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La prisonnière

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LA PRISONNIE’RE
tion entière. Je remarquai qu’il était beaucoup plus poli, beau­coup plus respectueux qu’autrefois. Je fi s compliment de lui – de lui qui pourrait peut-être m’aider à éclaircir mes soupçons – à M. de Charlus, qui me répondit: «Il ne fait que ce qu’il doit, ce ne serait pas la peine qu’il vécût avec des gens comme il faut pour avoir de mauvaises manières». Les bonnes, selon M. de Charlus, étaient les vieilles manières françaises, sans ombre de raideur britannique. Aussi, quand Charlie, revenant de faire une tournée en province ou à l’étranger, débarquait en costume de voyage chez le baron, celui-ci, s’il n’y avait pas trop de monde, l’embrassait sans façon sur les deux joues, peut-être un peu pour ôter, par tant d’ostentation de sa tendresse, toute idée qu’el le pût être coupable, peut­être pour ne pas se refuser un plaisir, mais plus encore sans doute par littérature, pour maintien et illustration des anci­ennes manières de France, et comme il aurait protesté contre le sty le munichois ou le modern sty le en gardant de vieux fauteuils de son arrière-grand’mère, opposant au fl egme bri-
e
tannique la tendresse d’un père sensib le du XVIII ne dissimu le pas sa joie de revoir un fi ls. Y avait-il enfi n une pointe d’inceste, dans cette affection paternelle? Il est plus probab le que la façon dont M. de Charlus contentait habitu­ellement son vice, et sur laquel le nous recevrons ultérieure­ment quelques éclaircissements, ne suffi sait pas à ses besoins affectifs, restés vacants depuis la mort de sa femme; toujours est-il qu’après avoir songé plusieurs fois à se remarier, il était travaillé maintenant d’une maniaque envie d’adopter. On di­sait qu’il allait adopter Morel, et ce n’est pas extraordinaire. L’inverti qui n’a pu nourrir sa passion qu’avec une littérature
sièc le qui
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écrite pour les hommes à femmes, qui pensait aux hommes en lisant les Nuits de Musset, éprouve le besoin d’entrer de même dans toutes les fonctions sociales de l’homme qui n’est pas inverti, d’entretenir un amant, comme le vieil habi­tué de l’Opéra des danseuses, d’être rangé, d’épouser ou de se coller, d’être père.
M. de Charlus s’éloigna avec Morel, sous prétexte de se faire expliquer ce qu’on allait jouer, trouvant surtout une grande douceur, tandis que Charlie lui montrait sa musique, à étaler ainsi publiquement leur intimité secrète. Pendant ce temps­là j’étais charmé. Car, bien que le petit clan comportât peu de jeunes fi lles, on en invitait pas mal, par compensation, les jours de grandes soirées. Il y en avait plusieurs, et de fort belles, que je connaissais. Elles m’envoyaient de loin un sourire de bi­envenue. L’air était ainsi décoré de moment en moment d’un beau sourire de jeune fi lle. C’est l’ornement multip le et épars des soirées, comme des jours. On se souvient d’une atmosphère parce que des jeunes fi lles y ont souri.
On eût été bien étonné si l’on avait noté les propos fur­tifs que M. de Charlus avait échangés avec plusieurs hommes importants de cette soirée. Ces hommes étaient deux ducs, un général éminent, un grand écrivain, un grand médecin, un grand avocat. Or les propos avaient été: «À propos, avez-vous vu le valet de pied? je par le du petit qui monte sur la voiture. Et chez notre cousine Guermantes, vous ne connaissez rien? – Actuellement non. – Dites donc, devant la porte d’entrée aux voitures, il y avait une jeune personne blonde, en culotte courte, qui m’a semblé tout à fait sympathique. El le m’a ap­pelé très gracieusement ma voiture, j’aurais volontiers pro-
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longé la conversation. – Oui, mais je la crois tout à fait hostile, et puis ça fait des façons; vous qui aimez que les choses réus­sissent du premier coup, vous seriez dégoûté. Du reste, je sais qu’il n’y a rien à faire, un de mes amis a essayé. – C’est regret­table, j’avais trouvé le profi l très fi n et les cheveux superbes. – Vraiment, vous trouvez ça si bien que ça? Je crois que si vous l’aviez vue un peu plus, vous auriez été désillusionné. Non, c’est au buffet qu’il y a encore deux mois vous auriez vu une vraie merveille, un grand gaillard de deux mètres, une peau idéale, et puis aimant ça. Mais c’est parti pour la Pologne. – Ah! c’est un peu loin. – Qui sait? ça reviendra peut-être. On se retrouve toujours dans la vie». Il n’y a pas de grande soirée mondaine, si, pour en avoir une coupe, on sait la prendre à une profondeur suffi sante, qui ne soit pareil le à ces soirées où les médecins invitent leurs malades, lesquels tiennent des propos fort sensés, ont de très bonnes manières, et ne montreraient pas qu’ils sont fous s’ils ne vous glissaient à l’oreille, en vous montrant un vieux monsieur qui passe: «C’est Jeanne d’Arc».
