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Au Bonheur Des Dames

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AU BONHEUR DES DAMES
– Non, non, restez... Oh ! que maman ne sache pas !... Avec
vous, ça m’est égal ; mais pas les autres, pas les autres !... C’est malgré moi, jevous jure. C’est en me voyant toute seule... Atten­dez, je vais mieux, je ne pleure plus.
Et des crises la reprenaient, secouaient son corps frêle de
grands frissons. Il semblait que le tas de ses cheveux noirs lui écrasât la nuque. Comme elle roulait sa tête malade sur ses bras repliés, une épingle se défit, les cheveux coulèrent dans son cou, l’ensevelirent de leurs ténèbres. Cependant, Denise, sans bruit, de peur d’éveiller l’attention, tâchait de la soulager. Elle la dégrafa et resta navrée de cette maigreur souffrante : la pauvre fille avait la poitrine creuse d’une enfant, le néant d’une vierge mangée d’anémie. À pleines mains, Denise lui prit les cheveux, ces cheveux superbes qui semblaient boire sa vie ; puis, elle les noua fortement, pour la dégager et lui donner un peu d’air.
– Merci, vous êtes bonne, disait Geneviève. Ah ! je ne suis
pas grosse, n’est-ce pas ? J’étais plus forte, et tout s’en est allé... Rattachez ma robe, maman verrait mes épaules. Je les cache tant que je peux... Mon Dieu ! je ne vais pas bien, je ne vais pas bien.
Pourtant, la crise se calmait. Elle restait brisée sur sa chaise,
elle regardait fixement sa cousine. Et, au bout d’un silence, elle demanda :
– Dites-moi la vérité, il l’aime ?
Denise sentit une rougeur qui lui montait aux joues. Elle
avait parfaitement compris qu’il s’agissait de Colomban et de Clara. Mais elle affecta la surprise.
– Qui donc, ma chère ?
Geneviève hochait la tête d’un air incrédule.
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– Ne mentez pas, je vous en prie. Rendez-moi le service
de me donner enfin une certitude... Vous devez savoir, je le sens. Oui, vous avez été la camarade de cette femme, et j’ai vu Colomban vous poursuivre, vous parler à voix basse. Il vous chargeait des commissions pour elle, n’est-ce pas ?... Oh ! de grâce, dites-moi la vérité, je vous jure que ça me fera du bien.
Jamais Denise n’avait éprouvé un embarras pareil. Elle
baissait les yeux, devant cette enfant toujours muette, et qui devinait tout. Cependant, elle eut la force de la tromper encore.
– Mais c’est vous qu’il aime !
Alors, Geneviève fit un geste désespéré.
– C’est bon, vous ne voulez rien dire... D’ailleurs, ça m’est
égal, je les ai vus. Lui, sort continuellement sur le trottoir pour la regarder. Elle, en haut, rit comme une malheureuse... Bien sûr qu’ils se retrouvent dehors.
– Ça, non, je vous le jure ! cria Denise, s’oubliant, emportée
par le désir de lui donner au moins cette consolation.
La jeune fille respira fortement. Elle eut un faible sourire.
Puis, d’une voix affaiblie de convalescente :
– Je voudrais bien un verre d’eau... Excusez- moi, je vous
dérange. Tenez, là, dans le buffet.
Et, lorsqu’elle tint la carafe, elle vida d’un trait un grand
verre. De la main, elle écartait Denise, qui craignait qu’elle ne se fit du mal.
– Non, non, laissez, j’ai toujours soif... La nuit, je me lève
pour boire.
Il y eut un nouveau silence. Elle reprit doucement :
– Si vous saviez, depuis dix ans je suis accoutumée à l’idée
de ce mariage. Je portais encore des robes courtes, que déjà
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Colomban était pour moi... Alors, je ne me souviens plus com­ment les choses ont tourné. De vivre toujours ensemble, de rester ici enfermés l’un contre l’autre, sans qu’il y eût jamais de distraction entre nous, j’ai dû finir par le croire mon mari, avant le temps. J’ignorais si je l’aimais, j’étais sa femme, voilà tout... Et aujourd’hui, il veut s’en aller avec une autre ! Oh ! mon Dieu ! mon cœur se fend. Voyez-vous, c’est une souffrance que je ne connaissais pas. Ça me prend dans la poitrine et dans la tête, puis ça va partout, ça me tue.
Des larmes remontaient à ses yeux. Denise, dont les pau-
pières se mouillaient aussi de pitié, lui demanda :
– Est-ce que ma tante se doute de quelque chose ?
