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Au Bonheur Des Dames

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AU BONHEUR DES DAMES
nuit, pour moucharder le sommeil des autres. La lingère, qui serrait toujours les mains de son amie, la regarda un moment en silence, l’oreille tendue. Puis, elle recommença très bas, d’un air de tendre conviction :
– Moi, à votre place, je prendrais quelqu’un.
– Comment, quelqu’un ? murmura Denise, sans com-
prendre d’abord.
Lorsqu’elle eut compris, elle retira ses mains, elle resta
toute sotte. Ce conseil la gênait comme une idée qui ne lui était jamais venue, et dont elle ne voyait pas l’avantage.
– Oh ! non, répondit-elle simplement.
– Alors, continua Pauline, vous ne vous en sortirez pas,
c’est moi qui vous le dis !... Les chiffres sont là : quarante francs pour le petit, des pièces de cent sous de temps à autre au grand ; et vous ensuite, vous qui ne pouvez toujours aller mise comme une pauvresse, avec des souliers dont ces demoiselles plaisantent ; oui, parfaitement, vos souliers vous font du tort...
Prenez quelqu’un, ce sera beaucoup mieux.
– Non, répéta Denise.
– Eh bien ! vous n’êtes pas raisonnable... C’est forcé, ma
chère, et si naturel ! Nous avons toutes passé par là. Moi, tenez ! j’étais au pair, comme vous. Pas un liard. On est couchée et nourrie, bien sûr ; mais il y a la toilette, puis il est impossible de rester sans un sou, renfermée dans sa chambre, à regarder voler les mouches. Alors, mon Dieu ! il faut se laisser aller...
Et elle parla de son premier amant, un clerc d’avoué, qu’elle
avait connu dans une partie, à Meudon. Après celui-là, elle s’était mise avec un employé des postes. Enfin, depuis l’automne, elle fréquentait un vendeur du Bon Marché, un grand garçon
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très gentil, chez lequel elle passait toutes ses heures libres. Ja­mais qu’un à la fois, du reste. Elle était honnête, elle s’indignait, lorsqu’on parlait de ces filles qui se donnent au premier venu.
– Je ne vous dis point de vous mal conduire, au moins !
reprit-elle vivement. Ainsi je ne voudrais pas être rencontrée en compagnie devotre Clara, de peur qu’on ne m’accusât de faire la noce comme elle. Mais, quand on est tranquillement avec quelqu’un, et qu’on n’a aucun reproche à s’adresser... Ça vous semble donc vilain ?
– Non, répondit Denise. Ça ne me va pas, voilà tout.
Il y eut un nouveau silence. Dans la petite chambre glacée,
toutes deux se souriaient, émues de cette conversation à voix basse.
– Et puis, il faudrait d’abord avoir de l’amitié pour
quelqu’un, reprit-elle, les joues roses.
La lingère fut très étonnée. Elle finit par rire, et elle l’em-
brassa une seconde fois, en disant :
– Mais, ma chérie, quand on se rencontre et qu’on se plaît !
Êtes-vous drôle ! On ne vous forcera pas... Voyons, voulez-vous que dimanche Baugé nous conduise quelque part à la cam­pagne ? Il amènera un de ses amis.
– Non, répéta Denise avec une douceur entêtée.
Alors, Pauline n’insista plus. Chacune étaitmaîtresse d’agir
à son goût. Ce qu’elle en avait dit, c’était par bonté de cœur, car elle éprouvait un véritable chagrin de voir si malheureuse une camarade. Et, comme minuit allait sonner, elle se leva pour partir. Mais, auparavant, elle força Denise à accepter les six francs qui lui manquaient, en la suppliant de ne pas se gêner, de ne les rendre que lorsqu’elle gagnerait davantage.
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– Maintenant, ajouta-t-elle, éteignez votre bougie, pour
qu’on ne sache pas quelle porte s’ouvre... Vous la rallumerez ensuite.
La bougie éteinte, toutes deux se serrèrent encore les
mains ; et Pauline fila légèrement, rentra chez elle, sans laisser d’autres bruits que le frôlement de sa jupe, au milieu du som­meil, écrasé de fatigue, des autres petites chambres.
Avant de se mettre au lit, Denise voulut achever de re-
coudre son soulier et faire son savonnage. Le froid devenait plus vif, à mesure que la nuit avançait. Mais elle ne le sentait pas, cette causerie avait remué tout le sang de son cœur. Elle n’était point révoltée, il lui semblait bien permis d’arranger son existence comme onl’entendait, lorsqu’on se trouvait seule et libre sur la terre. Jamais elle n’avait obéi à des idées, sa rai­son droite et sa nature saine la maintenaient simplement dans l’honnêteté où elle vivait. Vers une heure, elle se coucha enfin. Non, elle n’aimait personne. Alors, à quoi bon déranger sa vie, gâter le dévouement maternel qu’elle avait voué à ses deux frères ? Pourtant, elle ne s’endormait pas, des frissons tièdes montaient à sa nuque, l’insomnie faisait passer devant ses pau­pières closes des formes indistinctes, qui s’évanouissaient dans la nuit.
