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Cyrano de Bergerac

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(Elle remet vivement son masque, une dentelle sur son front, et,
distraitement.)
Mais vous ne m’avez pas raconté la bataille De cette nuit. Vraiment ce dut être inouï !… – Dites-lui qu’il m’écrive.
(Elle lui envoie un petit baiser de la main.)
Oh ! je vous aime !
CYRANO.
ROXANE.
Cent hommes contre vous ? Allons, adieu. – Nous sommes De grands amis !
CYRANO.
Oui, oui.
ROXANE.
Qu’il m’écrive ! – Cent hommes ! – Vous me direz plus tard. Maintenant, je ne puis. Cent hommes ! Quel courage !
CYRANO, la saluant.
Oh ! j’ai fait mieux depuis.
(Elle sort. Cyrano reste immobile, les yeux à terre. Un silence.
La porte de droite s’ouvre. Ragueneau passe sa tête.)
Oui, oui.
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– 131 –
Scène VII
Cyrano, Ragueneau, les poètes, Carbon de Castel-Jaloux, les
cadets, la foule, etc., puis De Guiche.
RAGUENEAU.
Peut-on rentrer ?
CYRANO, sans bouger.
Oui…
(Ragueneau fait signe et ses amis rentrent. En même temps, à la porte du fond paraît Carbon de Castel-Jaloux, costume de capi­taine aux gardes, qui fait de grands gestes en apercevant Cyrano.)
CARBON DE CASTEL-JALOUX.
Le voilà !
CYRANO, levant la tête.
Mon capitaine !…
CARBON, exultant.
Notre héros ! Nous savons tout ! Une trentaine
De mes cadets sont là !…
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– 132 –
CYRANO, reculant.
Mais…
CARBON, voulant l’entraîner.
Viens ! on veut te voir !
CYRANO.
Non !
CARBON.
Ils boivent en face, à la Croix du Trahoir.
CYRANO.
Je…
CARBON, remontant à la porte, et criant à la cantonade, d’une voix
de tonnerre.
Le héros refuse. Il est d’humeur bourrue !
UNE VOIX, au dehors.
Ah ! Sandious !
(Tumulte au dehors, bruit d’épées et de bottes qui se rapprochent.)
CARBON, se frottant les mains.
Les voici qui traversent la rue !…
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– 133 –
LES CADETS, entrant dans la rôtisserie.
Mille dious ! – Capdedious ! – Mordious ! – Pocapdedious !
RAGUENEAU, reculant épouvanté.
Messieurs, vous êtes donc tous de Gascogne !
LES CADETS.
UN CADET, à Cyrano.
Bravo !
CYRANO.
Baron !
UN AUTRE, lui secouant les mains.
Vivat !
CYRANO.
Baron !
TROISIÈME CADET.
Que je t’embrasse !
CYRANO.
Baron !…
Tous !
133 –
– 134 –
PLUSIEURS GASCONS.
Embrassons-le !
CYRANO, ne sachant auquel répondre.
Baron… baron… de grâce…
RAGUENEAU.
Vous êtes tous barons, messieurs ?
LES CADETS.
Tous !
RAGUENEAU.
PREMIER CADET.
On ferait une tour rien qu’avec nos tortils !
LE BRET, entrant, et courant à Cyrano.
On te cherche ! Une foule en délire conduite Par ceux qui cette nuit marchèrent à ta suite…
CYRANO, épouvanté.
Tu ne leur as pas dit où je me trouve ?…
LE BRET, se frottant les mains.
Le sont-ils ?…
Si !
134 –
– 135 –
UN BOURGEOIS, entrant suivi d’un groupe.
Monsieur, tout le Marais se fait porter ici !
(Au dehors la rue s’est remplie de monde. Des chaises à por­teurs, des carrosses s’arrêtent.)
LE BRET, bas, souriant, à Cyrano.
Et Roxane ?
CYRANO, vivement.
Tais-toi !
LA FOULE, criant dehors.
Cyrano !…
(Une cohue se précipite dans la pâtisserie. Bousculade. Accla­mations.)
RAGUENEAU, debout sur une table.
Ma boutique
Est envahie ! On casse tout ! C’est magnifique !
DES GENS, autour de Cyrano.
Mon ami… mon ami…
CYRANO.
Je n’avais pas hier
Tant d’amis !…
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LE BRET, ravi.
Le succès !
UN PETIT MARQUIS, accourant, les mains tendues.
Si tu savais, mon cher…
CYRANO.
Si tu ?… Tu ?… Qu’est-ce donc qu’ensemble nous gardâmes ?
UN AUTRE.
Je veux vous présenter, Monsieur, à quelques dames Qui là, dans mon carrosse…
CYRANO, froidement.
Et vous d’abord, à moi,
Qui vous présentera ?
LE BRET, stupéfait.
Mais qu’as-tu donc ?
CYRANO.
Tais-toi !
UN HOMME DE LETTRES, avec une écritoire.
Puis-je avoir des détails sur ?…
136 –
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CYRANO.
Non.
LE BRET, lui poussant le coude.
Renaudot ! l’inventeur de la gazette.
CYRANO.
LE BRET.
Cette feuille où l’on fait tant de choses tenir !
On dit que cette idée a beaucoup d’avenir !
LE POÈTE, s’avançant.
Monsieur…
CYRANO.
Encor !
LE POÈTE.
Je veux faire un pentacrostiche
Sur votre nom…
QUELQU’UN, s’avançant encore.
Monsieur…
C’est Théophraste,
Baste !
137 –
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CYRANO.
Assez !
(Mouvement. On se range. De Guiche paraît, escorté d’officiers. Cuigy, Brissaille, les officiers qui sont partis avec Cyrano à la fin du premier acte. Cuigy vient vivement à Cyrano.)
CUIGY, à Cyrano.
Monsieur de Guiche !
(Murmure. Tout le monde se range.)
Vient de la part du maréchal de Gassion !
DE GUICHE, saluant Cyrano.
… Qui tient à vous mander son admiration
Pour le nouvel exploit dont le bruit vient de courre.
LA FOULE.
Bravo !…
CYRANO, s’inclinant.
Le maréchal s’y connaît en bravoure.
DE GUICHE.
Il n’aurait jamais cru le fait si ces messieurs
N’avaient pu lui jurer l’avoir vu.
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CUIGY.
LE BRET, bas à Cyrano, qui a l’air absent.
Mais…
CYRANO.
Tais-toi !
LE BRET.
Tu parais souffrir !
CYRANO, tressaillant et se redressant vivement.
Devant ce monde ?…
(Sa moustache se hérisse ; il poitrine.)
Moi souffrir ?… Tu vas voir !
DE GUICHE, auquel Cuigy a parlé à l’oreille.
Votre carrière abonde De beaux exploits, déjà. – Vous servez chez ces fous De Gascons, n’est-ce pas ?
CYRANO.
Aux cadets, oui.
De nos yeux !
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