Temps et Aspect. Пособие по курсу «Теоретическая грамматика французского языка»
.pdf
De là, un ensemble de formes verbales, qui s o n t t o u t e s d’ o r d r e t e m p o r e l. Aspect, mode, temps ne se réfèrent pas, comme l’enseigne la grammaire traditionnelle, à des phénomènes de nature différente, mais aux phases internes d’un phénomène de nature unique: la chronogénèse; en un mot, l’aspect, le mode, le temps représentent une seule et même chose considérée en des moments différents de sa propre caractérisation.
La réalisation du verbe dans le temps in posse donne lieu aux modes nominaux (infinitif et participe) et aux formes de ces modes, t r a n s p o r t a b l e s a u x a u t r e s m o d e s, que les linguistes désignent sous le nom d’a s p e c t s. Le français compte deux aspects, * simple et composé, qui répétés dans les deux modes, donnent quatre constructions: finir, finissant, avoir fini, ayant fini.
La réalisation du verbe dans le temps in fieri donne lieu en français à une forme modale ad hoc qui, appliquée aux deux aspects et aux deuxformestemporellesquecomporteletempsinfierifournitlesquatre costructions (1 forme modale X 2 aspects X 2 temps = 4 constructions) dont l’ensemble constitue le mode subjonctif: que j’aime, que j’aie aimé, que j’aimasse, que j’eusse aimé.
Enfin la réalisation du verbe dans le temps in esse, divisible en trois époques, donne lieu à une forme modale ad hoc applicable: 1˚ aux deux aspects et aux deux formes temporelles que comporte chacune des deux époques infiniment étendues que sont le passé et le futur. Dans les deux formes du futur est comprise la forme de conditionnel, qui, en français, n’est,àlavérité,qu’unfuturdedegréparticulieretnonpasunmode.Soit huit constructions (1 forme modale X 2 aspects X 2 formes temporelles X 2 époques = 8 constructions): j’aimai, j’aimais, j’eus aimé, j’avais aimé, j’aimerai, j’aimerais, j’aurai aimé, j’aurais aimé. La forme dite deuxième du conditionnel ressortit du subjonctif; 2˚ aux deux aspects et à la forme temporelle unique que comporte le présent, époque étroitement limitée. Soit deux constructions ( 1 forme modale X 2 aspects X 1 forme temporelle X 1 époque = 2 constructions): j’aime, j’ai aimé.
* Il existe un troisième aspect surcomposé d’un emploi restreint qui si l’on fait entrer en ligne de compte, augmente chacun des deux modes d’une construction. Les modes nominaux comporteraient ainsi six constructions (2 modes x 3 aspects = 6 constructions): finir, finissant, avoir fini, ayant fini, avoir eu fini, ayant eu fini.
11
Toutes époques réunies, le total est de dix constructions, dont l’ensemble constitue le mode indicatif.
Quant au mode impératif, qui est plus un mode de parole qu’un mode de pensée, il emprunte sa forme, suivant le verbe, soit à l’indicatif, soit au subjonctif: Soyons (subjonctif) forts. Aimons (indicatif) la lutte.
On remarquera que les formes augmentent en nombre lorsqu’on atteint le temps in esse. C’est là un effet de la réalisation, devenue complète, de l’image-temps. Entre le temps in esse et le temps in fieri, il y a, notamment, cette différence que le premier, très “réalisé”, se divise en trois époques, tandis que le second, peu “réalisé”, ne forme qu’une vaste époque indivise. C’est pourquoi le mode subjonctif ne comporte pour toutes les époques pas plus de constructions (quatre exactement) que le mode indicatif pour une seule des époques étendues, passé ou futur. […]
PAULIMBS
L’emploi des temps verbaux en français moderne. Librairie C. Kincksieck, Paris, 1968, p. 11–39, 169–171.
QUESTIONNAIRE:
1.En quoi consiste la différence entre la détermination interne et la détermination externe du verbe?
2.A quoi servent les formes personnelles dans la détermination de la valeur temporelle?
3.Où est la différence de la localisation dans le temps indivis et dans le temps divisé en époques?
4.Par quoi peuvent être exprimées les divisions du temps? Quelles sont les particularités de chacune de ces divisions?
