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L'Ultime Secret.doc
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19.08.2019
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Il envisagea le problème sous tous ses aspects. Il chercha d'abord des exemples dans l'histoire.

Dans l'Antiquité, chez les Grecs, on jetait à la mer, lors d'une cérémonie, les idiots du village pour expier les péchés de la communauté. Au Moyen Age, on tolérait l'«idiot» du village mais on jugeait et on brûlait comme sorciers ceux qu'on estimait possédés.

En 1793, alors que la Révolution française mettait en ébullition les rues de Paris et que soufflait un vent de changement dans tous les secteurs de la vie sociale, le docteur Philippe Pinel, un jeune médecin, ami de Condorcet, devint directeur de l'hôpital de Bicêtre, le plus grand asile de fous de France. Il découvrit là le statut des aliénés de l'époque. Enfermés dans des cellules sombres, quand ce n'était pas dans des cages d'un mètre carré, battus, enchaînés toute leur vie, les fous étaient traités comme des animaux. Pour les calmer on leur faisait des saignées, on les plongeait dans des bains glacés, on les forçait à avaler des purgatifs. Après qu'on eut détruit la prison de la Bastille, Philippe Pinel proposa de profiter de l'ère nou­velle pour ouvrir également les asiles d'aliénés. Au nom de la liberté, l'expérience fut tentée.

Jean-Louis Martin raconta l'histoire de Philippe Pinel à Samuel Fincher et lui proposa de poursuivre plus loin l'expé­rience de ce révolutionnaire.

— Qu'est-il arrivé ensuite?

«Les libérés de Pinel ont réclamé pour la plupart d'être réintégrés dans les hôpitaux.»

— Donc c'a été un échec.

«Philippe Pinel n'était pas allé assez loin. Que les aliénés soient dehors ou dedans ne change rien, ce qui importe c'est ce qu'ils font. Pinel revendiquait le fait que les fous sont des humains normaux. Non, ils ne sont pas normaux, ils sont différents. Il faut donc non pas les "normaliser" mais les confirmer dans leur spécificité. Je suis certain qu'on peut transformer les handicaps des malades en avantages. Oui, ils sont dangereux, oui, certains sont suicidaires, intolérants, ner­veux, destructeurs, mais c'est cette énergie négative qu'il faut inverser pour la transformer en énergie positive. L'énergie inépuisable de la folie.»

44.

Isidore boit son verre d'un trait.

— Qu'est-ce qui vous ferait plaisir?

— Une cigarette!

Lucrèce Nemrod se lève, se dirige vers un convive voisin et revient avec une ultra-light mentholée. Elle l'aspire avec volupté.

— Vous fumez, Lucrèce?

— Tous ces épicuriens ont fini par me convaincre de la justesse de leur slogan, Carpe diem. Comment traduisiez-vous cela, déjà? «Profite de chaque instant comme si c'était le dernier.» Après tout, il peut nous arriver quelque chose de terrible à chaque instant. Si la foudre s'abat à cette seconde sur moi, je me dirai: «Quel dommage que je n'aie pas davan­tage profité des cigarettes.» Alors tant pis pour ma santé, je m'y remets.

Lentement elle aspire une bouffée et la conserve dans ses poumons le plus longtemps possible avant de la faire ressortir par ses narines.

— Cela fait combien de temps que vous avez arrêté?

— Trois mois. Trois mois tout juste. Mais cela ne sert à rien. J'ai choisi un métier de forte tension où je serai de toute manière amenée à rechuter, alors autant le faire ici, dans le temple du «laisser-aller».

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