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§ 114. La proposition étant l'unité fondamentale а va­leur communicative, les moyens phonétiques qui la caracté­risent prennent une importance primordiale.

Désignés souvent sous le terme « moyens prosodiques » (musicaux ou intonatoires) ou traits suprasegmentaux (ils portent non pas sur les segments — voyelles et consonnes —, mais sur les groupes accentués et les syntagmes), ils consti­tuent un ensemble de caractéristiques phonétiques telles que l'accent, la mélodie ou le ton, la pause, le rythme, le timbre. 2 On leur donne également le nom d'intonation tout court. 3 L'ensemble de ces traits suprasegmentaux caractérisant une unité de parole a reçu, dans la phonétique soviétique, le terme d'intonème. 4 Le sens de celui-ci diffère du même terme utilisé par P. Delattre qui lui donne l'acception suivante: dessin mélodique d'une unité prononcée (v. § 137).

Les moyens prosodiques déterminent le type de la proposi­tion (énonciative, interrogative, etc.) et ses nuances ex­pressives. C'est également l'intonation (ou l'ensemble de moyens intonatoires) qui délimite les différentes parties de la phrase — le groupe accentuel et le syntagme.

L'emploi des moyens intonatoires dépend, pour celui qui parle, du sens de l'énoncé, de la structure syntaxique de la proposition et du style. C'est l'intonation qui fait, а par­tir des groupements de mots, une unité de communication

1 Le terme est emprunté а L. Scerba. M. Gram mont lui confère uneautre acception: modifications de phonèmes dans la chaîne parlée. («Traitéde phonétique», p. 359).

2 Les variations du timbre sont très importantes pour l'intonation desphrases émotives. Or, le timbre n'est pas encore assez étudié, on connaîtpeu les rapports qui existent entre le timbre et les divers sentiments hu­mains.

3 Certains linguistes emploient le terme «intonation» pour désignerseulement la mélodie. Voir, par exemple, L. R ou de t. Eléments de pho­nétique générale. P., 1910, § 107.

4 . А. Артемî. Îб èнтîнеме è èнтîнацèîннîм арèанте. «Уче­нûе çаïèсêè I МГÏÈÈЯ». Èнтîнацèя è çуêîîé сîста. М., 1965. Cf.Les études expérimentales de différents types d'intonèmes dans сб.: «Эêсïе­рèментальнî-ôîнетèчесêèе èсследîанèя речè», ûï. 2, Мèнсê. 1969.

Ш

(la phrase). Une phrase n'existe pas en dehors de l'intona­tion.

Soit cette proposition, suivant qu'elle est affirmative ou interrogative, change de ton 3 — // vient ce soir (mélodie descendante ou ton descendant) ; — // vient ce soir ? (mé­lodie ascendante ou ton ascendant).

La syntaxe détermine en grande partie l'emploi de diffé­rents moyens intonatoires, tels par exemple, les compléments circonstanciels qui constituent un syntagme а part au début de l'énoncé (ton ascendant) et font le plus souvent partie du même syntagme que les mots précédents а la fin de la pro­position.

Dès le second jour, \ mon plus gros travail fut de m'empêcher de penser. Mon plus gros travail \ fut de m'empêcher de penser dès le second jour.

Néanmoins ces relations sont fort complexes et suscepti­bles de varier.

Pour celui qui écoute, l'intonation est l'élément essen­tiel de la proposition qui lui permet de comprendre le sens du débit. Il arrive souvent qu'а eux seuls les moyens intona­toires déterminent le sens de l'énoncé. Soit ces trois propo­sitions — Tu parles, (affirmative non affective). Tu parles? (interrogative). Tu parles ! (phrase cliché : exclamative et affective).

Les moyens intonatoires sont solidaires des procédés syn­taxiques, ceux-lа s'alignent sur ceux-ci. Il arrive aux moyens intonatoires de suppléer au manque des procédés syntaxi­ques et vice versa.

Dans différentes langues, on a recours aux mêmes moyens prosodiques (accent, mélodie, rythme, etc.). Leur rôle et caractère, leur interaction sont cependant tout particuliers dans chacune d'elles.

Bien que tous les procédés intonatoires soient liés entre eux et constituent toujours une caractéristique complexe de la phrase ou du syntagme, nous nous proposons d'étudier а part chacun de ces procédés, en tenant constamment compte de leur interaction. Et ceci non seulement pour respecter une tradition déjа ancienne dans les manuels et ouvrages de pho­nétique, mais afin de mieux examiner les causes et effets de ces procédés.

1 Le terme « ton » est employé par les phonéticiens français comme synonyme de mélodie : il désigne non seulement la hauteur mélodique mais aussi le mouvement musical de la phrase.

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II n'y a que le chapitre sur les phrases affectives qui traite du fonctionnement et de l'interaction de tous les moyens intonatoires utilisés pour traduire les sentiments de celui qui parle ou évoquer les sentiments de celui qui écoute.

1. Accentuation du français1 a. Accent final et accent secondaire 2

§ 115. L'accent sert а mettre en relief une des syllabes parmi tant d'autres dans la chaîne parlée. Frappant diffé­rentes syllabes dans différentes langues, il contribue а la création d'un rythme particulier dans chacune d'elles.

