Добавил:
Upload Опубликованный материал нарушает ваши авторские права? Сообщите нам.
Вуз: Предмет: Файл:
L'Ultime Secret.doc
Скачиваний:
2
Добавлен:
19.08.2019
Размер:
1.46 Mб
Скачать

Ils ne savent pas s'y prendre.

L'infirmière se pencha et il vit qu'elle était dotée d'une poitrine proéminente qu'elle laissait entrevoir sous sa blouse. Son œil glissa furtivement derrière l'étoffe jusqu'à distinguer la dentelle blanche qui retenait la chair galbée dont il devinait la douceur. La scie se remit en marche avec un bruit de rou­lette de dentiste.

Mal. Penser à autre chose. Les seins de l'infirmière. L'humour et l'amour sont deux analgésiques puissants. Se raconter une blâ­me. C'est l'histoire d'un fou qui... qui se fait faire un trou dans la tête pour s'aérer les idées.

Les yeux gris, sentant le regard appuyé sous son cou, refermèrent instinctivement la blouse, sans pour autant la bou­tonner.

Continuer à compter.

— Douze, onze.

L'infirmière regarda au-dessus du drap et ce qu'elle vit la fit grimacer.

L'autre sensation pénible qu'il perçut fut une odeur d'os brûlé provoquée par le frottement de la lame d'acier sur­chauffée.

L’odeur de ma tête qu on ouvre.

Il vit aussi comme un nuage de poussière et il sut que c’était la sciure de sa boîte crânienne. En bas, il vit choir des tampons de coton imbibés de sang.

— Dix, neuf, huit.

L'odeur de la poussière d'os était maintenant insupportable, l'infirmière n'arrivait plus à sourire tellement ce qu'elle voyait la choquait.

Elle doit être nouvelle dans le service.

On l'avait sans doute choisie pour sa beauté. Le petit «plus» russe qui faisait oublier la vétusté du matériel. On l’avait peut-être sélectionnée dans un concours de Miss tee-shirt mouillé. Il ne restait plus qu'à ajouter une musique de balalaïka. Les yeux gris. La pompe à pneus de voiture. Les cotons imbibés. Miss décolleté plongeant. Et la sensation qu'on vous ouvre l'esprit.

L'infirmière se hissa sur la pointe des pieds et il contempla encore mieux ses seins par l'échancrure de sa blouse. Il savait que penser à une jolie fille produit des endorphines aptes parfois à remplacer avantageusement un analgésique. En cyrillique, était brodé sur sa blouse un nom qui devait être Olga.

Je vais te montrer mon cerveau, Olga. C'est vraiment la partie la plus intime de moi-même et je ne l’ai pour l'instant révélé à aucune femme. Ça c'est du strip-tease de mec, et je peux t'affir­mer qu'aucun Chippendale n'aurait le courage d'aller si loin...

— Sept-six-cinq-quatre-trois-deux-un-zéro, articula-t-il à toute vitesse!

La sensation de morsure brûlante cessa et laissa place à une sensation de fraîcheur.

Ça y est, ils avaient fini de scier.

Les cotons rouges tombaient comme une neige pourpre. A nouveau des tractions sur le crâne. Ils devaient poser des écarteurs à crémaillère.

Tu es belle, Olga. Que fais-tu ce soir après l'opération? Tu n’'as rien contre les gens qui ont le crâne lisse et un petit bandeau blanc autour?

Il avait envie de plaisanter pour vaincre son autre envie: celle de hurler. Comme par inadvertance, le docteur Tchernienko posa le morceau de crâne scié dans un bac en inox à portée de son propre regard. Cela ne dura qu'une seconde, le temps que l'infirmière comprenne la méprise et place «ça» autre part. Mais il avait vu, et cette image le glaça: c'était un rectangle incurvé, de cinq centimètres de long sur trois de large, beige sur le dessus et blanc en dessous, semblable à un carré de noix, mais avec des rainures rouges sur sa face antérieure.

L'infirmière sourit derrière son masque, ce qui se manifesta par une inclinaison supplémentaire de ses yeux. Puis elle revint observer, subjuguée par ce qu'elle voyait.

Sa boîte crânienne était ouverte et des inconnus, dissimulés derrière des masques de chirurgien, étaient penchés dessus. Que voyaient-ils?

108.

Une cervelle avec des câpres, des oignons et du vinaigre balsamique. Elle est apportée par le serveur sur un plat d'ar­gent. Isidore fixe ce bout de chair rosé luisant qui atterrit dans son assiette et, dégoûté, repousse le mets.

— C'est de la cervelle de mouton. Je croyais que ce serait une bonne idée, dit Jérôme Bergerac. Pour nous remettre dans le sujet, n'est-ce pas?

— Je suis plutôt végétarien, élude Isidore.

— Ça me rappelle trop de souvenirs, ajoute Umberto délaissant lui aussi le plat.

Seule Lucrèce mange avec entrain.

— Désolée, mais toutes ces émotions m'ont ouvert l'appétit et j'ai encore très faim.

Elle découpe une belle tranche qu'elle mâche avec ravisse­ment. Jérôme Bergerac sert du mouton-rothschild 1989 à température ambiante dans les verres de cristal.

— Alors, Umberto, racontez-nous tout.

