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La prisonnière

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LA PRISONNIE’RE
Renan, Dostoïevski, d’Annunzio, Tolstoï, Wagner, Strauss. Car les journalistes philosophes tirent argument des dessous équi­voques de ces manifestations offi cielles pour trouver quelque chose de décadent à l’art qu’elles glorifi ent, et qui bien sou­vent est le plus austère de tous. Mais il n’est pas de nom, parmi les plus révérés de ces journalistes philosophes, qui n’ait tout naturellement donné lieu à de telles fêtes étranges, quoique l’étrangeté en fût moins fl agrante et mieux cachée. Pour cette fête-ci, les éléments impurs qui s’y conjuguaient me frap­paient à un autre point de vue; certes, j’étais aussi à même que personne de les dissocier, ayant appris à les connaître séparé­ment, mais surtout il arrivait que les uns, ceux qui se ratta-
l l
chaient à M me parlaient aussi d’Albertine, c’est-à-dire de Balbec, puisque c’est parce que j’avais vu jadis M et que j’avais appris l’intimité de son amie avec Albertine, que j’allais tout à l’heure, en rentrant chez moi, trouver, au lieu de la solitude, Albertine qui m’attendait, et que les autres, ceux qui concernaient Morel et M. de Charlus, en me parlant de Balbec où j’avais vu, sur le quai de Doncières, se nouer leurs relations, me parlaient de Combray et de ses deux côtés, car M. de Charlus c’était un de ces Guermantes, comtes de Com­bray, habitant Combray sans y avoir de logis, entre ciel et terre, comme Gilbert le Mauvais dans son vitrail; enfi n Morel était le fi ls de ce vieux valet de chambre qui m’avait fait connaître la dame en rose et permis, tant d’années après, de reconnaître en el le M
M. de Charlus recommença, au moment où, la musique
fi nie, ses invités prirent congé de lui, la même erreur qu’à leur
e Vinteuil et à son amie, me parlant de Combray
l l
e Vinteuil à Montjouvain
me
Swann.
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arrivée. Il ne leur demanda pas d’aller vers la Patronne, de l’associer, el le et son mari, à la reconnaissance qu’on lui té­moignait. Ce fut un long défi lé, mais un défi lé devant le baron seul, et non même sans qu’il s’en rendît compte, car ainsi qu’il me le dit quelques minutes après: «La forme même de la mani­festation artistique a revêtu ensuite un côté «sacristie» assez amusant». On prolongeait même les remerciements par des propos différents qui permettaient de rester un instant de plus auprès du baron, pendant que ceux qui ne l’avaient pas encore félicité de la réussite de sa fête stagnaient, piétinaient. Plus d’un mari avait envie de s’en aller; mais sa femme, snob bien que duchesse, protestait: «Non, non, quand nous devrions at­tendre une heure, il ne faut pas partir sans avoir remercié Palamède qui s’est donné tant de peine. Il n’y a que lui qui puisse à l’heure actuel le donner des fêtes pareilles». Personne n’eût plus pensé à se faire présenter à M l’ouvreuse d’un théâtre où une grande dame a, pour un soir, amené toute l’aristocratie. «Étiez-vous hier chez Éliane de Montmorency, mon cousin? demandait M désireuse de prolonger l’entretien. – Eh bien, mon Dieu non; j’aime bien Éliane, mais je ne comprends pas le sens de ses in­vitations. Je suis un peu bouché sans doute», ajoutait-il avec un large sourire épanoui, cependant que M tait qu’el le allait avoir la primeur d’une de «Palamède» comme el le en avait souvent d’»Oriane». «J’ai bien reçu, il y a une quinzaine de jours, une carte de l’agréab le Éliane. Au-dessus du nom contesté de Montmorency, il y avait cette aimab le in­vitation: «Mon cousin, faites-moi la grâce de penser à moi ven­dredi prochain à 9 h. ½». Au-dessous étaient écrits ces deux
me
Verdurin qu’à
me
de Mortemart,