À partir de ce moment, Denise s’intéressa aux histoires
tendres de son rayon. En dehors des heures de gros travail, on y vivait dans une préoccupation constante de l’homme. Des commérages couraient, des aventures égayaient ces demoi­selles pendant huit jours. Clara était un scandale, avait trois entreteneurs, disait-on, sans compter la queue d’amants de hasard, qu’elle traînait derrière elle ; et, si elle ne quittait pas
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le magasin, où elle travaillait le moins possible, dans le dédain d’un argent gagné plus agréablement ailleurs, c’était pour se couvrir auxyeux de sa famille ; car elle avait la continuelle terreur du père Prunaire, qui menaçait de tomber à Paris lui casser les bras et les jambes à coups de sabot. Au contraire, Marguerite se conduisait bien, on ne lui connaissait pas d’amoureux ; cela causait une surprise, toutes se racontaient son aventure, les couches qu’elle était venue cacher à Paris ; alors, comment avait-elle pu faire cet enfant, si elle était ver­tueuse ? et certaines parlaient d’un hasard, en ajoutant qu’elle se gardait maintenant pour son cousin de Grenoble. Ces de­moiselles plaisantaient aussi Mme Frédéric, lui prêtaient des relations discrètes avec de grands personnages ; la vérité était qu’on ne savait rien de ses affaires de cœur ; elle disparaissait le soir, raidie dans sa maussaderie de veuve, l’air pressé, sans que personne pût dire où elle courait si fort. Quant aux passions de Mme Aurélie, à ses prétendues fringales de jeunes hommes obéissants, elles étaient certainement fausses : on inventait cela entre vendeuses mécontentes, histoire de rire. Peut-être la première avait-elle témoigné autrefois trop de maternité à un ami de son fils, seulement elleoccupait aujourd’hui, dans les nouveautés, une situation de femme sérieuse, qui ne s’amu­sait plus à de pareils enfantillages. Puis, venait le troupeau, la débandade du soir, neuf sur dix que des amants attendaient à la porte ; c’était, sur la place Gaillon, le long de la rue de la Mi­chodière et de la rue Neuve-Saint-Augustin, toute une faction d’hommes immobiles, guettant du coin de l’œil ; et, quand le défilé commençait, chacun tendait le bras, emmenait la sienne, disparaissait en causant, avec une tranquillité maritale.
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Mais ce qui troubla le plus Denise, ce fut de surprendre le
secret de Colomban. À toute heure, elle le trouvait de l’autre côté de la rue, sur le seuil du Vieil Elbeuf, les yeux levés et ne quittant pas du regard ces demoiselles des confections. Quand il se sentait guetté par elle, il rougissait, détournait la tête, comme s’il eût redouté que la jeune fille ne le vendît à sa cou­sine Geneviève, bien qu’il n’y eût plus aucun rapport entre les Baudu et leur nièce, depuis l’entrée de celle-ci au Bonheur des dames. D’abord, elle le crut amoureux de Marguerite, à voir ses airs transis d’amant qui désespère, car Marguerite, sage etcouchant au magasin, n’était point commode. Puis, elle resta stupéfaite, lorsqu’elle acquit la certitude que les regards ar­dents du commis s’adressaient à Clara. Il y avait des mois qu’il brûlait ainsi, sur le trottoir d’en face, sans trouver le courage de se déclarer ; et cela pour une fille libre, qui demeurait rue Louis-le-Grand, qu’il aurait pu aborder, avant qu’elle s’en allât chaque soir au bras d’un nouvel homme ! Clara elle- même ne paraissait pas se douter de sa conquête. La découverte de De­nise l’emplit d’une émotion douloureuse. Était-ce donc si bête, l’amour ? Quoi ! ce garçon qui avait tout un bonheur sous la main, et qui gâtait sa vie, et qui adorait une gueuse comme un saint-sacrement À partir de ce jour, elle éprouva un serrement de cœur, chaque fois qu’elle aperçut, derrière les carreaux ver­dâtres du Vieil Elbeuf, le profil pâle et souffrant de Geneviève.