Pour étudier l'accent d'une langue il faut tenir compte de sa nature et de sa place dans le mot aussi bien que dans d'autres unités plus grandes qu'il affecte.

§ 116. Quelle que soit la nature de l'accent dans une lan­gue donnée, plusieurs caractéristiques, l'intensité, le ton et la durée, l'affectent presque toujours. A cette différence que, dans les langues а accent d'intensité, celui-ci est dy-

1 Consulter les ouvrages suivants: Л. . Щерба. Ôîнетèêа ôран­цуçсêîгî яçûêа. Èнîèçдат, M., 1953, § 92—104, § 209 — 215;M. Grammont. Traité pratique de prononciation française. P., 1954,pp. 105—114, 139—150; P. Fouché. Traité de prononciation fran­çaise. P., 1956, pp. XLII — LVIII ; J. S ten. Manuel de phonétiquefrançaise. K0benhavn, 1955, ch. V; J. Marouzeau. Accent affectifet accent intellectuel. «BSL de Paris», t. 25, f. 1. 1924; L. R ou de t.A propos de l'accent d'insistance en français. «BSL de Paris», t. 26,1925; Ê. Ê. Барûшнèêî а. Î ôраçîîм ударенèè сîременнîмôранцуçсêîм яçûêе. «Ученûе çаïèсêè I МГÏÈÈЯ», т. VI, 1953;Î. С. Гîрîдецêая. Î слîеснîм è ôраçîîм (рèтмèчесêîм) ударенèè сîременнîм ôранцуçсêîм яçûêе. «Èнîстраннûе яçûêè шêîле», 1955,№6;Н. А. Шèгаресêая. Ударенèе сîременнîм ôранцуçсêîмяçûêе. «Ученûе çаïèсêè ЛÎЛГУ», № 180. Серèя ôèлîлîгèчесêèх науê,ûï. 21, 1955.

2 Le terme « accent final » est emprunté а P. Delattre (L'accent finalen français. «The French Review», XII, 2. December, 1938, pp. 3 — 7).Nous avons préfère la dénomination de l'accent d'après sa place dans lemot et dans le groupe а plusieurs autres (accent tonique, rythmique, d'in­tensité), parce que la nature phonique de l'accent français ne peut pas êtretraduite en un seul terme. D'autre part le terme «accent rythmique»n'est pas heureux car а la constitution du rythme contribuent tous les ac­cents (principaux et secondaires), et cela pas uniquement en français, maisdans toutes les langues. Ce terme ne fait donc pas ressortir les particula­rités de l'accentuation française (voir § 120— 121).

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namique par excellence, — le ton et la durée jouant un rôle secondaire, — tandis que, dans les langues а accent musical, celui-ci est essentiellement musical, le rôle de l'intensité et de la durée étant secondaire, etc.

Quand l'accentuation se fait а l'aide de l'intensité, la syllabe accentuée est plus forte que celles qui l'entourent grce а la tension musculaire renforcée — c'est sa caracté­ristique essentielle. Il s'y ajoute souvent le renforcement de l'expiration. l Cette espèce d'accent est appelée généra­lement accent dynamique ou accent d'in­tensité. C'est l'accent allemand qui peut être cité comme exemple type, sans oublier cependant qu'il comporte égale­ment une caractéristique musicale.

Si l'accentuation se fait а l'aide de la mélodie, ce sont alors les variations de la hauteur du ton qui mettent en re­lief la syllabe accentuée; il s'agit alors de l'accent musical ou tonique. Parmi les langues indo-euro­péennes il convient de citer а titre d'exemple d'accentuation musicale le suédois, le lithuanien, etc.

Quand c'est la quantité de la voyelle accentuée qui est affectée, la voyelle accentuée devient plus longue. C'est le cas des voyelles accentuées de la langue russe.

D'autre part, la voyelle accentuée est plus nette, sa qua­lité de fermée ou d'ouverte (ou bien n'importe quelle autre) se manifeste d'une façon évidente. Par contre, les voyelles inaccentuées sont susceptibles de perdre en partie leurs ca­ractéristiques qualitatives, de devenir moins nettes ou bien de modifier plus ou moins leur caractère. C'est surtout le cas de l'accent russe. Quant au français, la qualité de ses voyelles subit aussi l'influence de l'accentuation mais d'une façon différente de celle du russe.

§ 117. L'accentuation française est très complexe, car le français connaît une grande variété d'accents — accent final ou accent de groupe, accent syntagmique, accent secondaire (voir § 121), accent d'insistance logique et d'insistance af­fective (voir § 127 — 130), accent supplémentaire du début du groupe accentuel ou du mot (voir § 131). Ceci affaiblit considérablement l'opposition «syllabe accentuée — syllabe inaccentuée ». Le rythme de la phrase française (alternance des syllabes accentuées et inaccentuées, de la tension et de

1 Л. Р. Çèн дер. Îбщая ôîнетèêа. ЛГУ, Л., 1960, § 263 — 264.

