années de leur mariage. Ces sortes de plaisanteries, quand surtout elles portaient sur les maladies de ses enfants, retournaient le poignard dans le cœur de madame de Rénal. Voilà ce qu'elle trouva au lieu des flatteries empressées et mielleuses du couvent jésuitique où elle avait passé sa jeunesse. Son éducation fut faite par la douleur. Trop fière pour parler de ce genre de chagrins, même à son amie madame Derville, elle se figura que tous les hommes étaient comme son mari, M. Valenod et le sous-préfet Charcot de Maugiron. La grossièreté, et la plus brutale insensibilité à tout ce qui n'était pas intérêt d'argent, de préséance ou de croix ; la haine aveugle pour tout raisonnement qui les contrariait, lui parurent des choses naturelles à ce sexe, comme porter des bottes et un chapeau de feutre.
Après de longues années, madame de Rénal n'était pas encore accoutumée à ces gens à argent au milieu desquels il fallait vivre.
De là le succès du petit paysan Julien. Elle trouva des jouissances douces, et toutes brillantes du charme de la nouveauté, dans la sympathie de cette âme noble et fière. Madame de Rénal lui eut bientôt pardonné son ignorance extrême qui était une grâce de plus, et la rudesse de ses façons qu'elle parvint à corriger. Elle trouva qu'il valait la peine de l'écouter, même quand on parlait des choses les plus communes, même quand il s'agissait d'un pauvre chien écrasé, comme il traversait la rue, par la charrette d'un paysan allant au trot. Le spectacle de cette douleur donnait son gros rire à son mari, tandis qu'elle voyait se contracter les beaux sourcils noirs et si bien arqués de Julien. La générosité, la noblesse d'âme, l'humanité lui semblèrent peu à peu n'exister que chez ce jeune abbé. Elle eut pour lui seul toute la sympathie et même l'admiration que ces vertus excitent chez les âmes bien nées.
Stendhal, Le Rouge et le Noir
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3.18. Retenez les acceptions principales du verbe traiter:
I. (Compl.personne)
1.Agir, se conduire envers (qn) de telle ou telle manière.
Traiter qn très mal
Il nous traite comme des subalternes. Traiter qn d’égal à égal
Traiter qn en ami
Il la traite en gamine.
2.Littér. Convier ou recevoir (qn) à sa table.
Traiter qn en lui offrant un bon repas
3.Soumettre qn à un traitement médical.
Le médecin le traite par les antibiotiques. traiter un malade, une maladie
4.traiter qn de : qualifier (qn) de tel ou tel mot péjoratif.
Il l’a traité d’imbécile.
Elle l’a traité de tous les noms (injurieux).
II. (Compl. chose)
1.Régler (une affaire) en discutant, en négociant.
Traiter un marché
2.Soumettre (une substance) à diverses opérations de manière à la modifier.
On traite le pétrole brut dans les raffineries pour obtenir de l’essence.
Acier traité
– Soumettre (des cultures) à l’action de produits.
Oranges non traitées
3.Soumettre (un objet) à la pensée en vue d’étudier, d’exposer.
Traiter une question
L’élève n’a pas traité le sujet.
III.(Suj.personne) Entrer en pourparlers, pour règler une affaire, conclure un marché.
Je ne peux pas traiter avec vous. Les nations qui traitent entre elles.
