Analyse du texte et du lexique. Учебно-методическое пособие
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le front d’un enfant. Déposer ses hommages aux pieds de quelqu’un. Déposer un projet de loi sur le bureau de l’Assemblée nationale ou du Sénat. La commission parlementaire a déposé ses conclusions. Déposer une plainte. Déposer des conclusions. Déposer en justice. Déposer une demande, un dossier de candidature. Déposer un sujet de thèse. Déposer son bilan. Déposer un roi, un empereur, un évêque. Déposer un fardeau. Déposer son manteau sur une chaise. Défense de déposer des ordures! Déposer les armes. Déposer la couronne, le pouvoir. Déposer une charge. Déposer sa fierté, ses prétentions.
Precisez le sens du verbe fendre en le remplacant par un mot ou par une expression synonymique: fendre
Comme le verbe transitif
1.Diviser en long.
2.Provoquer une ou plusieurs fentes ou fissures dans un corps, une matière,
etc.
3.Traverser une masse, un élément quelconque en en séparant les parties.
Comme le verbe pronominal
1.Avec un sens passif. Être divisé en long. Ce bois se fend aisément.
2.Se fissurer, s’entrouvrir, se disjoindre.
3.Réfléchi indirect.
4.Attaquer vivement l’adversaire, en se lançant en avant et en retombant sur une jambe fléchie, l’autre jambe restant tendue en arrière.
5.Vulgaire. Se fendre de, offrir avec une générosité inaccoutumée.
Apprenez les exemples. Fendre du bois. Fendre une bûche avec un coin,
une cognée. Fendre de l’ardoise. Geler à pierre fendre. Crier, sangloter à fendre l’âme. Fendre le cœur. Fendre la foule. Se fendre la pipe.
Traduisez en russe. La foudre a fendu ce châtaignier. D’un coup de sabre, il fendit la tête de son adversaire. La trop grande sècheresse fend la terre. Ces pierres ont été fendues par le gel. Ils me fendent la tête avec leurs cris. Ce spectacle lui fendait le cœur. Cela me fend le cœur de le voir partir. Le soc de la charrue fend la terre. Le navire fendait les flots. Le nageur fendait l’eau à longues brasses. Une flèche fendit l’air. Je me suis fendu la lèvre. Il s’est fendu le crâne en tombant. La glace se fendit sous ses pieds. Cette plaque de marbre s’est fendue en plusieurs endroits. Lorsqu’ils sont bien mûrs, certains grains de raisin se fendent.
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Mon cœur se fend. Son cœur se fend à la pensée de ne plus la revoir. Fendez-vous! Il s’est fendu de trois bouteilles de champagne. Il ne s’est pas fendu.
Tradisez en russe le verbe fendre d’après le contexte
1.Le soleil a fendu le sol. 2. Le jour du depart, il faisait un froid a pierre fendre. 3. Il se mit a fendre du bois devant la porte de sa maison. 4. Ce spectacle me fend le coeur. 5. L’hirondelle fend l’air d’un vol rapide. 6. Sans prendre le temps d’interroger personne, il fendit les groupes et poussa la porte. 7. Sous l’effet du tremblement de terre ce gros rocher s’est fendu. 8. Vous faites trop de bruit, la tete me fend.
Refuser tr. / intr. I. Verbe transitif.
1.Repousser, rejeter une offre, une proposition, une demande.
2.Ne pas se soumettre à une contrainte, à un ordre, à une règle.
3.Ne pas vouloir de quelqu’un; ne pas accepter, ne pas admettre une personne dans un lieu, dans un groupe.
4.Par analogie. En parlant d’organes, de mécanismes, d’objets qui ne peuvent accomplir leur fonction, dont on ne peut faire l’usage habituel.
II. Verbe pronominal.
1.Ne pas se permettre, s’interdire; se priver de.
2.Se refuser à. Suivi d’un verbe à l’infinitif. Ne pas accepter de.
3.Avec un sens passif et surtout dans des phrases négatives. Être repoussé.
Renoncer intr.
1.S’abstenir de faire valoir un droit, soit par un acte exprès, soit par un abandon pur et simple; cesser de prétendre ou d’aspirer à quelque chose. .
