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ivanov666
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LA PRISONNIE’RE
jusque-là parce qu’il est dans les griffes de ce Jupien, qu’il a eu
le toupet de m’envoyer et qui est un ancien forçat, je le sais,
vous savez, oui, et de façon positive. Il tient Charlus par des
lettres qui sont quelque chose d’effrayant, il paraît. Je le sais
par quelqu’un qui les a vues et qui m’a dit: «Vous vous trouveriez mal si vous voyiez cela». C’est comme ça que ce Jupien
le fait marcher au bâton et lui fait cracher tout l’argent qu’il
veut. J’aimerais mil le fois mieux la mort que de vivre dans
la terreur où vit Charlus. En tous cas, si la famil le de Morel se
décide à porter plainte contre lui, je n’ai pas envie d’être accusée de complicité. S’il continue, ce sera à ses risques et périls,
mais j’aurai fait mon devoir. Qu’est-ce que vous voulez. Ce n’est
pas toujours folichon». Et déjà agréablement enfi évrée par
l’attente de la conversation que son mari allait avoir avec le vi-
me
oloniste, M
suis pas une amie courageuse, et si je ne sais pas me dévouer
pour sauver les camarades. « (El le faisait allusion aux circonstances dans lesquelles el le l’avait, juste à temps, brouillé avec
sa blanchisseuse d’abord, avec M
brouilles à la suite desquelles Brichot était devenu presque
complètement aveug le et, disait-on, morphinomane). «Une
amie incomparable, perspicace et vaillante», répondit
l’universitaire avec une émotion naïve. «M
empêché de commettre une grande sottise, me dit Brichot,
quand celle-ci se fut éloignée. El le n’hésite pas à couper dans
le vif. El le est interventionniste, comme dit notre ami Cottard.
J’avoue pourtant que la pensée que le pauvre baron ignore encore le coup qui va le frapper me fait une grande peine. Il est
complètement fou de ce garçon. Si M
Verdurin me dit: «Demandez à Brichot si je ne
me
de Cambremer ensuite,
me
Verdurin m’a
me
Verdurin réussit, voilà
361

MARCEL PROUST
un homme qui sera bien malheureux. Du reste, il n’est pas certain qu’el le n’échoue pas. Je crains qu’el le ne réussisse qu’à
semer des mésintelligences entre eux, qui, fi nalement, sans les
séparer, n’aboutiront qu’à les brouiller avec elle». C’était arrivé
souvent entre M
le qu’en el le le besoin de conserver leur amitié était de plus
en plus dominé par celui que cette amitié ne fût jamais tenue
en échec par cel le qu’ils pouvaient avoir les uns pour les autres. L’homosexualité ne lui déplaisait pas, tant qu’el le ne touchait pas à l’orthodoxie, mais, comme l’Église, el le préférait
tous les sacrifi ces à une concession sur l’orthodoxie. Je commençais à craindre que son irritation contre moi ne vînt de ce
qu’el le avait su que j’avais empêché Albertine d’aller chez
el le dans la journée, et qu’el le n’entreprît auprès d’elle, si
el le n’avait déjà commencé, le même travail pour la séparer
de moi que son mari allait, à l’égard de Charlus, opérer auprès
du musicien. «Voyons, allez chercher Charlus, trouvez un prétexte, il est temps, dit M
le laisser revenir avant que je vous fasse chercher. Ah! quel
le soirée, ajouta M
de sa rage. Avoir fait jouer ces chefs-d’œuvre devant ces cruches! Je ne par le pas de la reine de Naples, el le est intelligente,
c’est une femme agréab le (lisez: el le a été très aimab le avec
moi). Mais les autres. Ah! c’est à vous rendre enragée. Qu’est-ce
que vous voulez, moi je n’ai plus vingt ans. Quand j’étais jeune,
on me disait qu’il fallait savoir s’ennuyer, je me forçais; mais
maintenant, ah! non, c’est plus fort que moi, j’ai l’âge de faire
ce que je veux, la vie est trop courte; m’ennuyer, fréquenter des
imbéciles, feindre, avoir l’air de les trouver intelligents? Ah!
