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La Femme au Collier de Velours
La Femme au Collier de Velours
pas de seins nus s’enflant et se désenflant sous cett
voluptueuse des théâtres aristocratiques; des bonne
bonnets rouges, le tout orné d’énormes cocardes nati
couleurs sombres dans les vêtements, un nuage triste
puis, des deux côtés de la salle, deux bustes hideux,
grimaçant, l’une le rire, l’autre la douleur, les b
Marat enfin.
Enfin, à l’avant-scène, un trou à peine éclairé, un
et vide. La caverne toujours, mais plus de lion.
Il y avait à l’orchestre deux places vacantes à côt
Hoffmann gagna l’une de ces deux places, c’était ce
occupée. L’autre était celle qu’avait occupée le do
nous l’avons dit, cette place était vacante.
Le premier acte fut joué sans qu’Hoffmann fit atten
ou s’occupât des acteurs.
Cet orchestre, il le connaissait et l’avait appréci
audition.
Ces acteurs lui importaient peu, il n’était pas ven
était venu pour voir Arsène.
La toile se leva sur le second acte, et le ballet c
Toute l’intelligence, toute l’âme, tout le cœur du
étaient suspendus.
Il attendait l’entrée d’Arsène.
Tout à coup Hoffmann jeta un cri.
Ce n’était plus Arsène qui remplissait le rôle de F
La femme qui apparaissait était une femme étrangère,
comme toutes les femmes.
131
e atmosphère
ts ronds et des
onales; des
sur les figures;
deux têtes
ustes de Voltaire et de
e ouverture sombre
é l’une de l’autre.
lle qu’il avait
cteur, mais, comme
tion à l’orchestre
é à une première
u pour les voir, il
ommença.
jeune homme
lore.
une femme

132
La Femme au Collier de Velours
Toutes les fibres de ce corps haletant se détendire
s’affaissa sur lui-même en poussant un long soupir,
autour de lui.
Le petit homme noir était à sa place; seulement il
boucles en diamants, ses bagues en diamants, sa tab
mort en diamants.
Ses boucles étaient en cuivre, ses bagues en argent
en argent mat. Il ne chantonnait plus, il ne battai
Comment était-il venu là? Hoffmann n’en savait rien
vu venir, ni senti passer.
—Oh! monsieur! s’écria Hoffmann.
—Dites citoyen, mon jeune ami, et même tutoyez-moi... s
possible, répondit le petit homme noir, ou vous me
tête et à vous aussi.
—Mais où est-elle donc? demanda Hoffmann.
—Ah! voilà.... Où est-elle? Il paraît que son tigre
des yeux, s’est aperçu qu’avant-hier elle a corresp
avec un jeune homme de l’orchestre. Il paraît que c
couru après la voiture; de sorte que depuis hier il
l’engagement d’Arsène, et qu’Arsène n’est plus au th
—Et comment le directeur a-t-il souffert?...
—Mon jeune ami, le directeur tient à conserver sa tête sur
épaules, quoique ce soit une assez vilaine tête; mais i
l’habitude de cette tête-là et qu’une autre plus be
peut-être pas bouture.
—Ah! mon Dieu! voilà donc pourquoi cette salle est
Hoffmann. Voilà pourquoi il n’y a plus de fleurs, p
plus de bijoux! voilà pourquoi vous n’avez plus vos
diamants! Voilà pourquoi il y a, enfin, aux deux cô
lieu des bustes d’Apollon et de Terpsichore, ces deux
Pouah!
134
La Femme au Collier de Velours
—Ah çà! mais, que me dites-vous donc là, demanda le docteur, et où
avez-vous vu une salle telle que vous dites? Où m’avez-vous vu des
bagues en diamants, des tabatières en diamants? où avez-vous vu
enfin les bustes d’Apollon et de Terpsichore? Mais il y a deux ans
que les fleurs ne fleurissent plus, que les diamants sont tournés en
assignats, et que les bijoux sont fondus sur l’autel de la patrie. Quant
à moi, Dieu merci! je n’ai jamais eu d’autres boucles que ces boucles
de cuivre, d’autres bagues que cette méchante bague de vermeil, et
d’autre tabatière que cette pauvre tabatière d’argent; pour les bustes
d’Apollon et de Terpsichore, ils y ont été autrefois, mais les amis de
l’humanité sont venus casser le buste d’Apollon et l’ont remplacé par
celui de l’apôtre Voltaire; mais les amis du peuple sont venus briser
le buste de Terpsichore et l’ont remplacé par celui du dieu Marat.
