Французский язык для обучающихся по направлениям подготовки «Филология», «Педагогическое образование». Учебное пособие
.pdfFRANÇOISE SAGAN
10.11. Traduisez les phrases, en précisant le sens du mot «bien».
1. Ou bien: «Nous, on aime bien les romans qui finissent par un baiser».
2. Et, par sucroît, un prétexte idéal aux démolisseurs de la critique, à qui il fallait bien quelques arguments pour juger Sagan superficielle.
3. Simenon était un enfant bien curieux.
4. Qu’est-ce que cela peut bien vous faire? − s’écria-t-elle.
10.12. Lisez et traduisez le texte avec un dictionnaire.
REBONJOUR TRISTESSE
C’est au milieu exact du XXe siècle, et l’époque en bascule réclamait conséquemment des «métamorphoses», assurait Gaetan Picon, qui avait l’amitié, l’oreille et même le vocabulaire de Malraux. En règle générale sévissait dans le roman une littérature que les critiques qualifiaient déjà avec une excessive audace de «moderne», les plus scrupuleux allant jusqu’à préciser, selon les cas ou indistinctement, qu’ils jugeaient sceptique, existentielle, voire (le top du chic) existentialiste. Bref, ennuyeuse. Quelques années après la guerre, cette école mécontentait maints lecteurs, peu enclins à la rhétorique ou qu’une certaine lassitude gagnait devant les considérables malheurs de l’homme. A ces éternels mauvais coucheurs, au nombre desquels il se comptait volontiers, Roger Nimier conseilla de se réunir en puissantes fédérations et d’envoyer aux gazettes littéraires des annonces ainsi rédigées: «On demande un peu plus de sentiment». Ou bien: «Nous, on aime bien les romans qui finissent par un baiser». Ou encore: «Riche amateur désirerait pour ses vacances en Italie un recueil de nouvelles sans rien d’authentique et sans le moindre message spirituel».
C’est alors que tomba du fond de l’ennui, comme un repose-tête d’un sac de plage, «Bonjour tristesse». On a presque tout oublié de l’histoire qui portait ce titre (une villa dans les pinèdes, un été brûlant, une héroïne de 17ans,voyons,quoid’autre?),maispresqueriendelalégendequ’ellefondait: celle d’une démoiselle Sagan, une effrontée qui avait chipé son pseudonyme dans Proust et son titre d’Eluard, qui se montrait au restaurant en pantalons et conduisait les pieds nus des voitures rapides (c’est du moins ce que la France, hochant unanimement la tête en signe de réprobation muette, apprit la lecture d’un article de Paul Giannoli). François Mauriac en conclut avec sagacité dans son «Bloc-Notes» qu’on avait sans doute affaire là à un «charmant petit
101
MODULE X
monstre», dont le nom seul suffisait à déchaîner les dîners en ville: «Fichtre, cette petite Sagan, c’est une luronne!» Dans le manuel des conversations, «fichtre» n’en avait plus pour longtemps, et «luronne» non plus.
Seule la petite Sagan est restée solide au poste, victime désignée des «bigre» et des vieux birbes, une sorte de Madame Bovary chez Castel, ce qui faisait en somme deux fois une mauvaise réputation. Comment une drôlesse aux pieds nus alla-t-elle jusqu’à voler le Prix des Critiques (lesquels ne finiraientplusdes’envenger)àdesmessieursaussiméritantsqu’Audibertiou Paul-André Lesort?Allez savoir. La question est actuellement débattue entre quelques thèses américaines, une flopée de lettrés russes et les clubs Sagan qui fleurissent et multiplient leurs travaux au Japon comme s’il s’agissait de Mireille Mathieu et que le sort de la chanson française en dépendait. Ces gens-là ont encore le sens de nos valeurs.
Mais Dieu que le roman était mince au regard de son dossier de presse: quinze kilos de coupures. Vous avez dit tristesse? Bonjour le boulet. Sagan confessera un jour: «J’en ai ma claque de croiser des mémés du cinquième âge bien tapé qui me lancent: Ah, quand j’étais petite, j’ai lu votre «Bonjour tristesse», ça m’a valu une fessée magistrale ...».