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la détente, des différences de la durée, etc.) s'en ressent aussi : il est fort souple et riche en nuances. L'accent final du français comporte plusieurs caractéristiques а la fois, dont la durée, l'intensité et la hauteur musicale. Or, les phonéticiens ne sont pas d'accord sur sa nature physique.

Certains prétendent qu'il est essentiellement dynamique, ce qui est contestable du fait que les voyelles inaccentuées gardent en français leurs caractéristiques qualitatives, а l'exception d'une seule, le e instable. De toute manière son intensité est plutôt faible l parce que répartie sur d'autres syllabes du groupe accentuel, toute syllabe impaire а compter de la fin du groupe porte un accent secondaire. Les syllabes accentuées sont caractérisées par « l'absence d'intensité pro­éminente : elles sont même les plus faibles lorsqu'elles ter­minent une phrase. »2 II s'agit donc plutôt du rôle négatif de l'intensité dans l'accentuation française, dans ce sens qu'elle n'augmente pas. Néanmoins, elle varie par rapport а celle qui frappe les syllabes inaccentuées et c'est cela qui compte.

Partant des données reçues par C. E. Parmenter et A. V. Blanc, P. Delattre estime que l'accent français a pour caractère fondamental la quantité. D'après lui, c'est un ac­cent essentiellement quantitatif. 3 Tandis que la durée est la seule qui soit toujours présente dans l'accentuation, les deux autres caractéristiques, l'intensité et la hauteur musi­cale, peuvent ne pas varier.

Les tracés prouvent que la durée de la voyelle accentuée est nettement plus grande que celle des voyelles inaccentuées « et qu'elle est en moyenne du double » (P. Delattre). Cf. : « la durée est instrumentalement ce par quoi l'accent peut le plus facilement être repéré » (M. î u d r e a u 1 t). 4

Cependant, l'auteur ajoute que l'on «n'est pas loin de penser, en accord avec beaucoup de phonéticiens, que la fré­quence pourrait jouer un rôle prédominant dans la perception de la syllabe accentuée. » (p. 120).

1 P. Fouché. Traité de prononciation française, P., 1956, p. L;C. E. Parmenter, A. V. Blanc. An Experimental Study of Accentin French and English, PMLA, t. XLVIII, pp. 598 — 607.

2 P. Delattre. Des progrès actuels de la phonétique. «The FrenchReview», t. XXV, n° 1, 1951.

3 P. Delattre. Ouvrage cité.

4 M. Boudreault. Rythme et mélodie de la phrase parlée enFrance et au Québec. Québec —Paris. 1968, p. 119.

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Les dernières études expérimentales et, en particulier, celles de A. Skoupas confirment la thèse de P. Delattre et celle de Parmenter et Blanc : la dernière syllabe du groupe accentuel est plus longue que les autres dans 100% de cas étudiés, tandis que l'amplitude de l'intensité ne varie que dans 50% de cas. 1

En effet, dans la phrase — Qui t(é) Va dit? [i-a-i] la durée des voyelles est respectivement de 75-87-135 millise­condes. Dans cette autre — Qu'est-c(e) qu'il y a?, elle est de 75-50-158 ms. [e-i-a].

Fait curieux, la durée de la voyelle accentuée en syllabe fermée devant une de quatre consonnes allongeantes (non а la fin du syntagme) ou la durée d'une nasale en syllabe éga­lement fermée (longueur historique) est aussi grande que cel­le qui affecte la voyelle finale : — Est-ce que le docteur (150) est (100) venu (150) ? Pourquoi demandes (150)-/è ça?2 Dans l'exemple ci-dessus il s'agit de deux groupes accentuels dont le deuxième coïncide avec la fin du syntagme. Il porte donc un accent syntagmique plus marqué que l'accent du mot doc­teur. La durée des deux voyelles est cependant la même vu la faculté allongeante de la consonne r. 3

L'accent français a pour autre caractéristique le ton dont la hauteur varie considérablement de la syllabe inaccentuée а la syllabe accentuée. A l'exception de la syllabe finale de la phrase énonciative, toute syllabe accentuée est pronon­cée sur un ton plus élevé que les syllabes précédentes qui ne sont pas accentuées. Témoin cette phrase empruntée а K. Barychnikova (fig. 26). 4 Voir également le chapitre « Mé­lodie ». Les graphiques de С. Е. Parmenter et A. V. Blanc prouvent aussi que les « syllabes accentuées coïncident tou-

1 A. È. Сêуïа с. Ударенèе êаê êîмïîнент ôраçîîé èнтîнацèè сîременнîм ôранцуçсêîм яçûêе. Атîреô. êанд. дèсс. Мèнсê, J968.A, Skoupas prétend qu'il s'agit non pas de la durée de la voyelle accen­tuée mais de la longueur de la consonne en syllabe accentuée.

2 Les exemples stint empruntés а: B. M. Ïèнаеа. Èнтîнацèяîïрîсèтельнûх ïредлîженèé î ôранцуçсêîм яçûêе. « Ученûе çаïèсêèI МГÏÈÈЯ». Эêсïерèментальная ôîнетèêа è ïсèхîлîгèя речè, т. 18,МГУ, 1960, стр. 131 — 157.

