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MODE. Пособие по курсу «Теоретическая грамматика французского языка»

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pers. du pluriel, celle-ci étant alors assimilée à une 2-ème personne + la personne parlant (sortons = vous et moi, sortons). Aussi, quand l’ordre s’adresse à une tierce personne, non présente, faut-il nécessairement recourir au mode personnel de l’ordre, le subjonctif.

Une dernière remarque. Quand l’ordre s’adresse à la personne même qui parle, par ex. dans le monologue, on a le choix entre deux personnes: soit la 2-ème pers. du singul., le locuteur dédoublant en quelque sorte sa personnalité, et se parlant à lui-même comme il ferait à un interlocuteur: «Va donc, imbécile! se disait Jean Valjean»; — soit la 1-ère pers. du pluriel: «Mourons du moins sans offenser Chimène» Corn. Cid 330 [...].

3. L’impératif, exprimant essentiellement la volonté, ne peut se construire en subordination avec un autre verbe; il est donc réservé au style direct. En style indirect, on le remplace nécessairement soit par l’infinitif, soit par le subjonctif: «Néron dit à Narcisse d’approcher», ou «qu’il approche».

IV. LE CONDITIONNEL

Comment le conditionnel, de par son origine et sa nature simple temps, est-il devenu un mode? Pourquoi ce mode a-t-il été nommé «conditionnel»? Ce nom rend-il la plénitude de sa valeur modale? Voilà des points sur lesquels il faut s’expliquer.

L’origine de la valeur modale

Dans la phrase «Il a dit qu’il lirait», lirait n’est pas autre chose qu’un temps, c’est un futur, et dont nous avons vu la formation. Il importe d’en pénétrer la nature. L’action de lire est énoncée ici par quelqu’un que la phrase présente comme parlant à un moment du passé, mais parlant de l’avenir; c’est, nous l’avons dit, un futur non «dans le passé», mais envisagé d’un moment du passé.

Il est clair que l’avenir ne nous appartient pas; la réalisation d’une chose annoncée comme future ne dépend jamais de nous seuls, elle est conditionnée par des circonstances sur lesquelles nous ne pouvons rien. Et ainsi le futur implique toujours quelque degré d’incertitude. Mais, selon la façon dont il est énoncé dans la phrase, cette incertitude se laisse plus ou moins entrevoir: complètement inaperçue avec une

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futur ordinaire (il lira), elle devient beaucoup plus sensible avec ce futur des «dires» qu’est de soi le conditionnel, (il a dit qu’il lirait); ici, à la valeur d’indication temporelle il s’en ajoute une autre, celle d’éventualité, c’est-à-dire d’action qui, sans doute, peut arriver, mais qui peut aussi ne pas arriver, selon les circonstances. Observons bien ce fait; avec l’idée accessoire, mais si naturelle, d’éventualité (ou simple possibilité), c’est le mode contenu en puissance dans le temps qui fait son apparition.

Dans la phrase il a dit qu’il lirait, le mode ne paraît pas avoir encore une existence bien distincte, une individualité certaine. Cela tient à la présence de la proposition principale (il a dit...). Que l’on coupe le cordon, le mode vivra de sa vie propre, accusera sa physionomie, manifestera toutes ses ressources, éventualité et conditionnalité.

1.Eventualité. Nous n’en avons jusqu’ici qu’une idée abstraite, entrons dans le concret. Un personnage du Couronnement Louis (XIIème s.) s’exprime ainsi: «De soe part vos vorreiepreier» 516, de sa part jevoudraisvousprier;cf.cequeRacinefaitdireàHippolyte:«Quelles sauvagesmœurs,quellehaineendurciePourroit,envousvoyant,n’être point adoucie?» 521–22; «Je vous conseillerais, pour vous remplumer, de passer un an sur notre lac» Volt. Corresp. 24 mars 1755. Qu’est-ce que ce voudrais, ce pourrait, ce conseillerais? simplement des éventuels, et qui ne tiennent qu’à une nuance de sentiment: celui qui parle veut substituer à une déclaration catégorique une déclaration adoucie; courtoisie, politesse, ou retenue légère pour quelque motif que ce soit, voilà ce qu’il y a ici dans ce mode. On va voir qu’il peut y avoir beaucoup plus.

