Temps et Aspect. Пособие по курсу «Теоретическая грамматика французского языка»
.pdfExpression lexicale des aspects. Les périphrases.
La morphologie du verbe, en français, ne permet de traduire grammaticalement que l’opposition du procès en cours et du procès accompli. Lorsqu’il est nécessaire de détailler et de nuancer cette description, on a recours à des moyens lexicaux. Ceux-ci consistent en périphrases dont la valeur ressort du tableau ci-joint.
Phase antérieure au début de |
Durée de l’accomplissement |
Phase du procès |
l’accomplissement du procès |
du procès |
accompli |
Je vais (j’allais) + Infinitif |
Je commence à + Infinitif |
Je viens de +Infinitif |
Je suis sur le point de + |
Je suis en train de + Infinitif |
J’ai fini de + Infinitif |
Infinitif |
Je suis à + Infinitif |
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Etre pour + Infinitif |
Aller + Participe ou |
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Gérondif |
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Etre + Participe |
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Je finis de + Infinitif |
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Remarques sur les périphrases relatives à la phase antérieure au terme initial (A).
1.ALLER + INFINITIF.
Cette périphrase est défective. Aller ne s’y emploie qu’au présent et à l’imparfait de l’indicatif. A l’époque classique, toutefois, on la rencontre aussi à l’infinitif et au subjonctif:
Elle va revenir; elle vient, je la vois.
(Cornelle)
Nous nous connaissons si peu que plusieurs pensent aller mourir quand ils se portent bien.
(Pascal)
Je vais avoir cinquante ans. Il serait temps de me connaître.
(Stendhal)
J’allais répondre,j’allais tomber à ses pieds, j’allaisoffrirlamaison de mon oncle qu’il m’était possible encore de racheter… Mais en ce moment nous arrivâmes à Loisy.
(G.de Nerval)
REMARQUE. — Dans le même sens, à l’époque classique, on utilisait aussi la périphrase S’en aller + Infinitif ( ou + Forme adjective):
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Avec la liberté Rome s’en va renaître.
(Cornelle)
Comme ce rôti s’en allait cuit, arrive un autre homme à cheval.
(Saint-Simon)
[s’en allait cuit = allait être bientôt cuit]
2. ETRE POUR + INFINITIF.
Cette périphrase s’employait à l’époque classique dans la langue familière avec le sens de être sur le point de:
Monsieur, je ne suis pas pour vous désavouer.
(Racine) Elle n’est pas sortie de la langue, mais s’y est fixée, en français
moderne, dans le sens de être capable de, avoir l’intention de.
3. VOULOIR + INFINITIF.
En ancien français, cette périphrase en doublait une autre formée au moyen de devoir + infinitif.
Quand le soleil dut (ou voulut) se lever (= fut sur le point de). Aujourd’hui, il veut pleuvoir au sens de il va pleuvoir est un tour
dialectal.
Remarques sur les périphrases relatives à la phase d’accomplissement du procès.
1. Pour décrire les différents aspects d’un procès en cours, on utilise communément, en français moderne, les périphrases se mettre à…, commencer à…(ou de), être en train de, finir de:
Alors, elle s’est mis à vous parler d’elle, vous apprenant qu’elle aussi allait jusqu’à Rome.
(M. Butor)
Je voulais balbutier des excuses, mais Proust y coupant court commença de me montrer avec force quelques commentaires.
(A. Gide)
Dans son gros visage ballonné, les yeux fixes paraissaient avoir fini de vivre.
(H. Troyat)
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2.Al’époque classique, le français connaissait encore d’autres périphrases qui sont aujourd’hui condamnées ou dont l’usage s’est restreint.
a) ETRE APRES + INFINITIF.
Pendant qu’on était après à me saigner…
(Racine)
Je dois partir pour l’armée; je suis après à m’équiper.
(Molière) Vaugelas en condamnait l’emploi comme bas. Il est nettement vul-
gaire aujourd’hui.
b) ETRE A+ INFINITIF.
Cette périphrase n’est pas perdue. M.G.Gougenheim en cite quelques exemples en signalant qu’elle est en général accompagnée d’un adverbe ou d’un complément qui en précise la valeur.
Elle a été très longtemps à deviner que je n’allais chez elle que parce que je m’y amusais.
