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La Femme au Collier de Velours

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La Femme au Collier de Velours
La Femme au Collier de Velours
Au fur et à mesure que le moment de quitter Antonia cette séparation lui semblait de plus en plus impos ravissante période de sa vie qui venait de s’écoule avaient passé comme un jour et qui se représentaien tantôt comme un vaste horizon qu’il embrassait d’un tantôt comme une série de jours joyeux, venaient les uns après les autres, souriants, couronnés de fleurs; ces doux chants d qui lui avaient fait un air tout semé de douces mél était un trait si puissant, qu’il luttait presque a merveilleux enchanteur qui attire à lui les cœurs l âmes les plus froides.
À dix heures, Antonia parut au coin de la rue où, à sept mois auparavant, Hoffmann l’avait vue pour la La bonne Lisbeth la suivait comme de coutume, toutes montèrent les degrés de l’église. Arrivée au dernier degré, se retourna, aperçut Hoffmann, lui fit de la main u entra dans l’église.
Hoffmann s’élança hors de la maison et y entra aprè
Antonia était déjà agenouillée et en prière.
Hoffmann était protestant, et ces chants dans une a avaient toujours paru assez ridicules; mais lorsqu’ psalmodier ce chant d’église si doux et si large à ne pas en savoir les paroles pour mêler sa voix à l rendue plus suave encore par la profonde mélancolie jeune fille était en proie.
Pendant tout le temps que dura le saint sacrifice, même voix dont là-haut doivent chanter les anges; pu la sonnette de l’enfant de chœur annonça la consécr au moment où les fidèles se courbaient devant le Dieu qui, mains du prêtre, s’élevait au-dessus de leurs têtes redressa son front.
—Jurez, dit-elle.
—Je jure, dit Hoffmann d’une voix tremblante, je ju jeu.
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—Est-ce le seul serment que vous vouliez me faire,
—Oh! non, attendez. Je jure de vous rester fidèle d de corps et d’âme.
—Et sur quoi jurez-vous cela?
—Oh! s’écria Hoffmann, au comble de l’exaltation, su plus cher, sur ce que j’ai de plus sacré, sur votre
—Merci! s’écria à son tour Antonia, car si vous ne tenez pa serment, je mourrai.
Hoffmann tressaillit, un frisson passa par tout son corps, il ne se repentit pas, seulement, il eut peur. Le prêtre desc de l’autel, emportant le Saint Sacrement dans la sa
Au moment où le corps divin de Notre-Seigneur passa main d’Hoffmann.
—Vous avez entendu son serment, n’est-ce pas, mon Di Antonia.
Hoffmann voulut parler.
—Plus une parole, plus une seule; je veux que celle composait votre serment, étant les dernières que j’ vous, bruissent éternellement à mon oreille. Au revoi revoir.
Et, s’échappant, légère comme une ombre, la jeune f médaillon dans la main de son amant.
Hoffmann la regarda s’éloigner comme Orphée dut reg Eurydice fugitive; puis lorsque Antonia eut disparu médaillon.
Le médaillon renfermait le portrait d’Antonia, tout jeunesse et de beauté.
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Deux heures après, Hoffmann prenait sa place dans la me diligence que Zacharias Werner en répétant:
Sois tranquille, Antonia, oh! non, je ne jouerai pas! oh! oui, je te serai fidèle!
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Le voyage du jeune homme fut assez triste dans cett avait tant désirée. Ce n’était pas qu’en se rapproc éprouvât autant de difficultés qu’il en avait renco aux frontières; non, la République française faisai aux arrivants qu’aux partants.
Toutefois on n’était admis au bonheur de savourer c forme de gouvernement qu’après avoir accompli un ce de formalités passablement rigoureuses.
Ce fut le temps où les Français surent le moins écri temps où ils écrivirent le plus. Il paraissait donc fonctionnaires de fraîche date, convenable d’abando occupations domestiques ou plastiques, pour signer des pa composer des signalements, donner des visas, accorder des recommandations, et faire, en un mot, tout ce qui c patriote.