me
de Mortemart sen-
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mots moins gracieux: «Quatuor Tchèque». Ils me semblèrent fort inintelligibles, sans plus de rapport, en tous cas, avec la phrase précédente que ces lettres au dos desquelles on voit que l’épistolier en avait commencé une autre par les mots: «Cher ami», la suite manquant, et n’a pas pris une autre feuille, soit distraction, soit économie de papier. J’aime bien Éliane: aussi je ne lui en voulus pas, je me contentai de ne pas tenir compte des mots étranges et déplacés de «quatuor tchèque», et comme je suis un homme d’ordre, je mis au-dessus de ma cheminée l’invitation de penser à Madame de Montmorency le vendredi à 9 h. ½. Bien que connu pour ma nature obéis­sante, ponctuel le et douce, comme Buffon dit du chameau – et le rire s’épanouit plus largement autour de M. de Charlus, qui savait qu’au contraire on le tenait pour l’homme le plus diffi ci le à vivre – je fus en retard de quelques minutes ( le temps d’ôter mes vêtements de jour), et sans en avoir trop de remords, pensant que 9 h. ½ était mis pour 10, à dix heures tapant, dans une bonne robe de chambre, les pieds en d’épais chaussons, je me mis au coin de mon feu à penser à Éliane com­me el le me l’avait demandé, et avec une intensité qui ne com­mença à décroître qu’à dix heures et demie. Dites-lui bien, je vous prie, que j’ai strictement obéi à son audacieuse requête.
me
Je pense qu’el le sera contente». M de rire, et M. de Charlus tout ensemble. «Et demain, ajouta-t­elle, sans penser qu’el le avait dépassé, et de beaucoup, le temps qu’on pouvait lui concéder, irez-vous chez nos cousins La Ro­chefoucauld? – Oh! cela, c’est impossible, ils m’ont convié comme vous, je le vois, à la chose la plus importante à concev­oir et à réaliser et qui s’appelle, si j’en crois la carte d’invitation:
de Mortemart se pâma
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«Thé dansant». Je passais pour fort adroit quand j’étais jeune, mais je doute que j’eusse pu, sans manquer à la décence, pren­dre mon thé en dansant. Or je n’ai jamais aimé manger ni boire d’une façon malpropre. Vous me direz qu’aujourd’hui je n’ai plus à danser. Mais, même assis confortablement à boire du thé – de la qualité duquel, d’ailleurs, je me méfi e puisqu’il s’intitu le dansant – je craindrais que des invités plus jeunes que moi, et moins adroits peut-être que je n’étais à leur âge, renversassent sur mon habit leur tasse, ce qui interromprait pour moi le plaisir de vider la mienne». Et M. de Charlus ne se contentait même pas d’omettre dans la conversation Mme Ver­durin et de parler de sujets de toute sorte qu’il semblait avoir plaisir à développer et varier, pour le cruel plaisir, qui avait toujours été le sien, de faire rester indéfi niment sur leurs jambes à «faire la queue» les amis qui attendaient avec une épuisante patience que leur tour fût venu; il faisait même des
me
critiques sur toute la partie de la soirée dont M it responsable: «Mais, à propos de tasse, qu’est-ce que c’est que ces étranges demi-bols, pareils à ceux où, quand j’étais jeune homme, on faisait venir des sorbets de chez Poiré Blanche? Quelqu’un m’a dit tout à l’heure que c’était pour du «café gla­cé». Mais en fait de café glacé, je n’ai vu ni café ni glace. Quelles curieuses petites choses à destination mal défi nie!» Pour dire cela, M. de Charlus avait placé verticalement sur sa bouche ses mains gantées de blanc et arrondi prudemment son regard dé­signateur, comme s’il craignait d’être entendu et même vu des maîtres de maison. Mais ce n’était qu’une feinte, car dans quelques instants il allait dire les mêmes critiques à la Pa­tronne elle-même, et un peu plus tard lui enjoindre insolem-
Verdurin éta-