—Oh! s’écria Hoffmann, c’est impossible. Je vous dis qu’avant-hier
j’ai vu une salle parfumée de fleurs, resplendissante de riches
costumes, ruisselante de diamants, et des hommes élégants à la place
de ces harengères en casaquin et de ces goujats en carmagnole. Je
vous dis que vous aviez des boucles de diamants à vos souliers, des
bagues en diamants à vos doigts, une tête de mort en diamants sur
votre tabatière; je vous dis....
—Et moi, jeune homme, à mon tour, je vous dis, reprit le petit
homme noir, je vous dis qu’avant-hier elle était là, je vous dis que sa
présence illuminait tout, je vous dis que son souffle faisait naître les
roses, faisait reluire les bijoux, faisait étinceler les diamants de votre
imagination; je vous dis que vous l’aimez, jeune homme, et que vous
avez vu la salle à travers le prisme de votre amour. Arsène n’est plus
là, votre cœur est mort, vos yeux sont désenchantés, et vous voyez
du molleton, de l’indienne, du gros drap, des bonnets rouges, des
mains sales et des cheveux crasseux. Vous voyez enfin le monde tel
qu’il est, les choses telles qu’elles sont.
—Oh! mon Dieu! s’écria Hoffmann, en laissant tomber sa tête dans
ses mains, tout cela est-il vrai, et suis-je donc si près de devenir fou?
La Femme au Collier de Velours
nt; Hoffmann
n’avait plus ses
atière à tête de
doré, sa tabatière
t plus la mesure.
: il ne l’avait ni
ferez couper la
, qui ne la quitte pas
ondu par signes
e jeune homme a
éâtre.
l prétend qu’il a
lle ne reprendrait
si triste! s’écria
lus de diamants,
tés de la scène, au
affreux bustes!
et regarda
i c’est
a rompu
ses
boucles en

La Femme au Collier de Velours
La Femme au Collier de Velours
—Ah çà! mais, que me dites-vous donc là, demanda le
avez-vous vu une salle telle que vous dites? Où m’a
bagues en diamants, des tabatières en diamants? où
enfin les bustes d’Apollon et de Terpsichore? Mais
que les fleurs ne fleurissent plus, que les diamant
assignats, et que les bijoux sont fondus sur l’autel
à moi, Dieu merci! je n’ai jamais eu d’autres boucl
de cuivre, d’autres bagues que cette méchante bague
d’autre tabatière que cette pauvre tabatière d’arge
d’Apollon et de Terpsichore, ils y ont été autrefoi
l’humanité sont venus casser le buste d’Apollon et
celui de l’apôtre Voltaire; mais les amis du peuple
le buste de Terpsichore et l’ont remplacé par celui
—Oh! s’écria Hoffmann, c’est impossible. Je vous di
j’ai vu une salle parfumée de fleurs, resplendissan
costumes, ruisselante de diamants, et des hommes élé
de ces harengères en casaquin et de ces goujats en
vous dis que vous aviez des boucles de diamants à vo
bagues en diamants à vos doigts, une tête de mort e
votre tabatière; je vous dis....
—Et moi, jeune homme, à mon tour, je vous dis, repr
homme noir, je vous dis qu’avant-hier elle était là
présence illuminait tout, je vous dis que son souff
roses, faisait reluire les bijoux, faisait étincele
imagination; je vous dis que vous l’aimez, jeune ho
avez vu la salle à travers le prisme de votre amour
là, votre cœur est mort, vos yeux sont désenchantés, et v
du molleton, de l’indienne, du gros drap, des bonne
mains sales et des cheveux crasseux. Vous voyez enfin
qu’il est, les choses telles qu’elles sont.
—Oh! mon Dieu! s’écria Hoffmann, en laissant tomber
ses mains, tout cela est-il vrai, et suis-je donc s
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docteur, et où
vez-vous vu des
avez-vous vu
il y a deux ans
s sont tournés en
de la patrie. Quant
es que ces boucles
de vermeil, et
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s, mais les amis de
l’ont remplacé par
sont venus briser
du dieu Marat.
s qu’avant-hier
te de riches
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carmagnole. Je
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. Arsène n’est plus
ous voyez
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le monde tel
sa tête dans
i près de devenir fou?

