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§ 65. L'opposition consonne orale — con­sonne nasale est d'une grande importance pour les

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occlusives dans la série des sonores. Cette marque accom­pagne la distinction entre bruits et sonantes, toutes les so-nantes occlusives, а la différence des bruits, étant des con­sonnes nasales [m, n, ji]. Puisque l'air passe en partie par la cavité nasale, l'occlusion peut durer un certain temps et la consonne peut être prolongée, ce qui exclut la dénomina­tion de «momentanées» donnée souvent aux consonnes oc­clusives. Ne s'appliquant pas aux occlusives nasales, ce ter­me se trouve être compromis.

II y a donc opposition phonologique entre le [b] — con­sonne occlusive bilabiale sonore orale et le [m ] — con-

Fig. 21. Palatogrammes: a — [p] français ; b — [n'] russe (d'après L. Scerba)

sonne occlusive bilabiale sonore nasale, entre le [d] — consonne occlusive prélinguale sonore î r a 1 e et le [n ] — consonne occlusive prélinguale sonore nasale: [b — m] beau mot, robe rhum, scribe escrime ; [d — n ] dot note, raide reine. Cette opposition n'est pourtant pas absolue puisqu'elle n'existe pas pour la consonne postlin­guale de la même série [g] qui n'a pas d'équivalent nasal en français.

Or, le français possède une troisième occlusive nasale [ji] qui n'est pas pour autant le corrélatif de la troisième consonne-bruit parmi les occlusives orales — [g]. C'est que le [ji] est une consonne médio-linguale, l'occlusion se fai­sant entre la partie médiane du dos de la langue et le milieu de la voûte palatine (fig. 21) а la différence du [g] qui, bien qu'il soit plus avancé qu'en russe, est articulé par l'occlu­sion entre la partie postérieure de la langue et le palais mou 102

(sur les oppositions fonctionnelles dont ji fait partie, voir plus bas). l

Occlusives orales

Occlusives nasales

D'après le mode d'articulation

D'après le point d'articulation

b d

m n

Л

Bilabiales Prélinguales Médio-linguales Postlinguales

Du fait qu'elles sont orales, les occlusives [p, t] s'oppo­sent aussi aux nasales correspondantes [m, n]. Or, cette distinction est accompagnée d'une autre, celle qui se base sur la participation de la voix : le [m] et le [n] sont des sortantes, le [p ] et le [t ] — des bruits sourds.

Les consonnes nasales du français ont ceci de particulier qu'elles ne se trouvent pas dans un mot devant une autre consonne, en raison de la chute des consonnes nasales en syllabe fermée а la fin du moyen ge. Néanmoins, dans le style parlé et moins souvent dans le langage soutenu, les groupes « consonne nasale+consonne » peuvent se former а l'intérieur du mot, а la suite de la chute du e instable le plus souvent devant les suffixes : bonn(e)ment, raisonn(e)-ment, bonn(é)teau, mesquin(e)rie, poltronn(e)rie, am(é)ner, etc.

La consonne médio-linguale [ji] mérite un examen spé­cial car elle a un caractère particulier : elle est, et cela en toute position, une consonne а tension croissante (voir § 86). C'est ce qui explique qu'on l'emploie presque exclusivement devant voyelle, au début de la syllabe — gagner, signifier^' etc. Néanmoins le e instable s'effaçant tous les jours davan­tage de la prononciation, le [p] peut apparaître а la fin de

1 Evidemment, la consonne [g], comme n'importe quelle autre d'ail­leurs subit l'influence des sons voisins. Ainsi, son point d'articulation avance vers la partie médiane du palais devant les voyelles antérieures [gi ~ ge — Sa]> ce Qui permet de l'opposer éventuellement а la consonne médio-linguale [p]. Or, dans la classification des phonèmes, on tient comp­te des traits qui se réalisent dans la position indépendante du phonème. Le fait de négliger la subdivision des sons d'après la partie de la langue qui prend part а leur formation (prélinguales, médio-linguales, ppstlingua-les) pour ne donner а [ n — j — g] qu'une même et seule dénomination de linguo-palatales a pour conséquence la confusion des consonnes telles que [j1 — Ol- Cf. un autre point de vue dans le manuel de A. H. Pan a нî­è ч. Ôîнетèêа ôранцуçсêîгî яçûêа. M., 1969. стр. 27.

