Французский язык для обучающихся по направлениям подготовки «Филология», «Педагогическое образование». Учебное пособие
.pdfMOLIÈRE (JEAN-BAPTISTE POQUELIN)
au moment de la pièce où l’histoire atteint son point culminant et où les problèmes, comme des fils se nouent étroitement les uns aux autres.
Dans le théâtre classique du XVIIe siècle, le dénouement était codifié. Il fallait qu’il soit complet et rapide, c’est-à-dire que le sort de tous les protagonistes soit réglé et qu’il n’occupe pas tout l’acte final. De plus, il était admis qu’un dénouement reposant sur un deus ex machina (intervention divine ou de caractère providentiel) allait à l’encontre de la vraisemblance requise par les règles de l’époque.
Harpagon désigne aujourd’hui une personne avare manquant de cœur. Le personnage d’Harpagon apparaît dans l’Avare, une pièce de 1668. Dans cette pièce, Harpagon est un père égoïste obsédé par son argent.
Tartuffe est un imposteur cherchant à profiter d’une situation. Le personnage apparaît dans la pièce Tartuffe ou l’Imposteur (1669). Tartuffe y est un faux dévot imposant sa morale aux autres.
Don Juan. Un Don Juan désigne aujourdh’hui un séducteur accumulant les conquêtes. Le personnage apparaît dans la pièce «Dom Juan ou Le Festin de Pierre» dans laquelle Dom Juan accumule les conquêtes ce qui le conduira à sa perte [Le Magazine Littéraire, 2010].
1.12. Lisez et traduisez le texte.
Toujours jouées en France comme à l’étranger, ses pièces ont souvent été adaptées à la télévision, au cinéma ou bien en bande dessinée. Son œuvre est un des piliers de la littérature française: Le Tartuffe, Le Malade imaginaire, Les Fourberies de Scapin, L’Avare sont des incontournables de la comédie. À l’instar de la «langue de Goethe» pour l’allemand, «la langue de Shakespeare» pour l’anglais, la langue française est souvent désignée par la périphrase «la langue de Molière». Son nom est également associé à la Comédie française surnommée pour toujours «la maison de Molière». À la différence de Corneille et de Racine, Molière écrit ses pièces en praticien du théâtre. Il conçoit ses histoires et ses répliques pour lui-même et pour des acteurs qu’il connaît et qu’il va diriger. Tout en étant un véritable écrivain, maître des subtilités du langage et créateur de formules, il pense plus qu’un poète travaillant dans la solitude de son bureau à la façon dont les répliques seront dites par les comédiens et au jeu qui accompagnera la diction du texte.
De fait, Molière n’a écrit que du théâtre, à l’exception des préfaces qui précèdent l’édition de certaines de ses pièces, de son Remerciement au roi
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(1663) et de son hommage au peintre Mignard, la Gloire du Val-de-Grâce (1667). C’est un acteur-auteur comme l’était Shakespeare avant lui.
Il est l’auteur, selon la nomenclature en usage, de deux farces, vingt-deux comédies, sept comédies-ballets, une tragédie-ballet, une «comédie pastorale héroïque» et une «comédie héroïque». Dom Garcie de Navarre, en 1661, l’une des ses très rares tentatives dans le genre sérieux fut un échec [Le Magazine Littéraire, 2010].
1.13. Traduisez les phrases en faisant attention à la signification du mot «sens».
1.Чувство. 2. Смысл, значение. 3. Направление, сторона. 4. Мнение, точка зрения.
1.Cela n’a pas de bon sens.
2.Il riait rarement, il n’avait nul sens de comique.
3.La ville et l’université avaient chacune leur grande rue particulière qui courait dans le sens de leur longueur.
4.Il n’y a pas, à mon sens, de plus profond abîme pour la pensée.
5.Nous le prenons par «responsabilité» en son sens banal.