– Oui, maman se doute, je crois... Quant à papa, il est trop
tourmenté, il ne sait pas la peine qu’il me cause, en reculant ce mariage... Plusieurs fois, maman m’a interrogée. Elles’inquiète de me voir languir. Jamais elle n’a été forte elle-même, souvent elle m’a dit : « Ma pauvre fille, je ne t’ai pas faite bien solide. » Et puis, dans ces boutiques, on ne pousse guère. Mais elle doit trouver que je maigris trop à la fin... Regardez mes bras, est-ce raisonnable ?
D’une main tremblante, elle avait repris la carafe. Sa cou-
sine voulut l’empêcher de boire.
– Non, j’ai trop soif, laissez-moi.
On entendit s’élever la voix de Baudu. Alors, cédant à une
poussée de son cœur, Denise s’agenouilla, entoura Geneviève de ses bras fraternels. Elle la baisait, elle lui jurait que tout irait bien, qu’elle épouserait Colomban, qu’elle guérirait et serait heureuse. Vivement, elle se releva. L’oncle l’appelait.
– Jean est là, viens donc.
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C’était Jean, en effet, Jean effaré qui arrivait pour dîner.
Quand on lui dit que huit heures sonnaient, il demeura béat. Pas possible, il sortait de chez son patron. On le plaisanta, sans doute il avait pris par le bois de Vincennes. Mais, dèsqu’il put s’approcher de sa sœur, il lui souffla très bas :
– C’est une petite blanchisseuse qui reportait son linge...
J’ai là une voiture à l’heure. Donne- moi cent sous.
Il sortit une minute, et revint dîner, car Mme Baudu ne
voulait absolument pas qu’il repartît sans manger au moins une soupe. Geneviève avait reparu, dans son silence et son ef­facement habituels. Colomban sommeillait à demi, derrière un comptoir. La soirée coula triste et lente, animée uniquement par les pas de l’oncle, qui se promenait d’un bout à l’autre de la boutique vide. Un seul bec de gaz brûlait, l’ombre du plafond bas tombait à larges pelletées, comme la terre noire d’une fosse.
Des mois se passèrent. Denise entrait presque tous les jours
égayer un instant Geneviève. Mais la tristesse augmentait chez les Baudu. Les travaux d’en face étaient un continuel tourment qui avivait leur malchance. Même lorsqu’ils avaient une heure d’espoir, une joie inattendue, il suffisait du fracas d’un tombe­reau de briques, dela scie d’un tailleur de pierres ou du simple appel d’un maçon, pour la leur gâter aussitôt. Tout le quartier, d’ailleurs, en était secoué. De l’enclos de planches longeant et embarrassant les trois rues, sortait un branle d’activité fié­vreuse. Bien que l’architecte se servît des constructions exis­tantes, il les ouvrait de toutes parts, pour les aménager ; et, au milieu, dans la trouée des cours, il bâtissait une galerie cen­trale, vaste comme une église, qui devait déboucher par une porte d’honneur, sur la rue Neuve-Saint-Augustin, au centre
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de la façade. On avait eu d’abord de grandes difficultés à établir les sous-sols, car on était tombé sur des infiltrations d’égout et sur des terres rapportées, pleines d’ossements humains. Ensuite, le forage du puits avait violemment préoccupé les maisons voisines, un puits de cent mètres, dont le débit de­vait être de cinq cents litres à la minute. Maintenant, les murs s’élevaient au premier étage ; des échafauds, des tours de char­pentes, enfermaient l’île entière ; sans arrêt, on entendait le grincement des treuils montant les pierres de taille, le déchar­gement brusque des planchers de fer, la clameur de cepeuple d’ouvriers, accompagnée du bruit des pioches et des marteaux. Mais, par-dessus tout, ce qui assourdissait les gens, c’était la trépidation des machines ; tout marchait à la vapeur, des sif­flements aigus déchiraient l’air ; tandis que, au moindre coup de vent, un nuage de plâtre s’envolait et s’abattait sur les toi­tures environnantes, ainsi qu’une tombée de neige. Les Baudu désespérés regardaient cette poussière implacable pénétrer partout, traverser les boiseries les mieux closes, salir les étoffes de la boutique, se glisser jusque dans leur lit ; et l’idée qu’ils la respiraient quand même, qu’ils finiraient par en mourir, leur empoisonnait l’existence.