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Hoffmann ne sortit de cette léthargie qu’en sentant
poser sur son épaule.
Il leva la tête. Tout était noir et éteint autour d
lumière, lui apparaissait comme le cadavre du théât
vivant. Le soldat de garde s’y promenait seul et silencieux co
gardien de la mort; plus de lustres, plus d’orchest
plus de bruit.
Une voix seulement qui marmottait à son oreille:
—Mais, citoyen, mais, citoyen, que faites-vous donc? vous êt
l’Opéra, citoyen; on dort ici, c’est vrai, mais on n’y couche pas.
Hoffmann regarda enfin du côté d’où venait la voix,
petite vieille qui le tirait par le collet de sa re
C’était l’ouvreuse de l’orchestre, qui, ne connaiss
intentions de ce spectateur obstiné, ne voulait pas se ret
l’avoir vu sortir devant elle.
Au reste, une fois tiré de son sommeil, Hoffmann ne
résistance; il poussa un soupir et se leva en murmur
—Arsène!
—Ah oui! Arsène, dit la petite vieille. Arsène! vou
homme, vous en êtes amoureux comme tout le monde. C
grande perte pour l’Opéra, surtout pour nous autres ouvreuses
—Pour vous autres ouvreuses, demanda Hoffmann, heure
rattacher à quelqu’un qui lui parlât de la danseuse
est-ce une perte pour vous qu’Arsène soit ou ne soi
—Ah dame! c’est bien facile à comprendre cela: d’ab
fois qu’elle dansait, elle faisait salle comble; al
136
La Femme au Collier de Velours
commerce de tabourets, de chaises et de petits bancs; à l’Opéra, tout
se paye. On payait les petits bancs, les chaises et les tabourets de
supplément, c’étaient nos petits profits. Je dis petits profits, ajouta la
vieille d’un air malin, parce qu’à côté de ceux-là, citoyen, vous
comprenez, il y avait les grands.
—Les grands profits?
—Oui.
Et la vieille cligna de l’œil.
—Et quels étaient les grands profits? voyons, ma bonne femme.
—Les grands profits venaient de ceux qui demandaient des
renseignements sur elle, qui voulaient savoir son adresse, qui lui
faisaient passer des billets. Il y avait prix pour tout, vous comprenez;
tant pour les renseignements, tant pour l’adresse, tant pour le poulet;
on faisait son petit commerce, enfin, et l’on vivait honnêtement.
Et la vieille poussa un soupir qui, sans désavantage, pouvait être
comparé au soupir poussé par Hoffmann au commencement du
dialogue que nous venons de rapporter.
—Ah! ah! fit Hoffmann, vous vous chargiez de donner des
renseignements, d’indiquer l’adresse, de remettre les billets; vous en
chargez-vous toujours?
—Hélas, monsieur, les renseignements que je vous donnerais vous
seraient inutiles maintenant; personne ne sait plus l’adresse
d’Arsène, et le billet que vous me donneriez pour elle serait perdu. Si
vous voulez pour une autre? Mme Vestris, mlle Bigottini, mlle....
—Merci, ma bonne femme, merci; je ne désirais rien savoir que sur
mademoiselle Arsène.
Puis, tirant un petit écu de sa poche:
—Tenez, dit Hoffmann, voilà pour la peine que vous avez prise de
m’éveiller.
La Femme au Collier de Velours
CHAPITRE XII
L’estaminet
une main se
e lui: le théâtre, sans
re qu’il avait vu
re, plus de rayon,
dingote.
ant le mot:
s aussi, jeune
, et comment donc
t plus au théâtre?
ord, toutes les
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La Femme au Collier de Velours
La Femme au Collier de Velours
commerce de tabourets, de chaises et de petits bancs; à l’Opéra,
se paye. On payait les petits bancs, les chaises et
supplément, c’étaient nos petits profits. Je dis pe
vieille d’un air malin, parce qu’à côté de ceux-là,
comprenez, il y avait les grands.
—Les grands profits?
—Oui.
Et la vieille cligna de l’œil.