6.On parle de la synonymie lorsque plusieurs mots ont un même sens, et de la polysémie lorsqu’un mot a des sens différents.
1.14. Lisez et traduisez le texte.
LE MALADE IMAGINAIRE
Le bonhomme Argan, en bonnet de coton, trône dans un fauteuil au milieu de la scène. Il ne rêve que clystères et sénés. Il veut marier de force sa fille Angélique au fils de son médecin. Et toute la maisonnée se joue de lui ... . Sa femme veut s’approprier sa fortune. Toinette, la servante, lui oppose son robuste bon-sens et son franc-parler. Angélique veut épouser Cléante − celui qu’elle aime. Et Argan, berné par de faux médecins, sera reçu docteur au cours d’une cérémonie burlesque. Cela, c’est le Malade imaginaire tel qu’il nous apparaît à travers de nos souvenirs de classe ou de théâtre. Il ne ressemble guère à celui que Claude Santelli (réalisateur) et Michel Bouquet (interprète d’Argan) vont nous présenter sur le petit écran. Cette pièce va nous apparaître sous un autre éclairage: baroque, fantastique, au bord du délire. «Depuis vingt-cinq ans, dit Claude Santelli, Michel Bouquet me parle du «Malade imaginaire» comme de la pièce la
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MOLIÈRE (JEAN-BAPTISTE POQUELIN)
plus mystérieuse et la plus étrange de Molière. Depuis vingt-cinq ans, il me confiesondésirdelajouer.C’estunvieuxrêvequenousavonsenfinréalisé».
Mystérieux,lebonhommeArgan?Mystérieuse,laservanteToinette?Sans doute, car Argan ne ressemble plus à ce personnage trop naïf et facilement berné. Michel Bouquet en donne une interprétation psychanalitique. Argan est un homme-comme on a découvert aujourd’hui qu’il y en a beaucoup − qui se réfugie dans la maladie comme un enfant dans le sein de sa mère. Par peur de la vie.
Quant à Toinette, elle n’a plus rien de la servante dévouée, dans laquelle on voit généralement l’incarnation du bon sens populaire. «Toinette, dit Claude Santelli, est le porte-parole de Molière. Or, Molière, à mes yeux, et quoi qu’en disent les manuels de littérature, est le contraire du bon sens. Il est ce qui est beau pour un monde de la folie. Toinette n’est donc pas un personnage «raisonnable». C’est l’ange du bonheur. Dans cette maison où la maladie d’Argan perturbe les rapports entre les gens, elle est un être d’amour qui se sacrifie pour les autres». Toinette veut guérir Argan. Pour arracher Argan à ses fantasmes, elle a décidé d’aller plus loin que lui dans la folie. A la folie égoiste d’Argan elle oppose une autre folie: celle de la générosité. «EntreToinette etArgan, dit Claude Santelli, existent des rapports non pas de combat, mais de complicité. Cette complicité qui s’établit entre les gens qui vivent ensemble depuis longtemps. Ils se jouent volontiers la comédie, mais ils ne sont dupés «l’un de l’autre».
Cette conception des personnages bouleverse la tradition qui veut que la scèneoùToinettesedéguiseenmédecinsoittoujoursjouéebruyamment,dans unstyleburlesque.ClaudeSantelli,lui,brisecerythmeartificiel.«Lerythme, dit-il, ne doit pas être verbal, intérieur». Cette scène est ici chuchotée à mivoix, dans une chambre obscure du malade. Il fait nuit. L’atmosphère devient fantastique. Comme dans les contes de fées, soudain, tout est possible. Et Toinette, costumée en médecin, devient une sorte de mage. Argan n’est sans doute pas dupé de ce nouveau médecin. Mais il se prête au jeu. Oui,Argan se prête au jeu. Comme il s’y prêtera au cours de la fameuse cérémonie latine où il est reçu docteur. Là, non plus, pour Santelli,Argan n’est pas un homme berné. C’est un homme qui a retrouvé le bonheur dans l’illusion. Même, si cette illusion est volontaire.