Le soir, Denise songeait ainsi en regardant ces demoiselles
s’en aller avec leurs amants. Celles qui ne couchaient pas au Bonheur des dames, disparaissaient jusqu’au lendemain, rapportaient à leurs rayons l’odeur du dehors dans leurs jupes,tout un inconnu troublant. Et la jeune fille devait par-
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fois répondre par un sourire au signe de tête amical dont la saluait Pauline, que Baugé attendait régulièrement dès huit heures et demie, debout à l’angle de la fontaine Gaillon. Puis, après être sortie la dernière et avoir fait son tour furtif de promenade, toujours seule, elle était rentrée la première, elle travaillait ou se couchait, la tête occupée d’un rêve, prise de curiosité sur cette existence de Paris, qu’elle ignorait. Certes, elle ne jalousait pas ces demoiselles, elle était heureuse de sa solitude, de cette sauvagerie où elle vivait enfermée, comme au fond d’un refuge ; mais son imagination l’emportait, tâ­chait de deviner les choses, évoquait les plaisirs sans cesse contés devant elle, les cafés, les restaurants, les théâtres, les dimanches passés sur l’eau et dans les guinguettes. Toute une fatigue d’esprit lui en restait, un désir mêlé de lassitude ; et il lui semblait être déjà rassasiée de ces amusements, dont elle n’avait jamais goûté.
Cependant, il y avait peu de place pour les songeries dan-
gereuses, au milieu de son existence de travail. Dans le maga­sin, sous l’écrasementdes treize heures de besogne, on ne pen­sait guère à des tendresses, entre vendeurs et vendeuses. Si la bataille continuelle de l’argent n’avait effacé les sexes, il aurait suffi, pour tuer le désir, de la bousculade de chaque minute, qui occupait la tête et rompait les membres. À peine pouvait­on citer quelques rares liaisons d’amour, parmi les hostilités et les camaraderies d’homme à femme, les coudoiements sans fin de rayon à rayon. Tous n’étaient plus que des rouages, se trou­vaient emportés par le branle de la machine, abdiquant leur personnalité, additionnant simplement leurs forces, dans ce total banal et puissant de phalanstère. Au-dehors seulement,
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reprenait la vie individuelle, avec la brusque flambée des pas­sions qui se réveillaient.
Denise vit pourtant un jour Albert Lhomme, le fils de la
première, glisser un billet dans la main d’une demoiselle de la lingerie, après avoir traversé plusieurs fois le rayon, d’un air d’indifférence. On arrivait alors à la morte-saison d’hiver, qui va de décembre à février ; et elle avait des moments de repos, des heures passées debout, les yeux perdus dans les pro­fondeurs dumagasin, à attendre les clientes. Les vendeuses des confections voisinaient surtout avec les vendeurs des dentelles, sans que l’intimité forcée allât plus loin que des plaisanteries, échangées tout bas. Il y avait, aux dentelles, un second farceur qui poursuivait Clara de confidences abominables, simple­ment pour rire, si détaché au fond, qu’il n’essayait seulement pas de la retrouver dehors ; et c’étaient ainsi, d’un comptoir à l’autre, entre ces messieurs et ces demoiselles, des coups d’œil d’intelligence, des mots qu’eux seuls comprenaient, parfois des causeries sournoises, le dos à demi tourné, l’air rêveur, pour donner le change au terrible Bourdoncle. Quant à Deloche, longtemps il se contenta de sourire, en regardant Denise ; puis, il s’enhardit, lui murmura un mot d’amitié, lorsqu’il la cou­doya. Le jour où elle aperçut le fils de Mme Aurélie donnant un billet à la lingère, Deloche justement lui demandait si elle avait bien déjeuné, par besoin de s’intéresser à elle, et ne trou­vant rien de plus aimable. Lui aussi vit la tache blanche de la lettre ; il regarda la jeune fille, tous deux rougirent de cette intrigue nouée devanteux.
Mais Denise, sous ces haleines chaudes qui éveillaient peu
à peu la femme en elle, gardait encore sa paix d’enfant. Seule,
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la rencontre de Hutin lui remuait le cœur. Du reste, ce n’était à ses yeux que de la reconnaissance, elle se croyait uniquement touchée de la politesse du jeune homme. Il ne pouvait amener une cliente au rayon, sans qu’elle demeurât confuse. Plusieurs fois, en revenant d’une caisse, elle se surprit faisant un détour, traversant inutilement le comptoir des soieries, la gorge gon­flée d’émotion. Un après-midi, elle y trouva Mouret qui sem­blait la suivre d’un sourire. Il ne s’occupait plus d’elle, ne lui adressait de loin en loin une parole que pour la conseiller sur sa toilette et la plaisanter, en fille manquée, en sauvage qui tenait du garçon et dont il ne tirerait jamais une coquette, mal­gré sa science d’homme à bonnes fortunes ; même il en riait, il descendait jusqu’à des taquineries, sans vouloir s’avouer le trouble que lui causait cette petite vendeuse, avec ses cheveux si drôles. Devant ce sourire muet, Denise trembla, comme si elle était en faute.