«Je trouve que ce serait de notre devoir de l’éclairer, dit
me
Verdurin à Brichot. Ce que je fais n’est pas contre Charlus;
M au contraire. Il est agréable, et quant à sa réputation, je vous di­rai qu’el le est d’un genre qui ne peut pas me nuire! Même moi, qui pour notre petit clan, pour nos dîners de conversation, dé­teste les fl irts, les hommes disant des inepties à une femme dans un coin au lieu de traiter des sujets intéressants, avec Charlus je n’avais pas à craindre ce qui m’est arrivé avec Swann, avec Elstir, avec tant d’autres. Avec lui j’étais tranquille, il arrivait là à mes dîners, il pouvait y avoir toutes les femmes du monde, on était sûr que la conversation généra le n’était pas troublée par
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des fl irts, des chuchotements. Charlus c’est à part, on est tran­quille, c’est comme un prêtre. Seulement, il ne faut pas qu’il se permette de régenter les jeunes gens qui viennent ici et de por­ter le troub le dans notre petit noyau, sans cela ce sera encore
me
pire qu’un homme à femmes». Et M proclamant ainsi son indulgence pour le Charlisme. Comme tout pouvoir ecclésiastique, el le jugeait les faiblesses humaines moins graves que ce qui pouvait affaiblir le principe d’autorité, nuire à l’orthodoxie, modifi er l’antique credo, dans sa petite Église. «Sans cela, moi je montre les dents. Voilà un Monsieur qui a voulu empêcher Charlie de venir à une répétition parce qu’il n’y était pas convié. Aussi il va avoir un avertissement sérieux, j’espère que cela lui suffi ra, sans cela il n’aura qu’à prendre la porte. Il le chambre, ma parole». Et usant exacte­ment des mêmes expressions que presque tout le monde aurait employées, car il en est certaines, pas habituelles, que tel su­jet particulier, tel le circonstance donnée font affl uer presque nécessairement à la mémoire du causeur, qui croit exprimer librement sa pensée et ne fait que répéter machinalement la leçon universelle, el le ajouta: «On ne peut plus voir Morel sans qu’il soit affublé de ce grand escogriffe, de cette espèce de garde du corps». M. Verdurin proposa d’emmener un in­stant Charlie pour lui parler, sous prétexte de lui demander
me
quelque chose. M
Verdurin craignit qu’il ne fût ensuite trou­blé et jouât mal. «Il vaudrait mieux retarder cette exécution jusqu’après cel le des morceaux. Et peut-être même jusqu’à une
me
autre fois». Car M
Verdurin avait beau tenir à la délicieuse
émotion qu’el le éprouverait quand el le saurait son mari en
Verdurin était sincère en
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train d’éclairer Charlie dans une pièce voisine, el le avait peur, si le coup ratait, qu’il ne se fâchât et lâchât le 16.
Ce qui perdit M. de Charlus ce soir-là fut la mauvaise éd­ucation – si fréquente dans ce monde – des personnes qu’il avait invitées et qui commençaient à arriver. Venues à la fois par amitié pour M. de Charlus, et avec la curiosité de pénétrer dans un endroit pareil, chaque duchesse allait droit au bar­on, comme si c’était lui qui avait reçu, et disait, juste à un pas des Verdurin, qui entendaient tout: «Montrez-moi où est la mère Verdurin; croyez-vous que ce soit indispensab le que je me fasse présenter? J’espère, au moins, qu’el le ne fera pas mettre mon nom dans le journal demain, il y aurait de quoi me brouiller avec tous les miens. Comment! comment, c’est cette femme à cheveux blancs? mais el le n’a pas trop mauvaise façon». Entendant parler de M plus d’une disait: «Ah! la fi l le de la Sonate? Montrez-moi-la» et, retrouvant beaucoup d’amies, elles faisaient bande à part, épiaient, pétillantes de curiosité ironique, l’entrée des fi dèles, trouvaient tout au plus à se montrer du doigt la coiffure un peu singulière d’une personne qui, quelques années plus tard, devait la mettre à la mode dans le plus grand monde, et, som­me toute, regrettaient de ne pas trouver ce salon aussi dissem­blab le de ceux qu’elles connaissaient, qu’elles avaient espéré, éprouvant le désappointement de gens du monde qui, étant allés dans la boîte à Bruant dans l’espoir d’être engueulés par le chansonnier, se seraient vus, à leur entrée, accueillis par un salut correct au lieu du refrain attendu: «Ah! voyez c’te gueule, c’te binette. Ah! voyez c’te gueu le qu’el le a».
