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Cyrano de Bergerac

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RAGUENEAU.
Fourmi !… n’insulte pas ces divines cigales !
LISE.
Avant de fréquenter ces gens-là, mon ami, Vous ne m’appeliez pas bacchante, – ni fourmi !
RAGUENEAU.
Avec des vers, faire cela !
LISE.
RAGUENEAU.
Que faites-vous, alors, madame, avec la prose ?
Scène II
Pas autre chose.
Les mêmes, deux enfants, qui viennent d’entrer dans la pâtisserie.
RAGUENEAU.
Vous désirez, petits ?
PREMIER ENFANT.
Trois pâtés.
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– 101 –
RAGUENEAU, les servant.
Là, bien roux…
Et bien chauds.
DEUXIÈME ENFANT.
S’il vous plaît, enveloppez-les-nous ?
RAGUENEAU, saisi, à part.
Hélas ! un de mes sacs !
(Aux enfants.)
Que je les enveloppe ?…
(Il prend un sac et au moment d’y mettre les pâtés, il lit.)
« Tel Ulysses, le jour qu’il quitta Pénélope… » Pas celui-ci !…
(Il le met de côté et en prend un autre. Au moment d’y mettre les pâ-
tés, il lit.)
« Le blond Phœbus… » Pas celui-là !
(Même jeu.)
LISE, impatientée.
Eh bien ! qu’attendez-vous ?
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– 102 –
RAGUENEAU.
Voilà, voilà, voilà !
(Il en prend un troisième et se résigne.)
Le sonnet à Philis !… mais c’est dur tout de même !
LISE.
C’est heureux qu’il se soit décidé !
(Haussant les épaules.)
Nicodème !
(Elle monte sur une chaise et se met à ranger des plats sur une cré-
dence.)
RAGUENEAU, profitant de ce qu’elle tourne le dos, rappelle les en-
fants déjà à la porte.
Pst !… Petits !… Rendez-moi le sonnet à Philis, Au lieu de trois pâtés je vous en donne six.
(Les enfants lui rendent le sac, prennent vivement les gâteaux et
sortent. Ragueneau, défripant le papier, se met à lire en déclamant.)
« Philis !… » Sur ce doux nom, une tache de beurre !… « Philis !… »
(Cyrano entre brusquement.)
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Scène III
Ragueneau, Lise, Cyrano, puis le mousquetaire.
CYRANO.
Quelle heure est-il ?
RAGUENEAU, le saluant avec empressement.
Six heures.
CYRANO, avec émotion.
(Il va et vient dans la boutique.)
RAGUENEAU, le suivant.
Bravo ! J’ai vu…
CYRANO.
Quoi donc !
RAGUENEAU.
Votre combat !…
CYRANO.
Dans une heure !
Lequel ?
103 –
– 104 –
RAGUENEAU.
Celui de l’hôtel de Bourgogne !
CYRANO, avec dédain.
Ah !… Le duel !…
RAGUENEAU, admiratif.
Oui, le duel en vers !…
LISE.
Il en a plein la bouche !
CYRANO.
Allons ! tant mieux !
RAGUENEAU, se fendant avec une broche qu’il a saisi.
« À la fin de l’envoi, je touche !…
À la fin de l’envoi, je touche !… » Que c’est beau !
(Avec un enthousiasme croissant.)
« À la fin de l’envoi… »
CYRANO.
Quelle heure, Ragueneau ?
RAGUENEAU, restant fendu pour regarder l’horloge.
Six heures cinq !… « … je touche ! »
104 –
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(Il se relève.)
… Oh ! faire une ballade !
LISE, à Cyrano, qui en passant devant son comptoir lui a serré dis-
traitement la main.
Qu’avez-vous à la main ?
CYRANO.
Rien. Une estafilade.
RAGUENEAU.
Courûtes-vous quelque péril ?
CYRANO.
Aucun péril.
LISE, le menaçant du doigt.
Je crois que vous mentez !
CYRANO.
Mon nez remuerait-il ?
Il faudrait que ce fût pour un mensonge énorme !
(Changeant de ton.)
J’attends ici quelqu’un. Si ce n’est pas sous l’orme, Vous nous laisserez seuls.
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– 106 –
RAGUENEAU.
C’est que je ne peux pas ;
Mes rimeurs vont venir…
LISE, ironique.
Pour leur premier repas.
CYRANO.
Tu les éloigneras quand je te ferai signe… L’heure ?
RAGUENEAU.
Six heures dix.
CYRANO, s’asseyant nerveusement à la table de Ragueneau et pre-
nant du papier.
Une plume ?…
RAGUENEAU, lui offrant celle qu’il a à son oreille.
De cygne.
UN MOUSQUETAIRE, superbement moustachu, entre et d’une voix
de stentor.
Salut !
(Lise remonte vivement vers lui.)
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CYRANO, se retournant.
Qu’est-ce ?
RAGUENEAU.
Un ami de ma femme. Un guerrier
Terrible, – à ce qu’il dit !…
CYRANO, reprenant la plume et éloignant du geste Ragueneau.
Chut !…
Écrire, – plier, –
(À lui-même.)
Lui donner, – me sauver…
(Jetant la plume.)
Lâche !… Mais que je meure,
Si j’ose lui parler, lui dire un seul mot…
(À Ragueneau.)
L’heure ?
RAGUENEAU.
Six et quart !…
CYRANO, frappant sa poitrine.
… un seul mot de tous ceux que j’ai là !
Tandis qu’en écrivant…
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(Il reprend la plume.)
Eh bien ! écrivons-la, Cette lettre d’amour qu’en moi-même j’ai faite Et refaite cent fois, de sorte qu’elle est prête, Et que mettant mon âme à côté du papier, Je n’ai tout simplement qu’à la recopier.
(Il écrit. – Derrière le vitrage de la porte on voit s’agiter des sil-
houettes maigres et hésitantes.)
Scène IV
Ragueneau, Lise, le mousquetaire, Cyrano, à la petite table,
écrivant, les poètes, vêtus de noir, les bas tombants, couverts de
boue.
LISE, entrant, à Ragueneau.
Les voici vos crottés !
PREMIER POÈTE, entrant, à Ragueneau.
Confrère !…
DEUXIÈME POÈTE, de même, lui secouant les mains.
Cher confrère !
TROISIÈME POÈTE.
Aigle des pâtissiers !
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(Il renifle.)
Ça sent bon dans votre aire.
QUATRIÈME POÈTE.
Ô Phœbus-Rôtisseur !
CINQUIÈME POÈTE.
Apollon maître-queux !…
RAGUENEAU, entouré, embrassé, secoué.
Comme on est tout de suite à son aise avec eux !…
PREMIER POÈTE.
Nous fûmes retardés par la foule attroupée À la porte de Nesle !…
DEUXIÈME POÈTE.
Ouverts à coups d’épée,
Huit malandrins sanglants illustraient les pavés !
CYRANO, levant une seconde la tête.
Huit ?… Tiens, je croyais sept.
(Il reprend sa lettre.)
RAGUENEAU, à Cyrano.
Est-ce que vous savez
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