MODE. Пособие по курсу «Теоретическая грамматика французского языка»
.pdfP. IMBS
L’emploi des temps verbaux en français moderne. Essai de grammaire descriptive Paris, librairie C. Klincksieck, 1968, p.p. 191–200
QUESTIONNAIRE:
1.Pourquoi P.Imbs croit-il nécessaire d’examiner le problème du mode relativement au problème du temps?
2.Où voit-il le lien entre la progression modale et quantité de formes temporelles?
3.Qu’est-ce qu’il entend par l’autonomie croissante des formes?
4.Quand l’infinitif de narration peut-il exprimer un commencement d’autonomie en tant que centre de phrase? Quelles conditions y sont nécessaires?
5.Quelle est la position du participe? Peut-il être le centre de phrase et avoir la signification temporelle?
6.Qu’est-cequ’ilyadecommunentrelesubjonctifetl’impératif?
7.Comment l’emploi du subjonctif et de l’impératif en principale ou indépendante est lié avec les formes temporelles (simple et composée)?
8.Quelles sont les particularités d’emploi de l’impératif dans une proposition subordonnée?
9.En quelle mesure la proposition subordonnée au subjonctif dépend de la valeur temporelle?
10.Est-ce que les cadres temporels dans lesquels se situent le subjonctif et l’impératif sont identiques?
11.En quoi le subjonctif ressemble-t-il au participe et à l’infinitif?
12.Pourquoi le subjonctif à quatre formes aggrave-t-il la dépendance temporelle du subjonctif par rapport au verbe principal?
13.Quand le subjonctif parvient à exprimer le temps «absolu»?
14.En examinant la valeur temporelle du mode indicatif, P.Imbs mentionne les formes en -rais. Quel rôle leur attribue-t-il dans le mode indicatif?
15.Pourquoi quant à l’indicatif, P.Imbs ne fait-t-il aucune distinction entre son emploi en proposition principale et son emploi en proposition subordonnée?
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Chapitre III
TEMPS ET MODE
Nous avons à envisager deux ordres de problèmes relatifs aux rapports du temps et du mode: le premier est d’ordre quantitatif, et consisteàsedemanderpourquoiladifférenciationtemporellevacroissant à mesure qu’on avance des formes nominales vers l’indicatif; le second est d’ordre qualitatif, et consiste à se demander quelle sorte de modalité le temps est capable de produire. L’on voit que les deux problèmes sont complémentaires; la question est de savoir si leur solution est susceptible d’éclairer la conception grammaticale du temps et de la modalité.
A. Progression modale et différenciation temporelle
Nous avons déjà remarqué que la notion de mode est ambiguë en français: tantôt il s’agit de simples tiroirs de classement de formes; tantôt, au contraire, il s’agit de formes significatives de modalités diverses. Nous prendrons d’abord le mot dans le premier sens, qui permet de considérer successivement les différents groupements de formes verbales.
La question qui se pose est donc celle-ci: la spécification, la différenciation croissante des formes temporelles a-t-elle un sens?
La première constatation qui s’impose est que cette progression va de pair avec l’autonomie croissante des formes. Par autonomie nous entendons leur aptitude à être centre de phrase sans s’appuyer sur une autre forme verbale.
1. L’infinitif et le participe, qui ne connaissent que la division en formes simples et en formes composées, ne peuvent normalement pas s’employer comme centre de phrase.
a) L’infinitif de narration ne représente qu’une transposition stylistique en marge de l’usage courant et grammaticalisé. Mais c’est une question de savoir s’il existe une proposition infinitive en français, et si, par conséquent, l’infinitif acquiert un commencement d’autonomie par la faculté qu’il aurait d’être centre d’une proposition subordonnée. Il ne semble cependant pas qu’il y ait en français autre chose qu’une construction infinitive, dans laquelle certes l’esprit perçoit un rapport
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logique de sujet-verbe (il y a de ce fait subordination implicite voulue), mais le sujet et l’infinitif sont en même temps et toujours et tous les deux objets du verbe principal, dont l’infinitif reçoit ses déterminations temporelles essentielles, et notamment sa localisation dans le passé, le présent ou l’avenir. Il n’en reste pas moins que l’infinitif a ainsi un commencement d’autonomie par son emploi comme nœud verbal d’une proposition subordonnée implicite.
b) La position du participe est plus nette: il peut être normalement centre d’une proposition subordonnée circonstancielle avec sujet autonome; comme l’infinitif dans la construction infinitive, il reçoit du verbe principal la détermination temporelle essentielle, à savoir sa localisation dans le passé, le présent et l’avenir (les formes composées, dites passées, sont des antérieurs, mais non nécessairement par rapport au passé).
