Теоретическая фонетика французского языка. Системный и функциональный аспекты. Учебное пособие (на французском языке)
.pdfPlus les groupes sont chargés, plus ils courent le risque d'être simplifiés. Ainsi, il est rare que soit toléré un groupe de trois consonnes ou plus. Mais la nature de ces consonnes joue un grand rôle dans le degré de tolérance :
(23)[kekſoz] (quelque chose, avec chute du l après celle du e muet)
(24)[esplike] (expliquer — groupe de 4 consonnes, simplifié en 3)
(25)[esprε] (exprès — passage de 4 à 3 consonnes)
(26)[paskœ] (parce que, avec chute du r après celle du e muet)
(27)[Oskyr] (obscur)
La simplification est d'autant moins stigmatisée que le groupe risquait d'être plus chargé : (28) [iſãtpy] (il chante plus) ; (29) [ilivapy] (il y va plus).
Simplification en finale de mot
Les cas les plus répandus concernent le r et le l postconsonantiques (après occlusive ou fricative), mais il y a de nombreux exemples concernant d'autres consonnes. On distinguera trois positions, en fonction de la place du mot dans la chaîne.
— Le mot suivant commence par une consonne. Si la consonne finale de mot était conservée, on aurait un groupe de trois consonnes, que sa chute ramène à deux : (30) [katsã] (quatre cents) ; (31) non je me dégonf(le) pas
chute particulièrement fréquente qui comporte au moins une exception, où est préféré le maintien du e muet sans doute par souci de compréhensibilité, importante dans l'usage des chiffres et nombres : (32) [katrəvέ] (quatre vingts)
Cette simplification de finales se produit aussi avec d'autres consonnes :
(33)elle res(te) sur son lit
(34)ça ris(que) de pas tenir — où la chute du [kj] crée les conditions pour une assimilation : (34') [sarizdəpatnir]
Ce phénomène est suffisamment connu pour être souvent pris en compte dans les transcriptions littéraires, spécialement pour le r: (35) v'là ot'chose (bandes dessinées)
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—Le mot suivant commence par une voyelle : c'est donc un groupe de deux consonnes qui est simplifié en une: (36) quat(re) ou cinq; (37) une incroyab(le) histoire.
—Le mot se trouve en finale de groupe rythmique ou en finale absolue : (38) j'en veux quat(re)
(39) roah, l'aut' ! (bandes dessinées)
(40) c'est pas croyab (Queneau)
(41) rhumatis(me)
(42) tout était infec(t)
(43)le coup de food (nom d'un fast-food, avec jeu de mot sur coup de
foudre)
La variation est ici soumise à trois types de conditionnements : phonologique (plus fréquente devant consonne que devant voyelle, et devant voyelle qu'à la finale absolue) ; syntaxique (influencée par la catégorie du mot et par sa fréquence) ; elle est enfin sujette à variation inhérente, comme en (44) et (45) :
(44)quatre ou cinq (44') quat (re) ou cinq
Ces deux énoncés ont été produits à quelques secondes de distance, dans un même contexte grammatical, dans un parler très surveillé à l'émission Apostrophes.
(45) Message de service : le chef de gare pour le centre de surveillance / je répète : le chef de gare pour le cent(re) de surveillance
Effet de la répétition ? La chute crée les conditions pour une assimilation : (45') [sândasyrvejâs]
Le cas de l dans les pronoms il(s) et elle(s)
La chute du l du pronom il, fréquemment dénoncée comme changement (stigmatisé) en cours, remonte à l'ancien français. Elle est, en français standard, réservée à la position préconsonantique :
(46) i(l) dit, i(l) veut, i(l) pense
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On signale cependant, en français québécois, une extension du phénomène à la position prévocalique, ce qui constitue une difficulté de compréhension pour les Français :
(47) [ipar] — [jariv] — [ipart] —- [jariv]
(47') i(l) part — i(l) arrive — i(ls) partent — i(ls) arrivent
(ce dernier sans liaison). Mais le [1] et le [z] de liaison réapparaissent en langue soutenue. De façon semble-t-il plus récente, le comportement de [1] dans le pronom elle est parallèle :
(48) [kεskεdi] ; (48') qu'est-ce qu'e(lle) dit ?