l l
e Vinteuil, d’ailleurs absente,
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M. de Charlus avait, à Balbec, fi nement critiqué devant moi M avait causé, après la fortune inespérée, l’irrémédiab le disgrâce de son mari. Les souverains auprès desquels M. de Vaugoubert était accrédité, le roi Théodose et la reine Eudoxie, étant reve­nus à Paris, mais cette fois pour un séjour de quelque durée, des fêtes quotidiennes avaient été données en leur honneur, au cours desquelles la Reine, liée avec M le voyait depuis dix ans dans sa capitale, et ne connaissant ni la femme du Président de la République, ni les femmes des Ministres, s’était détournée de celles-ci pour faire bande à part avec l’Ambassadrice. Celle-ci, croyant sa position hors de toute atteinte – M. de Vaugoubert étant l’auteur de l’alliance entre le roi Théodose et la France – avait conçu, de la préférence que lui marquait la Reine, une satisfaction d’orgueil, mais nul le inquiétude du danger qui la menaçait et qui se réalisa quelques mois plus tard en l’événement, jugé à tort impos­sib le par le coup le trop confi ant, de la bruta le mise à la re­traite de M. de Vaugoubert. M. de Charlus, commentant dans le «tortillard» la chute de son ami d’enfance, s’étonnait qu’une femme intelligente n’eût pas, en pareil le circonstance, fait ser­vir toute son infl uence sur les souverains à obtenir d’eux qu’el le parût n’en posséder aucune, et à leur faire reporter sur les femmes du Président de la République et des Ministres une amabilité dont elles eussent été d’autant plus fl attées, c’est-à­dire dont elles eussent été plus près, dans leur contentement, de savoir gré aux Vaugoubert, qu’elles eussent cru que cette amabilité était spontanée et non pas dictée par eux. Mais qui voit le tort des autres, pour peu que les circonstances le grisent,
me
de Vaugoubert qui, malgré sa grande intelligence,
me
de Vaugoubert qu’el
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y succombe souvent lui-même. Et M. de Charlus, pendant que ses invités se frayaient un chemin pour venir le féliciter, le re­mercier comme s’il avait été le maître de maison, ne songea pas
me
à leur demander de dire quelques mots à M le la reine de Naples, en qui vivait le même nob le sang qu’en ses sœurs l’impératrice Élisabeth et la duchesse d’Alençon,
me
se mit à causer avec M
Verdurin comme si el le était venue pour le plaisir de la voir plus que pour la musique et pour M. de Charlus, fi t mil le déclarations à la Patronne, ne tarit pas sur l’envie qu’el le avait depuis si longtemps de faire sa connaissance, la complimenta sur sa maison et lui parla des sujets les plus divers comme si el le était en visite. El le eût tant voulu amener sa nièce Élisabeth, disait-el le (cel le qui devait peu après épouser le prince Albert de Belgique), et qui regret­terait tant! El le se tut en voyant les musiciens s’installer sur l’estrade et se fi t montrer Morel. El le ne devait guère se faire d’illusion sur les motifs qui portaient M. de Charlus à vouloir qu’on entourât le jeune virtuose de tant de gloire. Mais sa vieil le sagesse de souveraine en qui coulait un des sangs les plus nobles de l’histoire, les plus riches d’expérience, de scepti­cisme et d’orgueil, lui faisait seulement considérer les tares in­évitables des gens qu’el le aimait le mieux, comme son cousin Charlus (fi ls comme el le d’une duchesse de Bavière), comme des infortunes qui leur rendaient plus précieux l’appui qu’ils pouvaient trouver en el le et faisaient, en conséquence, qu’el le avait plus de plaisir encore à le leur fournir. El le savait que M. de Charlus serait doublement touché qu’el le se fût dérangée en pareil le circonstance. Seulement, aussi bonne qu’el le s’était jadis montrée brave, cette femme héroïque
Verdurin. Seu
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qui, reine-soldat, avait fait elle-même le coup de feu sur les remparts de Gaète, toujours prête à aller chevaleresquement du côté des faibles, voyant M et qui ignorait, d’ailleurs, qu’el le n’eût pas dû quitter la Re­ine, avait cherché à feindre que pour elle, reine de Naples, le centre de cette soirée, le point attractif qui l’avait fait venir c’était M
me
Verdurin. El le s’excusa sur ce qu’el le ne pourrait pas rester jusqu’à la fi n, devant, quoiqu’el le ne sortît jamais, aller à une autre soirée, et demandant que surtout, quand el le s’en irait, on ne se dérangeât pas pour elle, tenant ainsi
me
M
Verdurin quitte d’honneurs que celle-ci ne savait du reste
pas qu’on avait à lui rendre.