Jamais la paperasserie n’eut autant de développemen époque. Cette maladie endémique de l’administration française, se greffant sur le terrorisme, produisit les plus beau calligraphie grotesque dont on eût pu parler jusqu’à ce
Hoffmann avait sa feuille de route d’une exiguïté r C’était le temps des exiguïtés: journaux, livres, p colportage, tout se réduisait au simple in-octavo p grandes mesures. La feuille de route du voyageur, dis envahie dès l’Alsace par des signatures de fonctionn ressemblaient pas mal à ces zigzags d’ivrognes qui diagonalement les rues en battant l’une et l’autre
Force fut donc à Hoffmann de joindre une feuille à son passeport, puis, une autre en Lorraine, où surtout les écritur proportions colossales. Là où le patriotisme était écrivains étaient plus naïfs. Il y eut un maire qui feuilles, recto et verso, pour donner à Hoffmann un conçu:
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Auphemann, chune Allemans, ami de la libreté se rendan à Pari ha pié.
«Signé, GOLIER.»
Muni de ce parfait document sur sa patrie, son âge, ses principes, sa destination et ses moyens de transport, Hoffmann ne s’occupa plus que du soin de coudre ensemble tous ces lambeaux civiques, et nous devons dire qu’en arrivant à Paris, il possédait un assez joli volume, que, disait-il, il ferait relier en fer-blanc, si jamais il tentait un nouveau voyage, parce que, forcé d’avoir toujours ces feuilles à la main, elles risquaient trop dans un simple carton.
Partout on lui répétait:
—Mon cher voyageur, la province est encore habitable, mais Paris est bien remué. fiez-vous, citoyen, il y a une police bien pointilleuse à Paris, et, en votre qualité d’Allemand, vous pourriez n’être pas traien bon Français.
À quoi Hoffmann répondait par un sourire fier, réminiscence des fiertés spartiates quand les espions de Thessalie cherchaient à grossir les forces de Xerxès, roi des Perses.
Il arriva devant Paris: cétait le soir, les barrières étaient fermées.
Hoffmann parlait passablement la langue française, mais on est allemand ou on ne lest pas; si on ne lest pas, on a un accent qui, à la longue, ussit à passer pour l’accent d’une de nos provinces; si on l’est, on passe toujours pour un Allemand.
Il faut expliquer comment se faisait la police aux barrières.
D’abord, elles étaient fermées; ensuite, sept ou huit sectionnaires, gens oisifs et pleins d’intelligence, Lavaters amateurs, rôdaient par escouades, en fumant leurs pipes, autour de deux ou trois agents de police municipale.
Ces braves gens, qui, de députation en députation, avaient fini par hanter toutes les salles de clubs, tous les bureaux de districts, tous les endroits la politique s’était glissée par le côté actif ou le côté passif; ces gens, qui avaient vu à l’Assemblée nationale ou à la Convention chaque dépu, dans les tribunes tous les aristocrates
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La Femme au Collier de Velours
CHAPITRE VII
Une barrière de Paris en 1793
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Partout on lui répétait:
—Mon cher voyageur, la province est encore habitable est bien remué. Défiez-vous, citoyen, il y a une polic pointilleuse à Paris, et, en votre qualité d’Allema n’être pas traité en bon Français.
À quoi Hoffmann répondait par un sourire fier, rémi fiertés spartiates quand les espions de Thessalie c les forces de Xerxès, roi des Perses.
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Hoffmann parlait passablement la langue française, m allemand ou on ne l’est pas; si on ne l’est pas, on longue, réussit à passer pour l’accent d’une de nos l’est, on passe toujours pour un Allemand.
Il faut expliquer comment se faisait la police aux
D’abord, elles étaient fermées; ensuite, sept ou huit sectionnaires, gens oisifs et pleins d’intelligence, Lavaters amat escouades, en fumant leurs pipes, autour de deux ou police municipale.
Ces braves gens, qui, de députation en députation, av hanter toutes les salles de clubs, tous les bureaux de dist endroits où la politique s’était glissée par le côt passif; ces gens, qui avaient vu à l’Assemblée natio Convention chaque député, dans les tribunes tous le
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mâles et femelles, dans les promenades tous les élég dans les théâtres toutes les célébrités suspectes, dans les revues tous les officiers, dans les tribunaux tous les accusés d’accusation, dans les prisons tous les prêtres épargnés; ces dign patriotes savaient si bien leur Paris, que tout vis devait les frapper au passage, et, disons-le, les f toujours.