En français québécois, la voyelle de elle peut se confondre avec l'initiale d'un verbe commençant par une voyelle, comme on le voit en (49) et (50) :
(49)[ε : pavny] elle est pas venue
(50)[a : riv] elle arrive
Le passage de [ε] à [a] est, en français de France, réservé à des usages populaires ou régionaux, et est assez fortement stigmatisé.
On peut illustrer avec ce phénomène le rôle de la formulation des règles grammaticales. Plutôt que de parler de chute du l devant consonne, on peut en effet traiter l'alternance il a / i(l) dit, en concevant le l comme consonne de liaison : muette devant consonne, et prononcée devant voyelle.
Les réductions
Un débit rapide accroît le nombre des réductions de toutes sortes : troncations ou abréviations. Celles-ci n'interviennent pas au hasard et obéissent à quelques principes, à différents niveaux.
— Ecrasement de phonèmes. Outre le cas du e muet, un certain nombre de sons sont susceptibles d'être omis, soit selon une règle indifférente au mot (cas de r et 1 postconsonantiques en finale), soit en fonction d'un mot : par exemple, le [y] de tu, qui disparaît, en usage familier, quand le verbe suivant commence par une
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voyelle; règle qui, dans certains usages, peut être étendue à la position préconsonantique :
(51)[tariv] ;
(52)[tvabjέtkupeǽdwa] (tu vas bien te couper un doigt ; Savoie)
C'est aussi le cas d'un certain nombre de voyelles : déjà, voilà ou le tout de tout à l'heure peuvent se prononcer [d3a], [vla] et [ttalœr] (voir skeutadittaleur chez Queneau); ou de consonnes :
(53) [illamisylfø] (sur prononcé [sy] devant consonne)
— Réduction au niveau de la syllabe. Elle a lieu surtout pour des syllabes en position inaccentuée (par exemple à l'initiale ou à l'intérieur du mot) :
(54)'core heureux
(55)[arjastipkisramεn] (alors il y a ce type qui se ramène)
(56)t'wah (tu vois ; bandes dessinées)
(57)tartagueule à la récré (tu vas voir ta gueule à la récré ; tu vas voir : suppose un [a] allongé, et de préférence d'arrière.
— La disparition de mots est à la fois plus rare et plus contrainte. Ainsi, la réduction de vous clitique sujet laisse une trace sous forme du [z], alors que le suffixe verbal serait suffisant pour identifier la personne. Fait à interpréter comme signe du caractère tendan-ciellement obligatoire du clitique sujet :
(58)z'avez pas vu l'panneau (bandes dessinées)
En revanche, il impersonnel peut disparaître avec certains verbes, surtout falloir et y avoir :
(59) faudrait savoir c(e) que tu veux
RESUME
En résumé, nous rapportons aux traits phonostylistiques du français familier les caractéristiques phonétiques suivantes:
1)articulation plus ou moins relâchée;
2)chute extrémement fréquente du [ə] instable;
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3)supression d'un très grand nombre de liaisons facultatives;
4)ellipse des voyelles et des consonnes;
5)formation des groupements consonantiques inhabituels;
6)assimilation fréquente des sons;
7)débit rapide;
8)utilisation fréquente des pauses et des phénomènes d'hésitation;
9)distribution irrégulièrè des accents;
10)diversité de la structure syllabique des unités accentuelles;
11)compression quantitative des syllabes et des unités accentuelles;
12)fréquence élevée de variations mélodiques (d’aprés Séliach, Evtchik,
1986).
ESSAIS ET RECHERCHES:
1.Quand les «facilités de prononciation» ont-elles lieu ? A quel registre de la langue appartiennent-elles (soutenu, relâché, neutre) ?
2.Sur quoi est basée la classification des assimilations ?
3.Expliquez le sel des histoires drôles suivantes :
a)— Quel est l'animal le plus rapporteur? C'est le cheval, parce que «Chvaldire à ta mère!»;
b)) «Un touriste de passage en Belgique va visiter le champ de bataille de Waterloo. Pris d'un doute, il s'approche d'un passant et il lui demande :
— Dites-moi, comment faut-il prononcer, Vaterloo ou Ouaterloo ?
