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La prisonnière

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LA PRISONNIE’RE
recevait les félicitations, et qu’il appelait ainsi lui-même), il faudrait pourtant que Palamède me voie pour qu’il sache que je suis restée jusqu’à la fi n». Aucune ne s’occupait de Mme Ver­durin. Plusieurs feignirent de ne pas la reconnaître et de dire
me
adieu par erreur à M du docteur: «C’est bien M
me
d’Arpajon me demanda, à portée des oreilles de la maîtres-
M se de maison: «Est-ce qu’il y a seulement jamais eu un M. Ver­durin?» Les duchesses, ne trouvant rien des étrangetés aux­quelles elles s’étaient attendues, dans ce lieu qu’elles avaient espéré plus différent de ce qu’elles connaissaient, se rattrapa­ient, faute de mieux, en étouffant des fous rires devant les tab­leaux d’Elstir; pour le reste, qu’elles trouvaient plus conforme qu’elles n’avaient cru à ce qu’elles connaissaient déjà, elles en faisaient honneur à M. de Charlus en disant: «Comme Palamède sait bien arranger les choses! il monterait une féerie dans une remise ou dans un cabinet de toilette que ça n’en serait pas moins ravissant». Les plus nobles étaient celles qui félicitaient avec le plus de ferveur M. de Charlus de la réussite d’une soi­rée dont certaines n’ignoraient pas le ressort secret, sans en être embarrassées d’ailleurs, cette société – par souvenir peut­être de certaines époques de l’histoire où leur famil le était déjà arrivée à un degré identique d’impudeur pleinement con­sciente – poussant le mépris des scrupules presque aussi loin que le respect de l’étiquette. Plusieurs d’entre elles engagèrent sur place Charlie pour des soirs où il viendrait jouer le septuor de Vinteuil, mais aucune n’eut même l’idée d’y convier M durin. Celle-ci était au comb le de la rage quand M. de Charlus qui, porté sur un nuage, ne pouvait s’en apercevoir, voulut, par
Cottard, en me disant de la femme
me
Verdurin, n’est-ce pas?»
me
Ver-
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décence, inviter la Patronne à partager sa joie. Et ce fut peut­être plutôt en se livrant à son goût de littérature qu’à un débordement d’orgueil que ce doctrinaire des fêtes artistes dit
me
à M
Verdurin: «Hé bien, êtes-vous contente? Je pense qu’on le serait à moins; vous voyez que, quand je me mê le de donner une fête, cela n’est pas réussi à moitié. Je ne sais pas si vos no­tions héraldiques vous permettent de mesurer exactement l’importance de la manifestation, le poids que j’ai soulevé, le volume d’air que j’ai déplacé pour vous. Vous avez eu la re­ine de Naples, le frère du roi de Bavière, les trois plus anciens pairs. Si Vinteuil est Mahomet, nous pouvons dire que nous avons déplacé pour lui les moins amovibles des montagnes. Pensez que, pour assister à votre fête, la reine de Naples est venue de Neuilly, ce qui est beaucoup plus diffi ci le pour el le que de quitter les Deux-Siciles, dit-il avec une intention de rosserie, malgré son admiration pour la Reine. C’est un évé­nement historique. Pensez qu’el le n’était peut-être jamais sor­tie depuis la prise de Gaète. Il est probab le que, dans les dic­tionnaires, on mettra comme dates culminantes le jour de la prise de Gaète et celui de la soirée Verdurin. L’éventail qu’el le a posé pour mieux applaudir Vinteuil mérite de rester
me
plus célèbre que celui que M qu’on siffl ait Wagner. – El le l’a même oublié, son éventail»,
me
dit M
Verdurin, momentanément apaisée par le souvenir de la sympathie que lui avait témoignée la Reine, et el le mon­tra à M. de Charlus l’éventail sur un fauteuil. «Oh! comme c’est émouvant! s’écria M. de Charlus en s’approchant avec vénéra­tion de la relique. Il est d’autant plus touchant qu’il est affreux; la petite violette est incroyable!» Et des spasmes d’émotion