—Et quels étaient les grands profits? voyons, ma bonne f
—Les grands profits venaient de ceux qui demandaien
renseignements sur elle, qui voulaient savoir son a
faisaient passer des billets. Il y avait prix pour t
tant pour les renseignements, tant pour l’adresse,
on faisait son petit commerce, enfin, et l’on vivait
Et la vieille poussa un soupir qui, sans désavantag
comparé au soupir poussé par Hoffmann au commenceme
dialogue que nous venons de rapporter.
—Ah! ah! fit Hoffmann, vous vous chargiez de donner
renseignements, d’indiquer l’adresse, de remettre le
chargez-vous toujours?
—Hélas, monsieur, les renseignements que je vous do
seraient inutiles maintenant; personne ne sait plus
d’Arsène, et le billet que vous me donneriez pour el
vous voulez pour une autre? Mme Vestris, mlle Bigottini,
—Merci, ma bonne femme, merci; je ne désirais rien
mademoiselle Arsène.
Puis, tirant un petit écu de sa poche:
—Tenez, dit Hoffmann, voilà pour la peine que vous av
m’éveiller.
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tout
les tabourets de
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l’adresse
le serait perdu. Si
mlle....
savoir que sur
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136
La Femme au Collier de Velours
Et, prenant congé de la vieille, il reprit d’un pas
avec l’intention de suivre le même chemin qu’il avait s
surveille, l’instinct qui l’avait guidé pour venir
Seulement, ses impressions étaient bien différentes
ressentait de la différence de ces impressions.
L’autre soir, sa marche était celle d’un homme qui
l’Espérance et qui court après elle, sans réfléchir
donné ses longues ailes d’azur pour que les hommes
jamais. Il avait la bouche ouverte et haletante, le
étendus; cette fois, au contraire, il marchait lent
l’homme qui, après l’avoir poursuivie inutilement,
de vue; sa bouche était serrée, son front abattu, s
L’autre fois il avait mis cinq minutes à peine pour
Saint-Martin à la rue Montmartre; cette fois il mit
et plus d’une heure encore pour aller de la rue Montmar
hôtel; car, dans l’espèce d’abattement où il était t
importait de rentrer tôt ou tard, peu lui importait
rentrer du tout.
On dit qu’il y a un Dieu pour les ivrognes et les amo
là, sans doute, veillait sur Hoffmann. Il lui fit é
lui fit trouver les quais, puis les ponts, puis son
grand scandale de son hôtesse, à une heure et demie
Cependant, au milieu de tout cela, une petite lueur
fond de l’imagination d’Hoffmann, comme un feu foll
Le médecin lui avait dit, si toutefois ce médecin e
pas son imagination, une hallucination de son espri
avait dit qu’Arsène avait été enlevée au théâtre pa
attendu que cet amant avait été jaloux d’un jeune ho
l’orchestre, avec lequel Arsène avait échangé de trop te
regards.
Ce médecin avait ajouté, en outre, que ce qui avait
du tyran à son comble, c’est que ce même jeune homme
embusqué en face de la porte de sortie des artistes;
jeune homme avait couru en désespéré derrière la voiture
jeune homme qui avait échangé de l’orchestre des regards
passionnés avec Arsène, c’était lui, Hoffmann; or, c
qui s’était embusqué à la porte de sortie des artis
138
La Femme au Collier de Velours
lui, Hoffmann. Donc Arsène l’avait remarqué, puisqu’elle payait la
peine de sa distraction; donc Arsène souffrait pour lui; il était entré
dans la vie de la belle danseuse par la porte de la douleur, mais il y
était entré, c’était le principal; à lui de s’y maintenir. Mais comment?
par quel moyen? par quelle voie correspondre avec Arsène, lui
donner de ses nouvelles, lui dire qu’il l’aimait? C’eût été déjà une
grande tâche pour un Parisien pur sang, que de retrouver cette belle
Arsène perdue dans cette immense ville. C’était une tâche impossible
pour Hoffmann, arrivé depuis trois jours et ayant grand-peine à se
retrouver lui-même.
Hoffmann ne se donna donc même pas la peine de chercher; il
comprenait que le hasard seul pouvait venir à son aide. Tous les
deux jours, il regardait l’affiche de l’Opéra, et tous les deux jours il
avait la douleur de voir que Paris rendait son jugement en l’absence
de celle qui méritait la pomme bien autrement que Vénus.
