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ivanov666
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L’ASSOMMOIR
pouvait pas se gratter, pour faire plaisir au monde. Eh bien! et
le sergent de ville, est-ce qu’il entendait? Pourtant ça y était,
cette fois; on avait vu les amoureux, il ne s’agissait plus d’un
cancan en l’air. Et il se fâchait, il ne comprenait pas comment
un homme, un fonctionnaire du gouvernement, souffrait chez
lui un pareil scandale. Le sergent de ville devait aimer la resucée des autres, voilà tout. Les soirs où Coupeau s’ennuyait,
seul avec sa femme dans leur trou, sous les toits, ça ne l’empêchait pas de descendre chercher Lantier et de l’amener de
force. Il trouvait la cambuse triste, depuis que le camarade
n’était plus là. Il le raccommodait avec Gervaise, s’il les voyait
en froid. Tonnerre de Dieu! est-ce qu’on n’envoie pas le monde
à la balançoire, est-ce qu’il est défendu de s’amuser comme on
l’entend? Il ricanait, des idées larges s’allumaient dans ses yeux
vacillants de pochard, des besoins de tout partager avec le chapelier, pour embellir la vie. Et c’était surtout ces soirs-là que
Gervaise ne savait plus s’il parlait pour rire ou pour de bon.
Au milieu de ces histoires, Lantier faisait le gros dos. Il se
montrait paternel et digne. A trois reprises, il avait empêché
des brouilles entre les Coupeau et les Poisson. Le bon accord
des deux ménages entrait dans son contentement. Grâce aux
regards tendres et fermes dont il surveillait Gervaise et Virginie, elles affectaient toujours l’une pour l’autre une grande
amitié. Lui, régnant sur la blonde et sur la brune, avec une
tranquillité de pacha, s’engraissait de sa roublardise. Ce mâtinlà digérait encore les Coupeau qu’il mangeait déjà les Poisson.
Oh! ça ne le gênait guère; une boutique avalée, il entamait une
seconde boutique. Enfi n, il n’y a que les hommes de cette espèce qui aient de la chance.
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EMILE ZOLA
Ce fut cette année-là, en juin, que Nana fi t sa première communion. Elle allait sur ses treize ans, grande déjà comme une
asperge montée, avec un air d’effronterie; l’année précédente,
on l’avait renvoyée du catéchisme, à cause de sa mauvaise
conduite; et, si le curé l’admettait cette fois, c’était de peur de ne
pas la voir revenir et de lâcher sur le pavé une païenne de plus.
Nana dansait de joie en pensant à la robe blanche. Les Lorilleux, comme parrain et marraine, avaient promis la robe, un
cadeau dont ils parlaient dans toute la maison; madame Lerat
devait donner le voile et le bonnet, Virginie la bourse, Lantier le
paroissien; de façon que les Coupeau attendaient la cérémonie
sans trop s’inquiéter. Même les Poisson, qui voulaient pendre la
crémaillère, choisirent justement cette occasion, sans doute sur
le conseil du chapelier. Ils invitèrent les Coupeau et les Boche,
dont la petite faisait aussi sa première communion. Le soir, on
mangerait chez eux un gigot et quelque chose autour.
Justement, la veille, au moment où Nana émerveillée regardait les cadeaux étalés sur la commode, Coupeau rentra dans
un état abominable. L’air de Paris le reprenait. Et il attrapa sa
femme et l’enfant, avec des raisons d’ivrogne, des mots dégoûtants qui n’étaient pas à dire dans la situation. D’ailleurs, Nana
elle-même devenait mal embouchée, au milieu des conversations sales qu’elle entendait continuellement. Les jours de dispute, elle traitait très bien sa mère de chameau et de vache.
– Et du pain! gueulait le zingueur. Je veux ma soupe, tas
de rosses!... En voilà des femelles avec leurs chiffons! Je m’assois
sur les affutiaux, vous savez, si je n’ai pas ma soupe!