de Metternich a brisé parce
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et d’ironie le parcouraient alternativement. «Mon Dieu, je ne sais pas si vous ressentez ces choses-là comme moi. Swann se­rait simplement mort de convulsions s’il avait vu cela. Je sais bien qu’à quelque prix qu’il doive monter, j’achèterai cet éven­tail à la vente de la Reine. Car el le sera vendue, comme el le n’a pas le sou», ajouta-t-il, la cruel le médisance ne cessant jamais chez le baron de se mêler à la vénération la plus sincère, bien qu’elles partissent de deux natures opposées, mais réunies en lui. Elles pouvaient même se porter tour à tour sur un même fait. Car M. de Charlus qui, du fond de son bien-être d’homme riche, raillait la pauvreté de la Reine, était le même qui sou­vent exaltait cette pauvreté et qui, quand on parlait de la prin­cesse Murat, reine des Deux-Siciles, répondait: «Je ne sais pas de qui vous voulez parler. Il n’y a qu’une seu le reine de Naples, qui est sublime, celle-là, et n’a pas de voiture. Mais de son om­nibus el le anéantit tous les équipages et on se mettrait à ge­noux dans la poussière en la voyant passer». «Je le léguerai à un musée. – En attendant, il faudra le lui rapporter pour qu’el le n’ait pas à payer un fi acre pour le faire chercher. Le plus intelligent, étant donné l’intérêt historique d’un pareil objet, serait de voler cet éventail. Mais cela la gênerait – parce qu’il est probab le qu’el le n’en possède pas d’autre! ajouta-t-il en éclatant de rire. Enfi n vous voyez que pour moi el le est venue. Et ce n’est pas le seul mirac le que j’aie fait. Je ne crois pas que personne, à l’heure qu’il est, ait le pouvoir de déplacer les gens que j’ai fait venir. Du reste, il faut faire à chacun sa part, Char­lie et les autres musiciens ont joué comme des Dieux. Et, ma chère Patronne, ajouta-t-il avec condescendance, vous-même avez eu votre part de rô le dans cette fête. Votre nom n’en sera
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pas absent. L’histoire a retenu celui du page qui arma Jeanne d’Arc quand el le partit combattre; en somme, vous avez servi de trait d’union, vous avez permis la fusion entre la musique de Vinteuil et son génial exécutant, vous avez eu l’intelligence de comprendre l’importance capita le de tout l’enchaînement de circonstances qui ferait bénéfi cier l’exécutant de tout le poids d’une personnalité considérable, et s’il ne s’agissait pas de moi, je dirais providentielle, à qui vous avez eu le bon esprit de demander d’assurer le prestige de la réunion, d’amener devant le violon de Morel les oreilles directement attachées aux langues les plus écoutées; non, non, ce n’est pas rien. Il n’y a pas de rien dans une réalisation aussi complète. Tout y con­court. La Duras était merveilleuse. Enfi n, tout; c’est pour cela, conclut-il, comme il aimait à morigéner, que je me suis opposé à ce que vous invitiez de ces personnes-diviseurs qui, devant les êtres prépondérants que je vous amenais, eussent joué le rô le de virgules dans un chiffre, les autres réduites à n’être que de simples dixièmes. J’ai le sentiment très juste de ces choses-là. Vous comprenez, il faut éviter les gaffes quand nous donnons une fête qui doit être digne de Vinteuil, de son génial inter­prète, de vous, et, j’ose le dire, de moi. Vous auriez invité la Molé que tout était raté. C’était la petite goutte contraire, neutral­isante, qui rend une potion sans vertu. L’électricité se serait éteinte, les petits fours ne seraient pas arrivés à temps, l’orangeade aurait donné la colique à tout le monde. C’était la personne à ne pas avoir. À son nom seul, comme dans une féerie, aucun son ne serait sorti des cuivres; la fl ûte et le haut­bois auraient été pris d’une extinction de voix subite. Morel lui-même, même s’il était parvenu à donner quelques sons,