3.19. Lisez et traduisez les phrases, analysez l’emploi du verbe traiter:
1. Il traite les idées comme les chevaliers traitaient les veuves et les orphelins. Il les prend sous sa protection, dès qu'il les voit assez nues
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et délaissées. 2. Il traitait son corps comme son esprit, avec sagesse, ainsi qu'un bon outil utile, et non comme un but, une fin en soi, un objet de culte et d'adoration. 3. Celui qui ne dit de mal de personne a bien le droit de se traiter avec quelque indulgence. 4. La vie moderne traite les esprits de telle sorte que l'on peut raisonnablement concevoir de grandes craintes pour la conservation de la valeur dans l'ordre intellectuel. 5. Elle passa de l'emploi de la mégère à celui de nourrice. Elle (...) traitait Paul comme un minus habens, un matricule, une pauvre loque qu'il fallait plaindre. 6. Naturellement il attribua toute l'intrigue à Disraëli et se mit à traiter celui-ci comme un chien. 7. Dans le salon. Là, qu'un homme en rencontre un autre, quel qu'il soit, il le traite en voisin et en semblable. 8. Ce qu'il lui reprochait le plus, c'était de traiter les gens en choses. 9. Delpit, qui me traite, mon frère et moi, de grands écrivains! 10. Le décrotteur et le ministre se traitaient l'un et l'autre d'effendi. 11. Il résulterait, pour l'ensemble de la terre, une densité moyenne de 11 habitants par kilomètre carré: chiffre qu'on peut traiter de pure abstraction. 12. Cette feinte était justement le propre des Verdurin, lesquels traitaient d'ennuyeux tous ceux qu'ils ne pouvaient fréquenter. 13. Si vous voulez convaincre de l'horreur de la guerre celui qui ne refuse pas la guerre, ne le traitez point de barbare. 14. Il se traitait d'imbécile pour n'avoir pas songé à se munir d'un flambeau. 15. Les Baudoin recevaient et traitaient à leur table de famille des amis venus de loin. 16. Eux ici, nous chez eux, on se traite tour à tour, on se divertit le dimanche, on danse sur la place. 17. À quoi servirait toute cette récolte d'herbes: «À nous soigner, répondit le jeune garçon, à nous traiter quand nous serons malades ... » 18. C'est ainsi que j'entends traiter mes malades, Bardamu, par l'électricité pour le corps et pour l'esprit, par de vigoureuses doses d'éthique patriotique, par les véritables injections de la morale reconstituante! 19. Ils traitaient eux-mêmes leurs animaux, leur administraient des purgations, des clystères. 20. Il n'y a là qu'une source sulfureuse, qui nous permettra de traiter efficacement nos laryngites. 21. Des métaux nous servent à traiter d'autres métaux; nous les assujétissons avec des pinces en fer, nous les forgeons avec des marteaux de fer. 22. L'ingénieur traita la graisse par la soude, ce qui donna (...) un savon soluble. 23. Des mandataires n'étaient pas autorisés, sauf quelques exceptions rares et courtes, à disputer à leurs commettants le droit de savoir comment ils traitaient leurs intérêts. 24. La Belgique, où il allait traiter un achat important de houille, dans l'espoir de remettre en marche les
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métiers de sa fabrique. 25. Comment faut-il traiter les équations de la physique mathématique? 26. Son roman En route [de Huysmans] traite la question des Trappes. 27. Ensembles électroniques à bandes magnétiques traitant en quelques heures des opérations qui exigeaient, en comptabilité classique, de longues journées de travail. 28. La rhétorique ne voit dans la fièvre ou la nouveauté que l'un des événements dont traite l'écrivain.
3.20. Lisez et traduisez le texte. Dressez le portrai physique et moral du personnage principal :
LE CONTE DE LA COLOMBE BLANCHE
II était une fois un jeune prince, très heureux et très joyeux. Dès l'aube, on l'entendait courir et chanter dans tout le château.
Bientôt le parc résonnait de ses ébats et de ses cris de joie. Il faisait l'admiration de tous, de sa mère qui l'adorait, de son père qui était fier de sa jeune vigueur et de son courage intrépide. Des petits villageois des fermes voisines qui s'amusaient de le voir grimper aux arbres et sauter, tel un chat sauvage, sur les plus hautes branches.
Ce bonheur fut interrompu brutalement, alors qu'il venait de fêter ses dix ans. Sa mère tomba gravement malade. Tous les médecins du royaume furent appelés à son chevet, aucun ne sut enrayer le mal dont elle souffrait. Fatiguée, pâle et amaigrie, elle s'affaiblissait de jour en jour, comme une chandelle finissante.
Un matin, alors que le petit prince allait se précipiter dans sa chambre pour la saluer et l'embrasser, il fut arrêté dans le couloir par deux servantes qui sanglotaient.