Argan a besoin, pour se sentir protégé contre la vie, d’être entouré d’objets tabous, sacrés, rituels. Et ces objets sont des clysters, des bocaux,
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MODULE I
des herbes ... tout l’arsenal des apothicaires. À présent qu’il est médecin, Argan a le pouvoir de faire revenir autour de lui des symboles protecteurs. Il n’en demande pas plus. Il va pouvoir s’enfermer à nouveau dans sa maladie comme dans un œuf [Le Figaro Magazine, 1985].
1.15. Répondez aux questions.
1.De qui se compose la famille d’Argan?
2.Que veut sa femme?
3.Quel désir a sa fille?
4.Que veut-il faire pour sa fille?
5.Quel caractère a sa servante?
6.Comment estArgan lui-même?
7.Est-il vraiment malade?
8.Pourquoi veut-il être malade?
9.Qu’est-ce qu’il cherche dans la vie?
10.Où trouve-t-il son bonheur?
11.Claude Santelli, que pense-t-il de cette pièce de Molière?
1.16.Complétez les phrases des mots qui conviennent.
1.Cette pièce de Molière a été ... sur le petit écran.
2.Son réalisateur et l’interprète du rôle principal en ... une interprétation psychanalytique.
3.Les personnages de la pièce se ... volontiers la comédie.
4.Mais ils ne ... pas dupés l’un de l’autre.
5.Argan se ... au jeu, mais il n’est pas berné.
6.Il veut se ... dans sa maladie par peur de la vie.
7.La pièce nous ... sous un autre éclairage.
1.17.Faites correspondre un élément de la colonne A à un élément de la colonne B pour retrouver les titres de quelques pièces célèbres de Molière.
A B |
|
Le Médecin |
imaginaire |
Les Femmes |
gentilhomme |
Les Fourberies |
de Scapin |
Les Précieuses |
ridicules |
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|
MOLIÈRE (JEAN-BAPTISTE POQUELIN) |
Le Bourgeois |
médecin |
Le Malade |
savantes |
L’Amour |
malgré lui |
1.18. Lisez quelques citations tirées des pièces de Molière.
Je veux qu’on soit sincère, et qu’en homme d’honneur
On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur [Le Misanthrope. Précis de la littérature française, 2003].
J’ai le défaut d’être un peu plus sincère en cela qu’il ne faut [Le Misanthrope. Précis de la littérature française, 2003].
Contentement passe richesse [Le Médecin malgré lui. Précis de la littérature française, 2003].
Mon Dieu, le plus souvent l’apparence déçoit:
Il ne faut pas toujours juger sur ce qu’on voit [Le Tartuffe. Précis de la littérature française, 2003].
J’aime mieux un vice commode
Qu’une fatigante vertu [Amphitryon. Précis de la littérature française, 2003].
Le plus grand faible des hommes, c’est l’amour qu’ils ont de la vie [L’Amour médecin. Précis de la littérature française, 2003].
1.19. Précisez le sens des mots donnés et leur emploi.
Plaisanterie: propos destinés à faire rire, à amuser. Raillerie: action, habitude de railler (les gens, les choses). Propos ou écrit par lequel on raille qqn, qqch.
Quolibet: propos moqueur à l’adresse de qqn.
Sarcasme: dérison, raillerie insultante; trait d’ironie mordante. Par exemple, décocher des sarcasmes.
Boutade: trait d’esprit, propos plaisant.
Moquerie: action, habitude de se moquer; action, parole par laquelle on se moque.
Taquenerie: action de taquiner (s’amuser à irriter qqn) dans de petites choses et sans méchanceté.
Blague:histoire inventée à laquelle on essaie de faire croire. Par exemple: sans blague; faire une bonne blague à qqn.
Farce: plaisanterie [Le Robert micro, 2018].