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n’aurait plus été en mesure, et au lieu du septuor de Vinteuil, vous auriez eu sa parodie par Beckmesser, fi nissant au milieu des huées. Moi qui crois beaucoup à l’infl uence des personnes, j’ai très bien senti, dans l’épanouissement de certain largo, qui s’ouvrait jusqu’au fond comme une fl eur, dans le surcroît de satisfaction du fi nale, qui n’était pas seulement allegro mais incomparablement allègre, que l’absence de la Molé inspirait les musiciens et dilatait de joie jusqu’aux instruments de mu­sique eux-mêmes. D’ailleurs, le jour où on reçoit les souverains on n’invite pas sa concierge». En l’appelant la Molé (comme il disait, d’ailleurs très sympathiquement, la Duras), M. de Char­lus lui faisait justice. Car toutes ces femmes étaient des actrices du monde, et il est vrai aussi que, même en considérant ce point de vue, la comtesse Molé n’était pas éga le à l’extraordinaire réputation d’intelligence qu’on lui faisait, et qui donnait à penser à ces acteurs ou à ces romanciers médiocres qui, à cer­taines époques, ont une situation de génies, soit à cause de la médiocrité de leurs confrères, parmi lesquels aucun ar­tiste supérieur n’est capab le de montrer ce qu’est le vrai talent, soit à cause de la médiocrité du public, qui, existât-il une indi­vidualité extraordinaire, serait incapab le de la comprendre.
me
Dans le cas de M exact, de s’arrêter à cette première explication. Le monde étant le royaume du néant, il n’y a, entre les mérites des différentes femmes du monde, que des degrés insignifi ants, que peuvent seulement follement majorer les rancunes ou l’imagination de M. de Charlus. Et certes, s’il parlait, comme il venait de le faire, dans ce langage qui était un ambigu précieux des choses de l’art et du monde, c’est parce que ses colères de vieil
Molé, il est préférable, sinon entièrement
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le femme et sa culture de mondain ne fournissaient à l’éloquence véritab le qui était la sienne que des thèmes in­signifi ants. Le monde des différences n’existant pas à la surface de la terre, parmi tous les pays que notre perception uni­formise, à plus forte raison n’existe-t-il pas dans le «monde». Existe-t-il, d’ailleurs, quelque part? Le septuor de Vinteuil avait semblé me dire que oui. Mais où? Comme M. de Charlus aimait aussi à répéter de l’un à l’autre, cherchant à brouiller, à diviser pour régner, il ajouta: «Vous avez, en ne l’invitant pas, enlevé à M cette M ces gens-là, je ne les connais pas». El le a déjà dit l’an passé que vous la fatiguiez de vos avances. C’est une sotte, ne l’invitez plus. En somme, el le n’est pas une personne si extraordinaire. El le peut bien venir chez vous sans faire d’histoires puisque j’y viens bien. En somme, conclut-il, il me semb le que vous pou­vez me remercier, car, tel que ça a marché, c’était parfait. La duchesse de Guermantes n’est pas venue, mais on ne sait pas, c’était peut-être mieux ainsi. Nous ne lui en voudrons pas et nous penserons tout de même à el le pour une autre fois; d’ailleurs on ne peut pas ne pas se souvenir d’elle, ses yeux mêmes nous disent: ne m’oubliez pas, puisque ce sont deux myosotis (et je pensais à part moi combien il fallait que l’esprit des Guermantes – la décision d’aller ici et pas là – fût fort pour l’avoir emporté chez la duchesse sur la crainte de Palamède). Devant une réussite aussi complète, on est ten­té, comme Bernardin de Saint-Pierre, de voir partout la main de la Providence. La duchesse de Duras était enchantée. El le m’a même chargé de vous le dire», ajouta M. de Charlus
me
Molé l’occasion de dire: «Je ne sais pas pourquoi
me
Verdurin m’a invitée. Je ne sais pas ce que c’est que