Du reste, la situation allait empirer encore. En septembre,
l’architecte, craignant de ne pas être prêt, se décida à faire tra­vailler la nuit. De puissantes lampes électriques furent éta­blies, et le branle ne cessa plus : des équipes se succédaient, les marteaux n’arrêtaient pas, les machines sifflaient conti­nuellement, la clameur toujours aussi haute semblait soulever et semer le plâtre. Alors, les Baudu, exaspérés, durent même renoncer à fermer les yeux ; ils étaient secouésdans leur alcôve,
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les bruits se changeaient en cauchemars, dès que la fatigue les engourdissait. Puis, s’ils se levaient pieds nus, pour calmer leur fièvre, et s’ils venaient soulever un rideau, ils restaient effrayés devant la vision du Bonheur des dames flambant au fond des ténèbres, comme une forge colossale, où se forgeait leur ruine. Au milieu des murs, à moitié construits, troués de baies vides, les lampes électriques jetaient de larges rayons bleus, d’une intensité aveuglante. Deux heures du matin sonnaient, puis trois heures, puis quatre heures. Et, dans le sommeil pénible du quartier, le chantier agrandi par cette clarté lunaire, devenu colossal et fantastique, grouillait d’ombres noires, d’ouvriers retentissants, dont les profils gesticulaient, sur la blancheur crue des murailles neuves.
L’oncle Baudu l’avait dit, le petit commerce des rues voisines
recevait encore un coup terrible. Chaque fois que le Bonheur des dames créait des rayons nouveaux, c’étaient de nouveaux écroulements, chez les boutiquiers des alentours. Le désastre s’élargissait, on entendait craquer les plus vieilles maisons. Mlle Tatin, la lingère dupassage Choiseul, venait d’être décla­rée en faillite ; Quinette, le gantier, en avait à peine pour six mois ; les fourreurs Vanpouille étaient obligés de sous-louer une partie de leurs magasins ; si Bédoré et sœur, les bonnetiers, tenaient toujours, rue Gaillon, ils mangeaient évidemment les rentes amassées jadis. Et voilà que, maintenant, d’autres ruines allaient s’ajouter à ces ruines prévues depuis longtemps : le rayon d’articles de Paris menaçait un bimbelotier de la rue Saint- Roch, Deslignières, un gros homme sanguin ; tandis que le rayon des meubles atteignait les Piot et Rivoire, dont les magasins dormaient dans l’ombre du passage Sainte-Anne.
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On craignait même l’apoplexie pour le bimbelotier, car il ne dérageait pas, en voyant le Bonheur afficher les porte-monnaie à trente pour cent de rabais. Les marchands de meubles, plus calmes, affectaient de plaisanter ces calicots qui se mêlaient de vendre des tables et des armoires ; mais des clientes les quit­taient déjà, le succès du rayon s’annonçait formidable.
C’était fini, il fallait plier l’échine : après ceux-là, d’autres
encore seraient balayés, et il n’yavait plus de raison pour que tous les commerces ne fussent tour à tour chassés de leurs comptoirs. Le Bonheur seul, un jour, couvrirait le quartier de sa toiture.
À présent, le matin et le soir, lorsque les mille employés
entraient et sortaient, ils s’allongeaient en une queue si longue sur la place Gaillon, que le monde s’arrêtait pour les regarder, comme on regarde défiler un régiment. Pendant dix minutes, les trottoirs en étaient encombrés ; et les boutiquiers, devant leurs portes, songeaient à l’unique commis, qu’ils ne savaient déjà comment nourrir. Le dernier inventaire du grand maga­sin, ce chiffre de quarante millions d’affaires, avait aussi ré­volutionné le voisinage. Il courait de maison en maison, au milieu de cris de surprise et de colère. Quarante millions ! son­geait-on à cela ? Sans doute, le bénéfice net se trouvait au plus de quatre pour cent, avec leurs frais généraux considérables et leur système de bon marché. Mais seize cent mille francs de gain était encore une jolie somme, on pouvait se contenter du quatre pour cent, lorsqu’on opérait sur des capitaux pareils. On racontait que l’anciencapital de Mouret, les premiers cinq cent mille francs augmentés chaque année de la totalité des bénéfices, un capital qui devait être à cette heure de quatre
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millions, avait ainsi passé dix fois en marchandises, dans les comptoirs.
Robineau, quand il se livrait à ce calcul devant Denise, après
le repas, restait un instant accablé, les yeux sur son assiette vide : elle avait raison, c’était ce renouvellement incessant du capital qui faisait la force invincible du nouveau commerce. Bourras seul niait les faits, refusait de comprendre, superbe et stupide comme une borne. Un tas de voleurs, voilà tout ! Des gens qui mentaient ! Des charlatans qu’on ramasserait dans le ruisseau, un beau matin !
