Добавил:
Опубликованный материал нарушает ваши авторские права? Сообщите нам.
Вуз: Предмет: Файл:

Cyrano de Bergerac

.pdf
Скачиваний:
0
Добавлен:
07.09.2026
Размер:
2 Мб
Скачать
LA SENTINELLE, qui est sur le talus.
Qui va là ?
CYRANO, paraissant sur la crête.
Bergerac, imbécile !
(Il descend. Le Bret va au-devant de lui, inquiet.)
LE BRET.
CYRANO, lui faisant signe de ne réveiller personne.
Chut !
LE BRET.
Blessé ?
CYRANO.
Tu sais bien qu’ils ont pris l’habitude
De me manquer tous les matins !
LE BRET.
Pour porter une lettre, à chaque jour levant, De risquer !
Ventrebieu !
Ah ! grand Dieu !
C’est un peu rude,
250
– 251 –
CYRANO, s’arrêtant devant Christian.
J’ai promis qu’il écrirait souvent !
(Il le regarde.)
Il dort. Il est pâli. Si la pauvre petite
Savait qu’il meurt de faim… Mais toujours beau !
LE BRET.
Dormir !
CYRANO.
Ne grogne pas, Le Bret !… Sache ceci. Pour traverser les rangs espagnols, j’ai choisi Un endroit où je sais, chaque nuit, qu’ils sont ivres.
LE BRET.
Tu devrais bien un jour nous rapporter des vivres.
CYRANO.
Il faut être léger pour passer ! – Mais je sais Qu’il y aura ce soir du nouveau. Les Français Mangeront ou mourront, – si j’ai bien vu…
LE BRET.
Va vite
Raconte !
251
– 252 –
CYRANO.
Non. Je ne suis pas sûr… vous verrez !…
CARBON.
Quelle honte,
Lorsqu’on est assiégeant, d’être affamé !
LE BRET.
Rien de plus compliqué que ce siège d’Arras. Nous assiégeons Arras, – nous-mêmes, pris au piège, Le cardinal infant d’Espagne nous assiège…
CYRANO.
Quelqu’un devrait venir l’assiéger à son tour.
LE BRET.
Je ne ris pas.
CYRANO.
Oh ! oh !
LE BRET.
Penser que chaque jour Vous risquez une vie, ingrat, comme la vôtre, Pour porter…
(Le voyant qui se dirige vers une tente.)
Hélas !
252 –
– 253 –
Où vas-tu ?
CYRANO.
J’en vais écrire une autre.
(Il soulève la toile et disparaît.)
Scène II
Les mêmes, moins Cyrano.
(Le jour s’est un peu levé. Lueurs roses. La ville d’Arras se dore à l’horizon. On entend un coup de canon immédiatement suivi d’une batterie de tambours, très au loin, vers la gauche. D’autres tam­bours battent plus près. Les batteries vont se répondant, et se rap­prochant, éclatent presque en scène et s’éloignent vers la droite, par­courant le camp. Rumeurs de réveil. Voix lointaines d’officiers.)
CARBON, avec un soupir.
La diane !… Hélas !
(Les cadets s’agitent dans leurs manteaux, s’étirent.)
Sommeil succulent, tu prends fin !…
Je sais trop quel sera leur premier cri !
UN CADET, se mettant sur son séant.
J’ai faim !
253
– 254 –
UN AUTRE.
Je meurs !
TOUS.
Oh !
CARBON.
Levez-vous !
TROISIÈME CADET.
Plus un pas !
QUATRIÈME CADET.
Plus un geste !
LE PREMIER, se regardant dans un morceau de cuirasse.
Ma langue est jaune : l’air du temps est indigeste !
UN AUTRE.
Mon tortil de baron pour un peu de Chester !
UN AUTRE.
Moi, si l’on ne veut pas fournir à mon gaster De quoi m’élaborer une pinte de chyle, Je me retire sous ma tente, – comme Achille !
– 254 –
– 255 –
UN AUTRE.
Oui, du pain !
CARBON, allant à la tente où est entré Cyrano, à mi-voix.
Cyrano !
D’AUTRES.
Nous mourons !
CARBON, toujours à mi-voix, à la porte de la tente.
Au secours ! Toi qui sais si gaiement leur répliquer toujours, Viens les ragaillardir !
DEUXIÈME CADET, se précipitant vers le premier qui mâchonne
quelque chose.
Qu’est-ce que tu grignotes !
LE PREMIER.
De l’étoupe à canon que dans les bourguignotes On fait frire en la graisse à graisser les moyeux. Les environs d’Arras sont très peu giboyeux !
UN AUTRE, entrant.
Moi, je viens de chasser !
UN AUTRE, même jeu.
J’ai pêché, dans la Scarpe !
255 –
– 256 –
TOUS, debout, se ruant sur les deux nouveaux venus.
Quoi ? – Que rapportez-vous ? – Un faisan ? – Une carpe ? – Vite, vite, montrez !
LE PÊCHEUR.
Un goujon !
LE CHASSEUR.
Un moineau !
TOUS, exaspérés.
Assez ! – Révoltons-nous !
CARBON.
Au secours, Cyrano !
(Il fait maintenant tout à fait jour.)
Scène III
Les mêmes, Cyrano.
CYRANO, sortant de sa tente, tranquille, une plume à l’oreille, un
livre à la main.
Hein ?
256
– 257 –
(Silence. Au premier cadet.)
Pourquoi t’en vas-tu, toi, de ce pas qui traîne ?
LE CADET.
J’ai quelque chose, dans les talons, qui me gêne !…
CYRANO.
Et quoi donc ?
LE CADET.
L’estomac !
CYRANO.
Moi de même, pardi !
LE CADET.
Cela doit te gêner ?
CYRANO.
Non, cela me grandit.
DEUXIÈME CADET.
J’ai les dents longues !
CYRANO.
Tu n’en mordras que plus large.
257
– 258 –
UN TROISIÈME.
Mon ventre sonne creux !
CYRANO.
Nous y battrons la charge.
UN AUTRE.
Dans les oreilles, moi, j’ai des bourdonnements.
CYRANO.
Non, non ; ventre affamé, pas d’oreilles : tu mens !
UN AUTRE.
Oh ! manger quelque chose, – à l’huile !
CYRANO, le décoiffant et lui mettant son casque dans la main.
Ta salade.
UN AUTRE.
Qu’est-ce qu’on pourrait bien dévorer ?
CYRANO, lui jetant le livre qu’il tient à la main.
L’Iliade.
UN AUTRE.
Le ministre, à Paris, fait ses quatre repas !
– 258 –
– 259 –
CYRANO.
Il devrait t’envoyer du perdreau ?
LE MÊME.
Et du vin !
CYRANO.
Richelieu, du bourgogne, if you please ?
LE MÊME.
Par quelque capucin !
CYRANO.
UN AUTRE.
J’ai des faims d’ogre !
CYRANO.
Eh ! bien !… tu croques le marmot !
LE PREMIER CADET, haussant les épaules.
Toujours le mot, la pointe !
Pourquoi pas ?
L’éminence qui grise ?
259
– 260 –