Ce n’était pas chose aisée que de se déguiser alors: trop de richess dans le costume appelait l’œil, trop de simplicité Comme la malpropreté était un des insignes de civisme répandus, tout porteur d’eau, tout marmiton pouvait aristocrate; et puis la main blanche aux beaux ongl dissimuler entièrement? Cette démarche aristocratiq sensible de nos jours, où les plus humbles portent talons, comment la cacher à vingt paires d’yeux plus ceux du limier en quête?
Un voyageur était donc, dès son arrivée, fouillé, interrogé, d quant au moral, avec une facilité que donnait l’usa que donnait... la liberté.
Hoffmann parut devant ce tribunal vers six heures du décembre. Le temps était gris, rude, mêlé de brume et de v mais les bonnets d’ours et de loutre emprisonnant l leur laissaient assez de sang chaud à la cervelle e qu’ils possédassent toute leur présence d’esprit et facultés investigatrices.
Hoffmann fut arrêté par une main qui se posa doucem poitrine.
Le jeune voyageur était vêtu d’un habit gris de fer, redingote, et ses bottes allemandes lui dessinaient coquette, car il n’avait pas rencontré de boue depu étape, et le carrosse ne pouvait plus marcher à caus Hoffmann avait fait six lieues à pied, sur une rout saupoudrée de neige durcie.
—Où vas-tu comme cela, citoyen, avec tes belles bot au jeune homme.
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—Je vais à Paris, citoyen.
—Tu n’es pas dégoûté, jeune Prussien, répliqua le sectionnaire, en prononçant cette épithète de Prussien avec une prodigalité d’s qui fit accourir dix curieux autour du voyageur.
Les Prussiens n’étaient pas à ce moment de moins grands ennemis pour la France que les Philistins pour les compatriotes de Samson l’Israélite.
—Eh bien! oui, je suis pruzien, pondit Hoffmann, en changeant les cinq s du sectionnaire en un z; après?
—Alors, si tu es prussien, tu es bien en même temps un petit espion de Pitt et Cobourg, hein?
Lisez mes passeports, répondit Hoffmann en exhibant son volume à l’un des lettrés de la barrière.
Viens, répliqua celui-ci en tournant les talons pour emmener l’étranger au corps de garde.
Hoffmann suivit ce guide avec une tranquillité parfaite.
Quand, à la lueur des chandelles fumeuses, les patriotes virent ce jeune homme nerveux, l’œil ferme, les cheveux mal ordonnés, hachant son français avec le plus de conscience possible, l’un d’eux s’écria:
—Il ne se niera pas aristocrate, celui-là; a-t-il des mains et des pieds!
—Vous êtes un bête, citoyen, répondit Hoffmann; je suis patriote autant que vous, et de plus, je suis une artiste.
En disant ces mots, il tira de sa poche une de ces pipes effrayantes dont un plongeur de l’Allemagne peut seul trouver le fond.
Cette pipe fit un effet prodigieux sur les sectionnaires, qui savouraient leur tabac dans leurs petits réceptacles.
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Tous se mirent à contempler le petit jeune homme qu cette pipe, avec une habileté fruit d’un grand usage tabac d’une semaine.
Il s’assit ensuite, alluma le tabac méthodiquement fourneau présentât une large croûte de feu à sa sur à temps égaux des nuages de fumée qui sortirent grac colonnes bleuâtres, de son nez et de ses lèvres.
—Il fume bien, dit un des sectionnaires.
—Et il paraît que c’est un fameux, dit un autre; vo certificats.
—Qu’es-tu venu faire à Paris? demanda un troisième.
—Étudier la science et la liberté, répliqua Hoffman
—Et quoi encore? ajouta le Français peu ému de l’hé telle phrase, probablement à cause de sa grande habitu
—Et la peinture, ajouta Hoffmann.
—Ah! tu es peintre, comme le citoyen David?
—Absolument.
—Tu sais faire les patriotes romains tout nus comme
—Je les fais tout habillés, dit Hoffmann.
—C’est moins beau.
—C’est selon, répliqua Hoffmann avec un imperturbable s
—Fais-moi donc mon portrait, dit le sectionnaire av
—Volontiers.
Hoffmann prit un tison au poêle, en éteignit à peine l’extrémité rutilante, et, sur le mur blanchi à la chaux, il de
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laids visages qui eussent jamais déshonoré la capitale du monde civili. Le bonnet à poils et la queue de renard, la bouche baveuse, les favoris épais, la courte pipe, le menton fuyant furent imités avec un si rare bonheur de vérité dans sa charge, que tout le corps de garde demanda au jeune homme la faveur d’être portraituré par lui.
