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L'Ultime Secret.doc
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19.08.2019
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Il désigna les tableaux de Salvador Dali qui tapissaient les murs.

— Quel ordinateur serait capable de peindre ça?

«Dans le cas de Dali, ce n'est pas uniquement le rêve qui définit l'intelligence humaine, c'est aussi sa capacité de folie.»

Le neuropsychiatre encouragea son malade à développer son idée.

«La folie, et même la bêtise. Pour être proches de nous, les ordinateurs devraient être capables de commettre des... bêtises. J'en discutais hier avec Athéna. Elle me disait qu'elle se rendait bien compte que les ordinateurs effaroucheront les hommes tant qu'ils auront la prétention d'être parfaits. Elle proposait de créer non plus de l'intelligence artificielle mais de la "bêtise artificielle"».

Le neuropsychiatre ajusta ses lunettes d'écaillé.

— La bêtise artificielle?

«J'entrevois un futur où les ordinateurs auront non seule­ment une conscience propre non programmée à l'avance par les hommes, mais en plus des états d'âme, une sensibilité typiquement informatique. Un futur où il y aura des psycho­thérapeutes qui les rassureront, qui essaieront de comprendre leurs névroses. Bref, je vois un futur où les ordinateurs seront capables d'être fous et de produire des œuvres comme celles de Dali.»

Etait-ce Athéna qui parlait ou U-lis? Jamais Jean-Louis Martin n'était allé aussi loin dans ses prospectives.

— Désolé, dit le neuropsychiatre, je crois pour ma part que le cerveau humain sera toujours inégalable. L'informatique aura toujours ses limites. Nous ne serons pas sauvés par les ordinateurs. Ils ne seront pas nos successeurs dans le domaine de l'évolution de la conscience.

Alors Jean-Louis Martin lança à nouveau son esprit sur les flots des réseaux informatiques, traquant dans les recoins des universités et des laboratoires les dernières recherches qui l'ai­deraient à impressionner son mentor.

56.

Elle frappe de plus en plus fort contre la vitre.

— Hé, Personne! Personne!

La pièce se rallume, l'écran aussi.

«Etes-vous enfin décidée à parler?»

— J'ai compris qui vous êtes. Vous êtes un ordinateur. C'est pourquoi vous me parlez par écran interposé. Vous n'existez pas vraiment. Vous n'êtes qu'une machine qui répète des mots qu'on lui a programmés.

«Non.»

— Alors montrez-vous. A moins que vous ne soyez trop monstrueux pour vous présenter devant moi. Je suis sûre que vous n'êtes pas humain, d'ailleurs vos phrases ne sont pas celles d'un être humain. Vous pensez comme une machine.

La meilleure défense c'est l'attaque. Même enfermée dans une pièce capitonnée, même face à un ordinateur, elle n'ou­blie pas qu'il s'agit toujours de deux esprits qui réfléchissent et, à aucun moment, en dépit de sa situation, elle n'a décidé qu'elle devait perdre.

— Vous êtes une machine. La preuve, c'est que si vous étiez un homme vous seriez sensible à mon charme.

Ce disant, elle se penche légèrement pour que la caméra plonge dans son décolleté agrémenté d'un soutien-gorge compensé.

Voyons comment il réagit à la septième motivation.

«Vous êtes très belle, en effet.»

Il semblait commencer à se justifier. Comme s'il craignait d'être pris pour Deep Blue IV.

— Vous êtes un fichu tas de ferraille, avec des disques durs, des cartes mères, des transistors à l'intérieur. Ça n'a pas de libido, le silicium!

«Je suis un homme.»

— Vous êtes Personne. C'est vous-même qui l'avez dit.

«Je suis Personne mais... je suis encore un homme.»

— Alors venez ici que je vous voie. Venez que je vous tou­che. Si vous venez me parler en face je vous dirai tout ce que vous voulez savoir, promis!

Silence.

«Ce n'est pas vous qui êtes en position d'imposer vos conditions.»

