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ivanov666
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Файл:Cyrano de Bergerac
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ROXANE.
Christian !
LA VOIX DE CARBON, derrière le talus.
Qu’on se dépêche !
ROXANE.
Christian !
CARBON.
Alignez-vous !
ROXANE.
Christian !
CARBON.
Mesurez… mèche !
(Ragueneau est accouru, apportant de l’eau dans un casque.)
CHRISTIAN, d’une voix mourante.
Roxane !…
CYRANO, vite et bas à l’oreille de Christian, pendant que Roxane
affolée trempe dans l’eau, pour le panser, un morceau de linge arra-
ché à sa poitrine.
J’ai tout dit. C’est toi qu’elle aime encor !
– 320 –
– 321 –

ROXANE.
Quoi, mon amour ?
CARBON.
Baguette haute !
ROXANE, à Cyrano.
CARBON.
Ouvrez la charge avec les dents !
ROXANE.
Devenir froide, là, contre la mienne !
CARBON.
ROXANE.
Une lettre sur lui !
(Elle l’ouvre.)
Pour moi !
(Christian ferme les yeux.)
Il n’est pas mort ?…
Je sens sa joue
En joue !
– 321 –
– 322 –

CYRANO, à part.
Ma lettre !
CARBON.
Feu !
(Mousqueterie. Cris. Bruit de bataille.)
CYRANO, voulant dégager sa main que tient Roxane agenouillée.
Mais, Roxane, on se bat !
ROXANE, le retenant.
Restez encore un peu.
Il est mort. Vous étiez le seul à le connaître.
(Elle pleure doucement.)
– N’est-ce pas que c’était un être exquis, un être
Merveilleux ?
CYRANO, debout, tête nue.
Oui, Roxane.
ROXANE.
Un poète inouï,
Adorable ?
CYRANO.
Oui, Roxane.
– 322 –
– 323 –

ROXANE.
Un esprit sublime ?
CYRANO.
Oui,
Roxane !
ROXANE.
Un cœur profond, inconnu du profane,
Une âme magnifique et charmante ?
CYRANO, fermement.
Oui, Roxane !
ROXANE, se jetant sur le corps de Christian.
Il est mort !
CYRANO, à part, tirant l’épée.
Et je n’ai qu’à mourir aujourd’hui,
Puisque, sans le savoir, elle me pleure en lui !
(Trompettes au loin.)
DE GUICHE, qui reparaît sur le talus, décoiffé, blessé au front, d’une
voix tonnante.
C’est le signal promis ! Des fanfares de cuivres !
Les Français vont rentrer au camp avec des vivres !
Tenez encore un peu !
– 323 –
– 324 –

ROXANE.
Sur sa lettre, du sang,
Des pleurs !
UNE VOIX, au dehors, criant.
Rendez-vous !
VOIX DES CADETS.
Non !
RAGUENEAU, qui, grimpé sur son carrosse, regarde la bataille par-
dessus le talus.
Le péril va croissant !
CYRANO, à de Guiche, lui montrant Roxane.
Emportez-la ! Je vais charger !
ROXANE, baisant la lettre, d’une voix mourante.
Son sang ! ses larmes !…
RAGUENEAU, sautant à bas du carrosse pour courir vers elle.
Elle s’évanouit !
DE GUICHE, sur le talus, aux cadets, avec rage.
Tenez bon !
– 324 –
– 325 –

UNE VOIX, au dehors.
Bas les armes !
VOIX DES CADETS.
Non !
CYRANO, à de Guiche.
Vous avez prouvé, Monsieur, votre valeur.
(Lui montrant Roxane.)
Fuyez en la sauvant !
DE GUICHE, qui court à Roxane et l’enlève dans ses bras.
Soit ! Mais on est vainqueur
Si vous gagnez du temps !
CYRANO.
C’est bon !
(Criant vers Roxane que de Guiche, aidé de Ragueneau, em-
porte évanouie.)
Adieu, Roxane !
(Tumulte. Cris. Des cadets reparaissent blessés et viennent
tomber en scène. Cyrano se précipitant au combat est arrêté sur la
crête par Carbon de Castel-Jaloux, couvert de sang.)
– 325 –
– 326 –

CARBON.
Nous plions ! J’ai reçu deux coups de pertuisane !
CYRANO, criant aux Gascons.
Hardi ! Reculès pas, drollos !
(À Carbon, qu’il soutient.)
N’ayez pas peur !
J’ai deux morts à venger : Christian et mon bonheur !
(Ils redescendent. Cyrano brandit la lance où est attaché le
mouchoir de Roxane.)
Flotte, petit drapeau de dentelle à son chiffre !
(Il la plante en terre ; il crie aux cadets.)
Toumbé dèssus ! Escrasas lous !
(Au fifre.)
Un air de fifre !
(Le fifre joue. Des blessés se relèvent. Des cadets dégringolant le
talus, viennent se grouper autour de Cyrano et du petit drapeau. Le
carrosse se couvre et se remplit d’hommes, se hérisse d’arquebuses,
se transforme en redoute.)
UN CADET, paraissant, à reculons, sur la crête, se battant toujours,
crie.
Ils montent le talus !
– 326 –
– 327 –

(et tombe mort.)
CYRANO.
On va les saluer !
(Le talus se couronne en un instant d’une rangée terrible
d’ennemis. Les grands étendards des Impériaux se lèvent.)
CYRANO.
Feu !
(Décharge générale.)
CRI, dans les rangs ennemis.
Feu !
(Riposte meurtrière. Les cadets tombent de tous côtés.)
UN OFFICIER ESPAGNOL, se découvrant.
Quels sont ces gens qui se font tous tuer ?
CYRANO, récitant debout au milieu des balles.
Ce sont les cadets de Gascogne
De Carbon de Castel-Jaloux ;
Bretteurs et menteurs sans vergogne…
(Il s’élance, suivi des quelques survivants.)
Ce sont les cadets…
(Le reste se perd dans la bataille.)
– 327 –
– 328 –

RIDEAU.

CINQUIÈME ACTE
LA GAZETTE DE CYRANO.
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