Hoffmann s’exécuta de bonne grâce et croqua sur le mur une série de patriotes aux visages bien réussis, mais moins nobles, assurément, que les bourgeois de la Ronde nocturne de Rembrandt.
Les patriotes une fois en belle humeur, il ne fut plus question de soupçons: l’Allemand fut naturalisé parisien; on lui offrit la bière d’honneur, et lui, en garçon bien pensant, il offrit à ses hôtes du vin de Bourgogne, que ces messieurs acceptèrent de grand cœur.
Ce fut alors que l’un d’eux, plus rusé que les autres, prit son nez épais dans le crochet de son index, et dit à Hoffmann en clignant l’œil gauche:
—Avoue-nous une chose, citoyen allemand.
—Laquelle, notre ami?
—Avoue-nous le but de ta mission.
Je te l’ai dit: la politique et la peinture.
—Non, non, autre chose.
—Je t’assure, citoyen.
—Tu comprends bien que nous ne t’accusons pas; tu nous plais, et nous te protégerons; mais voici deux délégués du club des Cordeliers, deux des Jacobins; moi, je suis des Frères et Amis; choisis parmi nous celui de ces clubs auquel tu feras ton hommage.
—Quel hommage? dit Hoffmann surpris.
—Oh! ne t’en cache pas, c’est si beau que tu devrais t’en pavaner partout.
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—Vrai, citoyen, tu me fais rougir, explique-toi.
—Regarde et juge si je sais deviner, dit le patriote. des passeports, il montra, de son doigt gras, sur une page, sous rubrique Strasbourg, les lignes suivantes:
«Hoffmann, voyageur, venant de Mannheim, a pris à S caisse étiquetée ainsi qu’il suit: O.B.»
—C’est vrai, dit Hoffmann.
—Eh bien! que contient cette caisse?
—J’ai fait ma déclaration à l’octroi de Strasbourg.
—Regardez, citoyens, ce que ce petit sournois apporte souvenez-vous de l’envoi de nos patriotes d’Auxerre?
—Oui, dit l’un d’eux, une caisse de lard.
—Pour quoi faire?
—Pour graisser la guillotine, s’écria un chœur de voix
—Eh bien! dit Hoffmann, un peu pâle, quel rapport c j’apporte peut-elle avoir avec l’envoi des patriote
—Lis, dit le Parisien en lui montrant son passeport: li homme: «Voyageant pour la politique et pour l’art.»
—Ô République! murmura Hoffmann.
—Avoue donc, jeune ami de la liberté, lui dit son prote
—Ce serait me vanter d’une idée que je n’ai pas eue Hoffmann. Je n’aime pas la fausse gloire; non, la caisse que j’ai pris à Strasbourg, et qui m’arrivera par le roulage, ne co violon, une boîte à couleurs et quelques toiles rou
Ces mots diminuèrent beaucoup l’estime que certains d’Hoffmann. On lui rendit ses papiers, on fit raiso
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mais on cessa de le regarder comme un sauveur des peuples esclaves.
L’un des patriotes ajouta même:
—Il ressemble à Saint-Just, mais j’aime mieux Saint-Just.
Hoffmann replongé dans sa rêverie, qu’échauffaient le poêle, le tabac et le vin de Bourgogne, demeura quelque temps silencieux. Mais soudain relevant la tête:
—On guillotine donc beaucoup ici? dit-il.
—Pas mal, pas mal; cela a baisun peu depuis les Brissotins, mais c’est encore satisfaisant.
—Savez-vous je trouverais un bon gîte, mes amis?
—Partout.
—Mais pour tout voir.
—Ah! alors loge-toi du côté du quai aux Fleurs.
—Bien.
—Sais-tu où cela se trouve, le quai aux Fleurs?
—Non, mais ce mot de fleurs me plaît. Je my vois déjà instal, au quai aux Fleurs. Par y va-t-on?
—Tu vas descendre tout droit la rue dEnfer, et tu arriveras au quai.
—Quai, c’est-à-dire que l’on touche à l’eau! dit Hoffmann.
Tout juste.
—Et l’eau, c’est la Seine?
—C’est la Seine.
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