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L'Ultime Secret.doc
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19.08.2019
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Isidore remue sa glace jusqu'à la transformer en une bouil­lie ragoûtante mêlant chantilly et fruits.

— Finch... euh... Sammy parlait souvent de motivation, lance Isidore.

— Pourquoi parler de motivation? Parlons de plaisir, répond Micha. La cessation de la douleur est un plaisir. La cessation de la peur est un plaisir. Manger, dormir, boire, faire l'amour sont des plaisirs. Sammy n'était pas adepte de la motivation. Il était adepte du plaisir. Mais le mot «plaisir» est aujourd'hui tellement suspect qu'il ne pouvait pas se risquer à le prononcer. Pourtant c'est, j'en suis convaincu, le mot auquel il pensait quand il répétait après sa victoire sur Deep Blue IV l'expression «motivation». Sa mort en est la preuve ultime. Et je dois vous dire que la formule est rentrée dans notre jargon: «se faire finchériser» signifie déjà se faire tuer d'extase durant l'acte d'amour.

— Vous pensez donc qu'il est mort d'amour? demande Lucrèce en remarquant une nouvelle pancarte derrière elle: «Le péché plutôt que l'hypocrisie».

— Bien sûr. C'est un gigantesque orgasme qui lui a ravagé le cerveau!

— J'entends qu'on parle d'orgasme, puis-je me joindre à la conversation, n'est-ce pas?

Un homme aux allures de dandy anglais les rejoint. Che­veux poivre et sel, il arbore une moustache en pointe dont il tortille l'extrémité droite d'une main. Il est vêtu d'un costume de lin, chemise blanche et foulard de soie négligemment noué autour du cou. Visage excessivement bronzé, même pour un habitant de la Côte d'Azur, ses gestes sont un peu maniérés mais gracieux.

— Je vous présente Jérôme, un pilier de notre club.

— Dis donc, Micha, tu m'avais caché qu'il y avait de nou­velles adhérentes aussi «éveillantes des sens».

— Le dénommé Jérôme propose un baise-main à Lucrèce.

— Jérôme Bergerac. Pour vous servir, dit-il.

Et il tend sa carte de visite sur laquelle est en effet inscrit: «Jérôme Bergerac, milliardaire oisif». Lucrèce trouve l'idée assez amusante.

— C'est quoi un « milliardaire oisif»? demande la jeune fille.

Il s'installe à côté d'eux, replace son monocle sur son oeil droit et plisse sa joue pour bien le caler.

—Un jour, j'étais sur mon voilier de vingt-cinq mètres, entouré de trois call-girls, une rousse, une blonde, une brune. Elles étaient bronzées comme des croissants chauds, la plus âgée avait vingt-deux ans. Je venais de faire l'amour avec cha­cune à tour de rôle et, avec les trois simultanément, je sirotais une coupe de Champagne en regardant au loin les îles recou­vertes de cocotiers, la mer turquoise et le coucher de soleil orange, et je me suis dit: «Bon, et maintenant je fais quoi?» J'ai eu un grand coup de blues. J'ai pris conscience que j'étais au sommet de ce que pouvait m'offrir la société humaine et que je ne pouvais pas monter plus haut. Comme ces élèves qui obtiennent vingt sur vingt et qui n'ont donc plus de possibilités de faire mieux. Cette prise de conscience m'a démoralisé, alors j'ai cherché ce qu'il y avait au-dessus du sommet et j'ai trouvé le CIEL, n'est-ce pas?

Micha sort une bouteille de Champagne et ils portent tous un toast.

— Au CIEL!

— À Epicure!

— À Sammy...

Jérôme marque un temps.

— J'ai bien connu Sammy, dit Jérôme. C'était un homme de grand cœur. Il avait la chance de se battre pour une noble cause: la mise en valeur des qualités de l'homme qui surpas­sera toujours la machine. Ce n'était pas un épicurien bêta comme on en voit ici, qui confondent épicurisme et égoïsme, si tu me permets, Micha. Sammy croyait vraiment que l'épicurisme était une voie vers la sagesse, n'est-ce pas?

Il fait tourner son verre.

— Nous évoquerons son souvenir à la fête de samedi, annonce Micha. Natacha m'a aussi confirmé sa présence.

— Nous pourrons venir? demande Lucrèce.

— Bien sûr, maintenant que vous êtes membres...

Jérôme Bergerac s'efface à regret, non sans avoir esquisse un baiser dans l'air.

41.

Le docteur Samuel Fincher était stupéfait que nul ne s'in­téresse au livre de Jean-Louis Martin. Pour le consoler de son échec dans le monde de l'édition, Fincher fit venir un informaticien qui ajouta un autre gadget: une connexion Internet.

De cette façon, Jean-Louis Martin était à même non seule­ment de recevoir des informations mais aussi d'en émettre directement sans avoir besoin d'un intermédiaire.

Son esprit prisonnier de l'hôpital pouvait enfin en franchir les murs. Après la main, c'était le bras qui passait à travers les barreaux pour aller grappiller des informations.

En cherchant sur un moteur de recherche à «Maladie du LIS», il découvrit un site consacré à cette maladie. Son autre nom était «Syndrome de l'Emmuré Vivant». Les médecins avaient décidément l'art de la formule percutante. Etrange malédiction qui le faisait se retrouver à l'endroit même, le fort Saint-Marguerite, où était enfermé jadis le Masque de fer.

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