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ivanov666
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LA PRISONNIE’RE
seul, comme une précieuse œuvre d’art chinoise, d’une beauté
qui se suffi rait à elle-même, Bergotte mangea quelques pommes de terre, sortit et entra à l’exposition. Dès les premières
marches qu’il eut à gravir, il fut pris d’étourdissements. Il passa
devant plusieurs tableaux et eut l’impression de la sécheresse
et de l’inutilité d’un art si factice, et qui ne valait pas les courants d’air et de soleil d’un palazzo de Venise, ou d’une simp
le maison au bord de la mer. Enfi n il fut devant le Ver Meer,
qu’il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu’il
connaissait, mais où, grâce à l’artic le du critique, il remarqua
pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sab
le était rose, et enfi n la précieuse matière du tout petit pan
de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient; il attachait
son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu’il veut
saisir, au précieux petit pan de mur. «C’est ainsi que j’aurais
dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait
fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase
en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune».
Cependant la gravité de ses étourdissements ne lui échappait
pas. Dans une céleste balance lui apparaissait, chargeant l’un
des plateaux, sa propre vie, tandis que l’autre contenait le petit
pan de mur si bien peint en jaune. Il sentait qu’il avait imprudemment donné le premier pour le second. «Je ne voudrais
pourtant pas, se disait-il, être pour les journaux du soir le fait
divers de cette exposition».
Il se répétait: «Petit pan de mur jaune avec un auvent, petit
pan de mur jaune». Cependant il s’abattit sur un canapé circulaire; aussi brusquement il cessa de penser que sa vie était en jeu
et, revenant à l’optimisme, se dit: «C’est une simp le indigestion
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MARCEL PROUST
que m’ont donnée ces pommes de terre pas assez cuites, ce n’est
rien». Un nouveau coup l’abattit, il roula du canapé par terre,
où accoururent tous les visiteurs et gardiens. Il était mort. Mort
à jamais? Qui peut le dire? Certes, les expériences spirites, pas
plus que les dogmes religieux, n’apportent la preuve que l’âme
subsiste. Ce qu’on peut dire, c’est que tout se passe dans notre
vie comme si nous y entrions avec le faix d’obligations contractées dans une vie antérieure; il n’y a aucune raison, dans nos
conditions de vie sur cette terre, pour que nous nous croyions
obligés à faire le bien, à être délicats, même à être polis, ni pour
l’artiste cultivé à ce qu’il se croie obligé de recommencer vingt
fois un morceau dont l’admiration qu’il excitera importera peu
à son corps mangé par les vers, comme le pan de mur jaune
que peignit avec tant de science et de raffi nement un artiste
à jamais inconnu, à peine identifi é sous le nom de Ver Meer.
Toutes ces obligations, qui n’ont pas leur sanction dans la vie
présente, semblent appartenir à un monde différent, fondé
sur la bonté, le scrupule, le sacrifi ce, un monde entièrement
différent de celui-ci, et dont nous sortons pour naître à cette
terre, avant peut-être d’y retourner revivre sous l’empire de ces
lois inconnues auxquelles nous avons obéi parce que nous en
portions l’enseignement en nous, sans savoir qui les y avait tracées – ces lois dont tout travail profond de l’intelligence nous
rapproche et qui sont invisibles seulement – et encore! – pour
les sots. De sorte que l’idée que Bergotte n’était pas mort à jamais est sans invraisemblance.
On l’enterra, mais toute la nuit funèbre, aux vitrines éclairées, ses livres, disposés trois par trois, veillaient comme des
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LA PRISONNIE’RE
anges aux ailes éployées et semblaient, pour celui qui n’était
plus, le symbo le de sa résurrection.
J’appris, ai-je dit, ce jour-là que Bergotte était mort.
Et j’admirais l’inexactitude des journaux qui – reproduisant
les uns et les autres une même note – disaient qu’il était mort
la veille. Or, la veille, Albertine l’avait rencontré, me raconta-t-el le le soir même, et cela l’avait même un peu retardée,
car il avait causé assez longtemps avec elle. C’est sans doute
avec el le qu’il avait eu son dernier entretien. El le le connaissait par moi qui ne le voyais plus depuis longtemps, mais
comme el le avait eu la curiosité de lui être présentée, j’avais,
un an auparavant, écrit au vieux maître pour la lui amener.
Il m’avait accordé ce que j’avais demandé, tout en souffrant un
peu, je crois, que je ne le revisse que pour faire plaisir à une
autre personne, ce qui confi rmait mon indifférence pour lui.