3 Pourtant l'ouïe d'un Russe ne perçoit pas cette longueur, probable­ment parce que celle-ci est relativement plus faible que l'allongement desvoyelles accentuées du russe ou bien parce que l'interaction de l'intensitéet du ton avec la durée est différente dans ces deux langues. Ceci mérited'être vérifié expérimentalement : il s'agit de comparer la durée des voyel­les accentuées du russe et du français.

4 Ê- Ê. Барûшнèêîа. Î ôраçîîм ударенèè сîременнîмôранцуçсêîм яçûêе. «Ученûе çаïèсêè I МГÏÈÈЯ», т. VI, 1953.

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t А

jours avec les variations d'intonation les plus fortes », bien que le sens de ces variations ne soit pas le même ; tantôt elles portent vers l'aigu, tantôt vers le grave. A. Rigault démontre aussi que « la fréquence est, de loin, le facteur physique prédominant de l'accent»1 dans la perception de la syllabe (fig. 26).

Fig. 26. Schéma mélodique de la phrase com­portant quatre groupes accentuels : C'est а Mos­cou (1) que ce livre (2) va voir (3) le jour (4)

Cependant P. Delattre prétend qu'on peut supprimer ces variations sans perdre pour cela l'impression de l'accent, ce qui est d'ailleurs а vérifier. A. Skoupas, lui aussi, est plutôt réticent sur le caractère musical de l'accent français ; d'après lui, la fréquence du ton fondamental marquerait la fin du groupe accentuel seulement dans les phrases interroga-tives.

En attendant de nouvelles vérifications expérimentales, bornons-nous а qualifier l'accent français de quantitatif com­portant l'intensité et la hauteur musicale а titre de caracté­ristiques secondaires.

§ 118. La place de l'accent dans le mot varie d'une lan­gue а une autre. L'accent peut être fixe, c'est-а-dire il frappe toujours une même syllabe du mot. En français, c'est la dernière syllabe qui est affectée, en tchèque c'est la pre­mière syllabe du mot, en polonais l'avant-dernière et ainsi de suite.

Dans plusieurs autres langues, par contre, l'accent affec­te différentes syllabes dans différents mots. Il n'est pas at­taché а une syllabe déterminée dans tous les mots tout en ayant une place fixée dans chacun d'eux, tel est le cas du russe : ïî лет, 'êîшêа, êî'рîа. Cet accent est appelé a c-c e n t 1 i b r e. Il est utilisé souvent pour différencier la signification des mots : 'çамîê çа мîê, 'атлас атлас,

1 A. Rigault. Rôle de la fréquence, de l'intensité et de la durée vocaliques dans la perception de l'accent en français. « Bulletin de la So­ciété polonaise de linguistique», VIII, Cracovie, 1948.

12 Шèгаресêая H. A. 177

etc. Néanmoins, certaines langues а accent essentiellement fixe l'emploient également а des fins de différenciation. Ainsi, la place de l'accent anglais étant par principe fixe — c'est la syllabe initiale qui est affectée — la langue admet pour­tant une certaine liberté, puisque l'anglais distingue entre 'import — substantif et im'port — verbe. Cf. en espagnol — 'canto, ter'mino, formes du présent et — cantô, termina, for­mes du passé défini, etc.

Dans certaines langues l'accent est m î b i 1 e en ce sens qu'il peut se déplacer dans les formes d'un même mot et en changer la valeur grammaticale. Tel est l'accent du russe, cf. 'руêè — pluriel nominatif, ру'êè — singulier génitif.

La place de l'accent dans le mot varie également d'une période а l'autre au cours de l'évolution de la langue. Le français a gardé la syl­labe accentuée du latin vulgaire : 'dorsum >'dos ; 'colubra (1. cl.)> >co'lubra (l.v.)>cow'leuvre, etc. Or, en latin, c'est la pénultième et l'antépénultième qui étaient accentuées. En ancien français, par con­tre, l'accent affectait généralement la dernière syllabe et moins souvent la pénultième (quand le mot avait pour finale e, prononcé а l'époque) : bon'té, par'tir, 'tablt, 'porte,.

Tout en affectant une même syllabe en latin et en français, l'accent a une place différente, dans ces langues, par rapport au volume du mot, en ce sens que c'est tantôt la dernière ou l'avant-dernière syllabe qui était accentuée (le français), tantôt l'avant-dernière ou l'antépénul­tième (le latin). Ce fait, paradoxal en apparence, au fond ne l'est point, le français ayant éliminé toutes les syllabes posttoniques а l'exception de celles qui avaient un a réduit en e. C'est ainsi que l'accent du fran­çais est devenu final par excellence. On l'appelle accent oxy­ton. Tous les mots empruntés postérieurement au latin ont dû se faire а la loi de l'accentuation française, et force leur était de modifier la syllabe accentuée. Il n'y a qu'а comparer l'accentuation des dou­blets : 'fabrica>'forge, mais fa'brique ; ' fragilem>'frêle, mais fra'gile ; ' mob ilem>'meuble, mais тî'bile, etc. Les mots d'origine populaire ayant passé du latin au français ont gardé l'accentuation latine — l'accent frappe une même syllabe dans les mots des deux langues. Par contre, les mots d'origine savante, introduits dans le français а l'époque oщ celui-ci a créé ses propres lois d'accentuation, ont été assimilés, en ce sens qu'ils ont accepté l'accent français qui frappait la dernière ou l'avant-derni,ère syllabe du mot : ' fabrico> fa'brique.