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en appuyant sur les mots, comme si Mme Verdurin devait consi­dérer cela comme un honneur suffi sant. Suffi sant et même à peine croyable, car il trouva nécessaire, pour être cru, de dire: «Parfaitement», emporté par la démence de ceux que Jupiter veut perdre. «El le a engagé Morel chez el le où on redonnera le même programme, et je pense même à demander une invita­tion pour M. Verdurin». Cette politesse au mari seul était, sans que M. de Charlus en eût même l’idée, le plus sanglant outrage pour l’épouse, laquel le se croyant, à l’égard de l’exécutant, en vertu d’une sorte de décret de Moscou en vigueur dans le petit clan, le droit de lui interdire de jouer au dehors sans son auto­risation expresse, était bien résolue à interdire sa participation
me
à la soirée de M
Rien qu’en parlant avec cette faconde, M. de Charlus irri-
me
tait M
Verdurin, qui n’aimait pas qu’on fît bande à part dans leur petit clan. Que de fois, et déjà à la Raspelière, entendant le baron parler sans cesse à Charlie au lieu de se contenter de tenir sa partie dans l’ensemb le concertant du clan, s’était-el le écriée, en montrant le baron: «Quel le tapette il a! Quel le ta­pette! Ah! pour une tapette, c’est une fameuse tapette!» Mais cette fois c’était bien pis. Enivré de ses paroles, M. de Charlus ne comprenait pas qu’en raccourcissant le rô le de M durin et en lui fi xant d’étroites frontières, il déchaînait ce sen­timent haineux qui n’était chez el le qu’une forme particulière, une forme socia le de la jalousie. M les habitués, les fi dèles du petit clan, el le les voulait tout à leur Patronne. Faisant la part du feu, comme ces jaloux qui per­mettent qu’on les trompe, mais sous leur toit et même sous leurs yeux, c’est-à-dire qu’on ne les trompe pas, el le concédait
de Duras.
me
Ver-
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Verdurin aimait vraiment
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aux hommes d’avoir une maîtresse, un amant, à condition que tout cela n’eût aucune conséquence socia le hors de chez elle, se nouât et se perpétuât à l’abri des mercredis. Tout éclat de rire furtif d’Odette auprès de Swann lui avait jadis rongé le cœur, depuis quelque temps tout aparté entre Morel et le baron; el le trouvait à ses chagrins une seu le consolation, qui était de défaire le bonheur des autres. El le n’eût pu supporter long­temps celui du baron. Voici que cet imprudent précipitait la catastrophe en ayant l’air de restreindre la place de la Pa­tronne dans son propre petit clan. Déjà el le voyait Morel al­lant dans le monde sans elle, sous l’égide du baron. Il n’y avait qu’un remède, donner à choisir à Morel entre le baron et elle, et, profi tant de l’ascendant qu’el le avait pris sur Morel en fai­sant preuve à ses yeux d’une clairvoyance extraordinaire, grâce à des rapports qu’el le se faisait faire, à des mensonges qu’el le inventait, et qu’el le lui servait, les uns et les autres, comme corroborant ce qu’il était porté à croire lui-même, et ce qu’il allait voir à l’évidence, grâce aux panneaux qu’el le préparait et où les naïfs venaient tomber, profi tant de cet ascendant, la faire choisir, elle, de préférence au baron. Quant aux femmes du monde qui étaient là et qui ne s’étaient même pas fait présenter, dès qu’el le avait compris leurs hésitations ou leur sans-gêne, el le avait dit: «Ah! je vois ce que c’est, c’est un genre de vieilles grues qui ne nous convient pas, elles voient ce salon pour la dernière fois». Car el le serait morte plutôt que de dire qu’on avait été moins aimab le avec el le qu’el le n’avait espéré. «Ah! mon cher général», s’écria brusquement M. de Charlus en lâchant M tour, secrétaire de la Présidence de la République, lequel pou-
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Verdurin parce qu’il apercevait le général Del-