– Quel lavement, quand il est paf! murmura Gervaise impatientée.
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L’ASSOMMOIR
Et, se tournant vers lui:
– Elle chauffe, tu nous embêtes.
Nana faisait la modeste, parce qu’elle trouvait ça gentil, ce
jour-là. Elle continuait à regarder les cadeaux sur la commode,
en affectant de baisser les yeux et de ne pas comprendre les
vilains propos de son père. Mais le zingueur était joliment taquin, les soirs de ribotte. Il lui parlait dans le cou.
– Je t’en fi cherai, des robes blanches! Hein? c’est encore
pour te faire des nichons dans ton corsage avec des boules de
papier, comme l’autre dimanche?.. Oui, oui, attends un peu! Je
te vois bien tortiller ton derrière. Ça te chatouille, les belles
frusques. Ça te monte le coco... Veux-tu décaniller de là, bougre
de chenillon! Retire tes patoches, colle-moi ça dans un tiroir,
ou je te débarbouille avec!
Nana, la tête basse, ne répondait toujours rien. Elle avait
pris le petit bonnet de tulle, elle demandait à sa mère combien ça coûtait. Et, comme Coupeau allongeait la main pour
arracher le bonnet, ce fut Gervaise qui le repoussa en criant:
– Mais laisse-la donc, cette enfant! elle est gentille, elle ne
fait rien de mal.
Alors le zingueur lâcha tout son paquet.
– Ah! les garces! La mère et la fi lle, ça fait la paire. Et c’est
du propre d’aller manger le bon Dieu en guignant les hommes. Ose donc dire le contraire, petite salope!... Je vas t’habiller
avec un sac, nous verrons si ça te grattera la peau. Oui, avec un
sac, pour vous dégoûter, toi et tes curés. Est-ce que j’ai besoin
qu’on te donne du vice?... Nom de Dieu! voulez-vous m’écouter,
toutes les deux!
Et, du coup, Nana furieuse se tourna, pendant que Gervaise
devait étendre les bras, afi n de protéger les affaires que Cou-
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peau parlait de déchirer. L’enfant regarda son père fi xement;
puis, oubliant la modestie recommandée par son confesseur:
– Cochon! dit-elle, les dents serrées.
Dès que le zingueur eut mangé sa soupe, il ronfl a. Le lendemain, il s’éveilla très bon enfant. Il avait un reste de la veille,
tout juste de quoi être aimable. Il assista à la toilette de la petite,
attendri par la robe blanche, trouvant qu’un rien du tout donnait à cette vermine un air de vraie demoiselle. Enfi n, comme
il le disait, un père, en un pareil jour, était naturellement fi er
de sa fi lle. Et il fallait voir le chic de Nana, qui avait des sourires embarrassés de mariée, dans sa robe trop courte. Quand
on descendit et qu’elle aperçut sur le seuil de la loge Pauline,
également habillée, elle s’arrêta, l’enveloppa d’un regard clair,
puis se montra très bonne, en la trouvant moins bien mise
qu’elle, arrangée comme un paquet. Les deux familles partirent ensemble pour l’église. Nana et Pauline marchaient les
premières, le paroissien à la main, retenant leurs voiles que
le vent gonfl ait; et elles ne causaient pas, crevant de plaisir
à voir les gens sortir des boutiques, faisant une moue dévote
pour entendre dire sur leur passage qu’elles étaient bien gentilles. Madame Boche et madame Lorilleux s’attardaient, parce
qu’elles se communiquaient leurs réfl exions sur la Banban,
une mange-tout, dont la fi lle n’aurait jamais communié si les
parents ne lui avaient tout donné, oui, tout, jusqu’à une chemise neuve, par respect pour la sainte table. Madame Lorilleux
s’occupait surtout de la robe, son cadeau à elle, foudroyant
Nana et l’appelant « grande sale », chaque fois que l’enfant
ramassait la poussière avec sa jupe, en s’approchant trop des
magasins.