Umberto fait tourner le vin dans son verre tout en en scrutant la robe d'un œil expert.

— Vous êtes connaisseur, n'est-ce pas? demande Jérôme Bergerac en se lissant l'extrémité droite de la moustache.

— Non, j'étais ivrogne.

Lucrèce recentre sur le sujet:

— Alors que s'est-il passé?

Umberto consent à parler:

— Comme vous le savez, après l'accident avec ma mère j'ai démissionné de l'hôpital. Puis je suis devenu clochard et là j'ai été récupéré par Fincher comme marin taxi. Un soir où je devais attendre que Fincher ait fini de travailler pour le ramener à Cannes, j'ai remarqué qu'il était anormalement en retard. Je me suis dit qu'il devait être plongé dans ses expé­riences et qu'il n'avait pas vu l'heure tourner. Alors j'ai voulu aller le chercher.

Umberto prend un air mystérieux.

— Il n'était pas dans son bureau. Il n'était pas au labo. Mais j'y suis resté car des éléments avaient été modifiés. Il y avait des souris dans des cages avec dessus des noms: Jung, Pavlov, Adler, Bernheim, Charcot, Coué, Babinski, etc. Les cobayes avaient tous une petite antenne qui dépassait de leur crâne. J'ai approché ma main des souris et rien qu'à leur attitude j'ai compris qu'elles n'étaient pas normales. Trop nerveuses. Elles avaient le même comportement que les cocaï­nomanes. Très vives, mais en même temps très paranoïaques. Comme si elles percevaient tout plus fort et plus rapidement que les autres. Pour en avoir le cœur net, j'ai pris une souris et je l'ai introduite dans un labyrinthe mobile aléatoire qui définit chaque fois un cheminement différent.

Normalement elles mettent au mieux quelques minutes à sortir de ce genre d'épreuve, mais là, en une dizaine de secon­des, elle avait trouvé le centre et agitait un levier de manière spasmodique. J'étais évidemment très intrigué. C'est à ce moment que Fincher est entré. Je savais qu'il était parti en séminaire en Russie. Il était «bizarre».

109.

Le cerveau palpitait à travers le trou béant. Les veines bat­taient.

—Ça va, docteur Fincher?

—J'ai un de ces mal de crâne..., essaya de plaisanter le neuropsychiatre français.

—Olga?

L'infirmière lui prit le pouls. Puis alla vérifier les différents appareils de contrôle. Tout semblait bien fonctionner.

Ça tire. J'ai mal. Est-ce que je peux dire que j'ai mal? Ça changera quoi? Ils ne vont pas s'exclamer: «Dans ce cas on arrête tout et on reprend demain.»

Les écarteurs furent réglés de manière à élargir légèrement le trou dans le cerveau. Les compresses imbibées de sang for­maient une petite montagne sur son côté gauche alors que, sur son côté droit, l'infirmière lui tenait toujours la main.

Le docteur Tchernienko sortit la longue tige de métal qui lui servirait de sonde. Mais, à la place des deux tuyaux déver­seurs d'acétone, elle fixa à l'extrémité le petit gadget que venait de lui amener le patient français.

Elle réclama la radiographie du cerveau de Fincher et une assistante partit la chercher. Mais elle revint quelques minutes plus tard en annonçant par signes qu'on ne la retrouvait plus. Elle avait cherché partout. Echanges de mots secs en russe évoquant la gabegie des hôpitaux remplis de personnel pis­tonné et incompétent. Cependant le docteur Tchernienko, comprenant qu'il était du plus mauvais effet de se quereller dans une langue étrangère, qui plus est devant un malade Conscient, décida d'improviser. Pas question d'ajourner l'opé­ration d'un malade au cerveau ouvert... Elle remplacerait le savoir par le souvenir. Où était la zone? Il lui semblait se rappeler les chiffres précis de la localisation.

Lentement elle enfonça la sonde. D'abord les méninges, ces trois couches superposées de tissus membraneux qui pro­tègent l'encéphale. Elle fendit la dure-mère, cette membrane plus épaisse. En dessous, elle traversa l'arachnoïde, ainsi nom­mée car elle est aussi fine qu'une toile d'araignée. L'arach­noïde, formée de deux peaux, contenait les cent cinquante centimètres cubes de liquide céphalo-rachidien.

Un peu de ce liquide dégoulina sur le front de Samuel Fincher. Un instant il avait espéré que ce liquide tiède soit de la sueur, mais non, il reconnut l'humeur. Il savait que grâce à ce liquide le cerveau neutralisait les effets de la gravité mais pouvait aussi encaisser des chocs.

Nous avons un cerveau qui flotte dans du liquide pour se protéger. Notre planète intérieure est entourée de sa mer.

L'infirmière s'empressa de l'essuyer.

Spassiba, dit-il.

C'était le seul mot qu'il connaissait en russe.

Merci, c'est finalement le mot le plus utile dans toutes les langues.

La chirurgienne poursuivit sa descente. Encore en dessous, elle transperça la plus profonde et la plus molle des ménin­ges: la pie-mère. La sonde était maintenant à deux millimè­tres de profondeur sous la surface du cerveau. En plein dans la matière grise du cortex.

— Tout va bien?

Соседние файлы в предмете [НЕСОРТИРОВАННОЕ]