Ces cas sont fréquents: parfois, celui ou cel le qu’on implore
non pour le plaisir de causer de nouveau avec lui, mais pour
une tierce personne, refuse si obstinément que notre protégée croit que nous nous sommes targués d’un faux pouvoir;
plus souvent, le génie ou la beauté célèbre consentent, mais
humiliés dans leur gloire, blessés dans leur affection, ne nous
gardent plus qu’un sentiment amoindri, douloureux, un peu
méprisant. Je devinai longtemps après que j’avais faussement
accusé les journaux d’inexactitude, car, ce jour-là, Albertine
n’avait nullement rencontré Bergotte, mais je n’en avais point
eu un seul instant le soupçon tant el le me l’avait conté avec
naturel, et je n’appris que bien plus tard l’art charmant qu’el
le avait de mentir avec simplicité. Ce qu’el le disait, ce qu’el
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MARCEL PROUST
le avouait avait tellement les mêmes caractères que les formes
de l’évidence – ce que nous voyons, ce que nous apprenons
d’une manière irréfutab le – qu’el le semait ainsi dans les intervalles de la vie les épisodes d’une autre vie dont je ne soupçonnais pas alors la fausseté et dont je n’ai eu que beaucoup
plus tard la perception. J’ai ajouté: «quand el le avouait», voici
pourquoi. Quelquefois des rapprochements singuliers me
donnaient à son sujet des soupçons jaloux où, à côté d’elle,
fi gurait dans le passé, ou hélas dans l’avenir, une autre personne. Pour avoir l’air d’être sûr de mon fait, je disais le nom
et Albertine me disait: «Oui je l’ai rencontrée, il y a huit jours,
à quelques pas de la maison. Par politesse j’ai répondu à son
bonjour. J’ai fait deux pas avec elle. Mais il n’y a jamais rien eu
entre nous. Il n’y aura jamais rien». Or Albertine n’avait même
pas rencontré cette personne, pour la bonne raison que celleci n’était pas venue à Paris depuis dix mois. Mais mon amie
trouvait que nier complètement était peu vraisemblable. D’où
cette courte rencontre fi ctive, dite si simplement que je voyais
la dame s’arrêter, lui dire bonjour, faire quelques pas avec elle.
Le témoignage de mes sens, si j’avais été dehors à ce moment,
m’aurait peut-être appris que la dame n’avait pas fait quelques
pas avec Albertine. Mais si j’avais su le contraire, c’était par
une de ces chaînes de raisonnement (où les paroles de ceux
en qui nous avons confi ance insèrent de fortes mailles) et non
par le témoignage des sens. Pour invoquer ce témoignage des
sens il eût fallu que j’eusse été précisément dehors, ce qui
n’avait pas eu lieu. On peut imaginer pourtant qu’une tel
le hypothèse n’est pas invraisemblable: j’aurais pu être sorti et passer dans la rue à l’heure où Albertine m’aurait dit,
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LA PRISONNIE’RE
ce soir (ne m’ayant pas vu), qu’el le avait fait quelques pas avec
la dame, et j’aurais su alors qu’Albertine avait menti. Est-ce
bien sûr encore? Une obscurité sacrée se fût emparée de mon
esprit, j’aurais mis en doute que je l’avais vue seule, à peine
aurais-je cherché à comprendre par quel le illusion d’optique
je n’avais pas aperçu la dame, et je n’aurais pas été autrement
étonné de m’être trompé, car le monde des astres est moins
diffi ci le à connaître que les actions réelles des êtres, surtout
des êtres que nous aimons, fortifi és qu’ils sont contre notre
doute par des fables destinées à les protéger. Pendant combien
d’années peuvent-ils laisser notre amour apathique croire que
la femme aimée a à l’étranger une sœur, un frère, une bellesœur qui n’ont jamais existé!
Le témoignage des sens est lui aussi une opération
de l’esprit où la conviction crée l’évidence. Nous avons vu bien
des fois le sens de l’ouïe apporter à Françoise non le mot qu’on
avait prononcé, mais celui qu’el le croyait le vrai, ce qui suffi sait pour qu’el le n’entendît pas la rectifi cation implicite d’une
prononciation meilleure. Notre maître d’hôtel n’était pas constitué autrement. M. de Charlus portait à ce moment-là – car
il changeait beaucoup – des pantalons fort clairs et reconnaissables entre mille. Or notre maître d’hôtel, qui croyait que
le mot «pissotière» ( le mot désignant ce que M. de Rambuteau
avait été si fâché d’entendre le duc de Guermantes appeler un
édicu le Rambuteau) était «pistière», n’entendit jamais dans
toute sa vie une seu le personne dire «pissotière», bien que très
souvent on prononçât ainsi devant lui. Mais l’erreur est plus
entêtée que la foi et n’examine pas ses croyances. Constamment
le maître d’hôtel disait: «Certainement M. le baron de Charlus
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MARCEL PROUST
a pris une maladie pour rester si longtemps dans une pistière.