2. Le subjonctif et l’impératif
A partir des formes personnelles du verbe, on voit le formulaire des temps verbaux prendre une double orientation, dont l’une ira se développant (le subjonctif), tandis que l’autre aboutira à une impasse (l’impératif).
a) Les deux directions ont en commun de garder le système des deux formes venu des formes nominales du verbe. Elles en font aussi en partie un usage commun, puisque le subjonctif et l’impératif peuvent normalement s’employer en proposition principale, et jusqu’à confondre leurs formes dans l’usage, le subjonctif fournissant à l’impératif les formes qui lui manquent. Cet emploi, à peine esquissé dans l’infinitif simple, est la grande nouveauté de ce palier de l’ascension temporelle. Mais est-ce déjà la pleine indépendance verbale? Il ne semble pas. Si en proposition principale les verbes à l’impératif et au subjonctif s’emploient en effet avec pleine valeur prédicative, ce n’est cependant pas sans un reste de dépendance, à savoir celle d’un mouvement affectif, s’exprimant habituellement, dans l’usage parlé, par une intonation, expressive de la nuance particulière de la tonalité affective. En outre — et ceci est capital — l’accession à la construction en proposition principale ou indépendante ne se fait pas sans le sacrifice d’une partie de la valeur temporelle: le subjonctif à deux temps, aussi
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bien que l’impératif, n’ont qu’une seule dimension temporelle, celle du présent-futur indivis, exprimée tantôt par la forme simple tantôt par la forme composée, laquelle n’a dans ce cas qu’une valeur d’accompli dans le présent-futur et nullement de passé.
b) Le parallélisme du subjonctif et de l’impératif s’arrête là.
Il est vrai que l’impératif peut, occasionnellement, en construction paratactique, et donc dans un type d’expression fortement affectif, s’employer avec valeur de proposition subordonnée; mais la forme composée, même alors, ne prend, en relation avec le verbe principal, qu’une valeur d’accompli et non de passé, le verbe principal n’étant jamais, dans ce cas, qu’au futur ou au présent-futur-omnitemporel. Sa valeur temporelle est donc très limitée, et c’est cela qui constitue son impasse.
Le subjonctif, au contraire, est consubstantiellement un mode de la subordination explicite, ce qui le met en continuité directe avec le participe. Mais alors que le participe restait, dans cet emploi, confiné dans la construction dite participe, avec une valeur toujours circonstancielle et pour l’expression de circonstances en nombre très limité, le subjonctif, au contraire, pénètre dans tous les secteurs de la subordination, qu’il s’agisse de constructions à fonction «complétive» ou à fonction circonstancielle, de structures relatives ou de structures conjonctionnelles. Cependant dans cette fonction le verbe reste grammaticalement servile, puisqu’il est toujours, quant au mode, dans la perspective du verbe principal, dont il répercute (et parfois révèle, lorsque le verbe principal est un verbe de parole ou de pensée n’entraînant pas nécessairement le subjonctif)1 dans la subordonnée la modalité inhérente au sémantème ou occasionnellement acquise au niveau de la phrase. Cette dépendance existe-t-elle aussi pour la valeur temporelle? Il apparaît que oui, puisque le subjonctif, en proposition subordonnée, est incapable deposer dutemps«absolu»,c’est-à-dired’indiquer parlui-même le cadre temporel (passé, présent, avenir) dans lequel le procès qu’il
1 Si nous faisions la théorie complète de la subordination, nous dirions que le verbe principal et le verbe subordonné expriment l’un sémantiquement, l’autre grammaticalement la modalité de la phrase prise dans son ensemble: cette actualisation verticale n’exclut pas la mise en perspective horizontale dont il est question ici.