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L’ASSOMMOIR
A l’église, Coupeau pleura tout le temps. C’était bête, mais il
ne pouvait se retenir. Ça le saisissait, le curé faisant les grands
bras, les petites fi lles pareilles à des anges défi lant les mains
jointes; et la musique des orgues lui barbottait dans le ventre,
et la bonne odeur de l’encens l’obligeait à renifl er, comme si on
lui avait poussé un bouquet dans la fi gure. Enfi n, il voyait bleu,
il était pincé au coeur. Il y eut particulièrement un cantique,
quelque chose de suave, pendant que les gamines avalaient le
bon Dieu, qui lui sembla couler dans son cou, avec un frisson
tout le long de l’échine. Autour de lui, d’ailleurs, les personnes
sensibles trempaient aussi leur mouchoir. Vrai, c’était un beau
jour, le plus beau jour de la vie. Seulement, au sortir de l’église,
quand il alla prendre un canon avec Lorilleux, qui était resté
les yeux secs et qui le blaguait, il se fâcha, il accusa les corbeaux de brûler chez eux des herbes du diable pour amollir les
hommes. Puis, après tout, il ne s’en cachait pas, ses yeux avaient
fondu, ça prouvait simplement qu’il n’avait pas un pavé dans la
poitrine. Et il commanda une autre tournée.
Le soir, la crémaillère fut très gaie, chez les Poisson. L’amitié
régna sans un accroc, d’un bout à l’autre du repas. Lorsque les
mauvais jours arrivent, on tombe ainsi sur de bonnes soirées,
des heures où l’on s’aime entre gens qui se détestent. Lantier,
ayant à sa gauche Gervaise et Virginie à sa droite, se montra
aimable pour toutes les deux, leur prodiguant des tendresses de
coq qui veut la paix dans son poulailler. En face, Poisson gardait
sa rêverie calme et sévère de sergent de ville, son habitude de
ne penser à rien, les yeux voilés, pendant ses longues factions
sur les trottoirs. Mais les reines de la fête furent les deux petites,
Nana et Pauline, auxquelles on avait permis de ne pas se désha-
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biller; elles se tenaient raides, de crainte de tacher leurs robes
blanches, et on leur criait, à chaque bouchée, de lever le menton, pour avaler proprement. Nana, ennuyée, fi nit par baver
tout son vin sur son corsage; ce fut une affaire, on la déshabilla,
on lava immédiatement le corsage dans un verre d’eau.
Puis, au dessert, on causa sérieusement de l’avenir des enfants. Madame Boche avait fait son choix, Pauline allait entrer
dans un atelier de reperceuses sur or et sur argent; on gagnait
là dedans des cinq et six francs. Gervaise ne savait pas encore,
Nana ne montrait aucun goût. Oh! elle galopinait, elle montrait ce goût; mais, pour le reste, elle avait des mains de beurre.
– Moi, à votre place, dit madame Lerat, j’en ferais une fl euriste. C’est un état propre et gentil.
– Les fl euristes, murmura Lorilleux, toutes des Mariecouche-toi-là.
– Eh bien! et moi? reprit la grande veuve, les lèvres pincées. Vous êtes galant. Vous savez, je ne suis pas une chienne,
je ne me mets pas les pattes en l’air, quand on siffl e!
Mais toute la société la fi t taire.
– Madame Lerat, oh! madame Lerat!
Et on lui indiquait du coin de l’oeil les deux premières
communiantes qui se fourraient le nez dans leurs verres pour
ne pas rire. Par convenance, les hommes eux-mêmes avaient
choisi jusque-là les mots distingués. Mais madame Lerat n’accepta pas la leçon. Ce qu’elle venait de dire, elle l’avait entendu
dans les meilleures sociétés. D’ailleurs, elle se fl attait de savoir
sa langue; on lui faisait souvent compliment de la façon dont
elle parlait de tout, même devant des enfants, sans jamais blesser la décence.