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MODULE I
1.20. Traduisez les phrases.
1. Pour multiplier ses plaisanteries Molière trouble tout l’ordre de la société.
2. Les sages mêmes se prêtent à des railleries qui devraient attirer leur indignation.
3. Si la plaisanterie est excellente, en est-elle moins punissable?
4. Le comédien se tira de cette situation par une boutades qui révélait de meilleure façon son esprit.
1.21. Traduisez par écrit le texte donné.
L’IMMORALITÉ DE MOLIÈRE
Voyez comment, pour multiplier ses plaisanteries, Molière trouble tout l’ordre de la société; avec quel scandale il renverse tous les rapports les plus sacrés sur lesquels elle est fondée, comment il tourne en dérison les respectables droits des pères sur leurs enfants, des maris sur leurs femmes, des maîtres sur leurs serviteurs! Il fait rire, il est vrai, et n’en devient que plus coupable, en forçant, par un charme invincible, les sages mêmes de se prêter à des railleries qui devraient attirer leur indignation. J’entends dire qu’il attaque les vices; mais je voudrais bien qu’on comparât ceux qu’il attaque avec ceux qu’il favorise. Quel est le plus blâmable, d’un bourgeois sans esprit et vain qui fait sottement le gentilhomme, ou d’un gentilhomme fripon qui dupe? Dans la pièce dont je parle, ce dernier n’est-il pas l’honnête homme? N’a-t-il pas pour lui l’intérêt? Et le public n’applaudit-il pas à tous les tours qu’il a fait à l’autre? Quel est le plus criminel, d’un paysan assez fou pour épouser une demoiselle, ou d’une femme qui cherche à déshonorer son époux?
Quepenserd’unepièceoùleparterreapplauditàl’infidélité,aumensonge,
àl’impudence de celle-ci, et rit de la bêtise du manant puni? C’est un grand vice d’être avare et de prêter à l’usure; mais n’en pas un plus grand encore
àun fils de voler son père, de lui manquer de respect, de lui faire mille insultants reproches, et, quand ce père irrité lui donne sa malédiction, de répondre d’un air goguenard qu’il n’a que faire de ses dons. Si la plaisanterie est excellente, en est-elle moins punissable? Et la pièce où l’on fait aimer le fils insolent qui l’a faite en est-elle moins une école de mauvaises mœurs? [Jean-Jacques Rousseau, 1964].
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MODULE II
MARQUISE DE SÉVIGNÉ (1626-1696)
L’EXCEPTIONNELLE ÉPISTOLIÈRE
Les exercices de préparation à la lecture des textes
2.1. Retenez les mots et les expressions suivants.
spirituel − умный |
courtiser − ухаживать |
abusivement − неправильно |
sensibilité (f.) − восприимчивость |
échapper − избежать |
susceptible − восприимчивый |
échantillon (m.) − образец |
vigilant − бдительный |
décennie (f.) − десятилетие |
périlleux − опасный |
répugnance (f.) − отвращение |
engagement (m.) − вклад |
codification (f.) − систематизация |
|
2.2. Traduisez les séries de mots.
Un courtisan parisien; animer d’une grande imagination; les lettres inédites; devenir malgré elle; donner en échantillon; un esprit redoutable; une certaine répugnance; un esprit caustique; un étourdissant récit; un esprit sensible et raffiné; les lettres privées; la vie de province.
2.3. Formez les adverbes des adjectifs suivants.
Violent, éminent, net, parfait, passionnant, naturel, clair, simple, facile, merveilleux, léger, précis, unique, honnête, heureux, discret, bref, essentiel, supérieur, considérable, réel, seul, constitutionnel.
2.4. Traduisez les phrases.
1.Enfin et surtout, il est profondément artiste.
2.Les changements de société sont extrêmement importants tout au long
du siècle.
3.Fondée principalement sur le comique proprement dit.