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exprime se situe: ce cadre est toujours exprimé par le verbe principal, parrapportauquelleverbeausubjonctifesttoujoursantérieur,contemporain ou ultérieur. Serait-il alors dans le même cas que l’impératif? Non, puisque l’impératif subordonné ne pouvait se mouvoir que dans le présent-futur, alors que le subjonctif se situe, comme l’infinitif et le participe, aussi bien dans le passé que dans le présent et le futur.
c)Le subjonctif à quatre formes aggrave encore la dépendance temporelle du subjonctif par rapport au verbe principal. En proposition complétive,l’imparfaitdusubjonctifn’estqu’unevariantedusubjonctif présentlorsqueleverbeprincipalestaupassé,etlesubjonctifplus-que- parfait, dans les mêmes conditions, n’est qu’une variante du subjonctif parfait. – Dans les subordonnées conditionnelles, le plus-que-parfait du subjonctif apparaît comme une variante du conditionnel composé, et dans ce cas le subjonctif exprime réellement et pour la première fois du passé. Il en est de même en proposition indépendante, lorsqu’il est chargé d’exprimer le regret (ah! s’il eût vécu!) Mais il s’agit là d’un usage tellement peu habituel ou tellement confiné dans l’usage littéraire et soutenu, qu’il ne peut avoir valeur significative: l’usage courant a déchargé le subjonctif de cet emploi pour le confier au conditionnel, qui, quoique proche du subjonctif, appartient à l’indicatif.
d)Dans deux autres cas le subjonctif parvient à exprimer du temps «absolu», en opposition avec le temps du verbe principal: il s’agit du cas où le procès subordonné ne se réalise qu’au présent, et de celui où le verbe subordonné a une valeur d’omni-temporel. Mais ce sont des emplois d’insistance, n’ayant aucun caractère obligatoire, et qui relèvent du style plutôt que de la grammaire.
3.Reste donc à examiner la valeur de la temporalité dans le mode indicatif. Il ressort de ce qui précède que l’originalité de l’indicatif est de pouvoir marquer par lui-même la période temporelle «absolue» dans laquelle se déroule le procès.
a)Cependant les choses ne sont pas aussi simples: l’institution grammaticale procède rarement par bonds brusques.Al’entrée de l’in- dicatifsesituentdeuxemploisdeformesen-ais:leconditionnel-temps et l’imparfait et le plus-que-parfait de perspective, qui continuent l’usage du subjonctif: leur temps «absolu» n’est pas nécessairement
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le passé; leur temporalité consiste seulement à indiquer l’antériorité, la simultanéité (ou perspective actuelle), et la postériorité par rapport au passé. De fait le plus-que-parfait, parce qu’il exprime l’antérieur du passé, est toujours au passé. Le «conditionnel» composé et, le plus souvent, le «conditionnel» simple, expriment habituellement du passé; mais la perspective future d’un fait passé peut bien, en fait, être du présent ou même du futur «absolu». Quant à l’imparfait de simultanéité, nous avons vu qu’il peut trasposer dans le passé des procès situés en réalité dans le présent d’habitude ou dans le présent omnitemporel; du moins queque chose dans ces présents très larges est-il du passé. [...]
b) Il faut pénétrer jusqu’au cœur du système, ou mieux, jusqu’à son axe central, qui constitue le temps linéaire, c’est-à-dire jusqu’au système du temps or-maintenant, pour arriver au plein épanouissement du temps indicatif.
Iln’yaplusseulement,ici,deuxcouchestemporelles,avecunpassé ayant en face de lui un présent-futur indivis, mais trois temps distincts, ayant chacun son individualité, quoique solidaires l’un de l’autre.
Plus de distinction, ici, entre emploi en proposition principale et emploienpropositionsubordonnée;lesformestemporellesontpartout leur pleine valeur chronothétique (G. Guillaume); ils sont vraiment poseurs de temps, ils localisent les procès dans l’un des trois grands cadres du temps divisé: passé, présent ou avenir, ou dans le cadre plus grand encore de l’omnitemporel. Ils représentent le terme final de la chronogénèse (G. Guillaume), et au-delà il n’y a plus aucune conquête à faire: les trois temps du futur, du présent et du passé simple (ce dernier étant remplacé, dans l’usage courant, par le passé composé) sont les vrais maîtres du temps, centrés autour de leur source commune, l’indicatif présent.
A une condition cependant: à savoir que leur fonction chronothétique ne soit pas mise en cause par l’indice de soustraction qu’est la «conjonction» conditionnelle si: la valeur des formes temporelles alors change, nous nous écartons de la modalité indicative centrale pour nous rapprocher de la modalité subjonctive, et tout dès lors est à reconsidérer dans une autre lumière. C’est ce que nous avons à examiner maintenant.