2.Conditionnalité. Donc, dans ces derniers exemples, le conditionnel n’est plus un simple temps, c’est un mode; mais cependant, ce n’est pas encore un «conditionnel» (au sens propre). Car, s’il y a déjà quelque chose pour la condition, ce n’est qu’à un faible degré, ce n’est que virtuellement. La vraie condition implique un rapport de cause à effet ou de principe à conséquence; or, dans les exemples cités, on n’a, en réalité, qu’une possibilité conditionnelle (dans ces circonstances, je voudrais..., etc., en vous voyant, qui pourrait?.. etc). Ce n’est que quand il y a relation logique et impliquant une sorte de nécessité, qu’il

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y a vraiment condition. – Celle-ci est parfois délicate à démêler. Dans la phrase fameuse: «Si je la haïssois, je ne la fuirois pas» (Rac. Phèd. 56), le conditionnel marque-t-il vraiment une condition? Non. Ce je ne la fuirais pas, tout engagé qu’il est dans une phrase hypothétique, n’a valeur que de simple éventuel; c’est que la phrase elle-même énonce une supposition plutôt qu’une vraie condition: supposons, admettons que je la haïsse, dans ce cas je ne la fuirais pas, (pur rapprochement de circonstances, en vue de marquer un rapport d’opposition, mais non de dépendance); que l’on dise, au contraire: «Si je la haïssais, je la fuirais», ici, il y a vraiment dépendance logique, relation de cause à effet, donc condition authentique, et vrai conditionnel. En voici encore un tout à fait incontestable: Théramène reproche à Hippolyte son aversion pour Vénus: «Vous-même où seriez-vous, vous qui la combattez, Si toujours Antiope à ses lois opposée D’une pudique ardeur n’eût brûlé pourThésée?» (ibid. 124–26). Il veut dire: si votre mère n’avait épousé votrepère,vousneseriezpointné.Iciencorelarelationdecauseàeffet est étroite, et le conditionnel exprime vraiment une condition.

Nous allons voir, en étudiant le subjonctif, que le latin, faute d’avoir une forme propre pour la conditionnalité, la rendait au moyen de ce mode; nous constaterons qu’en français aussi ce mode peut l’énoncer. Il faut retenir de ce qui précède: 1) que la condition, en français, ne revêt pas nécessairement la forme du conditionnel; 2) que le conditionnel est loin d’énoncer nécessairement la condition.

Conditionnel affectif

Il arrive souvent que le conditionnel serve à marquer, non une condition, ni même une simple éventualité (sous forme de déclaration adoucie), mais au contraire une brusque et énergique détente du sentiment: «Quoi! je lui donnerois Pyrrhus pour successeur!» s’écrieAndromaque en parlant d’Hector (Rac. Andr. 984); cf.: «Quoi! vous iriez dire à la vieille Emilie Qu’à son âge il sied mal...?» Mol. Mis. 81–82; «Une race naîtrait de moi! Comment le croire?» s’écrit le Booz de Hugo, (Lég. des S. VI); à son fils qui lui dit qu’il ne dépense pas autant que lui, le père Charrier de riposter: «Il ne manquerait plus que cela!» Augier Les Effrontés, 1, 2; [...]

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Toutes ces phrases ont ceci de commun que le verbe au conditionnel y est chargé d’une forte valeur affective. Il semble que l’éventualité, telle qu’elle se présente à l’esprit du personnage en scène, y déclenche un puissant ressort. Le conditionnel, dans ce cas, est aussi voisin que possible du subjonctif, mode, nous le verrons..., de l’énergie psychique. La phrase que voici manifeste leur affinité: «Moi, héron, que je fasse une si pauvre chère!... J’ouvrirois pour si peu le bec! aux Dieux ne plaise!» La Font. Fab. VII, 4; on voit ici le conditionnel affectif s’encadrer entre deux subjonctifs; c’est qu’en fait leur dynamisme peut être exactement de même valeur.

