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L'Ultime Secret.doc
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19.08.2019
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  • C'est là-bas... Il s'y passe des choses étranges. Je suis sûr que, de la même manière que j'affronte l'anti-hypnose, lui affrontait...

  • Vous pensez à qui?

  • Ses collègues. Ses malades. Ses infirmiers. Tous ceux qui redoutent la nouveauté. Il faudrait que vous y alliez.

Tous trois fixent le point lumineux qui semble les appeler.

— Le problème, c'est qu'on n'entre pas comme ça dans un hôpital psychiatrique, remarque Isidore, cherchant des yeux l'île dont la lune commence à éclairer la bordure d'arbres.

Pascal Fincher vérifie avec sa langue qu'une de ses dents ne s'est pas déchaussée.

—Umberto! Umberto est le type du bateau-taxi qui fait la navette avec l'île Sainte-Marguerite depuis le port de Can­nes. Il vient me voir tous les vendredis pour ma séance d'hyp­nose-relaxation collective. Dites-lui que vous venez de ma part. L'hypnotiseur respire fort et fronce le sourcil en fixant l'île au loin, comme un adversaire qu'il voudrait terrasser.

22.

Le cerveau de Jean-Louis Martin apparut en coupe latérale sur l'écran de l'ordinateur.

Pour constater l'étendue des dégâts, le docteur Fincher lui faisait passer une tomographie à émissions de positrons. Grâce à cette technologie de pointe, il pouvait voir tout ce qui fonctionnait ou ne fonctionnait plus dans le crâne de Martin. Le cerveau était représenté par un ovale bleu tur­quoise.

La mer intérieure où naviguent les idées...

Samuel Fincher demanda à Martin de fermer son œil. Tout son cerveau devint uniformément bleu. Il lui fit ensuite rouvrir l'œil et une tache beige apparut sur le lobe occipital, du côté opposé à l'œil. Une île dans la mer.

Samuel Fincher lui présenta alors le dessin d'une pomme. Et l’île beige grandit un peu et prit une forme plus compliquée.

Puis il lui fit observer une carte postale de Cannes pleine de détails, et la tache beige grandit encore. Il nota que la vision et l'interprétation du monde visuel extérieur fonction­naient. Toujours avec le même appareil il vérifia son ouïe. Il lui fit entendre un bruit de cloche. Une nouvelle île, de forme plus allongée, apparut dans la zone pariétale située plus en avant. Une musique symphonique lui fit apparaître un archi­pel d'îlots semblable à l'Indonésie.

Ensuite Fincher testa les autres sens et découvrit qu'ils étaient inopérants. Aucune île n'apparaissait après la piqûre d'une aiguille, le dépôt de jus de citron sur la langue, les vapeurs de vinaigre sous le nez.

Le docteur Fincher vérifia la compréhension proprement dite. Il lui dit «pomme» et la tache beige adopta exactement la même forme que lorsque Jean-Louis Martin avait vu la vraie pomme.

C'était l'une des découvertes récentes obtenues grâce à la tomographie à émissions de positrons. On s'était aperçu que penser à quelque chose ou le voir vraiment activait exacte­ment les mêmes zones du cerveau.

Le docteur Fincher formula des notions simples: «matin pluvieux», «ciel nuageux», puis de plus en plus abstraites: «l'espoir», «le bonheur», la «liberté». Chaque fois, une île ou plusieurs s'éclairaient, indiquant que le terme éveillait des zones précises dans le cerveau de Jean-Louis Martin.

Pour clore la séance, Samuel Fincher voulut vérifier l'hu­mour de son patient. L'humour était selon lui le baromètre général de l'état de santé qualitatif et quantitatif d'un cerveau. Le meilleur pouls de la conscience. Le centre du rire avait été localisé pour la première fois en mars 2000 par Yitzhak Fried, qui, en recherchant la cause de l'épilepsie, avait découvert un point qui déclenchait l'hilarité au niveau du lobe frontal gau­che, juste devant la zone du langage.

— C'est dans le jardin d'Eden, Eve demande à Adam: «Est-ce que tu m'aimes?» Et Adam répond: «Est-ce que j'ai le choix?»

Frémissement de l'œil. Le docteur Samuel Fincher exa­mina au ralenti le trajet de la blague dans le cerveau de son malade. Le stimulus partait de la zone d'audition, rejoignait la zone du langage, puis disparaissait.

Cela ne le fait pas rire. Peut-être que cela lui rappelle la problématique du choix de sa propre survie. A moins que cela ne lui rappelle sa femme, pensa le médecin.

Samuel Fincher enchaîna avec une autre blague courte qu'il espéra moins personnelle.

— C'est l'histoire d'un homme qui va voir son médecin et qui lui dit: «Docteur, j'ai des trous de mémoire. - Ah bon, depuis quand?» Et le malade, étonné, demande: «Depuis quand... quoi?»

L'œil frémit différemment.

Pour en avoir le cœur net, Samuel Fincher repassa, là encore, le trajet du stimulus de la blague dans le cerveau au ralenti. Il vit sur la mer bleue du cerveau en coupe les petites îles qui apparaissent puis disparaissent dans les zones d'ana­lyse, de comparaison avec des images connues du médecin, puis de compréhension. Enfin le stimulus termina sa course dans le lobe frontal gauche, dans la zone de l'hilarité.

Cette fois il rit. «Il existe trente-deux effets comiques», disait Bergson. J'en ai trouvé un. Cela le fait rire d'entendre l'histoire de quelqu'un qui a une autre maladie que la sienne.

Le professeur Yitzhak Fried avait aussi repéré qu'après une blague, une autre zone spéciale s'activait, située cette fois dans le bas du cortex préfrontal, une zone qui se déclenchait nor­malement lorsqu'un cobaye recevait une récompense. Ce fut ce qui se passa à quelques microsecondes près, une fois que la zone d'hilarité eut fini sa danse.

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