–Hélas, pauvre enfant, ta mère est morte cette nuit. Tu arrives trop tard pour recueillir son dernier souffle.
Comme l'enfant demandait à voir le corps sans vie de sa mère, on lui apprit que le roi interdisait à quiconque de pénétrer dans la chambre mortuaire.
L'enfant supplia mais rien n'y fit.
Il alla rejoindre son père dans la salle du trône:
–Mon père, je vous en supplie, laissez-moi embrasser une dernière fois ma chère maman.
Mais le roi fut inflexible:
–Non, mon fils, ce n'est pas un spectacle pour un enfant. Cela te ferait trop de mal.
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Les funérailles de la reine se déroulèrent en grand secret et la dépouille fut enterrée de nuit dans un lieu mystérieux. Pendant ce temps, le jeune prince fut emmené en voyage par sa tante, la sœur aînée de son père.
Celle-ci tenta de le divertir en jouant aux cartes et en lui apprenant des tours de magie, mais l'enfant restait triste et morne.
Jour et nuit, il ne cessait d'interroger:
–Où se trouve ma mère chérie? Il faut que je la voie. Il faut que je me recueille sur sa tombe et lui parle tendrement, sans quoi elle pensera que je l'ai oubliée.
Chaque matin et chaque soir, il réclamait de retourner au château. Mais il lui était répondu que c'était impossible, le roi l'ayant formellement interdit.
Il finit par se lasser et se réfugia dans un silence glacé. Pendant de longues heures, il arpentait, le regard vide, le petit jardin de la maison où on le tenait prisonnier. À l'heure des repas, il s'asseyait à table, le corps raide et tendu, et refusait de goûter aux mets délicieux qu'on lui proposait. La nuit, il restait de longues heures éveillé, tenaillé par le remords.
Il ne tarda pas à s'affaiblir et fut pris de fortes fièvres. Appelés à son chevet, les médecins constatèrent qu'un début de pneumonie et une maladie de langueur lui avaient fait perdre le goût de vivre. Ils conseillèrent de le ramener au château de son père. Cela seul pourrait lui redonner l'énergie et le désir de vivre.
Le départ fut décidé. Avant de monter dans la calèche, sa tante lui confia que le roi s'était remarié pendant leur absence et qu'il devrait faire bon accueil à sa nouvelle belle-mère.
L'enfant parut accepter la nouvelle avec indifférence.
Le retour se déroula sans embûches, malgré la route peu sûre. La calèche royale était escortée par trois robustes cavaliers armés jusqu'aux dents et aucun rôdeur ne se risqua à l'approcher.
Lorsque l'attelage s'immobilisa devant la royale demeure, le roi lui-même vint au-devant de son fils.
–Alors, mon garçon, te voilà de retour. Sois le bienvenu!
Le prince, après avoir embrassé son père, l'interrogea d'une voix affaiblie mais étrangement limpide:
– Mon père, dites-moi où repose ma mère bien-aimée. Sur sa tombe je veux qu'on me conduise. Cela seul pourra guérir le mal de l'âme dont je souffre depuis de longs jours.
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–Non, mon fils, tu n'iras pas. Le temps est venu d'oublier le passé. J'ai pris une nouvelle épouse, jeune et jolie, et je ne veux entendre que rires et chansons autour de moi dans cette maison.
On emmena le prince auprès de la nouvelle reine qui se nommait Yvonne. Elle portait de longs cheveux blonds bouclés, était vêtue d'une robe de velours bleu nuit garnie de somptueuses broderies dorées, qui rehaussait son teint de porcelaine diaphane. Elle leva vers l'enfant un regard distrait et nonchalant.
–Ainsi, vous voilà. Il paraît que vous êtes malade et de bien triste humeur. Sachez que je ne supporte ni l'ennui, ni le chagrin. La vie est trop courte pour la passer à geindre. Je compte sur votre bonne volonté pour guérir vite et retrouver le sourire!