(Mérimée)
J’étais donc à bavarder avec lui
(J.-R. Bloch)
Il est toujours à regarder de mon côté.
(A.Gide) Ce même grammairien attribue à juste titre son déclin aux autres
significations de être à + infinitif: obligation, nécessité.
Cette chaleur, cet entousiasme, il faut les contenir et les assagir… Ils sont à redouter aussi bien qu’à susciter.
(M. Barrès)
c) ETRE + PARTICIPE.
Cette périphrase, très vivante en ancien français, était déjà en déclin au début du XVII-ème siècle. Malherbe la reprend chez Desportes et condamne le vers:
Je pense être échappé quand je suis périssant.
Elle est sortie de l’usage commun.
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d)ALLER + PARTICIPE (ou GERONDIF).
Cette périphrase traduit la progression de l’action ou l’état en cours. De l’ancien français, on conserve la possibilité de ne pas faire précéder le gérondif de la préposition en.
Vous n’irez plus semant des sourires, hélas! Vous n’irez plus cueillant des roses.
(V. Hugo)
Les doigts anxieux de Bernard qui vont fouillant de poche en poche…
(A. Gide) Cette périphrase n’appartient plus guère qu’à la langue littéraire.
Elle coexistait, en français, avec un tour de forme semblable, mais où aller conserve son sens propre de avancer, marcher de l’avant:
Elle allait à grands pas, moissonnant et fauchant.
(V. Hugo) REMARQUE. — La nuance progressive pouvait être aussi rendue
par la périphrase s’en aller + participe: Un couplet qu’on s’en va chantant.
(Ade Musset)
Remarques sur les périphrases relatives au procès accompli.
1. VENIR DE + INFINITIF.
Cette périphrase évoque le moment qui suit le terme final de l’accomplissement du procès. Elle correspond symétriquement à la périphraseALLER + INFINITIF.
Il va travailler Il travaille Il vient de travailler x————————|———————|————————–—y
Un si vaillant guerrier, qu’on vient de vous ravir, Éteint, s’il n’est vengé, l’ardeur de vous servir.
(Corneille)
Je viens d’écrire le chapitre X de la seconde partie ( le faux suicide d’Olivier).
(A. Gide)
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2. NE FAIRE QUE DE + INFINITIF.
Dans la langue classique et moderne, cette périphrase s’emploie avec le sens de venir de; elle souligne toutefois le caractère très récent du terme B:
Le bâtiment ne faisait que d’être achevé.
(Racine) REMARQUE. — Ne faire que + infinitif ne doit pas être confondu avec la locution ne faire que dont le sens équivaut à s’occuper
constamment à ou ne s’occuper qu’à.
A l’époque classique on utilisait indifféremment les deux tours dans les deux sens:
Il ne fait que sortir d’une maladie.
(Molière)
[=il sort depuis peu]
Ils ne faisaient en effet que de se plaindre.
(Bossuet) [=ils passaient leur temps à se plaindre, ils se plaignaient sans
cesse.]
Valeur temporelle ou chronologique des formes composées.
Les épithètes de passé ou d’antérieur que l’on donne aux formes composées se justifient par le fait que, mises en rapport avec un autre verbe, elles évoquent une époque antérieur à celle où l’on situe celui-ci.
Cette propriété ressort des deux schémas suivants.
A. |
Passé du locuteur |
Présent du locuteur |
|
(a) |
(P) |
x———————I———————————I————––––y
Il était déjà sorti quand j’ai sonné chez lui (Locuteur)
B. |
Présent du locuteur |
Avenir |
|
(P) |
(a) |
x———––I——————––I——————————–––––y (Locuteur) Il sera déjà sorti quand vous sonnerez chez lui
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x – y = axe des époques, Passé, Avenir, qui se déterminent à partir du présent. En A), l’époque x – a est chronologiquement antérieure à l’époque a – P, par rapport au locuteur.
En B), l’époque P– a est chronologiquement antérieure à l’époque a – y par rapport au locuteur.
REMARQUE. — 1. Le temps dont il est ici question ne se rapporte pas à la durée d’accomplissement du procès, mais aux époques dans lesquelles le locuteur ou un narrateur situent ce procès.