2.Abandonner la possession, l’usage de quelque chose; se défaire de ce à quoi on est attaché.
3.Jouer une carte d’une autre couleur que celle qui est demandée, que l’on en ait ou non.
Apprenez les exemples. Refuser une invitation. Refuser un délai. Renoncer à carreau. Renoncer à un privilège. Renoncer à la liberté, à son indépendance. Renoncer à l’alcool, à fumer. Renoncer à ses habitudes. Renoncer à l’état militaire. Renoncer à un idéal. Renoncer au monde. Renoncer à quelqu’un. Renoncer à soi-même. Renoncer à tout espoir. Se refuser à travailler, à agir, à
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considérer la réalité telle qu’elle est. Refuser la discipline. Refuser des spectateurs faute de place. Refuser obéissance, allégeance. Refuser une mission. Refuser un parti. Refuser la main d’une jeune fille. Refuser la porte à quelqu’un. Refuser sa porte à une personne.
Traduisez du français. Il a refusé cet emploi. Il ne peut rien lui refuser. Refuser son consentement. Ce roman a été refusé plusieurs fois avant sa publication. On lui a refusé sa grâce. Refuser l’asile politique à quelqu’un. Il refuse de nous recevoir. On a refusé d’enregistrer sa plainte. On joue pique et vous jouez trèfle: vous renoncez. Ésaü renonça à son droit d’aînesse contre un plat de lentilles. Renoncer à engager des poursuites. Il a renoncé à se présenter à la présidence. Je renonce à lui faire entendre raison. Je voulais partir, mais j’y ai renoncé. Il finira par renoncer. Une telle offre ne peut se refuser. Cela ne se refuse pas. Je me refuse à croire cela. Cet avare se refuse même le nécessaire. Il ne se refuse rien. Ses jambes refusaient de le porter. Le moteur refuse de démarrer. Ce tiroir refuse de s’ouvrir. Refuser un jeune homme, une jeune fille en mariage. Les femmes sont refusées dans certains clubs anglais. Les élèves refusés à cette épreuve devront se représenter. Elle refuse d’obéir, d’obtempérer. Le malade refuse de s’alimenter. Refuser la main à quelqu’un. Il refuse l’inéluctable. Elle refuse de s’avouer vaincue. Elle lui refuse toute qualité, tout talent. La nature ne lui a refusé aucun de ses dons. Je me vois dans l’obligation de refuser. Il refusa net.
Revisez l’emploi des verbes refuser de; se refuser à; renoncer à. Dites en français:
1. Я сомневаюсь, что он откажется от этого лестного предложения. 2. Она отказалась играть на рояле, так как не симпатизировала моему другу. 3. Они наотрез отказались от еды.
Traduisez du français: mettre la main sur; prendre la main dans le sac; de main de maître; de longue main; en venir aux mains; faire main basse; avoir la main rompue à qch; mettre la main à l’oeuvre; mettre la dernière main au travail.
Expliquez le sens du verbe broncher dans les phrases suivantes: l’escalier noir ou les pieds bronchent, ne pas broncher, sans broncher.
Precisez le sens du verbe rappeler dans les phrases suivantes:
1. Le Ministere des affaires etrangeres a rappele l’ambassadeur de Belgique. 2. Apres le dernier acte on a maintes fois rappele l’artiste du peuple de la
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Russie. 3. Apres avoir fait au malade la transfusion du sang, on l’a rappele a la vie. 4. Cette peinture de Guerassimov me rappelle une ébauche que j’ai vue au Musee Russe à Ekaterinburg.
Expliquez le sens des derivés du mot vie
1. Cet enfant est interessant, il est tres vivant. 2. Le vieux couple vivotait peniblement à Paris. 3. Que cette fillette est vive et qu’elle a l’air vivace. 4. Les deux amis marchaient vivement et discutaient avec vivacite. 5. Du vivant de sa femme il frequentait souvent ses amis. 6. Il faut mettre dans le vivier les langoustes et les homards qu’on vient d’acheter.
Traduisez en français: широкие планы; широкая юбка; широкий зал; широкие брюки; широкая публика; широкие массы; жить на широкую ногу; в широком смысле слова; в широком масштабе; в широких размерах.