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ment. «Et surtout plus de tasses à café glacé! Donnez-les à cel le de vos amies dont vous désirez enlaidir la maison. Mais sur­tout qu’el le ne les mette pas dans le salon, car on pourrait s’oublier et croire qu’on s’est trompé de pièce puisque ce sont exactement des pots de chambre. – Mais mon cousin, disait l’invitée – en baissant el le aussi la voix et en regardant d’un air interrogateur M. de Charlus, non par crainte de fâcher
me
Verdurin, mais de le fâcher lui – peut-être qu’el le ne sait
M pas encore tout très bien… – On le lui apprendra. – Oh! riait l’invitée, el le ne peut pas trouver un meilleur professeur! El le a de la chance! Avec vous on est sûr qu’il n’y aura pas de fausse note. – En tous cas, il n’y en a pas eu dans la mu­sique. – Oh! c’était sublime. Ce sont de ces joies qu’on n’oublie pas. À propos de ce violoniste de génie, continuait-elle, croy­ant, dans sa naïveté, que M. de Charlus s’intéressait au violon «en soi», en connaissez-vous un que j’ai entendu l’autre jour jouer merveilleusement une sonate de Fauré, il s’appel le Frank… – Oui, c’est une horreur, répondait M. de Charlus, sans se soucier de la grossièreté d’un démenti qui impliquait que sa cousine n’avait aucun goût. En fait de violoniste je vous conseil le de vous en tenir au mien». Les regards allaient re­commencer à s’échanger entre M. de Charlus et sa cousine, à la fois baissés et épieurs, car, rougissante et cherchant par son
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zè le à réparer sa gaffe, M de Charlus de donner une soirée pour faire entendre Morel. Or, pour elle, cette soirée n’avait pas le but de mettre en lu­mière un talent, but qu’el le allait pourtant prétendre être le sien, et qui était réellement celui de M. de Charlus. El le ne voyait là qu’une occasion de donner une soirée particulière-
de Mortemart allait proposer à M.
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ment élégante, et déjà calculait qui el le inviterait et qui el le laisserait de côté. Ce triage, préoccupation dominante des gens qui donnent des fêtes (ceux-là mêmes que les journaux mondains ont le toupet ou la bêtise d’appeler «l’élite»), altère aussitôt le regard – et l’écriture – plus profondément que ne ferait la suggestion d’un hypnotiseur. Avant même d’avoir pensé à ce que Morel jouerait (préoccupation jugée secondaire et avec raison, car si même tout le monde, à cause de M. de Charlus, avait eu la convenance de se taire pendant la mu­sique, personne, en revanche, n’aurait eu l’idée de l’écouter),
me
M
de Mortemart, ayant décidé que Mme de Valcourt ne serait pas des «élues», avait pris, par ce fait même, l’air de conjura­tion, de complot qui rava le si bas celles mêmes des femmes du monde qui pourraient le plus aisément se moquer du qu’en­dira-t-on. «N’y aurait-il pas moyen que je donne une soirée
me
pour faire entendre votre ami?» dit à voix basse M temart, qui, tout en s’adressant uniquement à M. de Charlus, ne put s’empêcher, comme fascinée, de jeter un regard sur
me
de Valcourt (l’exclue) afi n de s’assurer que celle-ci était
M à une distance suffi sante pour ne pas entendre. «Non, el le ne peut pas distinguer ce que je dis», conclut mentalement
me
de Mortemart, rassurée par son propre regard, lequel avait
M
me
eu, en revanche, sur M de celui qu’il avait pour but: «Tiens, se dit M
de Valcourt, un effet tout différent
me
de Valcourt en voyant ce regard, Marie-Thérèse arrange avec Palamède quelque chose dont je ne dois pas faire partie». «Vous voulez dire mon protégé», rectifi ait M. de Charlus, qui n’avait pas plus de pitié pour le savoir grammatical que pour les dons musi­caux de sa cousine. Puis, sans tenir aucun compte des muettes
