Les valeurs система ценностей в современном мире. Учебное пособие для студентов филологического профиля
.pdfde partager les mêmes valeurs pour êtres amis, mais il faut que chacun soit respecté».
C’est pourquoi Jacqueline Kelen estime que l’amitié «exige une purification personnelle et spirituelle» pour devenir «capable d’une véritable attention à l’autre» et plus seulement à soi. Ainsi l’amitié a une dimension d’estime et d’admiration de l’autre absolument essentielle.
Dans ce contexte, l’écrivain plaide pour un retour à l’amitié contre le développement excessif de … l’humanitaire. «Aujourd’hui, on parle beaucoup de solidarité et de compassion. Je vois de nombreux jeunes se lancer avec un élan désintéressé dans l’humanitarisme. On peut même avoir tendance à penser que l’amitié est égoïste car “on est bien ensemble”. Mais, au contraire, l’amitié est bien plus difficile à pratiquer que la solidarité. Si je fais la charité, je suis solidaire, mais ce n’est ni réciproque, ni égalitaire, et il n’y a ni admiration, ni estime de l’autre. On a bradé l’amitié au bénéfice de la solidarité. Non, pratiquons l’amitié, qui est plus exigeante. Personne n’aura plus besoin de solidarité si tout le monde a son ami».
11. Saviez-vous? En 1890 Marcel Proust a produit sa version du questionnaire anglais original qui était
très populaire en France. Trouvez vos réponses.
Leprincipaltraitdemoncaractère: Le besoin d’être aimé et, pour préciser, le besoin d’être caressé et gâté bien plus que le besoin d’être admiré.
La qualité que je préfère chez un homme: Des charmes féminins.
Laqualitéquejepréfèrechezunefemme: Des vertus d’homme et la franchise dans la camaraderie.
Ce que j’apprécie le plus chez mes amis: D’être tendre pour moi, si leur personne est assez exquise pour donner un grand prix à leur tendresse.
Mon principal défaut: Ne pas savoir, ne pas pouvoir «vouloir».
Mon occupation préférée: Aimer.
Mon rêve de bonheur: J’ai peur qu’il ne soit pas assez élevé, je n’ose pas le dire, j’ai peur de le détruire en le disant.
Quel serait mon plus grand malheur: Ne pas avoir connu ma mère ni ma grand-mère.
Ce que je voudrais être: Moi, comme les gens que j’admire me voudraient.
51
Le pays où je désirerais vivre: Celui où certaines choses que je voudrais se réaliseraient comme par un enchantement et où les tendresses seraient toujours partagées.
La couleur que je préfère: La beauté n’est pas dans les couleurs, mais dans leur harmonie.
La fleur que j’aime: La sienne et après, toutes.
L’oiseau que je préfère: L’hirondelle.
Mes auteurs favoris en prose: Aujourd’hui Anatole France et Pierre Loti. Mes poètes préférés: Baudelaire et Alfred de Vigny.
Mes héros dans la fiction: Hamlet.
Mes héroïnes favorites dans la fiction: Bérénice.
Mes compositeurs préférés: Beethoven, Wagner, Schumann. Mes peintres favoris: Léonard de Vinci, Rembrandt.
Mes héros dans la vie réelle: M. Darlu, M. Boutroux. Mes héroïnes dans l’histoire: Cléopâtre.
Mes noms favoris: Je n’en ai qu’un à la fois.
Ce que je déteste par-dessus tout: Ce qu’il y a de mal en moi. Caractères historiques que je méprise le plus: Je ne suis pas assez instruit. Le don de la nature que je voudrais avoir: La volonté, et des séductions. Comment j’aimerais mourir: Meilleur et aimé.
État présent de mon esprit: L’ennui d’avoir pensé à moi pour répondre à toutes ces questions.
Ma devise: J’aurais trop peur qu’elle ne me porte malheur.
12.Sujets à dévélopper
1.Frédéric Dard: «L’échelle des valeurs est en train de perdre ses barreaux».
2.AlbertCamus: «Rechercher et de créer, à partir de la négation, les valeurs positives qui permettront de concilier une pensée pessimiste et une action optimiste».