5.Comment peut être obtenue l’origine des divisions du temps?
6.Quels liens unissent la catégorie du temps et la catégorie d’aspect d’après la théorie de P.Imbs?
12
7.Quelles oppositions sont appliquées par l’auteur dans le groupement des aspects?
8.Quels types du présent de l’indicatif sont descrits par P.Imbs? Quel est le rôle de la catégorie de l’aspect dans cette description?
9.Quelle opposition formelle équivaut à l’opposition aspectuelle de l’accompli et de l’inaccompli?
10.Quelles sont les conditions dans lesquelles l’aspect peut garder sa netteté?
11.Est-ce que les oppositions temporelles à l’intérieur desquelles se précisent les aspects doivent être affectées de formes spécifiques où elles peuvent être découvertes à l’analyse?
12.Quelles oppositions aspectuelles sont considèrées par l’auteur
àl’intérieur du passé de l’indicatif?
13.Quelles nuances aspectuelles sont décrites à l’intérieur du passé de l’indicatif? Comment s’exprime l’aspect ponctuel dans la langue parlée?
14.Dites si la valeur aspectuelle est propre au futur de l’indicatif au conditionnel, au subjonctif?
Introduction.
II. Les catégories temporelles du verbes.
1. Détermination interne et détermination externe du verbe. …la catégorie du temps peut affecter non seulement le verbe, mais
aussi un substantif (nuit), un adjectif (matinal), un adverbe (journellement), une préposition (après), une conjonction (quand). La plupart des déterminations temporelles exprimées par les espèces de mots autres que le verbe sont complémentaires de celle qu’exprime le verbe: le verbe est comme le centre de la phrase, autour duquel se groupent toutes les autres déterminations temporelles. Nous dirons que la détermination temporelle apportée par le verbe lui-même est une détermination i n t e r n e , par rapport à laquelle les déterminations temporelles apportées par d’autres espèces de mots sont des détermi-
13
nations e x t e r n e s. La détermination interne au verbe est exprimée par des m o r p h è m e s g r a m m a t i c a u x (terminaisons, auxiliaires, semi-auxiliaires); les déterminations externes sont toujours le fait de mots séparés, elles sont d’ordre l e x i c a l. Nous constaterons souvent, dans nos analyses des emplois et des valeurs, le jeu combiné des déterminations internes et externes.
2. Verbe et valeur temporelle proprement dite.
Les formes p e r s o n n e l l e s du verbe ont d’abord pour fonction de s i t u er le procès d a n s le temps, considéré comme une sorte de réplique abstraite de l’espace à trois dimensions. On peut ainsi véritablement parler d’une l o c a l i s a t i o n temporelle (on se rappellera la parenté, et parfois l’identité du vocabulaire désignant les relations spatiales et les relations temporelles: à, en, dans, d’ici, jusque, etc., ont un emploi à la fois spatial et temporel; avant et devant ont longtemps été synonymes).
a)La localisation se fait tantôt dans le temps indivis, tantôt dans le temps divisé en époques.
Le t e m p s i n d i v i s est une réplique de l’espace indivis; c’est le temps qui ne comporte pas la division en passé, présent et futur: c’est un temps omnitemporel (ou panchronique), qui comprend toutes les époques du temps. Nous verrons que le “présent” est éminemment approprié à l’expression de l’omnitemporel. — Du point de vue de la langue, la catégorie de l’é t e r n e l se confond avec celle de l’omnitemporel: temps indivis et éternité sont les deux faces d’une même catégorie linguistique.
b)Le temps peut aussi être considéré comme une série d’é p o q u- e s se succédant sur la ligne progressive du temps (le temps vient du passé et avance vers l’avenir); chacune des époques exprime une d i v i- s i o n d u t e m p s. Le verbe ne connaît que les grandes divisions: passé, présent et avenir. Les divisions plus petites sont exprimées par des substantifs (année, jour, heure, minute, etc.). Les divisions temporelles exprimées par le verbe ont ceci de particulier qu’elles sont ob-
14
tenues à partir d’une o r i g i n e, qui peut être par exemple le présent: le passé est tel par rapport au présent, et de même le futur; le présent est ce qui est situé entre les deux. D’où la représentation symétrique que nous avons adopté pour les formes verbales. Certaines divisions exprimées par des adverbes, p.ex. hier, aujourd’hui, demain, comportent la même symétrie par rapport à un point d’origine (aujourd’hui); d’autres, exprimées par exemple par des substantifs, sont indépendantes de toutes considération d’origine, tels p.ex. année, jour, minute, etc. Les divisions temporelles exprimées par les formes personnelles du verbe sont t o u j o u r s centrées autour d’un point d’origine.Autrement dit, elles expriment toujours des r e l a t i o n s : une action est passée par rapport au présent ou au futur, etc.
c) L’origine des divisions du temps peut être obtenue de deux façons.
