Добавил:
Опубликованный материал нарушает ваши авторские права? Сообщите нам.
Вуз: Предмет: Файл:

Cyrano de Bergerac

.pdf
Скачиваний:
0
Добавлен:
07.09.2026
Размер:
2 Мб
Скачать
ROXANE.
J’ai dit : mon amant, oui… pardonne ! Tu comprends, si j’avais dit : mon mari, personne Ne m’eût laissé passer !
CHRISTIAN.
Mais…
ROXANE.
Qu’avez-vous ?
DE GUICHE.
Vous en aller d’ici !
ROXANE.
Moi ?
CYRANO.
Bien vite !
LE BRET.
CHRISTIAN.
Oui !
Au plus tôt !
280 –
– 281 –
Il vaut mieux…
Oh ! non !
ROXANE.
Mais comment ?
CHRISTIAN, embarrassé.
C’est que…
CYRANO, de même.
Dans trois quarts d’heure…
DE GUICHE, de même.
… ou quatre…
CARBON, de même.
LE BRET, de même.
Vous pourriez…
ROXANE.
Je reste. On va se battre.
TOUS.
ROXANE.
C’est mon mari !
281
– 282 –
(Elle se jette dans les bras de Christian.)
CHRISTIAN.
Mais quels yeux vous avez !
ROXANE.
DE GUICHE, désespéré.
C’est un poste terrible !
ROXANE, se retournant.
Hein ! terrible ?
CYRANO.
C’est qu’il nous l’a donné !
ROXANE, à De Guiche.
DE GUICHE.
Oh ! je vous jure !…
ROXANE.
Qu’on me tue avec toi !
Je te dirai pourquoi !
Et la preuve
Ah ! vous me vouliez veuve ?
Non ! Je suis folle à présent !
282
– 283 –
Et je ne m’en vais plus ! – D’ailleurs, c’est amusant.
CYRANO.
Eh quoi ! la précieuse était une héroïne ?
ROXANE.
Monsieur de Bergerac, je suis votre cousine.
UN CADET.
Nous vous défendrons bien !
ROXANE, enfiévrée de plus en plus.
Je le crois, mes amis !
UN AUTRE, avec enivrement.
Tout le camp sent l’iris !
ROXANE.
Et j’ai justement mis
Un chapeau qui fera très bien dans la bataille !…
(Regardant de Guiche.)
Mais peut-être est-il temps que le comte s’en aille. On pourrait commencer.
DE GUICHE.
Ah ! c’en est trop ! Je vais
Inspecter mes canons, et reviens… Vous avez
283 –
– 284 –
Le temps encor : changez d’avis !
ROXANE.
Jamais !
(De Guiche sort.)
Scène VI
Les mêmes, moins De Guiche.
CHRISTIAN, suppliant.
ROXANE.
Non !
PREMIER CADET, aux autres.
Elle reste !
TOUS, se précipitant, se bousculant, s’astiquant.
Un peigne ! – Un savon ! – Ma basane Est trouée : une aiguille ! – Un ruban ! – Ton miroir ! – Mes manchettes ! – Ton fer à moustache ! – Un rasoir !
Roxane !…
284 –
– 285 –
ROXANE, à Cyrano qui la supplie encore.
Non ! rien ne me fera bouger de cette place !
CARBON, après s’être, comme les autres, sanglé, épousseté, avoir
brossé son chapeau, redressé sa plume et tiré ses manchettes,
s’avance vers Roxane, et cérémonieusement.
Peut-être siérait-il que je vous présentasse, Puisqu’il en est ainsi, quelques de ces messieurs Qui vont avoir l’honneur de mourir sous vos yeux.
(Roxane s’incline et elle attend, debout au bras de Christian.
Carbon présente.)
Baron de Peyrescous de Colignac !
LE CADET, saluant.
Madame…
CARBON, continuant.
Baron de Casterac de Cahuzac. – Vidame De Malgouyre Estressac Lésbas d’Escarabiot. – Chevalier d’Antignac-Juzet. – Baron Hillot De Blagnac-Saléchan de Castel Crabioules…
ROXANE.
Mais combien avez-vous de noms, chacun ?
LE BARON HILLOT.
Des foules !
285
– 286 –
CARBON, à Roxane.
Ouvrez la main qui tient votre mouchoir.
ROXANE, ouvre la main et le mouchoir tombe.
Pourquoi ?
(Toute la compagnie fait le mouvement de s’élancer pour le ra-
masser.)
CARBON, le ramassant vivement.
Ma compagnie était sans drapeau ! Mais, ma foi, C’est le plus beau du camp qui flottera sur elle !
ROXANE, souriant.
Il est un peu petit.
CARBON, attachant le mouchoir à la hampe de sa lance de capi-
taine.
Mais il est en dentelle !
UN CADET, aux autres.
Je mourrais sans regret ayant vu ce minois, Si j’avais seulement dans le ventre une noix !…
CARBON, qui l’a entendu, indigné.
Fi ! parler de manger lorsqu’une exquise femme !…
286 –
– 287 –
ROXANE.
Mais l’air du camp est vif et, moi-même, m’affame. Pâtés, chaud-froids, vins fins : – mon menu, le voilà ! – Voulez-vous m’apporter tout cela !
(Consternation.)
UN CADET.
UN AUTRE.
Où le prendrions-nous, grand Dieu ?
ROXANE, tranquillement.
Dans mon carrosse.
TOUS.
Hein ?…
ROXANE.
Mais il faut qu’on serve et découpe, et désosse ! Regardez mon cocher d’un peu plus près, messieurs, Et vous reconnaîtrez un homme précieux. Chaque sauce sera, si l’on veut, réchauffée !
LES CADETS, se ruant vers le carrosse.
C’est Ragueneau !
(Acclamations.)
Tout cela !
287 –
– 288 –
Oh ! Oh !
ROXANE, les suivant des yeux.
Pauvres gens !
CYRANO, lui baisant la main.
Bonne fée !
RAGUENEAU, debout sur le siège comme un charlatan en place pu-
blique.
Messieurs !…
(Enthousiasme.)
LES CADETS.
Bravo ! Bravo !
RAGUENEAU.
Les Espagnols n’ont pas,
Quand passaient tant d’appas, vu passer le repas !
(Applaudissements.)
CYRANO, bas à Christian.
Hum ! hum ! Christian !
RAGUENEAU.
Distraits par la galanterie
288 –
– 289 –
Ils n’ont pas vu…
(Il tire de son siège un plat qu’il élève.)
la galantine !…
(Applaudissements. La galantine passe de mains en mains.)
CYRANO, bas à Christian.
Je t’en prie,
Un seul mot !…
RAGUENEAU.
Et Vénus sut occuper leur œil
Pour que Diane, en secret, pût passer…
(Il brandit un gigot.)
son chevreuil !
(Enthousiasme. Le gigot est saisi par vingt mains tendues.)
CYRANO, bas à Christian.
Je voudrais te parler !
ROXANE, aux cadets qui redescendent, les bras chargés de vic-
tuailles.
Posez cela par terre !
(Elle met le couvert sur l’herbe, aidée des deux laquais imper-
turbables qui étaient derrière le carrosse.)
289 –
– 290 –