me
Verdurin et les fi dèles. Mais il était visib
me
Verdurin, et tâchez surtout de ne pas
me
Verdurin, qui dévoila ainsi la vraie raison
362

LA PRISONNIE’RE
non, je ne peux pas. Allons, voyons, Brichot, il n’y a pas de temps
à perdre. – J’y vais, Madame, j’y vais», fi nit par dire Brichot
comme le général Deltour s’éloignait. Mais d’abord
l’universitaire me prit un instant à part: « Le devoir moral, me
dit-il, est moins clairement impératif que ne l’enseignent nos
Éthiques. Que les cafés théosophiques et les brasseries kantiennes en prennent leur parti, nous ignorons déplorablement
la nature du Bien. Moi-même qui, sans nul le vantardise, ai
commenté pour mes élèves, en toute innocence, la philosophie
du prénommé Emmanuel Kant, je ne vois aucune indication
précise, pour le cas de casuistique mondaine devant lequel
je suis placé, dans cette critique de la Raison pratique où
le grand défroqué du protestantisme platonisa, à la mode
de Germanie, pour une Allemagne préhistoriquement sentimenta le et aulique, à toutes fi ns utiles d’un mysticisme poméranien. C’est encore le «Banquet», mais donné cette fois
à Kœnigsberg, à la façon de là-bas, indigeste et assaisonné avec
choucroute, et sans gigolos. Il est évident, d’une part, que je ne
puis refuser à notre excellente hôtesse le léger service qu’el
le me demande, en conformité pleinement orthodoxe avec
la mora le traditionnelle. Il faut éviter, avant toute chose, car
il n’y en a pas beaucoup qui fasse dire plus de sottises, de se
laisser piper avec des mots. Mais enfi n, n’hésitons pas à avouer
que, si les mères de famil le avaient part au vote, le baron risquerait d’être lamentablement blackboulé comme professeur
de vertu. C’est malheureusement avec le tempérament d’un
roué qu’il suit sa vocation de pédagogue; remarquez que je ne
dis pas de mal du baron; ce doux homme, qui sait découper un
rôti comme personne, possède, avec le génie de l’anathème, des
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MARCEL PROUST
trésors de bonté. Il peut être amusant comme un pitre supérieur, alors qu’avec tel de mes confrères, académicien, s’il vous
plaît, je m’ennuie, comme dirait Xénophon, à 100 drachmes
l’heure. Mais je crains qu’il n’en dépense, à l’égard de Morel, un
peu plus que la saine mora le ne commande, et sans savoir
dans quel le mesure le jeune pénitent se montre doci le ou
rebel le aux exercices spéciaux que son catéchiste lui impose
en manière de mortifi cation, il n’est pas besoin d’être grand
clerc pour savoir que nous pécherions, comme dit l’autre, par
mansuétude à l’égard de ce Rose-Croix qui semb le nous venir
de Pétrone, après avoir passé par Saint-Simon, si nous lui accordions, les yeux fermés, en bonne et due forme, le permis
de sataniser. Et pourtant, en occupant cet homme pendant que
me
M
Verdurin, pour le bien du pécheur et bien justement tentée par une tel le cure, va – en parlant au jeune étourdi sans
ambages – lui retirer tout ce qu’il aime, lui porter peut-être un
coup fatal, il me semb le que je l’attire comme qui dirait dans
un guet-apens, et je recu le comme devant une manière
de lâcheté». Ceci dit, il n’hésita pas à la commettre, et le prenant par le bras: «Allons, baron, si nous allions fumer une
cigarette, ce jeune homme ne connaît pas encore toutes les
merveilles de l’Hôtel». Je m’excusai en disant que j’étais obligé
de rentrer. «Attendez encore un instant, dit Brichot. Vous
savez que vous devez me ramener et je n’oublie pas votre