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– Il y a des femmes très bien parmi les fl euristes, apprenez ça! criait-elle. Elles sont faites comme les autres femmes,
elles n’ont pas de la peau partout, bien sûr. Seulement, elles
se tiennent, elles choisissent avec goût, quand elles ont une
faute à faire... Oui, ça leur vient des fl eurs. Moi, c’est ce qui m’a
conservée...
– Mon Dieu! interrompit Gervaise, je n’ai pas de répugnance
pour les fl eurs. Il faut que ça plaise à Nana, pas davantage; on ne
doit pas contrarier les enfants sur la vocation... Voyons, Nana, ne
fais pas la bête, réponds. Ça te plaît-il, les fl eurs?
La petite, penchée au-dessus de son assiette, ramassait des
miettes de gâteau avec son doigt mouillé, qu’elle suçait ensuite.
Elle ne se dépêcha pas. Elle avait son rire vicieux.
– Mais oui, maman, ça me plaît, fi nit-elle par déclarer.
Alors, l’affaire fut tout de suite arrangée. Coupeau voulut
bien que madame Lerat emmenât l’enfant à son atelier, rue
du Caire, dès le lendemain. Et la société parla gravement des
devoirs de la vie. Boche disait que Nana et Pauline étaient des
femmes, maintenant qu’elles avaient communié. Poisson ajoutait qu’elles devaient désormais savoir faire la cuisine, raccommoder les chaussettes, conduire une maison. On leur parla
même de leur mariage et des enfants qui leur pousseraient un
jour. Les gamines écoutaient et rigolaient en dessous, se frottaient l’une contre l’autre, le coeur gonfl é d’être des femmes,
rouges et embarrassées dans leurs robes blanches. Mais ce qui
les chatouilla le plus, ce fut lorsque Lantier les plaisanta, en
leur demandant si elles n’avaient pas déjà des petits maris. Et
l’on fi t avouer de force à Nana qu’elle aimait bien Victor Fauconnier, le fi ls de la patronne de sa mère.
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– Ah bien! dit madame Lorilleux devant les Boche, comme
on partait, c’est notre fi lleule, mais du moment où ils en font
une fl euriste, nous ne voulons plus entendre parler d’elle.
Encore une roulure pour les boulevards... Elle leur chiera du
poivre, avant six mois.
En remontant se coucher, les Coupeau convinrent que tout
avait bien marché et que les Poisson n’étaient pas de méchantes
gens. Gervaise trouvait même la boutique proprement arrangée. Elle s’attendait à souffrir, en passant ainsi la soirée dans
son ancien logement, où d’autres se carraient à cette heure; et
elle restait surprise de n’avoir pas ragé une seconde. Nana, qui
se déshabillait, demanda à sa mère si la robe de la demoiselle
du second, qu’on avait mariée lé mois dernier, était en mousseline comme la sienne.
Mais ce fut là le dernier beau jour du ménage. Deux années
s’écoulèrent, pendant lesquelles ils s’enfoncèrent de plus en
plus. Les hivers surtout les nettoyaient. S’ils mangeaient du
pain au beau temps, les fringales arrivaient avec la pluie et le
froid, les danses devant le buffet, les dîners par coeur, dans la
petite Sibérie de leur cambuse. Ce gredin de décembre entrait
chez eux par-dessous la porte, et il apportait tous les maux, le
chômage des ateliers, les fainéantises engourdies des gelées, la
misère noire des temps humides. Le premier hiver, ils fi rent
encore du feu quelquefois, se pelotonnant autour du poêle,
aimant mieux avoir chaud que de manger; le second hiver, le
poêle ne se dérouilla seulement pas, il glaçait la pièce de sa mine
lugubre de borne de fonte. Et ce qui leur cassait les jambes, ce
qui les exterminait, c’était par-dessus tout de payer leur terme.