Mettez le verbe entre parentheses au temps convenable de l’Indicatif ou du Subjonctif: 1. Quand vous (faire) ce croquis, je vous apporterai un cadre.
2.Vous semblez prevenu contre cet homme. On (dire) qu’il vous tape sur les nerfs.
3.S’il (considerer) ce jugement comme infaillible, il n’aurait pas riposte. 4. En d’autres circonstances il (se douter) de son supplice. 5. Moi, a votre place, dit Felicite, je le (dire) a Monsieur. 6. Si triste que (être) sa vie, Emma n’epanchait son coeur a personne. 7. Elle attendait que Leon lui (parler) de son amour. 8. Trouvez-vous qu’elle (avoir) raison? 9. Il lui semblait que tout le monde (s’emerveiller) de son jeu. 10. Il semble que cela (être) une observation anodine.
11.Pensez-vous que Charles Bovary (se douter) de la trahison de sa femme? 12. Elle refoulait son amour afin qu’il ne (paraitre) pas. 13. Seul, Daigremont gardait son independance absolue vis-a-vis de Saccard, ce qui inquietait ce dernier, bien que l’aimable homme (rester) charmant. 14. Que je suis heureux que la seance (être) levee. 15. Que c’est merveilleux q u’on le (mettre) dans l’affaire. 16. La mere se doutait que ses deux fils (en venir) aux mains. 17. Bien qu’elle (être) fatiguee, elle se pretait a ce jeu. 18. Je doute q u’on (faire) des retenues sur le salaire de ce mineur. 19. Est-il si ravage par la maladie que tu ne le (reconnaitre) pas. 20. Pensez-vous qu’elle (être) depaysee dans cette compagnie. 21. Je ne trouve pas que cette esquisse (être) faite de main de maitre.
Remplacez s’il y a lieu les points par les prepositions qui conviennent:
1.Les paysans ne croyaient pas ... l’invasion. 2. Pendant six mois de l’annee leur
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existence se trouvait un peu melee ... la mienne. 3. Les jardins achevaient ...
fleurir. 4. Le brave garcon se trouvait ... garde. 5. Elle aima mieux s’adresser ...
la sentinelle et je l’entendis qui demandait timidement ... voir son fils. 6. J’ai toujours ete tres curieux ... ces petites scenes silencieuses. 7. Toute la matinee c’etait une degringolade ... l’escalier de bois. 8. Il parait q u’on etait ... regle. 9. C’est du bacle, vous avez fait ce travail ... la diable. 10. Je doute que cette lettre vous soit tombee ... les mains. 11. Cette toile est executee ... main de maitre. 12. Au debut il avait hesite ... le mettre dans l’affaire.
Traduisez en français: полный стакан; полным-полно; в вагоне пол- ным-полно, полная тарелка чего-либо; глаза, полные слез; в полном составе; полное собрание сочинений; полное затмение; полный покой; полный успех; полное невежество; полное ничтожество (о человеке); в полной безопасности; в полном рассудке; жить в полном довольстве; полный человек; полные руки; полная луна; полная чаша.
Suspect adj.
Qui peut être soupçonné, qui prête au soupçon.
Soupconneux adj.
Qui est enclin à nourrir des soupçons, qui fait preuve de défiance.
Apprenez les exemples. Cet homme m’est suspect, me devient suspect. Cela le rendit suspect à son parti. Dès lors on le tint pour suspect. Vous êtes suspect de partialité. Un personnage suspect. Le témoignage de cet homme est suspect. Une opinion suspecte d’hérésie. Un contrat suspect de fraude. Une conduite suspecte. Des mœurs suspectes. Une démarche suspecte. Suspect d’avoir trahi l’État. Suspect d’entretenir des intelligences avec l’ennemi. C’est un homme naturellement soupçonneux. Ils se sont montrés soupçonneux à son égard. Il est d’humeur soupçonneuse. Des regards soupçonneux.
Traduisez du russe: 1. Мой отец внимательно наблюдал за поведением этого подозрительного человека. 2. Соседка Шуке была недоверчива, ей казалось, что все ее обманывают.
Observez le substantif avance.
1.Action de se porter en avant; progression.