2. La valeur temporelle ou chronologique des formes composées n’annule pas leur valeur d’aspect. Dans chaque époque, en effet, ces formes composées s’opposent aux formes simples correspondantes.
Comparez:
Il était déjà sorti, quand j’ai sonné chez lui. Il sortait, quand j’ai sonné chez lui.
Il sera déjà sorti, quand vous sonnerez chez lui.
Il sortira, quand vous sonnerez chez lui.
JEAN DUBOIS
Grammaire structurale du français: le verbe
Paris, Librairie Larousse, 1967, p. 177–185
QUESTIONNAIRE:
1 Quelles sont les particularités combinatoires de deux groupes de segments (ensembleAet ensemble B)?
2.Quelle place les auxiliaires avoiret êtreoccupent-ils dans l’analyse de l’aspect?
3.Comment J.Dubois interprète-t-il la catégorie de l’aspect? Sur quelle opposition se base-t-il?
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4.Comment l’auteur lie-t-il l’opposition des formes simples aux formes composées à l’idée de l’existence de la catégorie aspectuelle?
5.Pourquoi J.Dubois considère-t-il la catégorie du temps comme subordonnée à la catégorie de l’aspect?
6.Comment la forme morphologique (cas marqué/cas non-mar- qué) se réalise dans les oppositions aspectuelles et temporelles?
7.Pour quelle raison l’auteur relève-t-il l’opposition énoncé/récit et comment lie-t-il cette opposition avec le temps et le mode?
8.Pourquoi les formes surcomposées créent-elles l’ambiguïté dans la traduction des temps et de l’aspect?
La traduction de l’aspect et du temps dans les verbes.
I. Les structures formelles du verbe et l’aspect.
1. Les deux ensembles formels.
La classe des verbes […] est caractérisée par des marques spécifiques en nombre fini. On distinguera deux groupes de segments définis par leurs propriétés combinatoires:
a)Un ensembleAde segments dont les formants morphologiques se caractérisent par la présence d’une modalité ou d’un cumul de modalité, avec ou sans modification redondante de la base: type [εm]/ [εmε]/[εma]/[εmra]/[εmrε]. L’ensemble ainsi formé est descriptif.
b)Un ensemble B fini, formé de deux segments avoir et être qui se comportent comme deux variantes combinatoires et qui connaissent les modalités de l’ensemble (A) dont ils sont disjoints à cause de la spécificité de leurs distributions; celles-ci contiennent, outre celles de (A), des suites segmentales particulières.
Ces distributions spécifiques leur ont fait attribuer la dénomination d’auxiliaires.
2. L’économie de “avoir” et “être”.
Relativement aux autres verbes, ils se définissent comme admettant aussi bien des unités appartenant à la classe des participes-adjec- tifs qu’à la classe des substantifs, et ils se distinguent entre eux par le fait que être admet indifféremment adjectifs, participes et substantifs
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avec ou sans article, tandis que avoir n’admet que la sous-classe des participes ou la classe des substantifs (précédés de l’article); on a ainsi le parallélisme:
Il a blessé / il est blessé
Il a un livre / il est (un) médecin.
Certes, certains verbes admettent les distributions de être (devenir, paraître, sembler) et d’autres les distributions de avoir (rentrer, descendre, etc.), mais les insertions entre les deux segments avoir et être et un segment de la sous-classe des participes sont restreintes en général à la catégorie des adverbes (encore, déjà, très, etc), tandis que les insertions sont plus larges pour les autres verbes.
Il est essentiel pour définir avec précision les distributions des deux segments de voir que les participes et les adjectifs appartiennent à la même classe de formes. La similitude des distributions est confirmée par le fait que les participes s’intègrent à la catégorie des adjectifs (type capable/capable de) qui peuvent être non-déterminés ou déterminés (blessé/blessé par, aimé/aimé de). Il est donc nécessaire dans une première analyse de considérer syntagmatiquement comme équivalentes les suites de segments:
il est surpris/il est étonnant/il est beau/il est inouï/il est aimé/il est content/il est perdu/il est malade/il est capable de faire cela/il est entraîné à faire cela.
On doit y joindre les suites où le substantif se présente selon la même distribution:
il est ingénieur/il est médecin/il est dernier de la classe.
