Добавил:
Опубликованный материал нарушает ваши авторские права? Сообщите нам.
Вуз: Предмет: Файл:

Cyrano de Bergerac

.pdf
Скачиваний:
0
Добавлен:
07.09.2026
Размер:
2 Мб
Скачать
LA FOULE, en un long cri.
Ah !…
UN CHEVAU-LÉGER.
Superbe !
UNE FEMME.
Joli !
RAGUENEAU.
Pharamineux !
UN MARQUIS.
Nouveau !…
LE BRET.
Insensé !
(Bousculade autour de Cyrano. On entend.)
… Compliments !… félicite… bravo…
VOIX DE FEMME.
C’est un héros !…
UN MOUSQUETAIRE, s’avançant vivement vers Cyrano, la main
tendue.
Monsieur, voulez-vous me permettre ?…
70
– 71 –
C’est tout à fait très bien, et je crois m’y connaître ;
J’ai du reste exprimé ma joie en trépignant !…
CYRANO, à Cuigy.
Comment s’appelle donc ce monsieur ?
CUIGY.
LE BRET, à Cyrano, lui prenant le bras.
Çà, causons !…
CYRANO.
Laisse un peu sortir cette cohue…
(À Bellerose.)
Je peux rester ?
BELLEROSE, respectueusement.
Mais oui !…
(On entend des cris au dehors.)
JODELET, qui a regardé.
C’est Montfleury qu’on hue !
(Il s’éloigne.)
D’Artagnan.
71
– 72 –
BELLEROSE, solennellement.
Sic transit !…
(Changeant de ton, au portier et au moucheur de chandelles.)
Balayez. Fermez. N’éteignez pas. Nous allons revenir après notre repas, Répéter pour demain une nouvelle farce.
(Jodelet et Bellerose sortent, après de grands saluts à Cyrano.)
LE PORTIER, à Cyrano.
Vous ne dînez donc pas ?
CYRANO.
Moi ?… Non.
(Le portier se retire.)
LE BRET, à Cyrano.
Parce que ?
CYRANO, fièrement.
Parce…
(Changeant de ton, en voyant que le portier est loin.)
Que je n’ai pas d’argent !…
72
– 73 –
LE BRET, faisant le geste de lancer un sac.
Comment ! le sac d’écus ?…
CYRANO.
Pension paternelle, en un jour, tu vécus !
LE BRET.
Pour vivre tout un mois, alors ?…
CYRANO.
Rien ne me reste.
LE BRET.
Jeter ce sac, quelle sottise !
CYRANO.
Mais quel geste !…
LA DISTRIBUTRICE, toussant derrière son petit comptoir.
Hum !…
(Cyrano et Le Bret se retournent. Elle s’avance intimidée.)
Monsieur… Vous savoir jeûner… le cœur me fend…
(Montrant le buffet.)
J’ai là tout ce qu’il faut…
73
– 74 –
(Avec élan.)
Prenez !
CYRANO, se découvrant.
Ma chère enfant, Encor que mon orgueil de Gascon m’interdise D’accepter de vos doigts la moindre friandise, J’ai trop peur qu’un refus ne vous soit un chagrin, Et j’accepterai donc…
(Il va au buffet et choisit.)
Oh ! peu de chose ! – un grain
De ce raisin…
(Elle veut lui donner la grappe, il cueille un grain.)
Un seul !… ce verre d’eau…
(Elle veut y verser du vin, il l’arrête.)
– Et la moitié d’un macaron !
(Il rend l’autre moitié.)
LE BRET.
Mais c’est stupide !
LA DISTRIBUTRICE.
Oh ! quelque chose encor !
limpide !
74
– 75 –
CYRANO.
Oui. La main à baiser.
(Il baise, comme la main d’une princesse, la main qu’elle lui tend.)
LA DISTRIBUTRICE.
Merci, monsieur.
(Révérence.)
Bonsoir.
(Elle sort.)
Scène V
Cyrano, Le Bret, puis le portier.
CYRANO, à Le Bret.
Je t’écoute causer.
(Il s’installe devant le buffet et rangeant devant lui le macaron.)
Dîner !…
(… le verre d’eau.)
Boisson !…
75
– 76 –
(… le grain de raisin.)
Dessert !…
(Il s’assied.)
Là, je me mets à table !
– Ah !… j’avais une faim, mon cher, épouvantable !
(Mangeant.)
– Tu disais ?
LE BRET.
Que ces fats aux grands airs belliqueux Te fausseront l’esprit si tu n’écoutes qu’eux !… Va consulter des gens de bon sens, et t’informe De l’effet qu’a produit ton algarade.
CYRANO, achevant son macaron.
LE BRET.
Le Cardinal…
CYRANO, s’épanouissant.
Il était là, le Cardinal ?
LE BRET.
A dû trouver cela…
Énorme.
76
– 77 –
CYRANO.
Mais très original.
LE BRET.
Pourtant…
CYRANO.
C’est un auteur. Il ne peut lui déplaire
Que l’on vienne troubler la pièce d’un confrère.
LE BRET.
Tu te mets sur les bras, vraiment, trop d’ennemis !
CYRANO, attaquant son grain de raisin.
Combien puis-je, à peu près, ce soir, m’en être mis ?
LE BRET.
Quarante-huit. Sans compter les femmes.
CYRANO.
Voyons, compte !
LE BRET.
Montfleury, le bourgeois, de Guiche, le vicomte, Baro, l’Académie…
77
– 78 –
CYRANO.
Assez ! tu me ravis !
LE BRET.
Mais où te mènera la façon dont tu vis ? Quel système est le tien ?
CYRANO.
J’errais dans un méandre ; J’avais trop de partis, trop compliqués, à prendre ; J’ai pris…
LE BRET.
Lequel ?
CYRANO.
Mais le plus simple, de beaucoup.
J’ai décidé d’être admirable, en tout, pour tout !
LE BRET, haussant les épaules.
Soit ! – Mais enfin, à moi, le motif de ta haine Pour Montfleury, le vrai, dis-le-moi !
CYRANO, se levant.
Si ventru que son doigt n’atteint pas son nombril, Pour les femmes encor se croit un doux péril, Et leur fait, cependant qu’en jouant il bredouille, Des yeux de carpe avec ses gros yeux de grenouille !…
Ce Silène,
78
– 79 –
Et je le hais depuis qu’il se permit, un soir, De poser son regard, sur celle… Oh ! j’ai cru voir Glisser sur une fleur une longue limace !
LE BRET, stupéfait.
Hein ? Comment ? Serait-il possible ?…
CYRANO, avec un rire amer.
Que j’aimasse ?…
(Changeant de ton et gravement.)
J’aime.
LE BRET.
Et peut-on savoir ? tu ne m’as jamais dit ?…
CYRANO.
Qui j’aime ?… Réfléchis, voyons. Il m’interdit Le rêve d’être aimé même par une laide, Ce nez qui d’un quart d’heure en tous lieux me précède ; Alors, moi, j’aime qui ?… Mais cela va de soi ! J’aime – mais c’est forcé ! – la plus belle qui soit !
LE BRET.
La plus belle ?…
CYRANO.
Tout simplement, qui soit au monde !
La plus brillante, la plus fine,
79
– 80 –