Voilà ce que c’est que d’être un vieux coureur de femmes. Il en
a les pantalons. Ce matin, madame m’a envoyé faire une course
à Neuilly. À la pistière de la rue de Bourgogne j’ai vu entrer
M. le baron de Charlus. En revenant de Neuilly, bien une
heure après, j’ai vu ses pantalons jaunes dans la même pistière,
à la même place, au milieu, où il se met toujours pour qu’on ne
le voie pas». Je ne connais rien de plus beau, de plus nob le et
plus jeune qu’une nièce de M
le concierge d’un restaurant où j’allais quelquefois dire sur son
passage: «Regarde-moi cette vieil le rombière, quel le touche!
et ça a au moins quatre-vingts ans». Pour l’âge il me paraît diffi ci le qu’il le crût. Mais les chasseurs groupés autour de lui,
qui ricanaient chaque fois qu’el le passait devant l’hôtel pour
aller voir non loin de là ses deux charmantes grand’tantes, M
de Fezensac et de Bellery, virent sur le visage de cette jeune
beauté les quatre-vingts ans que, par plaisanterie ou non, avait
donnés le concierge à la vieil le «rombière». On les aurait fait
tordre en leur disant qu’el le était plus distinguée que l’une
des deux caissières de l’hôtel, qui, rongée d’eczéma, ridicu le de
grosseur, leur semblait bel le femme. Seul peut-être le désir
sexuel eût été capab le d’empêcher leur erreur de se former, s’il
avait joué sur le passage de la prétendue vieil le rombière, et si
les chasseurs avaient brusquement convoité la jeune déesse.
Mais pour des raisons inconnues, et qui devaient être probablement de nature sociale, ce désir n’avait pas joué. Il y aurait
du reste beaucoup à discuter. L’univers est vrai pour nous tous
et dissemblab le pour chacun. Si nous n’étions pas, pour l’ordre
du récit, obligé de nous borner à des raisons frivoles, combien
me
de Guermantes. Mais j’entendis
mes
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LA PRISONNIE’RE
de plus sérieuses nous permettraient de montrer la minceur
menteuse du début de ce volume où, de mon lit, j’entends
le monde s’éveiller, tantôt par un temps, tantôt par un autre.
Oui, j’ai été forcé d’amincir la chose et d’être mensonger, mais
ce n’est pas un univers, c’est des millions, presque autant qu’il
existe de prunelles et d’intelligences humaines, qui s’éveillent
tous les matins.
Pour revenir à Albertine, je n’ai jamais connu de femmes
douées plus qu’el le d’heureuse aptitude au mensonge animé, coloré des teintes mêmes de la vie, si ce n’est une de ses
amies – une de mes jeunes fi lles en fl eurs aussi, rose comme
Albertine, mais dont le profi l irrégulier, creusé, puis proéminent à nouveau, ressemblait tout à fait à certaines grappes
de fl eurs roses dont j’ai oublié le nom et qui ont ainsi de longs
et sinueux rentrants. Cette jeune fi l le était, au point de vue
de la fable, supérieure à Albertine, car el le n’y mêlait aucun
des moments douloureux, des sous-entendus rageurs qui
étaient fréquents chez mon amie. J’ai dit pourtant qu’el le était
charmante quand el le inventait un récit qui ne laissait pas
de place au doute, car on voyait alors devant soi la chose –
pourtant imaginée – qu’el le disait, en se servant comme vue
de sa parole. La vraisemblance seu le inspirait Albertine, nullement le désir de me donner de la jalousie. Car Albertine, sans
être intéressée peut-être, aimait qu’on lui fît des gentillesses.