— Ouaterloo, dit l'autre.
— Ah, bon ! Merci, dit le touriste. Et il ajoute par politesse : Il est bien beau, votre pays !
— C'est pas mon pays, fait le gars. Je suis là en ouacances...»;
c)«Dans l'avion, l'hôtesse de l'air annonce :
— Pour vous éviter d'avoir à remplir les fiches de
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police, je vais passer parmi vous et vous demander
vos noms... Puis elle s'approche d'un passager et elle lui dit :
—Vous vous appelez ?
—Konschtrikoff, dit-il.
—Ah ! Vous êtes russe ! Vous m'épelez ?
—Oh! fait l'autre avec un grand sourire, vous me plaît aussi!»
4. Ennumerez les variations phonostylistiques du français. Restituez la forme complète d’après la transcription et commentez les exemples suivants : [ſчi]; [ſepa]; [tε]; [ta]; [tse]; [styvø]; [japa]; [fέ]; [stase]; [tfasõ]; [fέtkõt]; [paskə]; [jəvze].
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2.3. L'ENONCIATION COMME ACTE DE PAROLE : ASPECT PRAGMATIQUE
L'intonation appartient au processus de production du texte (l’énonciation de l’énoncé), qu'elle en marque la prise en charge par le sujet parlant. La fonction de l'intonation ne consiste pas seulement à actualiser la syntaxe ou les segments du texte, mais aussi, et d'abord, à en réaliser l’énonciation.
Nous ne pouvons proposer qu'une ébauche de ce qui devrait être une description de la fonction énonciative (pragmatique) de l'intonation, en recherchant ce qui, dans certaines zones de la théorie de l’énonciation, pourrait éclairer ce niveau de fonctionnement de la prosodie. L'objectif d'une telle démarche serait d'approcher, dans son originalité, le rôle de l'intonation dans ce qu'elle apporte comme supplément de «sens» au texte et, tout particulièrement, de préciser sa fonction dans le jeu entre le sens littéral et la signification sous-entendue d'un énoncé, en relation avec le contexte et la situation. Ainsi comprise, l'intonation pourrait alors être décrite comme l'une des composantes de l' aspect pragmatique de la langue dans sa réalisation énonciative orale (parole, discours, conversation).
Les actes de parole.
Sous le chef d' « actes de parole » nous ne visons pas seulement les actes qui ne peuvent se réaliser que dans la parole, mais tous ceux qui s'y réalisent, qu'ils appartiennent au système de la langue ou qu'ils soient produits par les conditions socio-psychologiques de la communication.
Actes illocutifs.
Parce que toute parole est parole pour autrui, parler c'est soit dire quelque chose à quelqu'un, soit demander à quelqu'un de faire quelque chose : parler, c'est faire un acte illocutif. A l'intérieur de cette grande division, on distinguera entre des dire et des demander primaires et secondaires, selon que l'acte, illocutif entretient un rapport analytique ou synthétique avec son objet. Ainsi on opposera,
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par exemple, dire, déclarer, affirmer, d'une part, comme dire primaires, à approuver, désapprouver, d'autre part, comme dire secondaires : approuver c'est, en gros, « dire qu'on est d'accord ». De même, on opposera demander, ordonner, supplier, d'une part, comme demander primaires, à interroger ou convoquer, d'autre part, comme demander secondaires : interroger c'est « demander de dire (si, quand, où, comment, etc.) », convoquer c'est« demander de venir ».
Sentiments et attitudes.
L'expression des sentiments par l'intonation est la zone la plus difficile à éclairer. D'une part, dans la réalité psychologique, il y a continuité d'un sentiment, d'une attitude à l'autre, et le catalogue lexical qu'on en peut dresser n'offre qu'un découpage arbitraire. D'autre part dans la mesure où l'expression des sentiments est un phénomène spontané (c'est ce qui permet de les feindre), c'est à ce niveau que les différences individuelles entre locuteurs se marqueront le plus.