2.Le fait d’être en avant de quelqu’un dans l’espace, dans le temps, dans un classement, etc.
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3.Somme payée par anticipation.
4.Au pluriel. Tentatives faites en vue d’un accord, d’une entente, ou pour séduire quelqu’un.
Apprenez les exemples. Faire une avance de mille francs. Fournir une somme à titre d’avance. Accorder, refuser une avance. Obtenir une avance sur titres. Prendre, reprendre de l’avance. Perdre, rattraper son avance. À la mitemps, nous avions deux buts d’avance. D’avance, à l’avance, par avance. En avance. Être en avance sur son temps.
Traduisez en français. Je veux bien me réconcilier avec lui, mais je ne ferai pas les avances. Elle n’a pas répondu à ses avances.. Il a demandé une avance sur son salaire. Le favori a conservé son avance jusqu’à la fin de la course. Son cheval a gagné avec une longueur d’avance. Les bandits ont plusieurs heures d’avance sur la police. Ma montre prend de l’avance, a dix minutes d’avance. L’avion a quelques minutes d’avance sur son horaire. L’avance de l’ennemi répandait la panique. Notre avance s’est poursuivie durant cinq jours. J’ai fait ma valise, c’est autant d’avance. J’ai pris de l’avance pour ma documentation. Je savais d’avance ce que vous diriez. Se préparer d’avance, à l’avance à un entretien important. Je m’en réjouis par avance pour vous. Il faut s’y prendre longtemps à l’avance pour louer sa place. Je vous règle deux mois d’avance. Je vous en avertis par avance. Le train est arrivé en avance. L’hiver est en avance cette année. Cet élève est très en avance pour son âge.
Traduisez du français: 1. L’argument que vous avez avance n’est pas valable. 2. Il faut que vous avanciez le jour de votre depart, car votre mere est gravement malade. 3. Vous voila bien avance. 4. Il n’est guere avance pour son age. 5. A la reunion, les ingenieurs ont decide d’avancer la realisation de leur projet. 6. Il me semble que votre maison avance trop sur la rue. 7. Les derniers temps vous avez travaille ferme et vous avez avance dans vos etudes. 8. En voulant taquiner son frere le garcon avancait son pied sous la table.
Traduisez en français: закрыть на ключ; закрыть заседание; закрыть прения; закрыть газ (прекратить подачу); закрыть глаза на что-либо; закрыть лиио руками; закрыть счет; закрыть скобки; при закрытых дверях.
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Unité 3
Analyse du texte L’étranger
Albert Camus est né en 1913, à Mondovi, en Algérie. Son père, simple ouvrier agricole, meurt en 1914, lors de la Bataille de la Marne. C’est à Alger, dans le quartier populaire de Belcourt, qu’Albert Camus passe son enfance et son adolescence, sous le double signe, qu’il n’oubliera jamais, de la pauvreté et de l’éclat du soleilméditerranéen. Boursier au lycée Bugeaud, Camus va découvrir la philosophie grâce à son professeur Jean Grenier, qui deviendra son maître et son ami. Après le bac, il commence des études de philosophie qui le mèneront, malgré la maladie, jusqu’à la licence. Il fonde le théâtre du travail et écrit avec trois amis, sa première pièce la Révolte dans les Asturies qui sera interdite ( mais éditée à Alger, en 1936).
Journaliste au quotidien du Parti Communiste et à Alger-Républicain (1938), il se marie en 1940 et milite pendant la seconde guerre mondiale dans un mouvement de résistance.
En 1942, Gallimard accepte de publier L’Etranger et le Mythe de Sisyphe. En lisant le manuscrit de L’Etranger, Jean Paulhan et les membres du comité de lecture de Gallimard ont pressenti la naissance d’un grand écrivain. Avec l’Etranger, Albert Camus accède à la célébrité. La critique salue en Meusault, personnage central de l’Etranger, un «héros de notre temps».
En 1943, Camus rencontre Sartre. Puis il travaille comme journaliste à Combat qui est diffusé clandestinement et devient lecteur chez Gallimard. Il refuse l’étiquette d’existentialiste qu’on lui prête. En 1951, il défend dans un nouvel essai, L’Homme révolté, une conception très personnelle de la lutte sociale et politique. Lorsque surviennent les événements d’Algérie, Albert Camus hésite entre l’attachement à sa terre natale et la légitimité des revendications algériennes: il s’enferme dans le silence.