Cette tout juste bachelière, virée du Collège des Oiseaux pour «manque de spiritualité», tapant ses brouillons à genoux sur la moquette et d’un seul doigt, vivrait donc ce que vivent les starlettes: une éternité sans lendemain. Autant en emporteraient, croyait-on, les hélices de la «Constellation», une fois rentrés la passerelle et le photographe de «Paris-Match». On s’est trompé de genre. Tout a passé et elle est encore là. Sagan et sa vivacité d’écureuil ont euraisondetout,desmodesetdesépoques,dufiscetdel’alcooletmême,par embellie spéciale de la critique. La première fois qu’on lui a donné l’extrême onction, ce n’était pas à cause d’un mauvais livre, mais d’une embardée en auto décapotable. Elle avait 22 ans, on lui a fermé les yeux, ôté sa chaîne de cou. Un épisode qui allait se reproduire souvent, tant «l’Espiègle Lili», comme l’appelait Sartre, son jumeau astrologique (né comme elle un 21 juin) a le génie du danger. Sagan et son isolation à Roland-Garros. Sagan et son fémur brisé en dansant sur un air de Tina Turner.
À 16 ans, Mlle Quoirez, de Cajarc, avait eu comme sujet au bachot: «En quoi la tragédie ressemble-t-elle à la vie?» Prémonitoire. Aujourd’hui revenue du pire avec l’entrain d’une collégienne qui vient de se faire opérer de l’appendicite, elle assure avec simplicité: «Non seulement le malheur est
102
FRANÇOISE SAGAN
indécent, mais en plus il ne nous apprend rien». Au fond, Sagan n’aura fait qu’appliqueràlalettrelamissiondel’écrivainselonFlaubert:«Lesbourgeois ne se doutent guère que nous leur servons notre cœur. La race des gladiateurs n’est pas morte, tout artiste est en un. Il amuse le public avec ses agonies».
Mais au pays de Flaubert justement, la facilité ne pardonne pas. Passe encore de mourir avec talent, mais écrire! De cette fausse banalité dont on n’allait plus cesser d’instruire le procès, il ressort que Sagan, selon ses propres termes, serait l’héroïne «d’une vie et d’une œuvre également agréables et bâclées». Mon œil! Passons sur les dix-huits états différents du manuscrit de «la Femme fardée», peut-être le meilleur des ses livres, récit d’une croisière musicale qui offre un inégalable condensé de la petite société saganienne, avec ses gigolos, ses excentriques et ces élégants noceurs de province, avec leur veste de tweed jetée en travers des épaules et leur foulard imprimé,personnagespeut-êtretombésparaccidentd’unepartiechezEvelyn Waugh ou Scott Fitzgerald, et à qui les romans de Sagan ont donné un décor accueillant à leur oisivité chagrine, un public à la hauteur de leurs ombrageux talents, en même temps qu’une célébrité de bon goût à leurs larmes les plus secrètes. Et, par sucroît, un prétexte idéal aux démolisseurs de la critique, à qui il fallait bien quelques arguments pour juger Sagan superficielle, émotive et gauche, sans doute même un peu sotte sous ses airs futés.
Il suffit de relire «Bonjour tristesse», «Un certain sourire» et la douzaine de romans qui ont suivi jusqu’aux «Faux-fuyants» en passant par «la Chamade» qui fut aussi un parfun et une voiture: ce n’est pas le style Sagan qui a vieilli, c’est l’époque que ce style traverse de façon étrangement aveugle, fantomatique, irréelle. On n’écoute plus Pee Wee Hunt sur le pickup, on ne met plus Bechet dans les machines à sous de Saint-Germain-des- Prés, mais l’écriture de Sagan n’a pas pris une ride, et pas davantage son propos. C’est même un paradoxe inouï. Le nom de Sagan reste lié, comme celui de Brigitte Bardot, à la fameuse libération des mœurs, par une évidence qu’elleatoujourscontestéeavecunbrindecoquetterieoudefinesse:«Quand a paru «Bonjour tristesse», il était interdit aux filles de coucher avec les garçons. Vingt ans plus tard, c’était devenu obligatoire: où est la liberté?» Or les années sida et le retour à la case maman rendent au souvenir des golden fifties la liberté, la poésie et la fraîcheur que notre condescendance, abusée par des progrès trompeurs, leur avait fait perdre au mémorial des nostalgies numérotées. Qu’elles sont jolies feuilleter, quand tout s’effondre autour de
103
MODULE X
vous! Sida, ceinture, vitesse, tabac, drogue, chômage, banlieues, axes rouges: rebonjour tristesse!