3.Daniel Desbiens: «De nos pleurs, nos erreurs et notre sueur émanent de grands bonheurs et la conscience des vraies valeurs. Cela, si nous et nous seuls le voulons bien».
4.Albert Einstein: «L’homme solitaire pense seul et crée des nouvelles valeurs pour la communauté».
5.Luc Ferry: «S’il n’existait pas d’êtres ou de valeurs pour lesquels je sois en quelque façon prêt à risquer cette vie, je serais un pauvre homme».
52
13. Lisez et traduisez l’extrait du roman dе Guy de Maupassant « La solitude ». Commentez le texte
Bienheureux les simples d’esprit, dit l’Écriture. Ils ont l’illusion du bonheur. Ils ne sentent pas, ceux-là, notre misère solitaire, ils n’errent pas, comme moi, dans la vie, sans autre contact que celui des coudes, sans autre joie que l’égoïste satisfaction de comprendre, de voir, de deviner et de souffrir sans fin de la connaissance de notre éternel isolement.
Tu me trouves un peu fou, n’est-ce pas ?
Écoute-moi. Depuis que j’ai senti la solitude de mon être, il me semble que je m’enfonce, chaque jour davantage, dans un souterrain sombre, dont je ne trouve pas les bords, dont je ne connais pas la fin, et qui n’a point de bout, peut-être ! J’y vais sans personne avec moi, sans personne autour de moi, sans personne de vivant faisant cette même route ténébreuse. Ce souterrain, c’est la vie. Parfois j’entends des bruits, des voix, des cris... je m’avance à tâtons vers ces rumeurs confuses. Mais je ne sais jamais au juste d’où elles partent ; je ne rencontre jamais personne, je ne trouve jamais une autre main dans ce noir qui m’entoure. Me comprends-tu ?
Quelques hommes ont parfois deviné cette souffrance atroce. Musset s’est écrié :
Qui vient ? Qui m’appelle ? Personne.
Je suis seul. — C’est l’heure qui sonne. Ô solitude ! — Ô pauvreté !
Mais, chez lui, ce n’était là qu’un doute passager, et non pas une certitude définitive, comme chez moi. Il était poète ; il peuplait la vie de fantômes, de rêves. Il n’était jamais vraiment seul. — Moi, je suis seul !
Gustave Flaubert, un des grands malheureux de ce monde, parce qu’il était un des grands lucides, n’écrivit-il pas à une amie cette phrase désespérante : « Nous sommes tous dans un désert. Personne ne comprend personne. »
Non, personne ne comprend personne, quoi qu’on pense, quoi qu’on dise, quoi qu’on tente. La terre sait-elle ce qui se passe dans ces étoiles que voilà, jetées comme une graine de feu à travers l’espace, si loin que nous apercevons seulement la clarté de quelques-unes, alors que l’innombrable armée des autres est perdue dans l’infini, si proches qu’elles forment peut-être un tout, comme les molécules d’un corps ?
53
Eh bien, l’homme ne sait pas davantage ce qui se passe dans un autre homme. Nous sommes plus loin l’un de l’autre que ces astres, plus isolés surtout, parce que la pensée est insondable.
Sais-tu quelque chose de plus affreux que ce constant frôlement des êtres que nous ne pouvons pénétrer ! Nous nous aimons les uns les autres comme si nous étions enchaînés, tout près, les bras tendus, sans parvenir à nous joindre. Un torturant besoin d’union nous travaille, mais tous nos efforts restent stériles, nos abandons inutiles, nos confidences infructueuses, nos étreintes impuissantes, nos caresses vaines. Quand nous voulons nous mêler, nos élans de l’un vers l’autre ne font que nous heurter l’un à l’autre.
Je ne me sens jamais plus seul que lorsque je livre mon cœur à quelque ami, parce que je comprends mieux alors l’infranchissable obstacle. Il est là, cet homme ; je vois ses yeux clairs sur moi ! mais son âme, derrière eux, je ne la connais point. Il m’écoute. Que pense-t-il ? Oui, que pense-t-il ? Tu ne comprends pas ce tourment ? Il me hait peut-être ? ou me méprise ? ou se moque de moi ? Il réfléchit à ce que je dis, il me juge, il me raille, il me condamne, m’estime médiocre ou sot. Comment savoir ce qu’il pense ? Comment savoir s’il m’aime comme je l’aime ? et ce qui s’agite dans cette petite tête ronde ? Quel mystère que la pensée inconnue d’un être, la pensée cachée et libre, que nous ne pouvons ni connaître, ni conduire, ni dominer, ni vaincre !