de Mor-
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prières de celle-ci, qui s’excusait elle-même en souriant: «Mais si…, dit-il d’une voix forte et capab le d’être entendue de tout le salon, bien qu’il y ait toujours danger à ce genre d’exportation d’une personnalité fascinante dans un cadre qui lui fait forcé­ment subir une déperdition de son pouvoir transcendantal et qui resterait en tout cas à approprier». Madame de Mor­temart se dit que le mezzo-voce, le pianissimo de sa question avaient été peine perdue, après le «gueuloir» par où avait passé
me
la réponse. El le se trompa. M pour la raison qu’el le ne comprit pas un seul mot. Ses inquié­tudes diminuèrent, et se fussent rapidement éteintes, si
me
de Mortemart, craignant de se voir déjouée et craignant
M
me
d’avoir à inviter M
de Valcourt, avec qui el le était trop liée pour la laisser de côté si l’autre savait «avant», n’eût de nou­veau levé les paupières dans la direction d’Édith, comme pour ne pas perdre de vue un danger menaçant, non sans les ra­baisser vivement de façon à ne pas trop s’engager. El le comp­tait, le lendemain de la fête, lui écrire une de ces lettres, com­plément du regard révélateur, lettres qu’on croit habiles et qui sont comme un aveu sans réticences et signé. Par exemple: «Chère Édith, je m’ennuie après vous, je ne vous attendais pas trop hier soir (comment m’aurait-el le attendue, se serait dit Édith, puisqu’el le ne m’avait pas invitée?) car je sais que vous n’aimez pas extrêmement ce genre de réunions, qui vous en­nuient plutôt. Nous n’en aurions pas moins été très honorés
me
de vous avoir (jamais M
de Mortemart n’employait ce terme «honoré», excepté dans les lettres où el le cherchait à donner à un mensonge une apparence de vérité). Vous savez que vous êtes toujours chez vous à la maison. Du reste, vous avez bien
de Valcourt n’entendit rien,
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fait, car cela a été tout à fait raté, comme toutes les choses im­provisées en deux heures, etc». Mais déjà le nouveau regard furtif lancé sur el le avait fait comprendre à Édith tout ce que cachait le langage compliqué de M. de Charlus. Ce regard fut même si fort qu’après avoir frappé M évident et l’intention de cachotterie qu’il contenait rebond­irent sur un jeune Péruvien que M au contraire, inviter. Mais, soupçonneux, voyant jusqu’à l’évidence les mystères qu’on faisait, sans prendre garde qu’ils n’étaient pas pour lui, il éprouva aussitôt, à l’endroit de M de Mortemart, une haine atroce et se jura de lui faire mil le mauvaises farces, comme de faire envoyer cinquante cafés glacés chez el le le jour où el le ne recevrait pas, de faire in­sérer, celui où el le recevrait, une note dans les journaux disant que la fête était remise, et de publier des comptes rendus men­songers des suivantes, dans lesquels fi gureraient les noms con­nus de toutes de personnes que, pour des raisons variées, on ne tient pas à recevoir, même pas à se laisser présenter. M temart avait tort de se préoccuper de M M. de Charlus allait se charger de dénaturer, bien davantage que n’eût fait la présence de celle-ci, la fête projetée. «Mais mon cousin, dit-el le en réponse à la phrase du «cadre à appro­prier», dont son état momentané d’hyperesthésie lui avait per­mis de deviner le sens, nous vous éviterons toute peine. Je me charge très bien de demander à Gilbert de s’occuper de tout. – Non, surtout pas, d’autant plus qu’il ne sera pas invité. Rien ne se fera que par moi. Il s’agit avant tout d’exclure les personnes qui ont des oreilles pour ne pas entendre». La cousine de M. de Charlus, qui avait compté sur l’attrait de Morel pour don-
me
de Valcourt, le secret
me
de Mortemart comptait,
me
Mor-
me
de Valcourt.