Depuis le XVIIe siècle, l'accentuation du français a connu une autre modification encore : l'accent final est devenu général et obliga­toire pour tous les mots du vocabulaire y compris les emprunts en vertu de la chute du e instable [4ablæ>'tabl ].

Citons а titre d'exemple quelques-uns des mots empruntés récem­ment par le français. Mots anglais — 'docker^ do' cher, 'speaker^>spea'ker. Mots russes — 'сïутнèê ^>spou'tnik.

Il convient de signaler que les langues romanes, langues d'une com­mune origine, ont d'ordinaire toutes une même syllabe accentuée, celle

1 La pénultième — l'avant-dernière syllabe du mot, l'antépénultième — a troisième syllabe а compter de la fin "du mot.

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qui l'était en latin. Cependant, vu certaines divergences de l'évolution des voyelles posttoniques dans diverses langues romanes, l'accent affec­te tantôt la dernière syllabe (le français), tantôt la derniers et l'avant-dernière (l'espagnol), tantôt l'avant-dernière (l'italien), etc.

'bassus 'bas, fr. — 'bajo, esp. — 'basso, it. — 'baixo, port. se'curus 'sûr, fr. — se'guro si'euro se'guro. boni' tatem bon' té bon'dad bon1 ta bon'dade.

Tout en gardant certains traits communs, les langues romanes ont néanmoins créé leurs propres règles d'accentuation qui varient d'une langue а une autre, et confèrent а chacune d'elles sa physionomie par­ticulière.

§ 119. Dans la chaîne parlée, l'accentuation dans les deux langues, le français et le russe, s'effectue également de façon différente. Le mot significatif (mot plein) du rus­se garde en général son accent quelle que soit sa place dans la phrase (les quelques exceptions sont dues surtout а l'em­ploi adverbial de noms précédés d'une préposition — 'çа мîрем, 'çа гîрîдîм, 'ïîд гîру, etc.) Cf. û хî'тèте у'ехать Хî'тèте û у'ехать? û не хî'тèте у'ехать. P. Fouché lui donne le nom d'accent analytique.

Par contre, ce n'est plus le mot qui est délimité а l'aide de l'accent dans la chaîne parlée du français, c'est généra­lement un groupe de mots qui est affecté de l'accent. Celui-ci est appelé par P. Fouché accent synthétique. Les unités accen­tuées du français ce sont des groupes de mots. « L'accent n'appartient pas au mot, mais au groupe» (M. Gram-m î n t). Cf. Nous sommes nom'breux. De nombreux amis sont ve'nus. C'est un cra'yon. C'est un crayon 'bleu. Vous sa'vez. Vous savez 'tout. Vous ne savez pas 'tout. Toutefois un mot peut coïncider avec un groupe accentuel : re'vient. L'accent se déplace d'un mot significatif а un autre sui­vant les règles de l'accentuation française. Il est donc mo­bile dans la chaîne parlée du français : Vous dési'rez par-'tir? Désirez-'vous par'tir? Vous ne désirez 'pas par'tir? (а comparer aux phrases identiques du russe citées plus haut). Tout mot significatif du français peut donc perdre son accent dans la phrase.

Quant aux mots-outils et mots а valeur grammaticale par excellence, ils sont de préférence inaccentués. Il leur arrive cependant de recevoir l'accent final du groupe, par exemple, а la forme interrogative et négative du verbe : // 'parle, par­le-'t-il ? Il ne parle 'pas.

L'accentuation du groupe de mots se fait sur le modèle de celle du mot. Comme le français a éliminé toutes les syl-

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labes posttoniques dans le mot, et que c'est la finale qui porte l'accent, il n'y a pas en français d'enclitiques (de mots inaccentués suivant l'accentué et formant avec celui-ci un même groupe accentuel), comme c'est le cas du russe — сêа'жè-êа. Tous les mots inaccentués faisant partie du même groupe que le mot accentué le précèdent toujours en français moderne. Ce sont des proclitiques. l

Jusqu'au XVIIe siècle le mot français ayant eu des syllabes postto­niques — celles qui comportaient le son [e], — le groupe accentuel pouvait lui aussi avoir des enclitiques d'une seule syllabe. On rimait alors : la que'relle que'rez-le ; despe'schez-le ceste erschelle, etc. 2

Au XVIIe siècle, dans les vers de Molière, de La Fontaine et de Racine e est souvent élidé dans le pronom le postposé au verbe а l'impé-ratif : ceci démontre le caractère enclitique du pronom — Ingrat : Laissez-le^en paix. S'il faut а deux genoux. (Molière, « Le Tartuf­fe »). Mettez- le^en notre gibecière (LaFontaine) avec la remarque suivante dans l'édition scolaire : « II faut, pour le vers, que le ne compte pas dans la mesure». —Attendez-le plutôt, et voyez-le en ces lieux. (Racine, « La Thébaïde ». Première version de 1664). Dans la der­nière version de cette même tragédie en 1697, Racine a dû modifier la structure du vers, ce qui prouve que l'accent s'était déplacé sur le pro­nom vers la fin du siècle : — Attendez-le plutôt, voyez-le dans ces lieux.