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QUESTIONNAIRE:
16.Quels types de modalité les formes verbales de l’indicatif peuvent-ils exprimer?
17.Comment P.Imbs comprend-il la première sous-modalité située à l’intérieur de l’indicatif qu’il appelle volonté catégorique? Par quel temps la volonté catégorique est-elle exprimée?
18.Qu’est-ce qu’il entend par la deuxième sous-modalité, appelée la probabilité?
19.Quelles sont les particularités de la troisième sous-modalité indicative, que P.Imbs appelle éventuel?
20.Comment peut-on expliquer le décalage temporel entre la principale et la subordonnée après la conjonction si?
21.Qu’est-ce qui importe le plus dans la distinction de l’éventuel probable et l’éventuel possible? En quoi cette modalité indicative se rapproche de la modalité subjonctive? Quel rôle dans ce rapprochement le décalage temporel joue-t-il?
22.Quelle place dans le système d’indicatif P.Imbs attribue-t-il au deux conditionnels (présent et passé)? Pourquoi les appelle-t-il temps de perspective?
23.Quels autres temps inclue-t-il dans le carré de quatre temps de perspective?
24.Comment le décalage temporel parvient-il à aboutir à la modalité du probable et du possible dans l’éventuel?
25.P.Imbs pourquoi appelle-t-il la particule si l’indice de la moda-
lité?
26.Comment P.Imbs interprète-t-il les constructions où l’hypothèse est introduite par quand (même), au cas où, etc.?
27.Comment P.Imbs explique-t-il dans l’hypothèse de la valeur indicative du conditionnel le passage du sens temporel au sens modal?
B. L’emploi modal des formes temporelles de l’indicatif. Nous emploierons ici le mot mode dans son acception syntaxique
de tiroir exprimant une modalité. Bien entendu il ne s’agira pas de faire la théorie des modes, mais seulement d’indiquer de quelle nature est la modalité créée par la langue dans le cadre ou en marge du temps.
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Nous écarterons de notre analyse le subjonctif, auquel nous avons consacré ailleurs une étude. Ce qui nous intéresse ici, c’est de savoir quels types de modalité peuvent produire des formes verbales qui sont principalement temporelles; il s’agit pratiquement du présent, de l’imparfait, du plus-que-parfait de l’indicatif, ainsi que du futur et des formes futures traditionnelles appelées conditionnels, et dont nous avonsditqu’ellesappartenaientellesaussiautiroir-modedel’indicatif.
1.La première sous-modalité située à l’intérieur de l’indicatif est celle de la volonté catégorique; elle est exprimée par le futur simple (un seul Dieu tu adoreras), ce qui l’apparente à l’impératif simple, dont la temporalité est celle d’un présent-futur indivis, mais l’en distingue aussi, puisque précisément la modalité s’exprime ici dans le temps divisé, que l’impératif ne connaît pas. Cette modalité apparaît à l’intérieur de l’indicatif, parce que celui offre des ressources que l’impératif et le subjonctif ne possèdent pas: celles d’un temps transposant dans l’avenir une des valeurs caractéristiques du présent, à savoir la capacité de représenter les choses comme actuelles et donc indiscutables. (Ce futur est compris comme volitif, parce que, comme dans l’impératif, le contexte indique que l’initiative du procès ne vient pas du sujet-agent du procès, mais du locuteur).
2.La deuxième sous-modalité que nous rencontrons à l’intérieur de l’indicatif est celle de la probabilité. Elle peut être exprimée par le futur simple (ce ne sera rien = «ce n’est rien») ou le futur composé (vous l’aurez oublié = «vous l’avez oublié»). Cette modalité est nettement indicative, puisque les formes temporelles ont une valeur «absolue»: le futur simple place le procès dans le présent du système temporel O-M, le futur composé le place dans le passé du système temporel O-M. La possibilite d’une telle modalité dans le tiroir-mode de l’indicatif n’étonne pas: après les locutions de probabilité (il est probable que...) ce n’est en effet pas le subjonctif, mais l’indicatif que la langue emploie. Le contexte indique que la temporalité vraie est le présent actuel; le futur indique qu’il s’agit d’une hypothèse, qu’il faudra vérifier à l’avenir, quoiqu’elle soit hautement vraisemblable.
3.La troisième sous-modalité indicative est celle de l’éventuel, telle qu’elle s’exprime dans les propositions hypothétiques et dans les
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propositions principales à sens éventuel. Six formes temporelles indicatives entrent ici en jeu: les deux «conditionnels», le groupe imparfait — plus-que-parfait, le groupe présent — passé composé.