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\ nombreux monosyllabes (on l'emploi de plus en plus а la fin du mot en français moderne) — vigne, signe, ligne, bagne, daigne, etc., sans qu'il perde cependant tout а fait sa tension croissante ['vip], ['sip]. 1

La voyelle est restituée dans le style soigné toutes les fois qu'un mot avec [ji] est suivi d'un autre commençant par une consonne : ligne verticale. Toutefois le style parlé s'en passe aisément non seulement en finale, mais а l'inté­rieur du mot et aussi du groupe accentuel : lign(e) verticale, align(e)ment, enseignement. La consonne [p] ne se trou­vant pas а l'initiale des mots dans la langue littéraire, l'op­position [n — p] est limitée aux syllabes finales, elle est rare au milieu du mot : banne bagne, daine daigne, borne borgne, reine règne, penne peigne, panne pa­gne, anneau agneau, sinon signaux.

Pourtant, l'argot nous fournit des spécimens de l'emploi du [ji ] au début du mot : gnangnan (qui est même employé dans le langage familier), gnôle, gnon, gnouf, etc.

Le phonème [p] occupant une place а part dans le schéma suscite maintes discussions. Nous avons vu plus haut (§ 14) que B. Malmberg l'insérait parmi les occlusives postlin­guales, parce qu'il l'estimait être, а l'égal du [rj], une des variantes d'un même phonème. Duquel ? Puisque les oc­clusives connaissent l'opposition phonématique consonne orale — consonne nasale dans les séries des bilabiales [b — m] et des prélinguales [d — n], la série des postlinguales en ferait partie aussi avec l'opposition [g — q]. Mais, on ne peut pas prendre en considération le son frj], même sur le plan phonétique, malgré les emprunts а l'anglais tels que camping, meeting, footing, shopping. Ces emprunts sont "peu nombreux et, exception faite des mots cités, fort peu répandus. La prononciation [rj] n'est qu'une imitation vou­lue de l'articulation anglaise des gens parlant l'anglais. D'autres considèrent [p] comme la combinaison [nj], l'opposition [p — nj] n'ayant guère de rôle fonctionnel2, puisque les commutations alléguées par A. Martinet leur paraissent artificielles: saignait c'est niais, l'agnelle la nielle, l'agneauVAnio. Ajoutons-y cependant d'autres exemples, y compris ceux oщ l'opposition [ji — nj] se réa­lise en raison des mêmes conditions du fonctionnement,

1 Ne pas confondre la consonne médio-linguale du français [p] avecla consonne prélinguale mouillée du russe [n'] (voir fig. 21, b).

2 H- Ste.n. ManueJ de phonétique française. K0beuhavn, 1956, p, 47,104

sans toutefois constituer des mots-paires (voir la théorie du phonème exposée au § 10) : ligner linier, Agnès а niè­ce, régner renier, gagner panier, signer jardinier, etc. Si l'on adopte l'équivalence [p]=[nj], comment consi­dérer alors l'opposition, sur le plan morphologique, des formes « présent — imparfait » des verbes dont le radical se termine par gn (signer, cogner, soigner, baigner, peigner, etc.) : nous gagnons nous gagnions, vous gagnez vous gagniez ? Rappelons que la combinaison [nj ] alterne avec [ni ], ce qui n'est jamais le cas de [p] : renier renie.

D'autre part le [p] ne peut pas être supplanté par le groupe [nj] а la fin du mot — signe, digne, etc., non plus qu'au milieu du mot oщ se formerait un groupe de trois con­sonnes avec un [j ] au milieu en vertu de la chute du e insta­ble, par exemple, enseign(è)ment— [d.seji'm] et non pas [d.senjmd].