Ou bien je prends pour point de départ le moment où je parle ou j’écris, et j’appelle ce moment le présent réel ou absolu; de part et d’autre de ce présent réel je situe le passé et le futur, j’obtiens ainsi le s y s t è m e p r i m a i r e des divisions temporelles. C’est le s y s t è m e du t e m p s r é e l ou a b s o l u. (Remarquons à ce propos qu’il s’agit ici de v a l e u r s et non de f o r m e s temporelles. Parler de t e m p s a b s o l u ce n’est nullement suggérer qu’il y a des f o r m e s a b s o l u e s, auxquelles s’opposeraient des f o r m e s r e l a t i v e s: les formes ne sont par elles-mêmes ni absolues ni relatives, elles ne deviennent telles que par leur emploi, en vertu de leur valeur.
Apartir d’une figuration linéaire du temps:
——————————
je puis représenter le système primaire des divisions du temps de la manière suivante:
Passé Présent Futur
____________________________________________________
(origine des temps)
15
–Mais par un effort d’i m a g i n a t i o n, je puis transporter l’o r i g i n e des temps soit au passé soit au futur devenant alors les repères par rapport auxquels je localise les événements. Les deux systèmes formés à partir de ces repères secondaires constituent les s y s t è m e
s s e c o n d a i r e s des d i v i s i o n s et r e l a t i o n s t e m p o r e l l e s exprimées par le verbe. D’où un nouveau type d’opposition: l’opposition s y s t è m e p r i m a i r e / s y s t è m e s e c o n d a i r e des divisions temporelles du verbe. Les systèmes secondaires forment les systèmes du temps f i c t i f ou r e l a t i f.
Ce type d’opposition se rencontre aussi dans d’autres parties du discours que le verbe, p.ex. dans l’adverbe ou le substantif:
Système primaire: hier / aujourd’hui / demain.
Systèmes secondaires: la veille / ce jour-là / le lendemain; auparavant / alors / après.
Dans les systèmes secondaires, les catégories du passé et du futur deviennent celles de l’a n t é r i e u r et du p o s t é r i e u r ( ou u l t é r i e u r). La représentation figurée des systèmes secondaires est dès
lors la suivante: |
|
|
||
|
|
|
|
|
(1) |
Antérieur |
Passé |
Ultérieur |
|
|
|
du Passé |
(Origine des temps) |
du Passé |
|
Comme il n’avait |
|
qu’il la reprendrait |
|
|
pas achevé sa tache, |
il pensa |
le lendemain |
|
|
(2) |
Antérieur |
Futur |
Ultérieur |
|
|
|
|
|
|
|
du Futur |
(Origine des temps) |
du Futur |
|
|
Quand il aura |
il estimera sans |
qu’il faudra la |
|
achevé sa tache |
doute |
reprendre |
|
3. Valeur temporelle et aspect.
a)[…]L’aspectestunedesqualitésinhérentesauprocès.Ilestétroitement lié à la catégorie du temps, sans pourtant se confondre avec lui: se situant sur la même ligne progressive que les divisions du temps verbal, il n’inclut pourtant pas la notion du repère, essentielle à celles-ci.
16
Il s’exprime souvent par les mêmes morphèmes que le temps, quoiqu’il ait aussi ses morphèmes propres (p.ex. des préfixes et des semi-auxiliaires). Du fait de son cumul, dans le même morphème, avec lacatégoriedutemps,ilmanqueassezsouventdenettetéenfrançais;du fait qu’il s’exprime aussi par des périphrases insuffisamment intégrées au système grammatical du verbe (périphrases pré-grammaticales), on peut se demander s’il n’est pas plutôt une catégorie sémantique.