Dès lors il ne songea pas à aller à l’Opéra.
Un instant il eut bien l’idée d’aller soit à la Convention, soit aux
Cordeliers, de s’attacher aux pas de Danton et, en l’épiant jour et
nuit, de deviner où il avait caché la belle danseuse. Il alla même à la
Convention, il alla même aux Cordeliers; mais Danton n’y était plus;
las de la lutte qu’il soutenait depuis deux ans, vaincu par l’ennui
bien plus que par la supériorité, Danton paraissait s’être retiré de
l’arène politique.
Danton, disait-on, était à sa maison de campagne. Où était cette
maison de campagne? on n’en savait rien; les uns disaient à Rueil, les
autres à Auteuil.
Danton était aussi introuvable qu’Arsène.
On eût cru peut-être que cette absence d’Arsène eût dû ramener
Hoffmann à Antonia; mais, chose étrange! il n’en était rien.
Hoffmann avait beau faire tous ses efforts pour ramener son esprit à
la pauvre fille du chef d’orchestre de Mannheim: un instant, par la
puissance de sa volonté, tous ses souvenirs se concentraient sur le
cabinet de maître Gottlieb Murr; mais, au bout d’un moment,
partitions entassées sur les tables et sur les pianos, maître Gottlieb
trépignant devant son pupitre, Antonia couchée sur son canapé, tout
cela disparaissait pour faire place à un grand cadre éclairé, dans
La Femme au Collier de Velours
lent le boulevard,
n’existait plus.
, et sa marche se
que Dieu lui a
ne l’atteignent
front haut, les bras
ement, comme
vient de la perdre
es bras tombants.
aller de la porte
plus d’une heure,
ombé, peu lui
même de ne pas
ureux; ce Dieu-
viter les patrouilles; il
hôtel, où il rentra, au
du matin.
dorée dansait au
et dans la nuit.
xistait, si ce n’était
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porté la jalousie
c’est que ce même
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uivi la
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La Femme au Collier de Velours
La Femme au Collier de Velours
lui, Hoffmann. Donc Arsène l’avait remarqué, puisqu
peine de sa distraction; donc Arsène souffrait pour
dans la vie de la belle danseuse par la porte de la d
était entré, c’était le principal; à lui de s’y mai
par quel moyen? par quelle voie correspondre avec A
donner de ses nouvelles, lui dire qu’il l’aimait? C
grande tâche pour un Parisien pur sang, que de retro
Arsène perdue dans cette immense ville. C’était une
pour Hoffmann, arrivé depuis trois jours et ayant g
retrouver lui-même.
Hoffmann ne se donna donc même pas la peine de cher
comprenait que le hasard seul pouvait venir à son a
deux jours, il regardait l’affiche de l’Opéra, et t
avait la douleur de voir que Paris rendait son juge
de celle qui méritait la pomme bien autrement que V
Dès lors il ne songea pas à aller à l’Opéra.
Un instant il eut bien l’idée d’aller soit à la Con
Cordeliers, de s’attacher aux pas de Danton et, en l’é
nuit, de deviner où il avait caché la belle danseus
Convention, il alla même aux Cordeliers; mais Danto
las de la lutte qu’il soutenait depuis deux ans, va
bien plus que par la supériorité, Danton paraissait
l’arène politique.
Danton, disait-on, était à sa maison de campagne. O
maison de campagne? on n’en savait rien; les uns di
autres à Auteuil.
Danton était aussi introuvable qu’Arsène.