— Dégonflé.

«Ce qui importe n'est pas qui je suis mais qui vous êtes. Vous êtes journaliste. Vous avez commencé à vous infiltrer chez nous. A recueillir des informations sur nous. Je veux savoir jusqu'où vous êtes allée et à qui vous en avez parlé. J'ai tout mon temps. Si vous ne voulez pas nous aider vous reste­rez ici des jours, des semaines, peut-être des mois. Vous ris­quez de perdre la raison.»

Elle colle son visage contre la vitre, comme si elle voulait voir l'objectif de la caméra qui la regarde.

— Je ne suis déjà pas très raisonnable. Je crois qu'en cher­chant bien je suis à 12 % narcissique, à 27 % anxieuse, à 18 % schizoïde, à 29 % histrionique, à 14 % passive-agres­sive, et en plus, depuis peu, je me suis remise à fumer.

Elle souffle de l'air dans sa direction, ce qui a pour effet de dessiner un mur de vapeur qui rend la vitre opaque.

«Je vous félicite d'arriver à faire de l'humour dans cette situation. Mais je ne crois pas que vous montrerez autant d'arrogance après plusieurs jours d'enfermement. A vous de choisir.»

Elle crie:

— Hé, Deep Blue IV, c'est quoi qui te motive?

La lumière s'éteint. Plus d'images. Plus de sons. Juste une vague odeur de sueur. Sa propre odeur.

57.

Grâce à la gigantesque toile électronique d'Internet, Jean-Louis Martin voyageait par l'esprit dans le monde entier, lisant les articles scientifiques, les livres, les thèses, regardant les reportages, écoutant les interviews.

Son attention se focalisait sur la recherche d'une découverte extraordinaire. Quelque chose de nouveau, d'encore plus fort que les ordinateurs à intelligence artificielle de la dernière génération.

C'était une griserie étrange d'avoir accès à tant et tant de savoir. Jadis la censure empêchait les informations intéressan­tes d'émerger, maintenant c'était l'avalanche d'informations qui produisait le même effet. Trop d'informations tuent l'information.

Mais il avait l'aide d'Athéna qui sélectionnait pour lui les sites les plus intéressants. Et puis il avait du temps.

Il savait que, quelque part, dans un recoin de l'immense banque de mots et d'images que recelait Internet, il devait y avoir quelque chose que ne connaissait pas Fincher et qui l'impressionnerait. Il chercha longtemps.

Jusqu'au jour où son attention fut attirée par une expérience étrange qui s'était déroulée en 1954 dans un labora­toire des Etats-Unis.

Un accident. Comme le stipule la loi de Murphy, les gran­des découvertes sont faites par erreur. Ensuite les scientifiques inventent le soi-disant raisonnement logique qui a conduit à cette découverte. C'est ainsi qu'ils créent leurs propres légendes.

Là, c'était une erreur qui débouchait sur une information vraiment étonnante. Plus qu'étonnante. Troublante. Plus que troublante... Peut-être déterminante. Pourquoi cette trou­vaille n'avait-elle pas éclaté au grand jour?

Jean-Louis Martin mena son enquête et comprit.

L'inventeur avait été effrayé par l'étendue de sa propre découverte et avait souhaité l'étouffer.

Quel dommage. Et quelle exaltation à comprendre sa por­tée véritable. C'était comme si, en tant que prédateur, il avait surpris un gibier attaché qui l'attendait, qui ne se défendait pas et qu'aucun autre prédateur n'avait daigné manger.

L'esprit de Jean-Louis Martin avait faim, alors il s'empara de la proie et la mangea. La digestion fut lente.

Après avoir accumulé beaucoup d'informations sur cette expérience extraordinaire, il finit par constituer un dossier. Comment et pourquoi c'était arrivé. Ce que cela induisait. Comment utiliser cette découverte pour avancer encore plus loin.

Lorsque son dossier fut complet, il le rangea proprement dans un fichier d'ordinateur.

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