Or si, au cours de cet ouvrage, j’ai eu et j’aurai bien des occasions de montrer comment la jalousie redoub le l’amour, c’est
au point de vue de l’amant que je me suis placé. Mais pour peu
que celui-ci ait un peu de fi erté, et dût-il mourir d’une séparation, il ne répondra pas à une trahison supposée par une gen-
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tillesse, il s’écartera ou, sans s’éloigner, s’ordonnera de feindre
la froideur. Aussi est-ce en pure perte pour el le que sa maîtresse le fait tant souffrir. Dissipe-t-elle, au contraire, d’un mot
adroit, de tendres caresses, les soupçons qui le torturaient bien
qu’il s’y prétendît indifférent, sans doute l’amant n’éprouve
pas cet accroissement désespéré de l’amour où le hausse la jalousie, mais cessant brusquement de souffrir, heureux, attendri,
détendu comme on l’est après un orage quand la pluie est tombée et qu’à peine sent-on encore sous les grands marronniers
s’égoutter à longs intervalles les gouttes suspendues que déjà
le soleil reparu colore, il ne sait comment exprimer sa reconnaissance à cel le qui l’a guéri. Albertine savait que j’aimais
à la récompenser de ses gentillesses, et cela expliquait peut-être
qu’el le inventât, pour s’innocenter, des aveux naturels comme
ses récits dont je ne doutais pas et dont un avait été la rencontre de Bergotte alors qu’il était déjà mort. Je n’avais su jusque-là
des mensonges d’Albertine que ceux que, par exemple, à Balbec m’avait rapportés Françoise et que j’ai omis de dire bien
qu’ils m’eussent fait si mal: «Comme el le ne voulait pas venir,
el le m’a dit: Est-ce que vous ne pourriez pas dire à monsieur
que vous ne m’avez pas trouvée, que j’étais sortie?» Mais les
«inférieurs» qui nous aiment comme Françoise m’aimait ont
du plaisir à nous froisser dans notre amour-propre.

CHAPITRE II
LES VERDURIN SE BROUILLENT
AVEC M. DE CHARLUS
Après le dîner, je dis à Albertine que j’avais envie de prof-
me
iter de ce que j’étais levé pour aller voir des amis, M
leparisis, M
me
de Guermantes, les Cambremer, je ne savais
trop, ceux que je trouverais chez eux. Je tus seulement le nom
de ceux chez qui je comptais aller, les Verdurin. Je lui demandai si el le ne voulait pas venir avec moi. El le allégua qu’el
le n’avait pas de robe. «Et puis, je suis si mal coiffée. Est-ce
que vous tenez à ce que je continue à garder cette coiffure?»
Et pour me dire adieu el le me tendit la main de cette façon
brusque, le bras allongé, les épaules se redressant, qu’el le avait
jadis sur la plage de Balbec, et qu’el le n’avait plus jamais eue
depuis. Ce mouvement oublié refi t du corps qu’il anima celui
de cette Albertine qui me connaissait encore à peine. Il rendit
à Albertine, cérémonieuse sous un air de brusquerie, sa nouveauté première, son inconnu, et jusqu’à son cadre. Je vis la mer
derrière cette jeune fi l le que je n’avais jamais vue me saluer
ainsi depuis que je n’étais plus au bord de la mer. «Ma tante
trouve que cela me vieillit», ajouta-t-el le d’un air maussade.
«Puisse sa tante dire vrai!» pensai-je. Qu’Albertine, en ayant
l’air d’une enfant, fasse paraître M
me
Bontemps plus jeune, c’est
de Vil-
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MARCEL PROUST
tout ce que celle-ci demande, et qu’Albertine aussi ne lui coûte
rien, en attendant le jour où, en m’épousant, el le lui rapportera. Mais qu’Albertine parût moins jeune, moins jolie, fît moins
retourner les têtes dans la rue, voilà ce que moi, au contraire,
je souhaitais. Car la vieillesse d’une duègne ne rassure pas tant
un amant jaloux que la vieillesse du visage de cel le qu’il aime.
Je souffrais seulement que la coiffure que je lui avais demandé
d’adopter pût paraître à Albertine une claustration de plus.
Et ce fut encore ce sentiment domestique nouveau qui ne cessa, même loin d’Albertine, de m’attacher à el le comme un lien.
Je dis à Albertine, peu en train, m’avait-el le dit, pour
m’accompagner chez les Guermantes ou les Cambremer,
que je ne savais trop où j’irais, et partis chez les Verdurin. Au
moment où la pensée du concert que j’y entendrais me rappela la scène de l’après-midi: «grand pied de grue, grand pied
de grue» – scène d’amour déçu, d’amour jaloux peut-être, mais
alors aussi bestia le que cel le que, à la paro le près, peut faire
à une femme un ourang-outang qui en est, si l’on peut dire,
épris; – au moment où, dans la rue, j’allais appeler un fi acre,
j’entendis des sanglots qu’un homme, qui était assis sur une
borne, cherchait à réprimer. Je m’approchai: l’homme, qui avait
la tête dans ses mains, avait l’air d’un jeune homme, et je fus
surpris de voir, à la blancheur qui sortait du manteau, qu’il était en habit et en cravate blanche. En m’entendant il découvrit
son visage inondé de pleurs, mais aussitôt, m’ayant reconnu,
le détourna. C’était Morel. Il comprit que je l’avais reconnu et,
tâchant d’arrêter ses larmes, il me dit qu’il s’était arrêté un instant, tant il souffrait. «J’ai grossièrement insulté aujourd’hui
même, me dit-il, une personne pour qui j’ai eu de très grands
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