promesse. – Vous ne voulez vraiment pas que je vous fasse sortir l’argenterie? rien ne serait plus simple, me dit M. de Charlus. Comme vous me l’avez promis, pas un mot de la question
décoration à Morel. Je veux lui faire la surprise de le lui annoncer tout à l’heure, quand on sera un peu parti, bien qu’il
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dise que ce n’est pas important pour un artiste, mais que son
onc le le désire (je rougis car, pensai-je, par mon grand-père
les Verdurin savaient qui était l’onc le de Morel). Alors, vous
ne voulez pas que je vous fasse sortir les plus belles pièces? me
dit M. de Charlus. Du reste, vous les connaissez, vous les avez
vues dix fois à la Raspelière». Je n’osai pas lui dire que ce qui
eût pu m’intéresser, ce n’était pas le médiocre d’une argenterie
bourgeoise, même la plus riche, mais quelque spécimen, fût-ce
me
seulement sur une bel le gravure, de cel le de M
J’étais beaucoup trop préoccupé – et ne l’eussé-je pas été par
l l
cette révélation relative à la venue de M
e Vinteuil? – toujours, dans le monde, beaucoup trop distrait et agité pour arrêter mon attention sur des objets plus ou moins jolis. El le n’eût
pu être fi xée que par l’appel de quelque réalité s’adressant
à mon imagination, comme eût pu le faire, ce soir, une vue
de cette Venise à laquel le j’avais tant pensé l’après-midi, ou
quelque élément général, commun à plusieurs apparences
et plus vrai qu’elles, qui, de lui-même, éveillait toujours en moi
un esprit intérieur et habituellement ensommeillé, mais dont
la remontée à la surface de ma conscience me donnait une
grande joie. Or, comme je sortais du salon appelé sal le de
théâtre, et traversais, avec Brichot et M. de Charlus, les autres
salons, en retrouvant, transposés au milieu d’autres, certains
meubles vus à la Raspelière et auxquels je n’avais prêté aucune
attention, je saisis, entre l’arrangement de l’hôtel et celui
du château, un certain air de famille, une identité permanente,
et je compris Brichot quand il me dit en souriant: «Tenez,
voyez-vous ce fond de salon, cela du moins peut, à la rigueur,
vous donner l’idée de la rue Montalivet il y a vingt-cinq ans».
Du Barry.
365

MARCEL PROUST
À son sourire, dédié au salon défunt qu’il revoyait, je compris
que ce que Brichot, peut-être sans s’en rendre compte, préférait
dans l’ancien salon, plus que les grandes fenêtres, plus que
la gaie jeunesse des Patrons et de leurs fi dèles, c’était cette partie irréel le (que je dégageais moi-même de quelques similitudes entre la Raspelière et le quai Conti) de laquelle, dans un
salon comme en toutes choses, la partie extérieure, actuelle,
contrôlab le pour tout le monde, n’est que le prolongement;
c’était cette partie devenue purement morale, d’une couleur
qui n’existait plus que pour mon vieil interlocuteur, qu’il ne
pouvait pas me faire voir, cette partie qui s’est détachée
du monde extérieur pour se réfugier dans notre âme, à qui
el le donne une plus-value où el le s’est assimilée à sa substance habituelle, s’y muant – maisons détruites, gens
d’autrefois, compotiers de fruits des soupers que nous nous
rappelons – en cet albâtre translucide de nos souvenirs,
duquel nous sommes incapables de montrer la couleur qu’il
n’y a que nous qui voyons, ce qui nous permet de dire véridiquement aux autres, au sujet de ces choses passées, qu’ils
n’en peuvent avoir une idée, que cela ne ressemb le pas à ce
qu’ils ont vu, et ce qui fait que nous ne pouvons considérer en
nous-même sans une certaine émotion, en songeant que c’est