On eût cru peut-être que cette absence d’Arsène eût
Hoffmann à Antonia; mais, chose étrange! il n’en ét
Hoffmann avait beau faire tous ses efforts pour ram
la pauvre fille du chef d’orchestre de Mannheim: un
puissance de sa volonté, tous ses souvenirs se conc
cabinet de maître Gottlieb Murr; mais, au bout d’un
partitions entassées sur les tables et sur les pian
trépignant devant son pupitre, Antonia couchée sur s
cela disparaissait pour faire place à un grand cadr
137
’elle payait la
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La Femme au Collier de Velours
lequel se mouvaient d’abord des ombres; puis ces ombres prenaie
du corps, puis ces corps affectaient des formes myth
enfin toutes ces formes mythologiques, tous ces héros, tout
nymphes, tous ces dieux, tous ces demi-dieux disparaissaient pour
faire place à une seule déesse, à la déesse des jardins, à l
c’est-à-dire à la divine Arsène, à la femme au coll
l’agrafe de diamants; alors Hoffmann tombait non pl
rêverie, mais dans une extase dont il ne venait à s
rejetant dans la vie réelle, qu’en coudoyant les pa
qu’en se roulant enfin dans la foule et dans le bru
Lorsque cette hallucination, à laquelle Hoffmann ét
devenait trop forte, il sortait donc, se laissait a
prenait le Pont-Neuf, et ne s’arrêtait presque jamais
rue de la Monnaie. Là, Hoffmann avait trouvé un est
vous des plus rudes fumeurs de la capitale. Là, Hoffmann po
croire dans quelque taverne anglaise, dans quelque
hollandais ou dans quelque table d’hôte allemande,
la pipe y faisait une atmosphère impossible à respi
que pour un fumeur de première classe.
Une fois entré dans l’estaminet de la Fraternité, H
une petite table sise à l’angle le plus enfoncé, dema
bouteille de bière de la brasserie de M. Santerre, qui
démettre, en faveur de M. Henriot, de son grade de général
garde nationale de Paris, chargeait jusqu’à la gueule cette immens
pipe que nous connaissons déjà, et s’enveloppait en
instants d’un nuage de fumée aussi épais que celui
Vénus enveloppait son fils Énée, chaque fois que la
jugeait urgent d’arracher son fils bien-aimé à la c
ennemis.
Huit ou dix jours étaient écoulés depuis l’aventure
l’Opéra, et, par conséquent, depuis la disparition
danseuse; il était une heure de l’après-midi; Hoffmann, depuis une
demi-heure, à peu près, se trouvait dans son estamine
de toute la force de ses poumons, à établir autour
enceinte de fumée qui le séparait de ses voisins, qua
dans la vapeur, distinguer comme une forme humaine,
dominant tous les bruits, entendre le double bruit
et du tambourinement habituel au petit homme noir; d
milieu de cette vapeur, il lui semblait qu’un point
dégageait des étincelles; il rouvrit ses yeux à demi fe
140
La Femme au Collier de Velours
douce somnolence, écarta ses paupières avec peine, et, en face de lui,
assis sur un tabouret, il reconnut son voisin de l’Opéra, et cela
d’autant mieux que le fantastique docteur avait, ou plutôt semblait
avoir, ses boucles en diamants à ses souliers, ses bagues en diamants
à ses doigts et sa tête de mort sur sa tabatière.
—Bon, dit Hoffmann, voilà que je redeviens fou.
Et il ferma rapidement les yeux.
Mais, les yeux une fois fermés, plus ils le furent hermétiquement,
plus Hoffmann entendit, et le petit accompagnement de chant, et le
petit tambourinement des doigts; le tout de la façon la plus distincte,
si distincte qu’Hoffmann comprit qu’il y avait un fond de réalité
dans tout cela, et que la différence était du plus au moins. Voilà tout.
Il rouvrit donc un œil, puis l’autre; le petit homme noir était toujours
à sa place.
—Bonjour, jeune homme, dit-il à Hoffmann; vous dormez, je crois;
prenez une prise, cela vous réveillera.
Et, ouvrant sa tabatière, il offrit du tabac au jeune homme.
Celui-ci, machinalement, étendit la main, prit une prise et l’aspira.
À l’instant même, il lui sembla que les parois de son esprit
s’éclairaient.
—Ah! s’écria Hoffmann! c’est vous, cher docteur? que je suis aise de
vous revoir!
—Si vous êtes aise de me revoir, demanda le docteur, pourquoi ne
m’avez-vous pas cherché?
—Est-ce que je savais votre adresse?
—Oh! la belle affaire! au premier cimetière venu on vous l’eût
donnée.
—Est-ce que je savais votre nom?
La Femme au Collier de Velours
ologiques, puis
ier de velours et à
ortir qu’en se
ysans dans la rue,
it.
ller à la pente du quai,
qu’au coin de la
aminet, rendez-
tant la fumée de
rer pour tout autre
offmann gagnait
d’Hoffmann à
nd il lui sembla,
du chantonnement
nt
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a belle Flore,
us dans une
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uvait se
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quelques
dont la belle
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La Femme au Collier de Velours
La Femme au Collier de Velours
douce somnolence, écarta ses paupières avec peine, et, en
assis sur un tabouret, il reconnut son voisin de l’
d’autant mieux que le fantastique docteur avait, ou
avoir, ses boucles en diamants à ses souliers, ses
à ses doigts et sa tête de mort sur sa tabatière.