Les modalités logiques de l’action

Sous cette rubrique on peut ranger certains caractères ou nuances de l’action, selon qu’elle est pensée comme réelle ou irréelle, possible ou impossible, probable ou imbrobable. Le verbe n’a pas de modes spéciaux exclusivement réservés à tels ou tels de ces points de vue.

Mais il en est, parmi ceux-ci, que soit le conditionnel, soit le subjonctif, a le privilège d’énoncer occasionnellement; en particulier, le possible, d’une part, de l’autre, l’irréel.

On comprend qu’un mode, comme le conditionnel, issu d’un futur spécial, soit propre à exprimer la possibilité: si, par exemple, j’ai dit que je viendrais, c’est que je me plaçais dans le plan du possible.

Considéré sous cet angle, le mode de l’éventuel se révèle aussi mode potentiel, c’est-à-dire énonçant ce qui n’est pas actuellement, mais ce qui, dans l’avenir, peut très bien être, ce qui, donc, paraît possible.

A cet aspect de l’action s’en oppose un autre diamétralement contraire: ce qui, dans le passé, a pu être, mais n’a pas été, ce qui, par conséquent, est irréel, (au sens de non accompli). De même que le conditionnel présent est propre à servir de mode potentiel, le conditionnel passé sert de mode irréel; à «Je pourrais faire cela demain» ou à «Si je le voyais lundi prochain, je lui dirais...» (mode potentiel) s’oppose nettement: «Si je l’avais vu hier, je lui aurais dit» (mode irréel).

Le conditionnel passé peut très bien ne pas énoncer l’irréel, et être seulement une transposition au passé du conditionnel présent. C’est

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le cas dans cette phrase de Chateaubriand: «Je me figurais les bords ignorés, les climats lointains où ils [les oiseaux migrateurs] se rendent; j’aurais voulu être sur leurs ailes» (René); ici, rien d’irréel; René, s’il parlait au présent, dirait: je voudrais, etc. Par contre, dans cette autre phrase, l’irréalité est incontestable: «Tu as dû être bien beau! j’aurais voulu être là» Dumas, Fils nat. III, 2; comme celui qui parle n’était point là, il est clair qu’on est dans l’irréel; cf.: «J’aurais voulu que tu voies nos séances de musique..., quand j’étais soldat» Maurois Cercle de fam. I, XVI.

Ces deux concepts, le possible et l’irréel, peuvent s’attacher aussi à l’action prise dans le présent. Dire je voudrais vous parler, c’est sans doute avoir un désir concernant l’avenir, mais pourtant un désir dans le présent; et puisque l’action de désirer est présentement réalisée, c’est qu’elle est possible: c’est donc bien ici le mode potentiel dans le présent. Le mode irréel, dans le présent encore s’exprime aussi par le conditionnel: «Si Corneille vivait, je le ferais prince» (Napol.) [...]

Chapitre IX

LE MODE SUBJONCTIF

QUESTIONNAIRE:

13.Pourquoi G. et R. les Bidois appellent-ils le subjonctif mode le plus mystérieux..., le plus délicat d’emploi..., le plus riche en nuances?

14.Comment peut-on interpréter leur sentence que le subjonctif est le plus mode de tous les modes?

15.Qu’est-ce qui prouve que le subjonctif est avant tout le mode verbal de la volonté?

16.Quelles nuances de sens peuvent être exprimées à l’aide du subjonctif?

17.Qu’est-ce que G. et R. les Bidois comprennent par le mode de la finalité?

18.Pourquoi dans son acception de mode de doute le subjonctif possède-t-il, d’après les auteurs, une intime correspondance avec la crainte?

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19.Quels liens G. et R. les Bidois établissent-ils entre l’intelligence et l’âme de celui qui parle, en examinant le subjonctif comme mode de sentiment?