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vait avoir une grande importance pour la croix de Charlie, et qui, après avoir demandé un conseil à Cottard, s’éclipsait rapidement: «Bonsoir, cher et charmant ami. Hé bien, c’est comme ça que vous vous tirez des pattes sans me dire adieu», dit le baron avec un sourire de bonhomie et de suffi sance, car il savait bien qu’on était toujours content de lui parler un mo­ment de plus. Et comme, dans l’état d’exaltation où il était, il faisait à lui tout seul, sur un ton suraigu, les demandes et les réponses: «Eh bien, êtes-vous content? N’est-ce pas que c’était bien beau? L’andante, n’est-ce pas? C’est ce qu’on a jamais écrit de plus touchant. Je défi e de l’écouter jusqu’au bout sans avoir les larmes aux yeux. Vous êtes charmant d’être venu. Dites­moi, j’ai reçu ce matin un télégramme parfait de Froberville, qui m’annonce que, du côté de la Grande Chancellerie, les dif­fi cultés sont aplanies, comme on dit». La voix de M. de Charlus continuait à s’élever, aussi perçante, aussi différente de la voix habituelle, que cel le d’un avocat, qui plaide avec emphase, de son débit ordinaire, phénomène d’amplifi cation voca le par surexcitation et euphorie nerveuse, analogue à cel le qui, dans les dîners qu’el le donnait, montait à un diapason si élevé
me
la voix comme le regard de M vous envoyer demain matin un mot par un garde pour vous dire mon enthousiasme, en attendant que je puisse vous l’exprimer de vive voix, mais vous étiez si entouré! L’appui de Frobervil le sera loin d’être à dédaigner, mais, de mon côté, j’ai la promesse du Ministre, dit le général. – Ah! parfait. Du reste, vous avez vu que c’est bien ce que mérite un talent pareil. Hoyos était enchanté, je n’ai pas pu voir l’Ambassadrice; était-el le contente? Qui ne l’aurait pas été, excepté ceux qui
de Guermantes. «Je comptais
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ont des oreilles pour ne pas entendre, ce qui ne fait rien, du moment qu’ils ont des langues pour parler». Profi tant de ce que le baron s’était éloigné pour parler au général, M durin fi t signe à Brichot. Celui-ci, qui ne savait pas ce que
me
Verdurin allait lui dire, voulut l’amuser et, sans se douter
M combien il me faisait souffrir, dit à la Patronne: « Le baron est
l l
enchanté que M
e Vinteuil et son amie ne soient pas venues. Elles le scandalisent énormément. Il a déclaré que leurs mœurs étaient à faire peur. Vous n’imaginez pas comme le baron est pudibond et sévère sur le chapitre des mœurs». Contrairement
me
à l’attente de Brichot, M
Verdurin ne s’égaya pas: «Il est im­monde, répondit-elle. Proposez-lui de venir fumer une ciga­rette avec vous, pour que mon mari puisse emmener sa Dulci­née sans que le Charlus s’en aperçoive, et l’éclaire sur l’abîme où il roule». Brichot semblait avoir quelques hésitations. «Je
me
vous dirai, reprit M
Verdurin pour lever les derniers scru­pules de Brichot, que je ne me sens pas en sûreté avec ça chez moi. Je sais qu’il a eu de sales histoires et que la police l’a à l’œil». Et comme el le avait un certain don d’improvisation
me
quand la malveillance l’inspirait, M
Verdurin ne s’arrêta pas là: «Il paraît qu’il a fait de la prison. Oui, oui, ce sont des per­sonnes très renseignées qui me l’ont dit. Je sais, du reste, par quelqu’un qui demeure dans sa rue, qu’on n’a pas idée des ban­dits qu’il fait venir chez lui». Et comme Brichot, qui allait sou-
me
vent chez le baron, protestait, M
Verdurin, s’animant, s’écria: «Mais je vous en réponds! c’est moi qui vous le dis», expression par laquel le el le cherchait d’habitude à étayer une assertion jetée un peu au hasard. «Il mourra assassiné un jour ou l’autre, comme tous ses pareils d’ailleurs. Il n’ira peut-être même pas
me
Ver-
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