Cependant, à l’intérieur du passé, l’opposition de l’imparfait et du passé simple est incontestablement une opposition d’aspect. Dans ce cas l’aspect est sous-jacent au temps, puisqu’il se révèle à l’intérieur d’une catégorie temporelle (le passé); il en est ainsi à plus forte raison des autres formes personnelles du verbe, celles-ci étant principalement affectées à l’expression de la catégorie du temps.
La durée introduit dans la série des aspects un élément q u a n t i- t a t i f, intermédiaire entre la qualité pure et la pure quantité; celle-ci entre en jeu dans la catégorie de la r é p é t i t i o n, comme nous allons le voir.
Nous avons rappelé d’autre part que l’aspect et le temps sont deux valeurs quelque peu rivales, mais étroitement solidaires, et qu’un certainrythmerègleleurdominancealternée:à mesure quelavaleurd’aspect s’affirme, la valeur temporelle proprement dite diminue, comme p.ex. dans les formes nominales du verbe; et vice versa (l’histoire confirmerait cette vue de l’analyse synchronique).
L’existance tantôt latente (secondaire), tantôt manifeste (primaire) de l’aspect dans le système verbal français ne saurait donc être mise en doute. Sa fragilité procède de l’absence presque générale de morphème spécifique. Mais une certaine non-spécificité des morphèmes qui leur servent de support est un trait commun des valeurs verbales en français; les valeurs proprement temporelles ou modales sont à peine mieux partagées. Il existe à la vérité une s u r c a t é g o r i e de l’a s- p e c t — t e m p s, à l’intérieur de laquelle temps et aspect se font
éq u i l i b r e s: quand l’un croît, l’autre doit nécessairement décroître.
b)En raison de la précarité de leur support morphologique, il est assez difficile de dresser la liste des variétés de l’aspect dans le
17
verbe français. Un système des catégories est cependant nécessaire pour orienter l’analyse des emplois et des valeurs, dût un tel système être entaché de quelque a priori (à quoi le néo-kantisme de l’école de Copenhague ne verrait que des avantages); il appartiendra à l’analyse a posteriori d’apporter les corrections nécessaires. Nous prendrons donc la question dans son ensemble, sans nous borner, dans les exemples provisoires, aux morphèmes temporels proprement dits. On groupera les aspects deux par deux, suivant la méthode des oppositions aujourd’hui courante en linguistique descriptive.
– L’opposition fondementale est celle du déroulement inachevé et du déroulement achevé du procès: aspect de l’i n a c c o m p l i / aspect de l’a c c o m p l i (p.ex., dans la langue écrite, présent / passé composé); le r é s u l t a t i f est une variante de l’accompli, dont il représente en quelque sorte l’u l t é r i e u r.
Une opposition très importante est celle qui résulte de la présence ou de l’absence de durée dans le déroulement du procès: aspect d u r a t i f / aspect p o n c t u e l ou m o m e n t a n é (p.ex. imparfait / passé simple ). L’aspect p r o g r e s s i f (p.ex. les prix vont en augmentant) est un cas particulier de l’aspect duratif.
On peut considérer le procès indépendamment de ses limites initiale et finale, ou au contraire comme aboutissant au terme de son déroulement: aspect i m p e r f e c t i f / aspect p e r f e c t i f (p.ex. verbe simple / verbe composé: battre, abattre; semer, parsemer).
Сes trois types d’oppositions sont proches parents. Ils envisagent tous plus ou moins le déroulement du procès dans sa totalité.
On peut aussi ne considérer qu’une partie du procès, comme lorsqu’on le prend à son début ou à sa fin: aspect i n c h o a t i f / aspect t e r m i n a t i f (p.ex. se mettre à …/ cesser de…; accréditer / discréditer).