L'enfant ne pouvait s'empêcher de comparer l'ancienne et la nouvelle reine. Rien n'était plus dissemblable que ces deux femmes. Alors que sa mère se déplaçait avec grâce et douceur, la nouvelle épouse s'agitait beaucoup, parlait fort et faisait des mouvements brusques.
Lorsqu'il entendit résonner son rire carnassier, le petit prince se boucha les oreilles et courut s'enfermer dans sa nouvelle chambre, une mansarde humide et maussade.
Une série d'épreuves attendait l'enfant. La reine Yvonne lui interdisait tout ce que sa mère lui avait permis et qui faisait son bonheur.
Il ne pouvait plus courir dans le jardin. S'il se roulait dans l'herbe couverte de rosée ou pataugeait dans les flaques d'eau, il était puni et enfermé dans une cave sans lumière.
II ne pouvait plus sucer de bonbons acidulés ni croquer de biscuits parsemés de fruits confits. Sa belle-mère tenait sous clé toutes ces douceurs qui le tentaient. Il les apercevait par les vitres du buffet mais ne pouvait y goûter.
Le jeune prince protesta mais rien n'y fit. Il hurla, tapa du pied, sanglota, enfin, il menaça. La marâtre ne semblait ni le voir, ni l'entendre.
À bout de force et de chagrin, le jeune prince demanda audience au roi, son père.
–Sire, mon père, il faut que je vous parle.
–Parle, mon fils. N'aie crainte.
–Sire, mon père, votre nouvelle épouse, la reine Yvonne, est une méchante femme qui passe son temps à me tourmenter. Il n'est de jour qu'elle ne m'interdise un jeu ou un plaisir.
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–Il faut comprendre, mon fils, que tu grandis et atteins à présent l'âge de raison. Il est temps d'apprendre que le plaisir seul ne peut guider ton comportement. C'est là ce que cherche à t'enseigner la nouvelle reine. N'y vois point malice mais seulement le désir sincère d'une femme qui veut ton bien, en te préparant à un avenir de souverain.
–Sire, mon père, vous vous trompez. Cette femme est mauvaise et ne m'aime point. Elle travaille à ma perte et veut mon malheur. Jamais elle ne m'adresse un sourire comme le faisait ma bonne et chère maman. Lorsque je lui parle, elle ne m'écoute pas. Son cœur est dur et froid comme la pierre. Le mien, à son approche, se ferme comme un coffre-fort.
–Cela suffit. La nouvelle reine est chère à mon cœur et je ne veux point qu'on en dise du mal!
–Mon père, pour me consoler, donnez-moi un portrait de ma mère bien aimée. Sur ma table de chevet, je le poserai. La contempler m'apaisera.
–Non, mon fils. Il n'y a plus de portrait de l'ancienne reine dans le château. J'ai ordonné que tous soient brûlés. Il faut oublier le passé.
Et le roi fit signe au prince de s'en aller.
Le prince sentit monter en lui une terrible tempête.
D'un seul coup, le voile de l'enfance se déchirait et le monde lui apparaissait dans toute sa cruelle nudité. Il se cognait violemment contre une réalité que l'amour de sa mère lui avait caché.
Il découvrait que le cœur des hommes peut être insensible et ingrat, et celui des femmes, cupide et perfide. Il résolut d'être dur envers luimême comme il serait sans pitié envers les autres.
Cette rage nouvelle l'aida à retrouver la santé. Il se mit à dévorer les mets, pourtant frustres, qu'on déposait dans sa chambre. Il grandit rapidement et prit du poids.
Il passait ses matinées à couper du bois avec le bûcheron, à porter les gerbes de blé et les battre avec le fléau, à courir derrière les gorets et les égorger en les maintenant entre ses jambes musclées. Celui qui l'avait connu auparavant n'aurait pu le reconnaître. Le frêle et souple garçonnet grimpant aux arbres et jouant du flûtiau était devenu un solide gaillard aux manières rustaudes qu'on eût pris pour un fils de fermier plutôt qu'un jeune seigneur.
Un soir, dans la forêt, alors qu'il rentrait d'une randonnée de chasse, il entendit les ruades d'un cheval, suivi de faibles gémissements.
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