Savait-il donc pourquoi elle traversait la soierie, lorsqu’elle-
même n’aurait pu expliquer ce qui la poussait à un pareil dé­tour ?
Hutin, d’ailleurs, ne paraissait nullement s’apercevoir
des regards reconnaissants de la jeune fille. Ces demoiselles n’étaient pas son genre, il affectait de les mépriser, en se vantant plus que jamais d’aventures extraordinaires avec des clientes : à son comptoir, une baronne avait eu le coup de foudre, et la femme d’un architecte lui était tombée entre les bras, un jour qu’il allait chez elle pour une erreur de métrage. Sous cette hâblerie normande, il cachait simplement des filles ramassées au fond des brasseries et des cafés-concerts. Comme tous les jeunes messieurs des nouveautés, il avait une rage de dépense,
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se battant la semaine entière à son rayon, avec une âpreté d’avare, dans le seul désir de jeter le dimanche son argent à la volée, sur les champs de courses, au travers des restaurants et des bals ; jamais une économie, pas une avance, le gain aussitôt dévoré que touché, l’insouciance absolue du lendemain. Favier n’était pas de ces parties. Hutin et lui, si liés au magasin, se saluaient à laporte et ne se parlaient plus ; beaucoup de ven­deurs, en continuel contact, devenaient ainsi des étrangers, ignorant leurs vies, dès qu’ils mettaient le pied dans la rue. Mais Hutin avait pour intime Liénard. Tous deux habitaient le même hôtel de Smyrne, rue Sainte-Anne, une maison noire entièrement occupée par des employés de commerce. Le matin, ils arrivaient ensemble ; puis, le soir, le premier libre, lorsque le déplié de son comptoir était fait, allait attendre l’autre au café Saint-Roch, rue Saint-Roch, un petit café où se réunis­saient d’habitude les commis du Bonheur des dames, braillant et buvant, jouant aux cartes dans la fumée des pipes. Souvent, ils restaient là, ne partaient que vers une heure, lorsque le maître de l’établissement, fatigué, les jetait dehors. D’ailleurs, depuis un mois, ils passaient la soirée trois fois par semaine au fond d’un « beuglant » de Montmartre ; et ils emmenaient des camarades, ils y faisaient un succès à Mlle Laure, forte chan­teuse, la dernière conquête de Hutin, dont ils appuyaient le talent de si violents coups de canne et de telles clameurs, qu’à deux reprises déjà la police avaitdû intervenir.
L’hiver passa de la sorte, Denise obtint enfin trois cents
francs d’appointements fixes. Il était temps, ses gros souliers ne tenaient plus. Le dernier mois, elle évitait même de sortir, pour ne pas les crever d’un coup.
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– Mon Dieu ! mademoiselle, vous faites un bruit avec vos
chaussures ! répétait souvent Mme Aurélie, d’un air agacé. C’est insupportable... Qu’avez-vous donc aux pieds ?
Le jour où Denise descendit, chaussée de bottines d’étoffe,
qu’elle avait payées cinq francs, Marguerite et Clara s’éton­nèrent à demi-voix, de façon à être entendues.
– Tiens ! la mal peignée qui a lâché ses galoches, dit l’une.
– Ah bien ! reprit l’autre, elle a dû en pleurer... C’étaient les
galoches de sa mère.
D’ailleurs, un soulèvement général se produisit contre
Denise. Le comptoir avait fini par découvrir son amitié avec Pauline, et il voyait une bravade dans cette affection donnée à unevendeuse d’un comptoir ennemi. Ces demoiselles par­laient de trahison, l’accusaient d’aller répéter à côté leurs moindres paroles. La guerre de la lingerie et des confections en prit une violence nouvelle, jamais elle n’avait soufflé si rude­ment : des mots furent échangés, raides comme des balles, et il y eut même une gifle, un soir, derrière les cartons des chemises. Peut-être, cette lointaine querelle venait-elle de ce que la lin­gerie portait des robes de laine, lorsque les confections étaient vêtues de soie ; en tout cas, les lingères parlaient de leurs voi­sines avec des moues révoltées d’honnêtes filles ; et les faits leur donnaient raison, on avait remarqué influer sur les débordements des confectionneuses. Clara était souffletée du troupeau de ses amants, Marguerite elle-même avait reçu son enfant à la tête, tandis qu’on accusait Mme Fré­déric de passions cachées. Tout cela à cause de cette Denise !
– Mesdemoiselles, pas de vilains mots, tenez- vous ! disait
Mme Aurélie d’un air grave, au milieu des colères déchaînées de son petit peuple. Montrez qui vous êtes.
que la soie semblait
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