Il est cependant possible de relever les caractéristiques générales de l'expression des sentiments les plus typiques, en tenant compte que si elles sont, au départ, universelles, elles sont en quelque sorte filtrées (« réécrites »), dans une langue donnée, par les caractéristiques articulatoires et prosodiques — arbitraires
— de cette langue. L'intonation d'un même sentiment est donc variable d'une langue à l'autre : ce qui est commun à toutes les langues, c'est la différence entre, sur un même texte, une intonation «neutre» et l'intonation exprimant tel sentiment. C'est donc sur des textes non structurés (réduits à un monosyllabe) que les intonations de sentiment apparaissent le mieux. On peut ensuite suivre le développement d'une forme intonative en fonction du développement syntacticorythmique du texte qui la supporte. Comparer par exemple la marque de l'irritation sur les énoncés suivants:
—Hé!
—Alors !
—Ça va pas, non ?
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—Pouvez pas faire attention !
—Non mais vous vous rendez compte de ce que vous faites !
Nous ne ferons qu'évoquer l'étude de l'expression intonative des sentiments, compte tenu de la difficulté à isoler les éléments pertinents : à côté de l'intonation proprement dite, on joue sur tous les éléments de la voix — registre, écarts tonals, contour, intensité, débit, durée, etc.
Notons toutefois que puisque nous sommes parti du cadre de la modalisation, il faudrait d'abord faire une distinction entre sentiments propositionnels, catégorie modale, et attitudes référentielles, qui n'ont pas les caractéristiques de la modalité. Il y a ainsi, par exemple, une différence de cet ordre entre la peur et la tendresse, au-delà de la différence évidente entre les « états » exprimés : la peur relève de la modalité par ce que sa cause — ce qui fait peur — explicite ou non dans le discours « peureux » peut se formuler par une proposition qui est cause de j'ai peur. Ainsi, Tu es venu ! dit (asserté) avec peur peut s'expliciter en métalangage par « j'ai peur qu'il n'arrive quelque chose du fait que tu es venu » ou « le fait que tu es venu me cause de la peur ». La tendresse, par contre, ne peut s'expliciter dans une construction analogue : c'est une attitude par rapport à un objet, animé (l'auditeur par exemple), ou inanimé, objet que nous appelons réfèrent pour le distinguer de l'objet propositionnel.
Il faudrait donc, en toute rigueur, distinguer, pour l'intonation, la fonction d'expression des sentiments propositionnels et la fonction d'expression des attitudes référentielles.
L'intonation et l'attitude du locuteur à son sujet
Nous avons parlé jusqu'à présent simplement en termes de changement de ton, contrastant un ton montant avec un ton descendant (après une montée), le tout par rapport à un ton bas servant de «norme» ou point de repère (cf. Fig.4 et Fig.6 ). Ceci nous permet de dégager certains faits; mais il est nécessaire de distinguer aussi
différents niveaux de ton si nous devons comprendre d'autres aspects du 79
fonctionnement de l'intonation. Pour coordoner tout à fait approximativement les deux systèmes de niveaux nous proposons la corrélation suivante :
5 degrés de hauteur |
2 degrés de hauteur |
SAsuraigü |
|
A- aigü |
Haut |
IA- infra-aigü |
|
M- médium |
Bas (Normal) |
G- grave |
|
En fait le changement de ton qui s'associe systématiquement à la proposition affirmative est une descente d'un ton pas très élevé au ton bas de «repère». Mais ce mouvement vers le bas peut être accentué en descendant à un niveau inférieur au ton bas de repère. L'effet en est de souligner, pour ainsi dire, la finalité de ce qui a été affirmé, de renforcer par exemple une opinion exprimée. Dans la conversation il peut servir à clore un sujet, ou bien à indiquer qu'on souhaite passer la parole à l'interlocuteur.
P. ex. :
SA
A
IA Vous l’avez vu !
M
G
De même le mouvement descendant peut commencer plus haut pour se terminer à un niveau au-dessus du ton bas de repère. Dans ce cas le message de finalité est atténué ou modifié. L'implication est qu'on pourrait développer le thème, tirer des conséquences de ce qui a été énoncé ; tout n'a pas été dit, éventuellement, ce qui a été dit n'est pas à prendre au pied de la lettre, d'où des effets d'ironie ou d'insinuation.
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