de l’existence de notre pensée que dépend pour quelque temps
encore leur survie, le refl et des lampes qui se sont éteintes
et l’odeur des charmilles qui ne fl euriront plus. Et sans doute
par là le salon de la rue Montalivet faisait, pour Brichot, tort
à la demeure actuel le des Verdurin. Mais, d’autre part,
il ajoutait à celle-ci, pour les yeux du professeur, une beauté
qu’el le ne pouvait avoir pour un nouveau venu. Ceux de ses
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anciens meubles qui avaient été replacés ici, en un même arrangement parfois conservé, et que moi-même je retrouvais
de la Raspelière, intégraient dans le salon actuel des parties
de l’ancien qui, par moments, l’évoquaient jusqu’à
l’hallucination et ensuite semblaient presque irréelles
d’évoquer, au sein de la réalité ambiante, des fragments d’un
monde détruit qu’on croyait voir ailleurs. Canapé surgi du rêve
entre les fauteuils nouveaux et bien réels, petites chaises
revêtues de soie rose, tapis broché de tab le à jeu élevé à la dignité de personne depuis que, comme une personne, il avait un
passé, une mémoire, gardant dans l’ombre froide du quai Conti le hâ le de l’ensoleillement par les fenêtres de la rue Mon-
me
talivet (dont il connaissait l’heure aussi bien que M
elle-même) et par les baies des portes vitrées de Doville, où on
l’avait emmené et où il regardait tout le jour, au delà du jardin
fl euri, la profonde vallée, en attendant l’heure où Cottard et
le fl ûtiste feraient ensemb le leur partie; bouquet de violettes
et de pensées au pastel, présent d’un grand artiste ami, mort
depuis, seul fragment survivant d’une vie disparue sans laisser
de traces, résumant un grand talent et une longue amitié, rappelant son regard attentif et doux, sa bel le main grasse et triste
pendant qu’il peignait; incohérent et joli désordre des cadeaux
de fi dèles, qui ont suivi partout la maîtresse de la maison et ont
fi ni par prendre l’empreinte et la fi xité d’un trait de caractère,
d’une ligne de la destinée; profusion des bouquets de fl eurs,
des boîtes de chocolat, qui systématisait, ici comme là-bas, son
épanouissement suivant un mode de fl oraison identique; interpolation curieuse des objets singuliers et superfl us qui ont
encore l’air de sortir de la boîte où ils ont été offerts et qui
Verdurin
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restent toute la vie ce qu’ils ont été d’abord, des cadeaux
du Premier Janvier; tous ces objets enfi n qu’on ne saurait isoler
des autres, mais qui pour Brichot, vieil habitué des fêtes des
Verdurin, avaient cette patine, ce velouté des choses auxquelles, leur donnant une sorte de profondeur, vient s’ajouter
leur doub le spirituel; tout cela éparpillait, faisait chanter
devant lui comme autant de touches sonores qui éveillaient
dans son cœur des ressemblances aimées, des réminiscences
confuses et qui, à même le salon tout actuel, qu’elles marquetaient çà et là, découpaient, délimitaient, comme fait par un
beau jour un cadre de soleil sectionnant l’atmosphère, les
meubles et les tapis, et la poursuivant d’un coussin à un portebouquets, d’un tabouret au relent d’un parfum, d’un mode
d’éclairage à une prédominance de couleurs, sculptaient, évoquaient, spiritualisaient, faisaient vivre une forme qui était
comme la fi gure idéale, immanente à leurs logis successifs,
du salon des Verdurin. «Nous allons tâcher, me dit Brichot
à l’oreille, de mettre le baron sur son sujet favori. Il y est prodigieux». D’une part, je désirais pouvoir tâcher d’obtenir de M.