Les Baudu, cependant, malgré leur volonté de ne rien
changer aux habitudes du Vieil Elbeuf, tâchaient de soutenir la concurrence. La clientèle ne venant plus à eux, ils s’effor­çaient d’aller à elle, par l’intermédiaire des courtiers. Il y avait alors, sur la place de Paris, un courtier, en rapport avec tous les grands tailleurs, qui sauvait les petites maisons de draps et de flanelles, lorsqu’ilvoulait bien les représenter. Naturellement, on se le disputait, il prenait une importance de personnage ; et, Baudu, l’ayant marchandé, eut le malheur de le voir s’entendre avec les Matignon, de la rue Croix-des-Petits-Champs. Coup sur coup, deux autres courtiers le volèrent ; un troisième, honnête homme, ne faisait rien. C’était la mort lente, sans secousse, un ralentissement continu des affaires, des clientes perdues une à une. Le jour vint où les échéances furent lourdes. Jusque-là, on avait vécu sur les économies d’autrefois ; maintenant, la dette commençait. En décembre, Baudu, terrifié par le chiffre des bil­lets souscrits, se résigna au plus cruel des sacrifices : il vendit sa maison de campagne de Rambouillet, une maison qui lui coûtait tant d’argent en réparations continuelles, et dont les locataires
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ne l’avaient pas même payé, lorsqu’il s’était décidé à en tirer par­ti. Cette vente tuait le seul rêve de sa vie, son cœur en saignait comme de la perte d’une personne chère. Et il dut céder, pour soixante-dix mille francs, ce qui lui en coûtait plus de deux cent mille. Encore fut-il heureux de trouver les Lhomme, ses voisins, que le désird’augmenter leurs terres détermina. Les soixante­dix-mille francs allaient soutenir la maison pendant quelque temps encore. Malgré tous les échecs, l’idée de la lutte renaissait : avec de l’ordre, à présent, on pouvait vaincre peut-être.
Le dimanche où les Lhomme donnèrent l’argent, ils vou-
lurent bien dîner au Vieil Elbeuf. Mme Aurélie arriva la pre­mière ; il fallut attendre le caissier, qui vint en retard, effaré par tout un après-midi de musique ; quant au jeune Albert, il avait accepté l’invitation, mais il ne parut pas. Ce fut, d’ail­leurs, une soirée pénible. Les Baudu, vivant sans air au fond de leur étroite salle à manger, souffrirent du coup de vent que les Lhomme y apportaient, avec leur famille débandée et leur goût de libre existence. Geneviève, blessée des allures impé­riales de Mme Aurélie, n’avait pas ouvert la bouche ; tandis que Colomban l’admirait, pris de frissons, en songeant qu’elle régnait sur Clara.
Avant de se coucher, le soir, comme Mme Baudu était déjà
au lit, Baudu se promena longtemps dans la chambre. Il fai­sait doux, untemps humide de dégel. Au-dehors, malgré les fenêtres closes et les rideaux tirés, on entendait ronfler les machines des travaux d’en face.
– Sais-tu à quoi je pense, Élisabeth ? dit-il enfin. Eh bien !
ces Lhomme ont beau gagner beaucoup d’argent, j’aime mieux être dans ma peau que dans la leur... Ils réussissent, c’est vrai. La
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femme a raconté, n’est-ce pas ? qu’elle s’était fait près de vingt mille francs cette année, et cela lui a permis de me prendre ma pauvre maison. N’importe ! je n’ai plus la maison, mais au moins je ne vais pas jouer de la musique d’un côté, tandis que tu cours la prétentaine de l’autre... Non, vois-tu, ils ne peuvent pas être heureux.
Il était encore dans la grosse douleur de son sacrifice, il gar-
dait une rancune contre ces gens qui lui avaient acheté son rêve. Quand il arrivait près du lit, il gesticulait, penché vers sa femme ; puis, de retour devant la fenêtre, il se taisait un instant, il écoutait la clameur du chantier. Et il reprenait ses vieilles accusations, ses doléances désespérées sur les temps nouveaux : on n’avait jamais vu ça, des commis gagnaient à cette heureplus que des commerçants, c’étaient les caissiers qui achetaient les propriétés des patrons. Aussi tout craquait, la famille n’existait plus, on vivait à l’hôtel, au lieu de manger honnêtement la soupe chez soi. Enfin, il terminait en prophé­tisant que le jeune Albert dévorerait plus tard la terre de Ram­bouillet avec des actrices.
Mme Baudu l’écoutait, la tête droite sur l’oreiller, si pâle,
que son visage avait la couleur de la toile.
– Ils t’ont payé, finit-elle par dire doucement.
Du coup, Baudu resta muet. Il marcha quelques secondes,
les yeux à terre. Puis, il reprit :
– Ils m’ont payé, c’est vrai ; et, après tout, leur argent est
aussi bon qu’un autre... Ce serait drôle, de relever la maison avec cet argent-là. Ah ! si je n’étais pas si vieux, si fatigué !
Un long silence régna. Le drapier était envahi par des pro-
jets vagues. Brusquement, sa femme parla, les yeux au plafond, sans remuer la tête.
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