20.Comment la négation dans la principale influence-t-elle le mode du verbe de la subordonnéé? Quelle nuance le verbe s’appro- prie-t-il si la négation se trouve en tête de la phrase, p.ex. Ce n’est pas que je veuille...?

21.Qu’est-ce qui diffère le subjonctif en tant que mode d’éventuel du conditionnel? Quels sont les traits qui les unissent et les traits qui les séparent?

22.Qu’est-ce qu’on peut répondre à la question posée par les auteurs: le subjonctif est-il le mode de la subordination?

23.Est-ce que l’ordre des mots influence le choix du mode?

24.Comment choisir le mode dans la subordonnée après une phrase impersonnelle?

Généralités

Avec le subjonctif nous arrivons au mode le plus mystérieux ou du moins le plus gros de secrets, le plus délicat d’emploi, mais aussi le plus riche en nuances fines, des langues parvenues, comme le français, à un haut développement. Et l’on peut penser qu’à ces titres, le subjonctif est peut-être, pour qui le connaît bien et en joue juste, la marque la plus sûre d’une connaissance approfondie de notre langue.

Lexicologues et grammairiens, à l’envi, présentent le subjonctif comme étant essentiellement le mode de la subordination, c’est-à-dire de la dépendance par rapport à un autre verbe qui, d’après eux, le régit nécessairement. Dumarsais (cité par Littré, Subjonctif) est là-dessus fort catégorique: «Le subjonctif exprime l’action d’une manière dépendante, subordonnée..., et qui suppose toujours un indicatif». C’est là un étrange renversement de la vérité.

Il est certain que, dans nombre de cas, le subjonctif est de mise et même de rigueur dans les subordonnées; ce fait, qui a frappé nos grammairiens, a valu à ce mode son nom français de «subjonctif» (du latin subjungere), lequel marque à la fois union et dépendance, (les Allemands, eux lui donnent le nom de «conjonctif» qui n’évoque que

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l’idée d’union). Mais il s’en faut que le subjonctif ne s’emploie qu’en subordination. On en use beaucoup dans les propositions simples. Donnons-en tout de suite la raison, car elle éclaire tout le problème du subjonctif, quant à sa nature et à son essence.

On voit volontier, dans le subjonctif, avant tout le mode du doute, du souhait, de l’hypothèse, de la concession, de l’étonnement, de l’indignation; on n’a pas complètement tort, il peut énoncer, selon l’occurrence, n’importe laquelle de ces dispositions psychologiques. Mais cette extrême diversité d’aptitudes, si elle paraît voiler, en même temps elle suppose une force intime qui ne se conçoit pas sans une unité réelle et profonde; celle-ci, quand une fois elle est bien connue, rend pleinement raison de cette apparente confusion, et y réintègre l’ordre.

Si le subjonctif, en effet, est apte à exprimer tant de modalités psychiques, ne serait-ce pas parce qu’il est, comme nous l’avons dit, le plus mode de tous les modes, par quoi il faut entendre le plus en relation avec l’âme, le plus en harmonie avec ses modalités profondes, en d’autres termes le plus chargé de sentiment ou d’intentions? Toute notre âme paraît s’y imprimer; ses plus fortes, ses plus fines vibrations y viennent retentir.1 De là cette richesse de nuances modales. S’il fallait nécessairement apposer à un mode si complexe une étiquette simplifiée, il semble que ce pût être celle-ci: mode de l’énergie psychique. L’impératif, malgré son dynamisme, est certainement beaucoup moins riche en nuances modales; avec le subjonctif, nous sommes, sans doute, au point le plus profond, au cœur même de la vie syntaxique du langage.

D’où il suit que, loin d’être essentiellement le mode de la subordination, le subjonctif est, au contraire, le mode indépendant, pleinement autonome, tout à fait spontané et libre, du sentiment et du vouloir. Quelque chose, il est vrai, dans sa forme habituelle, nous masque un peu ce caractère: le que initial qui semble en être une partie intégrante, sorte de pierre d’attente ou d’agrafe apparemment faite pour le mettre en attache, par conséquent en dépendance, par rapport à un élément de phrase, (verbe, ou conjonction dite subordonnante), qui a l’air de le

1 C’est ce qui l’a fait appeler parW.Van der Molen «le mode de la subjectivité» (Le subjonctif. Sa valeur psychologique et son emploi dans la langue parlée, p. 36).