Et moi, j’ai beau vouloir me donner tout entier, ouvrir toutes les portes de mon âme, je ne parviens point à me livrer. Je garde au fond, tout au fond, ce lieu secret du Moi où personne ne pénètre. Personne ne peut le découvrir, y entrer, parce que personne ne me ressemble, parce que personne ne comprend personne.
14. Lisez et traduisez l’extrait du roman d’Honoré de Balzac «Illusions perdues». Quel problème est
traité par l’auteur?
Précisément à cette époque, les frères Cointet, fabricants de papiers, achetèrent le second brevet d’imprimeur à la résidence d’Angoulême, que jusqu’alors le vieux Séchard avait su réduire à la plus complète inaction, à la faveur des crises militaires qui, sous l’Empire, comprimèrent tout mouvement industriel ; par cette raison, il n’en avait point fait l’acquisition, et sa parcimonie fut une cause de ruine pour la vieille imprimerie. En apprenant cette nouvelle,
54
le vieux Séchard pensa joyeusement que la lutte qui s’établirait entre son établissement et les Cointet serait soutenue par son fils, et non par lui. - J’y aurais succombé, se dit-il ; mais un jeune homme élevé chez MM. Didot s’en tirera. Le septuagénaire soupirait après le moment où il pourrait vivre à sa guise. S’il avait peu de connaissances en haute typographie, en revanche il passait pour être extrêmement fort dans un art que les ouvriers ont plaisamment nommé la soûlographie, art bien estimé par le divin auteur du Pantagruel, mais dont la culture, persécutée par les sociétés dites de tempérance, est de jour en jour plus abandonnée. Jérôme-Nicolas Séchard, fidèle à la destinée que son nom lui avait faite, était doué d’une soif inextinguible. Sa femme avait pendant longtemps contenu dans de justes bornes cette passion pour le raisin pilé, goût si naturel aux Ours que monsieur de Chateaubriand l’a remarqué chez les véritables ours de l’Amérique; mais les philosophes ont remarqué que les habitudes du jeune âge reviennent avec force dans la vieillesse de l’homme.
Séchard confirmait cette observation : plus il vieillissait, plus il aimait à boire. Sa passion laissait sur sa physionomie oursine des marques qui la rendaient originale. Son nez avait pris le développement et la forme d’un A majuscule corps de triple canon. Ses deux joues veinées ressemblaient à ces feuilles de vigne pleines de gibbosités violettes, purpurines et souvent panachées. Vous eussiez dit d’une truffe monstrueuse enveloppée par les pampres de l’automne. Cachés sous deux gros sourcils pareils à deux buissons chargés de neige, ses petits yeux gris, où pétillait la ruse d’une avarice qui tuait tout en lui, même la paternité, conservaient leur esprit jusque dans l’ivresse. Sa tête chauve et découronnée, mais ceinte de cheveux grisonnants qui frisotaient encore, rappelait à l’imagination les Cordeliers des Contes de La Fontaine.