de Charlus les renseignements relatifs à la venue de M
teuil et de son amie. D’autre part, je ne voulais pas laisser Albertine seu le trop longtemps, non qu’el le pût (incertaine
de l’instant de mon retour, et, d’ailleurs, à des heures pareilles
où une visite venue pour el le ou bien une sortie d’el le eussent
été trop remarquées) faire un mauvais usage de mon absence,
mais pour qu’el le ne la trouvât pas trop prolongée. Aussi dis-je
à Brichot et à M. de Charlus que je ne les suivais pas pour longtemps. «Venez tout de même», me dit le baron, dont l’excitation
mondaine commençait à tomber, mais qui éprouvait ce besoin
l l
e Vin-
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de prolonger, de faire durer les entretiens, que j’avais déjà remarqué chez la duchesse de Guermantes aussi bien que chez
lui, et qui, tout en étant particulier à cette famille, s’étend, plus
généralement, à tous ceux qui, n’offrant à leur intelligence
d’autre réalisation que la conversation, c’est-à-dire une réalisation imparfaite, restent inassouvis même après des heures passées ensemb le et se suspendent de plus en plus avidement
à l’interlocuteur épuisé, dont ils réclament, par erreur, une
satiété que les plaisirs sociaux sont impuissants à donner.
«Venez, reprit-il, n’est-ce pas, voilà le moment agréab le des
fêtes, le moment où tous les invités sont partis, l’heure de Doña
Sol; espérons que celle-ci fi nira moins tristement. Malheureusement vous êtes pressé, pressé probablement d’aller faire
des choses que vous feriez mieux de ne pas faire. Tout le monde
est toujours pressé, et on part au moment où on devrait arriver.
Nous sommes là comme les philosophes de Couture, ce serait
le moment de récapituler la soirée, de faire ce qu’on appelle, en
sty le militaire, la critique des opérations. On demanderait
me
Verdurin de nous faire apporter un petit souper auquel
à M
on aurait soin de ne pas l’inviter, et on prierait Charlie – toujours Hernani – de rejouer pour nous seuls le sublime adagio.
Est-ce assez beau, cet adagio! Mais où est-il le jeune violoniste?
je voudrais pourtant le féliciter, c’est le moment des attendrissements et des embrassades. Avouez, Brichot, qu’ils ont
joué comme des Dieux, Morel surtout. Avez-vous remarqué
le moment où la mèche se détache? Ah! bien alors, mon cher,
vous n’avez rien vu. On a eu un fa dièze qui peut faire mourir
de jalousie Enesco, Capet et Thibaut; j’ai beau être très calme,
je vous avoue qu’à une sonorité pareille, j’avais le cœur telle-
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ment serré que je retenais mes sanglots. La sal le haletait;
Brichot, mon cher, s’écria le baron en secouant violemment
l’universitaire par le bras, c’était sublime. Seul le jeune Charlie
gardait une immobilité de pierre, on ne le voyait même pas
respirer, il avait l’air d’être comme ces choses du monde inanimé dont par le Théodore Rousseau, qui font penser mais ne
pensent pas. Et alors, tout d’un coup, s’écria M. de Charlus avec
emphase et en mimant comme un coup de théâtre, alors…
la Mèche! Et pendant ce temps-là, gracieuse petite contredanse
de l’allegro vivace. Vous savez, cette mèche a été le signe
de la révélation, même pour les plus obtus. La princesse
de Taormine, sourde jusque-là, car il n’est pas pires sourdes
que celles qui ont des oreilles pour ne pas entendre, la princesse de Taormine, devant l’évidence de la mèche miraculeuse,
a compris que c’était de la musique et qu’on ne jouerait pas
au poker. Oh! ça a été un moment bien solennel. – Pardonnezmoi, Monsieur, de vous interrompre, dis-je à M. de Charlus
pour l’amener au sujet qui m’intéressait, vous me disiez que
la fi l le de l’auteur devait venir. Cela m’aurait beaucoup intéressé. Est-ce que vous êtes certain qu’on comptait sur elle? –
Ah! je ne sais pas». M. de Charlus obéissait ainsi, peut-être sans
le vouloir, à cette consigne universel le qu’on a de ne pas renseigner les jaloux, soit pour se montrer absurdement «bon camarade», par point d’honneur, et la détestât-on, envers cel
le qui l’excite, soit par méchanceté pour el le en devinant que
la jalousie ne ferait que redoubler l’amour, soit par ce besoin
d’être désagréab le aux autres, qui consiste à dire la vérité
à la plupart des hommes mais, aux jaloux, à la leur taire,
l’ignorance augmentant leur supplice, du moins à ce qu’on se
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