4.Les habitants de Besançon sont amoureux de leur ville, ils la préservent farouchement et veillent à ce que personne ne porte atteinte à sa beauté.
5.Nous revenons aux premiers almanchs, ceux uniquement destinés à
satisfaire les préoccupations de l’avenir.
6. Dans ce domaine, ceux de Nostradamus sont justement célèbres.
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MODULE II
7. Plus tard, lors de l’épidémie de peste, il aura une attitude particulièrement courageuse.
2.5. Complétez les phrases des adverbes formés à partir des adjectifs «objectif», «malheureux», «égal», «essentiel», «sec», «propre».
1. La marquise de Sévigné a présenté des faits ... .
2. ... elle était souvent négligée.
3.Il a eu un sens de l’écriture ... fascinant.
4.Elle a répondu ... que cela ne la concernait pas.
5.La correspondance de Voltaire révèle ... sa faculté maîtresse, l’intelligence.
6.Son nom est ... associé à la Comédie française.
2.6.Observezlemot«autant»danslesphrases,traduisezlesdernières.
1.Je savais que ce musée renferme autant de merveilles qu’aucun d’autres.
2.Un bon écrivain dans un livre de 260 pages en dit autant qu’un autre
dans une thèse de 800 pages.
3.Autant de têtes, autant d’avis (proverbe).
4.Autant de qualités qui transparaissent dans ses lettres.
5.Ils auraient pu avouer leur faute sans comprommettre pour autant leur
prestige.
6.Je les confondais entre elles, d’autant plus volontiers qu’elles me plaisaient toutes pareillement.
7.Mes amis savent que Christophe est à eux autant que moi.
8.Ils furent d’autant mieux reçus qu’ils étaient parmi les premiers
visiteurs.
2.7. Lisez et traduisez le texte.
Si la fille de la marquise de Sévigné eût épousé un courtisan parisien, nous ne posséderions pas le millier de lettres que nous a laissées sa mère, laquelle n’occuperait pas, dans la littérature française, la place de la plus brillante épistolière. Cette jeune veuve, belle, spirituelle, cette grande très courtisée et plutôt sage est devenue malgré elle, écrivain, parce qu’elle était avant tout une mère passionnée, exagérérement attachée à sa fille. «Je vous aime au-delà de tout ce qu’on peut aimer», − lui écrit-elle, animée d’une
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MARQUISE DE SÉVIGNÉ
grande imagination, d’une gaieté de tempérament et d’un esprit redoutable. Autant de qualités qui transparaissent dans ses lettres.
C’est le cousin de la marquise de Sévigné, Bussy-Rabutin, qui dès 1697, se propose de publier une centaine de lettres de la marquise qu’il avait déjà, en 1680, donnée aux lecteurs en échantillon. Puis, la petite-fille de la marquise de Sévigné, Madame de Simiane, fait paraître un choix de lettres en 1726. D’autres anthologies suivront au XVIIIe siècle suivant, diverses lettres inédites. Il fallut attendre la décennie 1953-1963 pour voir établir un texte peut-être définitif des mille cent soixante-cinq lettres.
Le correspondant principal est évidemment Madame de Grignan, qui fut, en sa jeunesse «la plus jolie fille de France», et à qui sa mère voue un attachement idolâtre. Mais d’autres lettres nous sont parvenues qui complètent l’image de l’épistolière, à Bussy-Rabutin, son cousin brillant littérateur doté lui-même d’un esprit caustique; à Monsieur de Pomponne, fils d’Arnaud d’Andilly; aux Coulanges, ses cousins. Les destinataires étaient sans doute beaucoup plus nombreux, mais les lettres qui leur étaient adressées nous manquent.