Il s'agit donc en langue française d'un phonème médio-lingual occlusif [ji] parmi les sonantes, qui s'oppose а [n] et [nj].

Néanmoins, vu l'absence de relations immédiates et de corrélations du [ji] dans le système, il existe deux tendan­ces dans la réalisation de ce phonème. D'une part, [ji] passe а [nj] dans les cas oщ il n'est pas question d'oppositions phonomorphologiques. D'autre part, dans le français popu­laire, le passage [nj ] > [ji ] gagne du terrain, au dire de M. Grammont. 1

§ 66. D'après l'organe phonateur actif (d'après le point d'articulation), on distingue parmi les occlusives les bi­labiales, les prélinguales, les postlin­guales. Il n'y a qu'une seule consonne médio-lin­guale. Pour les bilabiales [p, b, m] ce sont les deux lèvres qui forment l'occlusion. Pour les prélinguales [t, d, n] la partie antérieure de la langue s'appuie fortement con­tre les alvéoles des dents supérieures. Pour la médio-lin­guale [p], le dos de la langue (sa partie médiane) s'appuie contre la voûte palatine (sa partie médiane également), le bout de la langue touche les alvéoles des dents inférieures.

Etant antérieures et fermées, les voyelles [i — y — e — 0] sont susceptibles d'élargir la zone du contact (ou du frôlement) avec le pa­lais dur, d'amener la palatalisation de la consonne précédente ce qui

1 M. Grammont, Traité pratique de prononciation française. P.,1954, p. 64, 4 F

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est le cas dans l'articulation russe. Il importe donc d'éviter ce manque­ment aux règles d'articulation française, la consonne en français gar­dant son caractère plus ou moins dur (voir cependant § 99).

Pour les postlinguales [g, k] qu'on a tort d'ailleurs d'ap­peler « vélaires », vu le rôle passif du voile du palais, la par­tie postérieure de la langue, s'élevant vers le palais mou, s'appuie contre celui-ci. Dans tous les cas il y a donc ferme­ture complète.

Il est а noter que le point d'articulation des consonnes postlinguales en français est plus avancé que ne l'est celui des consonnes correspondantes du russe, ce qui les rend sus­ceptibles de mouillure devant les voyelles antérieures : car, gare, qui, gui, guai, gai.

c. Consonnes constrictives bruits

§ 67. Les consonnes constrictives ont ceci de particulier qu'elles se forment toutes dans la partie antérieure de la bouche, а l'exception d'une variante du [r]. La plus grande partie des constrictives sont prélinguales [s, z, J, 5, 1]. Les constrictives sont particulièrement nombreuses en français contemporain — il y en a dix.

Parmi les constrictives l'opposition sourde — sonore af­fecte les consonnes-bruits [f — v], [s — z] et [J — 3], les sonantes [w, q, 1, j, ê] n'ayant pas de parallèles sourds а titre de phonèmes. Le français utilise cette opposition dans n'importe quelle position а l'intérieur du mot, а l'initiale (moins souvent toutefois pour [s — z], la plupart des mots qui commencent par [z] étant d'origine étrangère), а la finale. Cette dernière position est de première importance pour les Russes étudiant le français puisqu'il y a alternance sonore — sourde а la fin du mot russe. A l'initiale : faux veau, ils font ils vont, fente vente, cinq zinc, sel zèle, sain zain, ceste zeste, chassant jacent, chapon ja­pon, chatte jatte, chabot jabot.

A l'intérieur: enfer envers, raffiner raviner, affoler avaler, casser caser, frisson frison, bais­ser baiser, jucher juger, boucher bou­ger, cachot cageot.

A la finale : neuf neuve, veuf —• veuve, vif vive, gref­fe grève, russe ruse, basse base, niè­ce niaise, bêche beige, loche loge, ha­che ge.

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