§ 120. Quelles sont les causes de cette accentuation parti­culière du français, les raisons de l'existence de groupes ac-centuels réunissant plusieurs mots dont un seul (celui qui est а la finale) porte l'accent ? Pourquoi, par contre, la lan­gue russe connaît-elle l'accent du mot dans la phrase?

C'est que la structure morphologique du mot, dans les deux langues, est fort différente. Le mot russe porte en soi sa valeur sémantique et ses caractéristiques grammaticales ; tel le mot 'дîм qui désigne la notion de maison et revêt la forme de flexion zéro а valeur du nominatif singulier. Tels autres — ïрèîбретался, ïрîèçîдèлся — des verbes а sens lexical précis dont la forme comporte les marques du temps, de l'aspect, de la voix, du genre et du nombre. Chacun des mots cités ci-contre a aussi sa forme phonétique (son accent sur une syllabe déterminée).

La structure morphologique du mot français est tout autre. C'est de préférence, une unité lexicale, un mot-radical amor-

1 L'italien accentue les syllabes pénultième et antépénultième du mot,il possède donc aussi des enclitiques dans le groupe accentuel, cf. 'dirti,'fatelo, an'darse ne.

2 N. de La Chesnaye. La condamnation de bancquet. Voir:E. Fournier. Le thétre français, pp. 254, 269.

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phe. Que savons-nous au juste sur le mot trompette ? Rien que sa valeur sémantique et encore n'en sommes-nous pas sûrs, le mot en question pouvant désigner un objet et une personne : la trompette le trompette. Le genre en détermine le sens. Pourtant c'est un mot а suffixe qui paraît porter en soi sa valeur grammaticale de genre. Que dire alors des mots amor­phes, des mots dont la forme ne révèle rien de leur caractère grammatical tels que : efficace, table, parle, recherche, tribu, conte, nacre, cendre, etc.

Pour que ce mot-radical soit susceptible d'effectuer son rôle d'élément communicatif, pour qu'il porte dans la phrase, il doit recevoir ses caractéristiques grammaticales.

Supposons ces quelques phrases :

Je parle \ des recherches. La trompette \ se trouve(l) \ sur la table. Les résultats \ les plus efficaces \ sont en-registrés(2) \ depuis hier.

La valeur grammaticale de la personne est marquée, dans le verbe, par les pronoms personnels préposés ; sa valeur d'intransitivité — par le pronom se (1), son autre valeur grammaticale de voix par un verbe auxiliaire (2). Dans le nom, les valeurs de genre, de nombre, de détermination ou d'indétermination se trouvent représentées non pas dans le mot même, mais par d'autres mots tels que les articles. Les prépositions déterminent le rôle syntaxique du mot, et ainsi de suite.

Pour fonctionner dans une phrase, pour servir de moyen de communication, le mot doit revêtir une forme grammati­cale déterminée. Ce sont des mots а valeur grammaticale, tels que pronoms personnels, verbes auxiliaires, articles, pré­positions, etc. qui lui confèrent, dans la langue française, la valeur grammaticale demandée. Tous ces mots sont généra­lement préposés au mot significatif et c'est au moyen de l'accent que les deux valeurs — lexicale et grammaticale — sont réunies en un tout phonique. L'accentuation d'une lan­gue est donc liée au caractère spécifique de son système gram­matical, notamment а la structure morphologique du mot.

Vu ces rapports étroits, les groupes accentuels n'existent pas seulement en français. Quand il s'agit de constructions analytiques dans d'autres langues, il s'y constitue aussi des groupes accentuels. Cf. le conditionnel du russe — 'мîг бû, les articles en allemand — der 'Knabe. L'anglais, une autre langue analytique par excellence, connaît également l'accent

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de groupe. Néanmoins, la constitution des groupes accentuels en anglais est fort différente vu le caractère particulier du système grammatical de la langue. *

A l'époque oщ le français utilisait la flexion pour exprimer les va­leurs morphologiques et syntaxiques du mot dans la phrase, en ancien français, l'ordre des mots ayant été plutôt libre, l'accent affectait cha­que mot, y compris, par exemple, les pronoms personnels-sujets : quant ele le chevalier voit, si je armes, avoie, se vos le surplus me prestez (Chres-tien^de Т г î y e s) 2.

Ainsi, la première règle sur la constitution du groupe ac-centuel formulée par L. Scerba 3 se fonde sur la structure grammaticale du français.