A cette liste on ajoute habituellement l’aspect i t é r a t i f (répétition). La liaison de cet aspect avec le temps est indéniable: la répétition consiste dans le retour, à des i n t e r v a l l e s de t e m p s plus ou moins réguliers, d’un même procès. Mais s’il implique ou suppose la notion d’intervalle, sa fonction propre n’est pas de l’exprimer; il représente essentiellement l’application au processus verbal de la no-
18
tion de quantité, sous la forme d’un multiplicateur ou coefficient de fréquence. La quantité grammaticale se présentant aussi sous la forme de l’intensité ( beaucoup de gens = quantité nombrable; il travaille beaucoup = quantité non nombrable = intensité), on a parfois ajouté
àl’aspect itératif un aspect i n t e n s i f (p.ex. hurler est intensif par rapport à crier). Mais si la répétition et l’intensité sont des catégories qu’on retrouve dans d’autres domaines de la grammaire (cf. la conjonction chaque fois que, et l’adverbe très), elles ne qualifient plus, comme les autres formes de l’aspect, le processus verbal dans son déroulement. Bien plus, avec l’intensité nous sommes parvenus
àun cas limite, avec lequel commence déjà l’expression des nuances stylistiques. C’est un signe non équivoque: en français, l’aspect oscille constamment entre la grammaire et le style. Plus senti que compris, il est une valeur stylistique tantôt grammaticalisée tantôt seulement en situation pré-grammaticale. […]
Première partie. Les emplois.
Chapitre I
L’INDICATIF PRESENT
L’inventaire des formes temporelles du verbe nous a montré que le “présent” formait l’axe de symétrie du système morphologique de cette partie du discours, du moins à l’indicatif. C’est donc par lui qu’il convientdecommencerl’étudedesemploisdesformesverbales:toutes les autres formes le présupposent et se construisent par rapport à lui.
Mais d’autre part, étant donnée la solidarité de toutes les formes à l’intérieur du système qu’elles constituent (le système du verbe), le présent à son tour suppose l’existence des autres formes verbales, celles du passé et du futur, y compris les formes périphrastiques qui expriment les aspects. Cette solidarité qui caractérise les formes de tout système se vérifie plus particulièrement dans le cas du présent, parce que le présent, nous le verrons, est la forme la p l u s i n d i f f é r e n c i é e, la m o i n s s p é c i a l i s é e de toutes les formes de l’indicatif. C’est ainsi que le présent s’oppose en général au passé; mais en face
19
de l’unique présent il n’y a pas un passé unique, mais tantôt un imparfait, tantôt un passé simple, et parfois un passé composé. C’est en référence à tous ces temps que doit être conduite l’analyse des valeurs exprimables par le présent.
Il y a plus. Cette solidarité et ce réseau de références qui se tissent autour du présent sont le f o n d e m e n t et la j u s t i f i c a t i o n l i n g u i s t i q u e des analyses auxquelles nous allons procéder. Ces analyses vont nous mettre, en effet, en présence de cette situation paradoxale: en face d’une forme temporelle unique, un grand nombre de valeurs et d’emplois. La question qui se pose est alors celle-ci: de quel droit logeons-nous des valeurs multiples sous une forme unique, distinguant ainsi des catégories auxquelles la langue n’a pas cru devoir donner une expression spécifique? N’est-ce pas sortir de la grammaire pour s’engager sur les sentiers aventureux de la logique et de la psychologie? — Non, si précisement notre analyse se borne à découvrir dans cette forme relativement peu différenciée qu’est le présent, des valeurs par ailleurs spécifiées dans les systèmes du passé, du futur ou des formes périphrastiques, avec lesquels le présent est en liaison solidaire.
Au delà de ces valeurs révélées par des systèmes parallèles, et par conséquent g r a m m a t i c a l i s é e s, se situent les valeurs s t y l i s t i- q u e s, qui, sans relever à proprement parler de la grammaire, se définissent le mieux dans les cadres de l’analyse grammaticale. Il ne faut pas oublier, d’autre part, que ce qui est stylistique aujourd’hui peut devenir grammatical demain: le grammatical n’est souvent que du s t y- li s t i q u e g é n ér a l i s é, s o c i a l i s é. C’est ce stylistique socialisé que nous essaierons, de-ci, de-là, de faire entrer dans nos analyses.
Nous commencerons par l’étude de l’a s p e c t. C’est en effet à travers l’aspect que l’on comprend le mieux le t e m p s, qui présuppose toujours et inclut l’aspect.
A. Les aspects dans le “présent”.
Le “présent” français est ouvert à tous les types d’aspect, sauf à l’aspect de l’accompli ou de l’achevé, qui s’exprime spécifiquement
20