Il est capital de noter le contexte syntaxique de leur emploi: du moins dans le bon usage, les conditionnels s’emploient en proposition principale ou indépendante, les quatre autres temps en proposition subordonnée introduite par si.
a) Le groupe le plus proche de l’usage ordinaire de l’indicatif est le groupe présent — passé composé après la «conjonction» si. Ces deux temps s’emploient en relation avec un futur de proposition principale (Si tu viens, je serai heureux; si tu as fini à temps, tu pourras venir avec moi). Le décalage temporel entre principale et subordonnée exprime d’abord que la subordonnée présente toujours le processus verbal subordonné comme antérieur, voire comme achevé par rapport au processus verbal principal. Mais où la modalité fait sentir ses effets, c’est dans l’obligation de n’employer après si que le présent ou le passé composé, et l’interdiction d’employer le futur ou le futur antérieur. Tout se passe comme si la «conjonction» si était un indice de soustraction, de recul dans la direction d’une modalité moins différenciée, du point de vue temporel, que la modalité indicative: cette modalité est la modalité subjonctive, qui ne connaît que deux divisions du temps, le présent-futur et le passé, et par conséquent ne connaît ni futur ni futur antérieur (lequel est toujours un antérieur du futur). Sous l’effet de l’indice modal si (si est un adverbe modal, signifiant depuis toujours une manière d’être), l’indicatif perd sa troisième dimension temporelle, et par conséquent le futur est remplacé par le «présent», lequel redevient, comme au subjonctif, un temps indivis où présent et futur restent confondus. La règle de l’interdiction du futur signifie par conséquent que le système des temps à employer après si modal est celui de la temporalité préindicative, qui ne connaît que deux temps.
Pourquoi alors ne pas aller jusqu’au bout de la logique, et employer franchement le subjonctif? C’est qu’ici encore l’indicatif garde un de ses privilèges, que le subjonctif ne connaît pas en proposition subordonnée: il pose le temps en toute indépendance, et donne de ce fait à l’éventualité une autorité qui la rapproche de celle du futur de
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probabilité; et c’est là, en effet, la température modale propre à la construction si + ind.présent...ind.futur. Il s’agit en fait d’un éventuel probable.
b) Avec l’introduction dans l’éventuel de l’idée de possibilité ( ou d’impossibilité), nous nous approchons davantage encore de la modalité subjonctive. Si en effet la subordonnée de probabilité demande l’indicatif (il est probable qu’il viendra), l’idée de possibilité exprimée dans la principale entraîne dans la subordonnée le subjonctif (il est possible qu’il étonne).
Et en effet l’ancienne langue utilisait l’imparfait et le plus-que- parfait du subjonctif pour l’expression de l’éventualité possible ou impossible: je fusse liez, se tu venisses; j’eüsse esté liez, se tu fusses venuz. Le français littéraire soutenu a d’ailleurs conservé le deuxième tour, où la grammaire scolaire croit devoir discerner un «conditionnel passé deuxième forme».
Chose remarquable, mais nullement surprenante d’après ce que nous avons dit sur le subjonctif employé en proposition principale, celui a dans ce tour une valeur temporelle indépendante: le plus-que- parfait du subjonctif localise, aujourd’hui encore, le processus verbal dans le passé (j’eusse été), comme autrefois l’imparfait du subjonctif le localisait dans le présent (ou parfois dans le passé, puisque l’imparfait du subjonctif est un ancien plus-que-parfait).
Le plus important cependant, dans ces tours, est le mécanisme par lequel la langue se donne ou se donnait un moyen d’expression de l’éventuel possible ou impossible: comme pour l’éventuel probable, c’est par un décalage temporel qu’elle y parvenait, et y parvient encore dans le cas du plus-que-parfait: de même que pour l’éventuel probable elle employait le présent à la place du futur, elle emploie ici l’imparfait à la place du présent, et le plus-que-parfait à la place du passé simple ou de l’imparfait.
C’est ce même mécanisme du décalage temporel que nous voyons à l’œuvre dans l’emploi des deux conditionnels et du groupe imparfait — plus-que-parfait de l’indicatif.
Les deux conditionnels «présent» et «passé» sont en réalité d’abord des temps de perspective, absolument parallèles à l’imparfait
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