Il était court et ventru comme beaucoup de ces vieux lampions qui consomment plus d’huile que de mèche ; car les excès en toute chose poussent le corps dans la voie qui lui est propre. L’ivrognerie, comme l’étude, engraisse encore l’homme gras et maigrit l’homme maigre. Jérôme-Nicolas Séchard portait depuis trente ans le fameux tricorne municipal, qui dans quelques provinces se retrouve encore sur la tête du tambour de la ville. Son gilet et son pantalon étaient en velours verdâtre. Enfin, il avait une vieille redingote brune, des bas de coton chinés et des souliers à boucles d’argent. Ce costume où l’ouvrier se retrouvait encore dans le bourgeois convenait si bien à ses vices et à ses habitudes, il exprimait si bien sa vie, que ce bonhomme semblait avoir été créé tout habillé : vous ne l’auriez pas plus imaginé sans ses vêtements qu’un oignon sans sa pelure. Si le vieil imprimeur n’eût pas depuis long-temps donné la
55
mesure de son aveugle avidité, son abdication suffirait à peindre son caractère. Malgré les connaissances que son fils devait rapporter de la grande Ecole des
Didot, il se proposa de faire avec lui la bonne affaire qu’il ruminait depuis longtemps. Si le père en faisait une bonne, le fils devait en faire une mauvaise. Mais, pour le bonhomme, il n’y avait ni fils ni père, en affaire. S’il avait d’abord vu dans David son unique enfant, plus tard il y vit un acquéreur naturel de qui les intérêts étaient opposés aux siens : il voulait vendre cher, David devait acheter à bon marché ; son fils devenait donc un ennemi à vaincre. Cette transformation du sentiment en intérêt personnel, ordinairement lente, tortueuse et hypocrite chez les gens bien élevés, fut rapide et directe chez le vieil Ours, qui montra combien la soûlographie rusée l’emportait sur la typographie instruite. Quand son fils arriva, le bonhomme lui témoigna la tendresse commerciale que les gens habiles ont pour leurs dupes : il s’occupa de lui comme un amant se serait occupé de sa maîtresse ; il lui donna le bras, il lui dit où il fallait mettre les pieds pour ne pas se crotter ; il lui avait fait bassiner son lit, allumer du feu, préparer un souper.
Le lendemain, après avoir essayé de griser son fils durant un plantureux dîner, Jérôme-Nicolas Séchard, fortement aviné, lui dit un : - Causons d’affaires ? qui passa si singulièrement entre deux hoquets, que David le pria de remettre les affaires au lendemain. Le vieil Ours savait trop bien tirer parti de son ivresse pour abandonner une bataille préparée depuis si long-temps. D’ailleurs, après avoir porté son boulet pendant cinquante ans, il ne voulait pas, dit-il, le garder une heure de plus. Demain son fils serait le Naif.
15.Lisez et traduisez le texte de Frédéric Beigbeder
«Le roman français ». Quels flashbacks ont l’auteur ? Quels sont vos souvenirs d’enfance ?
J’ai été un garçon sage, qui a suivi docilement sa mère dans ses pérégrinations, tout en se chamaillant avec son frère aîné. Je fais partie de la foule des enfants non problématiques. Une crainte me saisit parfois : peut-être que je ne me souviens de rien parce qu’il n’y a rien à se remémorer. Mon enfance serait une longue succession de journées vides, ennuyeuses, mornes, monotones comme des vagues sur une plage. Et si je me souvenais en réalité de tout ? Et si mes débuts dans l’existence ne comptaient aucun événement marquant ? Une enfance protégée, couvée, privilégiée, sans originalité ni relief — et de quoi me
56
plaindrais-je ? Échapper aux malheurs, aux drames, aux deuils et aux accidents est une chance dans la construction d’un homme. Ce livre serait alors une enquête sur le terne, le creux, un voyage spéléologique au fond de la nor malité bourgeoise, un reportage sur la banalité française. Les enfances confortables sont toutes les mêmes, elles ne méritent peut-être pas que l’on s’en souvienne. Est-il possible de mettre des mots sur toutes les étapes qu’un petit garçon était condamné à franchir à Paris, dans les années 60–70 ? J’aimerais faire le récit d’une demi-part supplémentaire sur la déclaration de revenus de mes parents.