§ 121. Or, il existe des groupes accentuels qui comportent deux mots significatifs dont l'un détermine l'autre : son pro­pre 'nom, une grande per'sonne ; parler 'bien, un crayon 'noir, etc. Il convient de répartir les exemples donnés en deux clas­ses, suivant la place occupée par le déterminant (voir les règles 3 et 4 dans le manuel de L. Scerba, § 95).

1. Le déterminant (le plus souvent un adjectif épithète) qui précède le déterminé s'insère entre celui-ci et l'article (ou l'adjectif démonstratif et l'adjectif possessif, etc.) en constituant avec ces mots une unité phonique : un grand garçon, cette ancienne langue, etc. C'est le déterminé qui porte alors l'accent du groupe tandis que le déterminant est désaccentué, pris comme dans un étau par l'article et le nom auquel il se rapporte. L'épithète préposée étant fixée par la tradition en vertu de la tendance de l'ancien français de préposer l'adjectif épithète, les cas de l'antéposition obli­gatoire font plutôt exception а la règle. C'est que « d'une manière générale, un adjectif épithète tend а se placer après le substantif auquel il se rapporte » 4.

^O. È. Д è ê у ш è h a. Рèтмèêî-сèнтаêсèчесêîе члененèе речè анг­лèéсêîм яçûêе. Сб.: «Ïамятè аêадемèêа Л. . Щербû». ЛГУ, 1951.

2 On sait qu'en ancien français le pronom personnel est toujours ac­centué. L. Poulet. L'accent tonique et l'ordre des mots. Romania,t. 50, 1924.

3 Un groupe accentuel est constitué d'un mot significatif et des mots-outils qui le caractérisent (qui s'y, rapportent). C'est а L. Scerba que nousdevons la caractéristique du contenu sémantique et grammatical du groupeaccentuel. («Ôîнетèêа ôранцуçсêîгî яçûêа». Èнîèçдат, M., 1953, § 95).Cf. « Toute suite de mots qui exprime une idée simple et unique constitueun seul élément rythmique et n'a d'accent que sur sa dernière syllabe».M. Grammont. Traité pratique de prononciation française. P., 1954,p. 105.

4 R. L. Wagner, J. Pinchon. Grammaire du français classiqueet moderne. Hachette, 1962, § 164,

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Les rapports du déterminant préposé et du déterminé sont étroits au point que ces deux mots arrivent а constituer une unité lexicale, un mot composé : un jeune homme, une vieille femme, un gentilhomme, un bonhomme, longtemps, aussitôt, vraisemblable (les trois derniers mots étaient écrits par Boi-leau en deux mots : long-temps, aussi-tost, vrai-semblable-menf). Le déterminant y perd donc plus ou moins son auto­nomie lexicale et phonétique а la fois.

Il importe de préciser que d'autres types de déterminants préposés, par exemple, des adverbes, subissent également le même sort — ils sont désaccentués : tu as mal travaillé, c'était plutôt difficile, il est bien ai'mable, etc.

Dans le style dénué de toute emphase, c'est le déterminé postposé qui constitue le noyau lexical ou sémantique du groupe. C'est lui qui porte l'accent consolidant le groupe. L'accent en fait une unité lexicale, grammaticale et phonéti­que.

Il s'agit donc d'une autre règle d'accentuation française qui, elle aussi, a pour base une des particularités de la struc­ture grammaticale du français, notamment les rapports syn­taxiques dit attributifs dans le groupe « déterminant+déter-miné », le déterminant étant inséré entre les mots а valeur grammaticale, tels que l'article, le pronom-sujet, le pronom démonstratif et un nom (un verbe, un adjectif).

2. Par contre, un déterminant en postposition constitue un groupe accentuel а part. Il porte son accent а lui le sé­parant phonétiquement du déterminé : un mouvement inso* 'lite, une nuance particulière, une mai'son délabrée, etc. x

Les Français prétendent distinguer а l'aide de l'accent les groupements suivants: une nouvelle poli'tique une nouvelle poli'tique, un savant^ a'veugle un sa'vant aveu-gle, une bonne Fran'çaise une 'bonne française, le pre­mier Allemandle pre'mier allemand. L'adjectif préposé au nom perd son accent et constitue un seul groupe accen­tuel avec le nom. L'adjectif postposé, par contre, garde son accent et fait partie d'un autre groupe accentuel que le nom, а condition qu'il soit polysyllabique.

Le déterminé et le déterminant forment donc deux groupes accentuels, car ils sont tous deux significatifs, et de ce fait, conservent plus rigoureusement leur caractère autonome. Le déterminant est même susceptible d'avoir en cette po­sition ses déterminants et compléments а lui, et d'exprimer

Sur les tendances d'élargir le groupe accentuel voir § 124.

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par cela même des rapports attributifs aussi bien que pré-dicatiîs. Il lui arrive même, dans ce dernier cas, de former un syntagme а part en se détachant du mot déterminé :

J'ai distingué au loin une belle mai'son 'haute de plusieurs étages. On m'a présenté une jeune emplo'yée \ très bien infor'mée sur le chapitre des articles а vendre.

Or, un déterminant monosyllabique postposé au détermi­né fait partie d'un même groupe accentuel que celui-ci : un crayon 'vert, un couloir 'long, elle dessine 'bien, position 'clef, etc.

