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§ 4. Outre les méthodes d'analyse linguistique qu'elle uti­lise en tant que science linguistique, la phonétique a ses pro­pres méthodes qui tiennent au fait que son objet est spécifi-

que : la phonétique étudie la forme phonique du langage, sa forme matérielle. Un son est produit par les vibrations d'un corps sonore. Quand on analyse tous les éléments du système phonique d'une langue il s'agit d'examiner la hauteur, la durée et l'intensité des ondes sonores. Ce qui relève de la physique, et en particulier d'une de ses branches appelée l'a­coustique. Il faut savoir également comment les sons sont produits et sont perçus ; cet aspect de la phonétique demande l'application de méthodes propres а la physiologie.

On se sert en phonétique de différentes méthodes instru­mentales dont l'ensemble est appelé souvent phonétique ex­périmentale. Cependant, toute science qu'elle soit linguistique ou physique, repose sur des expériences. Il ne s'agit donc pas d'une branche spéciale de la phonétique, mais de méthodes employées en phonétique. Aussi employons-nous partout le terme « méthode instrumentale ».

Les fondements de la méthode instrumentale ont été posés par l'abbé Rousselot et ont été, depuis, précisés et développés dans des laboratoires de phonétique expérimentale en U.R.S.S., en France, aux Etats-Unis et dans beaucoup d'au­tres pays. Nous donnons ci-contre un aperçu des instruments au service de la phonétique. l

L'enregistrement phonétique qui utilise des moyens méca­niques, notamment l'enregistreur de Rousselot, procure des renseignements variés. Il permet d'examiner les caractéris­tiques essentielles des sons résultant du travail des cordes vocales, du fonctionnement du résonateur nasal, etc. Il four­nit des indications nécessaires sur la durée et l'intensité des sons, sur le mode de jonction des phonèmes et la façon dont ils réagissent les uns sur les autres, sur la hauteur du son, etc. L'enregistreur électrique comprend un cylindre enregistreur recouvert d'un papier enfumé muni de trois plumes ins­crivant les vibrations de la voix, prises en trois endroits différents : au niveau du larynx а l'aide d'une capsule la­ryngienne qui s'applique au cou, а la sortie de la bouche а l'aide d'une embouchure et а la sortie des narines grce а une olive nasale qu'on met а une des narines. Les tracés (fig. 1) présentent respectivement trois courbes dont les sinuosités per­mettent de préciser les caractéristiques principales des sons,

1 Voir pour plus de détails: P. J. Rousselot. Principes de pho­nétique expérimentale. P., 1897—1908; . А. Артемî. Эêсïерèмен­тальная ôîнетèêа. Èнîèçдат, M., 1956; Л. Р. Çèн дер. Îбщая ôîне­тèêа. ЛГУ, Л., 1960, § 13—20.

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etc. On peut reprocher а ce procédé mécanique de ne donner qu'une image statique des phénomènes observés.

Par contre, l'enregistrement électro-acoustique pratiqué а l'aide d'un oscillographe (électromagnétique ou cathodi­que) fournit des renseignements sur la composition d'un son — son élément fonda­mental et ses harmoniques, puisqu'un phonème est un son complexe. Il détermine avec précision l'intensité sonore que traduit l'éléva­tion de la courbe (fig. 2). L'enregistrement cathodi­que a l'avantage de sai­sir la parole sur le vif. Malheureusement, les tracés

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Fig. 1. Tracé (fait а l'aide de l'en­registreur cymographe) du mot russe Mapc : L — ligne du larynx ; N — ligne du nez ; S — ligne du souffle

oscillographiques ne sont pas faciles а interpréter, la lecture d'un oscillogramme est très compliquée.

Pour analyser la struc­ture acoustique du son, les

changements de timbre qui se produisent pendant l'émission d'un même phonème et au contact de deux phonèmes, on utilise souvent le spectrographequi présente les fréquences et l'intensité des sons sous forme d'un spectre. Sur le spectre

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Fig. 2. Oscillogramme de la phrase — J'ai vu ton maître.

(fig. 3) on voit distinctement les zones des formants (voir § 9)

?

ui constituent un son. Ainsi, les deux formants de la voyelle u] se trouvent а peu de distance l'une de l'autre dans la zone des fréquences basses (250—800 p/s) 1 alors que les for­mants du [i] sont éloignés l'un de l'autre; l'un est situé

p/s — périodes par seconde.

Il

dans la partie haute du registre (2500 p/s) et l'autre dans sa partie basse (250 p/s). 1

Le spectre acoustique peut être transformé а nouveau en sons, ce qui permet de constituer un langage synthétique. Quand on connaît le spectre d'un son, les fréquences qui le caractérisent, on peut combiner les fréquences nécessaires et arriver par cela même а la création de sons synthétiques.

Fig. 3. Spectrogramme des voyelles [i] (а gauche) et [u] : FI — le formant 1 ; * F2 — le formant 2

Ces travaux sont d'une importance capitale pour la téléphonie et les transmissions sonores en général.

Les renseignements d'ordre physiologique sont fournis au­jourd'hui par l'exploration radiologiquedes organes phonateurs, qui se fait aux rayons Ræntgen ou bien en cinéma. Cet examen permet de constater la position des organes de la parole, cachés а nos yeux, tels que la langue, le voile du palais, le pharynx.

On utilise également а ces mêmes fins les palais artifi­ciels qui permettent d'obtenir des empreintes de la langue sur le palais ; le schéma de ces empreintes porte le nom de palatogramme (voir § 65, fig. 21).

Evidemment les indications de chacun de ces appareils sont incomplètes, ce qui oblige а utiliser tous les procédés d'analyse а la fois.