Oh! le terme de janvier, quand il n’y avait pas un radis à la mai-
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son et que le père Boche présentait la quittance! Ça souffl ait
davantage de froid, une tempête du Nord. M. Marescot arrivait, le samedi suivant, couvert d’un bon paletot, ses grandes
pattes fourrées dans des gants de laine; et il avait toujours le
mot d’expulsion à la bouche, pendant que la neige tombait dehors, comme si elle leur préparait un lit sur le trottoir, avec des
draps blancs. Pour payer le terme, ils auraient vendu de leur
chair. C’était le terme qui vidait le buffet et le poêle. Dans la
maison entière, d’ailleurs, une lamentation montait. On pleurait à tous les étages, une musique de malheur ronfl ant le long
de l’escalier et des corridors. Si chacun avait eu un mort chez
lui, ça n’aurait pas produit un air d’orgues aussi abominable.
Un vrai jour du jugement dernier, la fi n des fi ns, la vie impossible, l’écrasement du pauvre monde. La femme du troisième
allait faire huit jours au coin de la rue Belhomme. Un ouvrier,
le maçon du cinquième, avait volé chez son patron.
Sans doute, les Coupeau devaient s’en prendre à eux seuls.
L’existence a beau être dure, on s’en tire toujours, lorsqu’on a de
l’ordre et de l’économie, témoin les Lorilleux qui allongeaient
leurs termes régulièrement, pliés dans des morceaux de papier
sales; mais, ceux-là, vraiment, menaient une vie d’araignées
maigres, à dégoûter du travail. Nana ne gagnait encore rien,
dans les fl eurs; elle dépensait même pas mal pour son entretien. Gervaise, chez madame Fauconnier, fi nissait par être mal
regardée. Elle perdait de plus en plus la main, elle bousillait
l’ouvrage, au point que la patronne l’avait réduite à quarante
sous, le prix des gâcheuses. Avec ça, très fi ère, très susceptible,
jetant à la tête de tout le monde son ancienne position de
femme établie. Elle manquait des journées, elle quittait l’ate-
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lier, par coup de tête: ainsi, une fois, elle s’était trouvée si vexée
de voir madame Fauconnier prendre madame Putois chez elle,
et de travailler ainsi coude à coude avec son ancienne ouvrière,
qu’elle n’avait pas reparu de quinze jours. Après ces foucades,
on la reprenait par charité, ce qui l’aigrissait davantage. Naturellement, au bout de la semaine, la paye n’était pas grasse;
et, comme elle le disait amèrement, c’était elle qui fi nirait un
samedi par en redevoir à la patronne. Quant à Coupeau, il travaillait peut-être, mais alors il faisait, pour sûr, cadeau de son
travail au gouvernement; car Gervaise, depuis l’embauchage
d’Étampes, n’avait pas revu la couleur de sa monnaie. Les jours
de sainte-touche, elle ne lui regardait plus les mains, quand
il rentrait. Il arrivait les bras ballants, les goussets vides, souvent même sans mouchoir; mon Dieu! oui, il avait perdu son
tire-jus, ou bien quelque fripouille de camarade le lui avait fait.
Les premières fois, il établissait des comptes, il inventait des
craques, des dix francs pour une souscription, des vingt francs
coulés de sa poche par un trou qu’il montrait, des cinquante
francs dont il arrosait des dettes imaginaires. Puis, il ne s’était
plus gêné. L’argent s’évaporait, voilà! Il ne l’avait plus dans la
poche, il l’avait dans le ventre, une autre façon pas drôle de
le rapporter à sa bourgeoise. La blanchisseuse, sur les conseils
de madame Boche, allait bien parfois guetter son homme à la
sortie de l’atelier, pour pincer le magot tout frais pondu; mais
ça ne l’avançait guère, des camarades prévenaient Coupeau,
l’argent fi lait dans les souliers ou dans un porte-monnaie
moins propre encore. Madame Boche était très maline sur ce
chapitre, parce que Boche lui faisait passer au bleu des pièces
de dix francs, des cachettes destinées à payer des lapins aux
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