Evidemment, il ne s'agit plus d'en chercher l'explication dans la structure grammaticale de la langue, les rapports syntaxiques ne dépendant point du volume des déterminants. Pour trouver cette explication il faut donc étudier de près les principes de l'accentuation française.

D'habitude on emploie l'adjectif « rythmique » pour défi­nir l'accent normal du français. Pourtant on a tort de dé­signer par accent rythmique l'accent final qui affecte le grou­pe accentuel de la chaîne parlée, puisque ce n'est pas le rythme qui détermine en premier lieu les principes de la ré­partition des accents, la constitution des groupes accentuels en français (voir plus haut, § 120). * Toutes les variétés de l'accent constituent le rythme de la phrase.

Le français connaît une alternance accentuelle qui forme le rythme particulier de la phrase. Le principe d'alternance caractérise l'emploi del'accent secondaire dans la langue. C'est que les syllabes accentuées et inaccentuées se succèdent dans la chaîne parlée. Toute syllabe impaire а partir de celle qui porte l'accent final est affectée d'un ac­cent secondaire : Et "acheté-'moi une 'pomme, il "revient 'tard.

Le fait de l'accentuation secondaire semble pour­tant contestable а certains phonéticiens, entre autres а P. Fou-ché qui l'admet néanmoins pour le style élevé. Nous sommes enclins cependant а partager l'avis de Kr. Nyrop, P. Passy, L. Scerba, etc. sur l'existence de l'accent secondaire, parce que le français contemporain fournit quantité d'exemples

а l'appui de la thèse, spécialement dans le styl-e familier. Citons-en quelques exemples tirés des phonogrammes de dis­cours prononcés, des textes littéraires enregistrés, etc. :

On n'ose pas dé"sobé'ir. Au hasard des "réfle'xions. Ta "petite 'vie me"lanco'lique (A. deSaint-Exupé-r y, « Le petit prince »). —Les "sacre'ments il "congé'dia tes"tamen taire dé"dicacer ce fut un "soulagement. (R. Rolland, «Beethoven», enregistré par P. Fresnay).

Après avoir analysé plusieurs données sur l'intensité, la hauteur et la durée des syllabes dans la chaîne parlée, citées par différents auteurs (rassemblées et utilisées d'ailleurs par les auteurs eux-mêmes dans un autre but), force nous est de noter que les syllabes impaires а partir de la fin du grou­pe accentuel sont légèrement mises en relief, soit par le ton, soit par la force, ou la durée, soit par tous les trois а la fois. Dans la phrase— "Voulez-'vous du "café 'noir? — l'in­tensité de la syllabe accentuée vous est de 8 mm, lez — de

6 mm, ça — de 7 mm, tandis que du est de 6 mm et — de

6 8 6 75

5 mm. [vule vu dy kafe 'nwa:r ]. La hauteur du ton de ça est de 160 Hz. alors que la syllabe précédente est prononcée sur un ton plus bas. La syllabe ça du mot café porte donc un ac­cent secondaire.

Dans la phrase — "Voulez-'vous "du café au 'lait? — l'intensité de du est de 9 mm а côté de ça marquant seulement

7 mm. l Dans le groupe accentuel bien dé"sagré'able, l'in­tensité et la durée des syllabes'Wm et sa dépassent cellesdes syllabes voisines et gré. Le même accent, а en jugerd'après l'intensité du son, affecte la troisième syllabe аpartir de la fin dans le groupe cette "question-'lа.

Bien que la loi de l'affaiblissement des syllabes inaccentuées s'ap­plique а beaucoup de langues, la répartition de l'intensité selon les syl­labes dans un mot polysyllabique varie d'une langue а l'autre.

Ainsi, parmi les syllabes inaccentuées d'un mot russe, c'est la pré­tonique qui est la plus forte, on la désigne par le numéro 2, la syllabe accentuée étant marquée par un 3 et les autres par 1 suivant la méthode du linguiste A. Potiebnia. Les syllabes les plus faibles, la posttonique

1 Certains phonéticiens ont donc tort d'insister sur le fait. Cf. «La composition des groupes accentués n'est pas arbitraire. Elle dépend d'abord de causes rythmiques...» L. Roudet. La désaccentuation et le déplace­ment d'accent dans le français moderne. « Revue de philologie et de litté­rature», 1907, p. 301. Voir aussi: A. Dauzat, Phonétique et grammai­re historique de Ja langue française. P., 1950.

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1 Voir: Ê- Ê. Барûшнèêîа. Î ôраçîîм ударенèè сîремен­нîм ôранцуçсêîм яçûêе. «Ученûе çаïèсêè I МГÏÈÈЯ», т. VI, 1953. Cf. A. Сêуïас (Ouvrage cité) qui insiste sur les variations du ton dans les groupes du milieu.

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et la deuxième précédant la syllabe accentuée ont été désignées plus tard par A. Gvozdev par le signe 1/2 l. On a également attribué le nu-

231/21 méro 2 а toute voyelle initiale : ïрèетлèûé.