Il faut rendre pourtant cette justice à M. de Charlus que, s’il
me
oublia entièrement M
Verdurin et la laissa oublier, jusqu’au scandale, par les gens «de son monde» à lui qu’il avait invi­tés, il comprit, en revanche, qu’il ne devait pas laisser ceux­ci garder, en face de la «manifestation musicale» elle-même, les mauvaises façons dont ils usaient à l’égard de la Patronne.. Morel était déjà monté sur l’estrade, les artistes se groupaient, que l’on entendait encore des conversations, voire des rires, des «il paraît qu’il faut être initié pour comprendre». Aussitôt M. de Charlus, redressant sa tail le en arrière, comme entré dans un autre corps que celui que j’avais vu, tout à l’heure, arriver en traînaillant chez M sion de prophète et regarda l’assemblée avec un sérieux qui signifi ait que ce n’était pas le moment de rire, et dont on vit rougir brusquement le visage de plus d’une invitée prise en faute, comme une élève par son professeur, en pleine classe. Pour moi, l’attitude, si nob le d’ailleurs, de M. de Charlus avait
me
Verdurin seu le et délaissée,
me
Verdurin, prit une expres-
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quelque chose de comique; car tantôt il foudroyait ses invités de regards enfl ammés, tantôt, afi n de leur indiquer comme un vade mecum le religieux silence qu’il convenait d’observer, le détachement de toute préoccupation mondaine, il présen­tait lui-même, élevant vers son beau front ses mains gantées de blanc, un modè le (auquel on devait se conformer) de gravi­té, presque déjà d’extase, sans répondre aux saluts des retar­dataires assez indécents pour ne pas comprendre que l’heure était maintenant au Grand Art. Tous furent hypnotisés; on n’osa plus proférer un son, bouger une chaise; le respect pour la musique – de par le prestige de Palamède – avait été subite­ment inculqué à une fou le aussi mal élevée qu’élégante.
En voyant se ranger sur la petite estrade non pas seulement Morel et un pianiste, mais d’autres instrumentistes, je crus qu’on commençait par des œuvres d’autres musiciens que Vinteuil. Car je croyais qu’on ne possédait de lui que sa sonate pour piano et violon.
me
Verdurin s’assit à part, les hémisphères de son front
M blanc et légèrement rosé magnifi quement bombés, les cheveux
e
écartés, moitié en imitation d’un portrait du xviii moitié par besoin de fraîcheur d’une fi évreuse qu’une pudeur empêche de dire son état, isolée, divinité qui présidait aux so­lennités musicales, déesse du wagnérisme et de la migraine, sorte de Norne presque tragique, évoquée par le génie au mi­lieu de ces ennuyeux, devant qui el le allait dédaigner plus encore que de coutume d’exprimer des impressions en enten­dant une musique qu’el le connaissait mieux qu’eux. Le con­cert commença, je ne connaissais pas ce qu’on jouait, je me trouvais en pays inconnu. Où le situer? Dans l’œuvre de quel
siècle,
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auteur étais-je? J’aurais bien voulu le savoir et, n’ayant près de moi personne à qui le demander, j’aurais bien voulu être un personnage de ces Mil le et une Nuits que je relisais sans cesse et où, dans les moments d’incertitude, surgit soudain un génie ou une adolescente d’une ravissante beauté, invisib le pour les autres, mais non pour le héros embarrassé, à qui el le révè le ex­actement ce qu’il désire savoir. Or, à ce moment, je fus précisé­ment favorisé d’une tel le apparition magique. Comme, dans un pays qu’on ne croit pas connaître et qu’en effet on a abordé par un côté nouveau, lorsque, après avoir tourné un chemin, on se trouve tout d’un coup déboucher dans un autre dont les moin­dres coins vous sont familiers, mais seulement où on n’avait pas l’habitude d’arriver par là, on se dit: «Mais c’est le petit che­min qui mène à la petite porte du jardin de mes amis X…; je suis à deux minutes de chez eux», et leur fi l le est en effet là qui est venue vous dire bonjour au passage; ainsi, tout d’un coup, je me reconnus, au milieu de cette musique nouvel le pour moi, en pleine sonate de Vinteuil; et, plus merveilleuse qu’une adoles­cente, la petite phrase, enveloppée, harnachée d’argent, toute ruisselante de sonorités brillantes, légères et douces comme des écharpes, vint à moi, reconnaissab le sous ces parures nou­velles. Ma joie de l’avoir retrouvée s’accroissait de l’accent si amicalement connu qu’el le prenait pour s’adresser à moi, si persuasif, si simple, non sans laisser éclater pourtant cette beauté chatoyante dont el le resplendissait. La signifi cation, d’ailleurs, n’était cette fois que de me montrer le chemin, et qui n’était pas celui de la sonate, car c’était une œuvre inédite de Vinteuil où il s’était seulement amusé, par une allusion que justifi ait à cet endroit un mot du programme, qu’on aurait dû
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