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commander.[...]cettedépendance,biensouvent,estplusapparenteque réelle, même dans ce genre de proposition, le subjonctif conserve, dans une large mesure, beaucoup, sinon même la totalité de son autonomie essentielle. Ici, il faut montrer que cette marque apparente, — et sans doute un peu illusoire, — de sa dépendance, ce que, sorte d’appendice frontal qui en semble aujourd’hui inséparable, a pu très bien autrefois, et peut de nos jours encore lui manquer, sans que l’existence du mode et sa valeur foncière en soit aucunement compromise.

C’estlecas,dansnombrede phrases oùlesubjonctif,comme l’optatif du latin et du grec, sert à exprimer le souhait. Il peut, sans doute, en cet emploi, s’accompagner de la conjonction que, son introducteur ordinaire: «Que béni soit le Ciel qui te rend à mes vœux!» Rac. Esth. 2. «Ah! que je hante encor le sommet des montagnes, Que je livre mes bras aux vents de l’Occident!» Noailles Vivants et Morts 68. – Mais le plus souvent, en pareil cas, le subjonctif s’emploie sans que: «Seignors barons, de vos ait Deus mercit! Tutes voz anmes otreit il pareis! En seintes flurs il les facet gesir!» Seigneurs barons, ait Dieu pitié de vous! à toutes vos âmes octroie (qu’il octroie) le paradis! Parmi les saintes fleurs, les couche (qu’il les couche), Rol. 1854–56. Cette libre construction du subjonctif de souhait s’est maintenue dans la langue littéraire. Certains emplois relèvent exclusivement du style très soutenu: «On le peut, je l’essaye; un plus savant le fasse» La Font. Fab. II, 1; «Vous épargne Borée et Zéphyr nous seconde!» H. de Régnier

Flamma tenax 62.

D’autres, sans être aussi exceptionnels, sont encore nettement littéraires: «Périsse le Troyen auteur de nos alarmes!» Rac. Iphig. 569; cf. dans la scène des Conjurés (Hernani IV, 3): «Les saints nous protègent! — Les morts nous servent. — Dieu nous garde»; cf.: «Meure ma jeunesse, meurent les souvenirs, meurent les soucis et les regrets!» Musset Confess. V, ch. 1; «Plût aux Dieux que ce fût le dernier de ses crimes!» Rac. Brit. 1768. Les mots soulignés de cette dernière phrase forment une sorte de locution figée, (cf., au présent:

Plaise à Dieu que...!).

Notons également l’emploi du verbe pouvoir: «Puisse celui à qui je vous laisse, à qui je vous donne, être digne de vous!» Musset loc.

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cit., ch. 7. Comme le remarque M. Brunot, «Puisse, aux diverses personnes, peut être considéré comme un véritable auxiliaire de souhait» (Pensée, p. 572). – Enfin, d’autres locutions optatives nous offrent le même mode verbal, mais à l’état plus ou moins stéréotype: Vive la reine! Vive (ou vivent) les vacances! Advienne que pourra! Cf.: «Dieu me garde d’aspirer à la pairie! Dieu garde surtout mon pays que j’y arrive!» Augier Gendre de M.P. I, 4. – Ce qu’il importe d’observer surtout, c’est que, en pareil emploi; le subjonctif se manifeste à nous dans sa pureté morpholologique, et aussi dans son indépendance, dans sa spontanéité syntaxique: là, il ne dépend de rien d’autre que de la poussée instinctive du sentiment; et cela explique que, dans la plupart de ces phrases, il apparaisse en tête.