Du coup, ceux qui prenaient Sagan pour cible, dans vingt ans, ils la trouveront sans doute généreuse, libre et nécessaire, avec cette étonnante façon de gaieté dans le désenchantement qui n’appartient qu’à elle. C’est ainsiqu’onlasurprenddans«...Ettoutemasympathie»,recueildesouvenirs, de rencontres, de rêveries où passent Fellini, Catherine Deneuve, Ava Gardner et ses valises, Cajarc, Sand et Musset, entre un éloge de la nature, une réflexion sur le rire, une fable sur les débats télévisés, une lettre d’adieu et un poème (le premier qu’elle ose publier), le tout sublimé par un hymne à son débonnaire cheval de course, Hasty Flag, par un mélange qu’on pourrait dire «foutraque», pour reprendre un de ses mots préférés, s’il n’était le reflet d’un très heureux désordre sans doute semé dans le manuscrit par le brave Fouillis, un scottisch-terrier qui n’en fera jamais d’autres. On n’est pas pour rien le chien de Madame Sagan [Le Nouvel Observateur, 1993].
10.13. Faites un résumé du texte en utilisant les expressions cidessous.
1.Ce texte est intitulé … .
2.Il est tiré du recueil … .
3.On peut le diviser en … parties.
4.Dans la première, deuxième, troisième parties … l’auteur parle de … .
5.Il s’agit en détail, en bref de … .
6.Pour conclure on peut dire que … .
104
BILIOGRAPHIE
1.Jean-Jacques Rousseau. Lettre à d’Alembert sur les spectacles. Paris, 1964. – 96 p.
2.Jean-Louis Ezine. Le Nouvel Observateur. Paris, 1993. − P. 9-10.
3.La littérature française du XVIIIe siècle. Paris: Hachette, 1998. – 483 p.
4.Le Figaro (journal). Paris, 2022. – P. 16.
5.Le Figaro Magazine. Paris, 1985. – P. 19-20.
6.Le Magazine Littéraire. Paris, 2010. – P. 22-24.
7.Le Robert micro. Dictionnaire d’apprentissage du français / Rédaction dirigée parAlain Rey. Paris: Le Robert, 2018. – 1663 p.
8.Précis de la littérature française. Paris: Librairie Delagrave, 2003. – 493 p.
9.Proust Marcel. À la recherche du temps perdu: Éditions du Progrès. M, 1970. – 436 p.
10.Stendhal. Le Rouge et le Noir. Paris, 1972. – 576 p.
105
Учебное издание
АВТАНДИЛОВА Елена Михайловна, КРАВЦОВ Сергей Михайлович
ФРАНЦУЗСКИЙ ЯЗЫК
для обучающихся по направлениям подготовки «Филология», «Педагогическое образование»
Подписано в печать 20.01.2023 г.
Бумага офсетная. Формат 60×84 1/16. Тираж 30 экз.
Усл. печ. лист. 6,16. Уч.-изд. л. 5,0. Заказ № 8879.
Издательство Южного федерального университета.
Отпечатано в отделе полиграфической, корпоративной и сувенирной продукции Издательско полиграфического комплекса КИБИ МЕДИА ЦЕНТРА ЮФУ.
344090, г. Ростов на Дону, пр. Стачки, 200/1, тел (863) 243 41 66.