En 1956, il publie la Chute, œuvre pessimiste et déroutante. Le ton y est amer et révèle un scepticisme ironique
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Prix Nobel l’année suivante, à 44 ans, il devient un modèle pour toute une génération qui admire cet humaniste conciliant la pensée sans complaisance et l’action généreuse.
Albert Camus est mort en 1960, sur une route de l’Yonne, dans un accident de voiture, aux côtés de son ami Michel Gallimard, neveu de Gaston Gallimard. Ce 4 janvier 1960, à 13H55, la voiture dans laquelle il se trouvait, s’est écrasée contre un arbre. On retrouva dans le véhicule le manuscrit inachevé du Premier Homme, un récit autobiographique sur lequel il travaillait.
Lecture analytique d’après A. Calus, L’étranger
Tout de suite après mon arrestation, j’ai été interrogé plusieurs fois. Mais il s’agissait d’interrogatoires d’identité qui n’ont pas duré longtemps. La première fois au commissariat, mon affaire semblait n’intéresser personne. Huit jours après, le juge d’instruction, au contraire, m’a regardé avec curiosité. Mais pour commencer, il m’a seulement demandé mon nom et mon adresse, ma profession, la date et le lieu de ma naissance. Puis il a voulu savoir si j’avais choisi un avocat. J’ai reconnu que non et je l’ai questionné pour savoir s’il était absolument nécessaire d’en avoir un. «Pourquoi ?» a-t-il dit. J’ai répondu que je trouvais mon affaire très simple. Il a souri en disant: «C’est un avis. Pourtant, la loi est là. Si vous ne choisissez pas d’avocat, nous en désignerons un d’office». J’ai trouvé qu’il était très commode que la justice se chargeât de ces détails. Je le lui ai dit. Il m’a approuvé et a conclu que la loi était bien faite.
Au début, je ne l’ai pas pris au sérieux. Il m’a reçu dans une pièce tendue de rideaux, il avait sur son bureau une seule lampe qui éclairait le fauteuil où il m’a fait asseoir pendant que lui-même restait dans l’ombre. J’avais déjà lu une description semblable dans des livres et tout cela m’a paru un jeu. Après notre conversation, au contraire, je l’ai regardé et j’ai vu un homme aux traits fins, aux yeux bleus enfoncés, grand, avec une longue moustache grise et d’abondants cheveux presque blancs. Il m’a paru très raisonnable et, somme toute, sympathique, malgré quelques tics nerveux qui lui tiraient la bouche. En sortant, j’allais même lui tendre la main, mais je me suis souvenu à temps que j’avais tué un homme.
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Le lendemain, un avocat est venu me voir à la prison. Il était petit et rond, assez jeune, les cheveux soigneusement collés. Malgré la chaleur (j’étais en manches de chemise), il avait un costume sombre, un col cassé et une cravate bizarre à grosses raies noires et blanches. Il a posé sur mon lit la serviette qu’il portait sous le bras, s’est présenté et m’a dit qu’il avait étudié mon dossier. Mon affaire était délicate, mais il ne doutait pas du succès, si je lui faisais confiance. Je l’ai remercié et il m’a dit: «Entrons dans le vif du sujet».