Ce niveau d’analyse est essentiel pour la traduction de l’aspect, comme nous le verrons; si les grammairiens ont en général séparé les diverses suites segmentales, c’est uniquement pour conformer leur analyse du verbe français aux analyses des verbes latins et grecs; comme presque toujours, on a fait entrer la description du français dans les cadres d’une autre langue.
Les participes forment une sous-classe caractérisée par plusieurs traits spécifiques: la possibilité d’être accompagnés du pronom réfléchi, disjoint par le verbe être (il est blessé), celle de pouvoir être joint au verbe avoir et au verbe être (il a blessé/il est blessé), celle
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de refuser éventuellement certaines insertions (très, fort, etc.). Chacune de ces conditions est suffisante, mais toutes ne sont pas nécessaires.
Сomme les verbes avoir et être ont une partie de leurs distributions commune, ils peuvent apparaître comme des variantes complémentaires.
Comme nous l’avons vu, une différence importante de distribution entre être et avoir réside dans le fait que avoir est cumulable avec luimême sous la forme participe (eu) et cumulable avec la forme participe de être (été) , alors que ces suites sont exclues de être. Mais ces deux dernières distributions de avoir ne modifient pas la particularité fondamentale des deux segments: celle d’être suivis d’une certaine classe de mots, les participes.
3. L’aspect.
L’opposition non-accompli/accompli est traduite dans le verbe par l’opposition de l’ensemble (A) — terme non-accompli — à l’ensemble (B) — terme accompli — ceci quelle que soit la forme réalisée de l’ensemble.
Ainsi dans l’énoncé direct, le non-accompli s’oppose à l’accompli: je mange/j’ai mangé; j’entends/j’ai entendu
tu restes/tu es resté; il sort/il est sorti.
La même opposition subsiste dans le récit, en l’absence de toute autre marque; c’est le plus souvent sous cette forme, dans la langue parlée, que se présentent les relations des faits passés. Dans la langue écrite, l’utilisation de l’opposition aspectuelle apparaît souvent subordonnée à celle d’antériorité, aussi le cas non-marqué est-il appelé à avoir une valeur stylistique (“présent historique” selon les grammairiens et dont on peut remarquer qu’il n’est ni présent, ni réservé à l’histoire au sens propre).
L’accompli est réalisé par l’ensemble (B) quelle que soit la forme; il n’y a donc aucune différence dans l’exploitation sémantique entre être et avoir; et l’opposition accompli/non-accompli est réalisée de la même manière dans le système formel des modalités suffixées et dans celui des modalités préfixées.
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Ainsi on peut distinguer:
Non-accompli
La branche casse La branche se casse
Pierre se blesse
Il vient aujourd’hui
On repeint l’appartement
Je me satisfais de cela.
Accompli
La branche a cassé La branche s’est cassée La branche est cassée Pierre est blessé Pierre s’est blessé
Il est venu aujourd’hui L’appartement est repeint On a repeint l’appartement Je suis satisfait de cela.
Sur le plan de l’aspect, il y a une équivalence entre:
J’ai bu du vin/le vin est bu
J’ai monté la valise/la valise est montée.
La différence entre les deux groupes de phrases relève d’une différence de distribution; avoir et être sont en distribution complémentaire selon la position du syntagme nominal (le passif se réduit à une forme de distribution segmentale). Le fait d’avoir considéré la forme avec être comme seul passif a eu pour conséquence de faire de la forme avec avoir un passé et de celle avec être un présent, alors qu’en réalité les commutations et les transformations montrent bien qu’elles sont rigoureusement parallèles, comme le sont les formes:
Il blesse/il se blesse
Il a blessé/il est blessé/il s’est blessé
Ce système, à la forme non marquée de chacun des deux ensembles(jefinis/j’aifini),estindépendantdesoppositionsdetemps.Même lorsqu’interviennent les notions d’antériorité et de postériorité, les différences entre les deux ensemble restent des différences aspectuelles:
(1)Je lisais hier dans le journal…/J’avais lu hier dans le journal…
(2)Quand on téléphonera, tu prendras la communication.
Quand la pluie aura cessé, je sortirai.
Ce système est indépendant aussi du segment qui suit avoir et être comme du segment qui peut suivre éventuellement le verbe. L’accom-
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