Nous examinerons, dans l’étude des Propositions, au t. II, l’usage du subjonctif, tant dans les indépendantes que dans les subordonnées. Nous n’avons à l’étudier ici qu’en lui-même, comme mode. En particulier, il faut tâcher de s’expliquer le riche épanouissement de sa valeur modale. Nous allons en suivre les manifestations diverses dans un ordre qui, assurément, n’a rien d’historique, qui ne vise nullement à reproduire la succession chronologique des faits — impossible, il semble, dans l’état de nos connaissances, à déterminer avec un peu d’exactitude, mais qui se réfère uniquement à des enchaînements logiques plus ou moins probables, en tout cas fort plausibles.

A) Le mode de la volonté. Tout ce qui précède nous amène assez naturellement à voir avant tout dans le subjonctif le mode verbal de la volonté, (y compris le désir et le souhait, voir supra). C’est comme tel que, dans les propositions indépendantes, il supplée aux déficits de l’impératif: qu’il entre! qu’ils viennent! La parenté de ces deux modes est bien visible dans le rapprochement qu’en présente ce vers de Racine: «Vous, Narcisse, approchez! — Et vous [Néron s’adresse aux Gardes], qu’on se retire!» Brit. 372.

On s’explique dès lors que, dans la phrase de volonté, le subjonctif soit nécessaire: Je veux qu’il vienne, je consens qu’il me voie, dites-lui qu’il attende. Mais il faut bien comprendre quelle sorte de nécessité il y a là. S’il est impossible, dans ces subordonnées, de se passer du subjonctif, ce n’est aucunement parce qu’il serait le mode de la subor-

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dination; il n’est pas ici sous la dépendance réelle du verbe de la principale, (je veux, je consens, dites-lui). Malgré les apparences, c’est lui, en réalité, le verbe principale; ou du moins, principal, il l’est autant, pas moins que l’autre. (Dans une analyse plus complète, il faudrait distinguer les cas. Disons en gros que dans je consens qu’il vienne, dites-lui qu’il vienne, c’est le subjonctif qui porte l’accent principal de la phrase quant à l’expression de la volonté; dans je veux qu’il vienne, il y a, à cet égard, deux accents, l’un, principal, sur je veux, l’autre, secondaire, sur qu’il vienne; mais, même dans ce dernier cas, le subjonctif est loin d’avoir perdu sa valeur propre: il reste encore le mode non de la subordination, mais de la volonté.) Il ne faut, pour s’en rendre compte, que faire disparaître l’aspect de subordination; on aura alors: «Pour la dernière fois, qu’il s’éloigne, qu’il parte:

Je le veux, je l’ordonne» Rac. Brit. 368–69; «Qu’il me voie, j’y consens»; «Qu’il attende, dites-le-lui»; toutes phrases où le vrai rapport des valeurs est visible, et où le subjonctif manifeste pleinement son indépendance et sa vis propia.

Certains subjonctifs, que nous rencontrerons dans des propositions hypothétiques (voir, t. II, Phrases hypothétiques), aurons leur explication naturelle justement dans ce fait que le subjonctif est le mode dynamique par excellence, qu’il suppose une tension des ressorts de l’âme. Quand La Fontaine écrit: «Je suppose qu’un moine est toujours charitable» (Fab. VII, 3), s’il use de l’indicatif, c’est qu’il feint (malicieusement) de tenir la chose pour acquise; au contraire, dans cette autre phrase: «Que le bon soit toujours camarade du beau, Dès demain je chercherai femme» (Fab.VII, 2), il met le verbe au subjonctif; c’est parce que l’ordre de la phrase appelle naturellement ce mode; mais c’est peut-être aussi en vue de marquer que la supposition n’est pas sans exiger de lui quelque effort.

L’effort, (par quoi nous entendons fût-ce même le plus faible déploiement d’énergie volitive), voilà, selon nous, ce qui explique dans un très grand nombre de cas l’emploi du subjonctif. Nous verrons, par exemple, que ce mode est de rigueur, dans les propositions de concession, après les conjonctions concessives (quoique, bien que, etc.); ce ne sont pas en réalité ces conjonctions qui l’amènent, c’est la tension

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