Il s’est assis sur le lit et m’a expliqué qu’on avait pris des renseignements sur ma vie privée. On avait su que ma mère était morte récemment à l’asile. On avait alors fait une enquête à Marengo. Les instructeurs avaient appris que «j’avais fait preuve d’insensibilité» le jour de l’enterrement de maman. «Vous comprenez, m’a dit mon avocat, cela me gêne un peu de vous demander cela. Mais c’est très important. Et ce sera un gros argument pour l’accusation, si je ne trouve rien à répondre». Il voulait que je l’aide. il m’a demandé si j’avais eu de la peine ce jour-là. Cette question m’a beaucoup étonné et il me semblait que j’aurais été très gêne si j’avais eu à la poser. J’ai répondu cependant que j’avais un peu perdu l’habitude de m’interroger et qu’il m’était difficile de le renseigner. Sans doute, j’aimais bien maman, mais cela ne voulait rien dire. Tous les êtres sains avaient plus ou moins souhaité la mort de ceux qu’ils aimaient. Ici, l’avocat m’a coupé et a paru très agité. Il m’a fait promettre de ne pas dire cela à l’audience, ni chez le magistrat instructeur. Cependant, je lui ai expliqué que j’avais une nature telle que mes besoins physiques dérangeaient souvent mes sentiments. Le jour où j’avais enterré maman, j’étais très fatigué et j’avais sommeil. De sorte que je ne me suis pas rendu compte de ce qui se passait. Ce que je pouvais dire à coup sur, c’est que j’aurais préféré que maman ne mourût pas. Mais mon avocat n’avait pas l’air content. Il m’a dit: «Ceci n’est pas assez».
Il a réfléchi. Il m’a demandé s’il pouvait dire que ce jour-là j’avais dominé mes sentiments naturels. Je lui ai dit: «Non, parce que c’est faux». Il m’a regardé d’une façon bizarre, comme si je lui inspirais un peu de dégoût. Il m’a dit presque méchamment que dans tous les cas le directeur et le personnel de l’asile seraient entendus comme témoins et que «cela pouvait me jouer un très sale tour». Je lui ai fait remarquer que cette histoire n’avait pas de rapport avec mon affaire, mais il m’a
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répondu seulement qu’il était visible que je n’avais jamais eu de rapports avec la justice.
Il est parti avec un air fâché. J’aurais voulu le retenir, lui expliquer que je désirais sa sympathie, non pour être mieux défendu, mais, si je puis dire, naturellement. Surtout, je voyais que je le mettais mal à l’aise. Il ne me comprenait pas et il m’en voulait un peu. J’avais le désir de lui affirmer que j’étais comme tout le monde, absolument comme tout le monde. Mais tout cela, au fond, n’avait pas grande utilité et j’y ai renoncé par paresse.
Peu de temps après, j’étais conduit de nouveau devant le juge d’instruction. Il était deux heures de l’après-midi et cette fois, son bureau était plein d’une lumière à peine tamisée par un rideau de voile. Il faisait très chaud. Il m’a fait asseoir et avec beaucoup de courtoisie m’a déclaré que mon avocat, «par suite d’un contretemps», n’avait pu venir. Mais j’avais le droit de ne pas répondre à ses questions et d’attendre que mon avocat pût m’assister. J’ai dit que je pouvais répondre seul. Il a touché du doigt un bouton sur la table. Un jeune greffier est venu s’installer presque dans mon dos.
Nous nous sommes tous les deux carrés dans nos fauteuils. L’interrogatoire a commencé. Il m’a d’abord dit qu’on me dépeignait comme étant d’un caractère taciturne et renfermé et il a voulu savoir ce que j’en pensais. J’ai répondu: «C’est que je n’ai jamais grand-chose à dire. Alors je me tais». Il a souri comme la première fois, a reconnu que c’était la meilleure des raisons et a ajouté: «D’ailleurs, cela n’a aucune importance». Il s’est tu, m’a regardé et s’est redressé assez brusquement pour me dire très vite: «Ce qui m’intéresse, c’est vous. «Je n’ai pas bien compris ce qu’il entendait par là et je n’ai rien répondu». «Il y a des choses, a-t-il ajouté, qui m’échappent dans votre geste. Je suis sûr que vous allez m’aider à les comprendre». J’ai dit que tout était très simple. Il m’a pressé de lui retracer ma journée. Je lui ai retracé ce que déjà je lui avais raconté: Raymond, la plage, le bain, la querelle, encore la plage, la petite source, le soleil et les cinq coups de revolver. À chaque phrase il disait: «Bien, bien». Quand je suis arrivé au corps étendu, il a approuvé en disant: «Bon». Moi, j’étais lasse de répéter ainsi la même histoire et il me semblait que je n’avais jamais autant parlé.
Après un silence, il s’est levé et m’a dit qu’il voulait m’aider, que je l’intéressais et qu’avec l’aide de Dieu, il ferait quelque chose pour moi. Mais
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