me
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ner une soirée où el le pourrait dire qu’à la différence de tant de parentes, «el le avait eu Palamède», reporta brusquement sa pensée, de ce prestige de M. de Charlus, sur tant de personnes avec lesquelles il allait la brouiller s’il se mêlait d’exclure et d’inviter. La pensée que le prince de Guermantes (à cause
me
duquel, en partie, el le désirait exclure M recevait pas) ne serait pas convié, l’effrayait. Ses yeux prirent une expression inquiète. «Est-ce que la lumière un peu trop vive vous fait mal?» demanda M. de Charlus avec un sérieux apparent dont l’ironie foncière ne fut pas comprise. «Non, pas du tout, je songeais à la diffi culté, non à cause de moi, naturel­lement, mais des miens, que cela pourrait créer si Gilbert ap­prend que j’ai eu une soirée sans l’inviter, lui qui n’a jamais quatre chats sans… – Mais justement, on commencera par supprimer les quatre chats qui ne pourraient que miauler; je crois que le bruit des conversations vous a empêchée de com­prendre qu’il s’agissait non de faire des politesses grâce à une soirée, mais de procéder aux rites habituels à toute véritab le célébration». Puis, jugeant, non que la personne suivante avait trop attendu, mais qu’il ne seyait pas d’exagérer les fa­veurs faites à cel le qui avait eu en vue beaucoup moins Morel que ses propres «listes» d’invitation, M. de Charlus, comme un médecin qui arrête la consultation quand il juge être resté le temps suffi sant, signifi a à sa cousine de se retirer, non en lui disant au revoir, mais en se tournant vers la personne qui ve­nait immédiatement après. «Bonsoir, Madame de Montesqui­ou, c’était merveilleux, n’est-ce pas? Je n’ai pas vu Hélène, dites-lui que toute abstention générale, même la plus noble, autant dire la sienne, comporte des exceptions, si celles-ci sont
de Valcourt, qu’il ne
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éclatantes, comme c’était ce soir le cas. Se montrer rare, c’est bien, mais faire passer avant le rare, qui n’est que négatif, le précieux, c’est mieux encore. Pour votre sœur, dont je prise plus que personne la systématique absence là où ce qui l’attend ne la vaut pas, au contraire, à une manifestation mémorab le comme celle-ci sa présence eût été une préséance et eût ap­porté à votre sœur, déjà si prestigieuse, un prestige supplé­mentaire». Puis il passa à une troisième personne, M. d’Argencourt. Je fus très étonné de voir, là, aussi aimab le et fl agorneur avec M. de Charlus qu’il était sec avec lui autrefois, se faisant présenter Morel et lui disant qu’il espérait qu’il vien­drait le voir, M. d’Argencourt, cet homme si terrib le pour l’espèce d’hommes dont était M. de Charlus. Or il en vivait maintenant entouré. Ce n’était certes pas qu’il fût devenu à cet égard un des pareils de M. de Charlus. Mais, depuis quelque temps, il avait à peu près abandonné sa femme pour une jeune femme du monde qu’il adorait. Intelligente, el le lui faisait partager son goût pour les gens intelligents et souhaitait fort d’avoir M. de Charlus chez elle. Mais, surtout, M. d’Argencourt fort jaloux et un peu impuissant, sentant qu’il satisfaisait mal sa conquête et voulant à la fois la préserver et la distraire, ne le pouvait sans danger qu’en l’entourant d’hommes inoffen­sifs, à qui il faisait ainsi jouer le rô le de gardiens du sérail. Ceux-ci le trouvaient devenu très aimab le et le déclaraient beaucoup plus intelligent qu’ils n’avaient cru, ce dont sa maî­tresse et lui étaient ravis.
Les autres invitées de M. de Charlus s’en allèrent assez rap­idement. Beaucoup disaient: «Je ne voudrais pas aller à la sac­ristie ( le petit salon où le baron, ayant Charlie à côté de lui,
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