La marquise de Sévigné n’a, à aucun moment, songé à la publication de ses lettres. Mieux, elle nourrissait, comme toute aristocrate de son temps, une certaine répugnance à l’égard de la gloire littéraire. A Bussy-Rabutin, qui venait de diffuser un courrier, elle écrit: «Quand je me vis donner en public et répandre dans les provinces, je vous avoue que je fus au désespoir». La lettre, d’ailleurs, fragment d’intimité écrit dans une forme libre qui s’apparente à la conversation, paraissait alors échapper à la littérature et à ses codifications. Pourtant, il n’était pas rare qu’au bénéfice de quelques indiscrétions plus au moins calculées, on fît circuler les lettres privées qui enchantaient un public cultivé et curieux à commencer par le roi. À la différence d’un Guez de Balzac, qui écrivait des lettres destinées à la publication, à la différence du roman épistolaire qui fleurira au XVIIIe siècle, la marquise de Sévigné s’abandonne avec sincérité et simplicité, et ce «style négligé, celui d’une mère qui écrit à sa fille tout ce qu’elle pense, comme elle l’a pensé» constitue, dans sa spontanéité et son naturel, le premier charme de cette correspondance.
Les «anthologies» de lettres du XVIIe siécle privilégient abusivement la «journaliste» en marquise de Sévigné. On a depuis corrigé cette image, mais on conviendra que beaucoup de ces lettres nous retiennent pour leur intérêt
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documentaire. Les lettres de la fin de l’année 1664 nous racontent ainsi, par le menu, le procès du surintendant Fouquet; la lettre, très connue, du 15 décembre 1670, adressée à son cousin Coulanges, fournit l’étourdissant récit du mariage de Luazun: «Je m’en vais vous demander la chose la plus étonnante, la pus surprenante, la plus merveilleuse (...)». Celle du 17 juillet 1676 est consacrée à l’exécution de Brinvilliers, celle du 13 décembre 1686 à la mort de Condé; il est encore question de la mort de Turenne, de Louvois, de Vatel, du passage du Rhin, de la cour à Versailles ... .
La vie de province n’échappe pas à l’observation de l’épistolière: les états de Bretagne (août 1671), les eaux à Vichy (mai 1676), la ville de Marseille, celle de Caen, etc. Toutes les informations susceptibles d’intéresser ou d’amuser sa fille nous sont données par un témoin aussi vigilant qu’enjoué. Jusqu’à la vie littéraire du temps à laquelle la brillante marquise nous fait participer: sur «Bajazet» avec une petite rosserie: «Racine fait des comédies pour la Champmeslé: ce n’est pas pour les siècles à venir» (le 16 mars 1672); ou sur la représentation d’ «Esther», sur pont-Royal, sur Pascal, sur Nicole, sur la Fontaine, etc. La précision de la chroniqueuse se combine alors au jugement de la critique.
La sincérité de ces lettres nous permet enfin d’entrer en relation avec un esprit sensible et raffiné, celui d’une personne de qualité dont les épanchements nous touchent. D’abord par la puissance de cette passion maternelle qui s’exprime au moment de la séparation («Ma douleur serait bien médiocre si je ne pouvais vous la dépeindre et je ne l’entreprendrai pas ainsi», le 6 février 1671) ou à l’occasion d’un voyage périlleux: «Ah! Ma bonne, quelle peinture de l’état où vous avez été (...). Ce Rhône qui fait peur à tout le monde, ce pont d’Avignon où l’on a tort à passer (...)» (le 4 mars 1671). Ensuite pour l’émotion des évocations de lieux chers et douloureux comme Les Rochers: «Quel moyen de revoir ces allées, ces devises, ce petit cabinet, ces livres, cette chambre, sans mourir de tristesse» (le 31 mai 1671).
Enfin, parce qu’au fil de la plume l’épistolière, se livre, esquisse une plongée en elle-même et s’offre à nous dans ses engagements et ses angoisses. Au-delà des multiples intérêts qui lui fournissent les lettres, le lecteur moderne aime à y trouver les fragments échappés de la chronique d’un mois [Précis de la littérature française, 2003].
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