—Bon, dit Hoffmann, voilà que je redeviens fou.
Et il ferma rapidement les yeux.
Mais, les yeux une fois fermés, plus ils le furent
plus Hoffmann entendit, et le petit accompagnement
petit tambourinement des doigts; le tout de la faço
si distincte qu’Hoffmann comprit qu’il y avait un f
dans tout cela, et que la différence était du plus au
Il rouvrit donc un œil, puis l’autre; le petit homm
à sa place.
—Bonjour, jeune homme, dit-il à Hoffmann; vous dorme
prenez une prise, cela vous réveillera.
Et, ouvrant sa tabatière, il offrit du tabac au jeu
Celui-ci, machinalement, étendit la main, prit une
À l’instant même, il lui sembla que les parois de s
s’éclairaient.
—Ah! s’écria Hoffmann! c’est vous, cher docteur? que
vous revoir!
—Si vous êtes aise de me revoir, demanda le docteur, pourquoi ne
m’avez-vous pas cherché?
—Est-ce que je savais votre adresse?
—Oh! la belle affaire! au premier cimetière venu on
donnée.
—Est-ce que je savais votre nom?
139
face de lui,
Opéra, et cela
plutôt semblait
bagues en diamants
hermétiquement,
de chant, et le
n la plus distincte,
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moins. Voilà tout.
e noir était toujours
z, je crois;
ne homme.
prise et l’aspira.
on esprit
je suis aise de
vous l’eût

140
La Femme au Collier de Velours
—Le docteur à la tête de mort, tout le monde me con
nom-là. Puis il y avait un endroit où vous étiez to
trouver.
—Où cela? À l’Opéra, dit Hoffmann en secouant la tê
poussant un soupir.
—Oui, vous n’y retournez plus?
—Je n’y retourne plus, non.
—Depuis que ce n’est plus Arsène qui remplit le rôl
—Vous l’avez dit, et tant que ce ne sera pas elle, je
pas.
—Vous l’aimez, jeune homme, vous l’aimez.
—Je ne sais pas si la maladie que j’éprouve s’appelle de l’amour,
mais je sais que si je ne la revois pas, ou je mour
ou je deviendrai fou.
—Peste! il ne faut pas devenir fou! peste! il ne fa
folie il y a peu de remède, à la mort il n’y en a p
—Que faut-il faire alors?
—Dame! il faut la revoir.
—Comment cela, la revoir?
—Sans doute!
—Avez-vous un moyen?
—Peut-être.
—Lequel?
—Attendez.
142
La Femme au Collier de Velours
Et le docteur se mit à rêver en clignotant des yeux et en
tambourinant sur sa tabatière.
Puis, après un instant, rouvrant les yeux et laissant ses doigts
suspendus sur l’ébène:
—Vous êtes peintre, m’avez-vous dit?
—Oui, peintre, musicien, poète.
—Nous n’avons besoin que de la peinture pour le moment.
—Eh bien!
—Eh bien! Arsène m’a chargé de lui chercher un peintre.
—Pour quoi faire?
—Pourquoi cherche-t-on un peintre, pardieu! pour lui faire son
portrait.
—Le portrait d’Arsène! s’écria Hoffmann en se levant, oh! me voilà!
me voilà!
—Chut! pensez donc que je suis un homme grave.
—Vous êtes mon sauveur! s’écria Hoffmann en jetant ses bras autour
du cou du petit homme noir.
—Jeunesse, jeunesse! murmura celui-ci en accompagnant ces deux
mots du même rire dont eût ricané sa tête de mort si elle eût été de
grandeur naturelle.
—Allons! allons! répétait Hoffmann.
—Mais il vous faut une boîte à couleurs, des pinceaux, une toile.
—J’ai tout cela chez moi, allons!
—Allons! dit le docteur. Et tous deux sortirent de l’estaminet.
La Femme au Collier de Velours
ujours sûr de me
e de Flore?
n’y retournerai
rai de son absence,
ut pas mourir! À la
as du tout.
naît sous ce
te et en
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