Mon seul espoir, en entamant ce plongeon, est que l’écriture ravive la mémoire. La littérature se souvient de ce que nous avons oublié : écrire c’est lire en soi. L’écriture ranime le souvenir, on peut écrire comme l’on exhume un cadavre. Tout écrivain est un «ghostbuster» : un chasseur de fantômes. Des phénomènes curieux de réminiscences involontaires ont été observés chez quelques romanciers célèbres. L’écriture possède un pouvoir surnaturel. On peut commencer un livre comme si on consultait un mage ou un marabout. L’autobiographe se situe à la croisée des chemins entre Sigmund Freud et Madame Soleil. Dans A quoi sert l’écriture ? un article de 1969, Roland Barthes affirme que «l’écriture (…) accomplit un travail dont l’origine est indiscernable». Ce travail peut-il être le retour soudain du passé oublié ? Proust, sa madeleine, sa sonate, les deux pavés disjoints de la cour de l’hôtel de Guermantes qui l’élèvent dans «les hauteurs silencieuses du souvenir» ? Mmh, ne me mettez pas trop la pression, s’il vous plaît. Je préfère choisir un exemple aussi illustre mais plus récent. En 1975, Georges Perec commence W ou le souvenir d’enfance par cette phrase : «Je n’ai pas de souvenirs d’enfance.» Le livre entier en regorge. Il se passe quelque chose de mystérieux quand on ferme les yeux pour convoquer son passé : la mémoire est comme la tasse de saké qu’on sert dans certains restaurants chinois, avec une femme nue qui apparaît progressivement, au fond, et disparaît dès que le bol est étanché. Je la vois, je la contemple, mais dès que j’en approche, elle m’échappe, elle se volatilise : telle est mon enfance perdue. Je prie pour que le miracle advienne ici, et que mon passé se développe petit à petit dans ce livre, à la façon d’un Polaroid. Si j’ose me citer — et dans un texte autobiographique, chercher à éviter le nombrilisme serait ajouter le ridicule à la prétention — ce phénomène curieux s’est déjà produit. Quand j’écrivais Windows on the World en 2002, une scène a surgi de nulle part : par un matin froid de l’hiver 1978, je sors de l’appartement de ma mère pour marcher jusqu’à mon lycée, mon sac US sur le dos, en évitant les traits de ciment qui séparent les dalles du trottoir. Ma bouche crache de la fumée, je crève d’ennui et je me
57
retiens de me jeter sous l’autobus 84. Le chapitre s’achevait par cette phrase : «Je ne suis jamais sorti de ce matin-là.» L’année suivante, la dernière page de
« L’égoïste romantique » évoque l’odeur du cuir qui m’écœurait lorsque j’étais petit garçon, dans les voitures anglaises de mon père. J’ai attribué à l’époque ces souvenirs à des personnages de fiction (Oscar et Octave), mais personne n’a cru qu’ils étaient imaginaires. J’essayais de parler de mon enfance, sans oser vraiment.
A partir du divorce de mes parents, ma vie fut coupée en deux. D’un côté : morosité maternelle ; de l’autre : hédonisme paternel. Parfois l’ambiance s’inversait : plus ma mère remontait la pente, plus mon père se murait dans le silence. L’humeur de mes parents : vases communicants de mon enfance. Le mot vase évoque aussi l’idée de sables mouvants. J’ai probablement dû me bâtir sur un terrain meuble. Pour qu’un de mes parents fût heureux, il était préférable que l’autre ne le fût pas. Cette lutte n’était pas consciente, au contraire il n’y a jamais eu la moindre trace visible d’hostilité entre eux, ce mouvement de balancier était d’autant plus implacable qu’il gardait le sourire.
16. Lisez et traduisez l’extrait du roman « Je voudais que quelqu’un m’attende quelque part » d’Anna Gavalda. Commentez l’image de la famille dessinéе par l’écrivaine
Cet homme et cette femme
Cet homme et cette femme sont dans une voiture étrangère. Cette voiture a coûté trois cent vingt mille francs et, bizarrement, c’est surtout le prix de la vignette qui a fait hésiter l’homme chez le concessionnaire.
Le gicleur droit fonctionne mal. Cela l’agace énormément.
Lundi, il demandera à sa secrétaire d’appeler Salomon. Il pense un instant aux seins de sa secrétaire, très petits. Il n’a jamais couché avec ses secrétaires.
C’est vulgaire et ça peut faire perdre beaucoup d’argent de nos jours. De toute façon, il ne trompe plus sa femme depuis qu’ils se sont amusés un jour, avec Antoine Say, à calculer leurs pensions alimentaires respectives pendant une partie de golf.
58
Ils roulent vers leur maison de campagne. Un très joli corps de ferme situé près d’Angers. Des proportions superbes.
Ils l’ont achetée une bouchée de pain. Par contre les travaux...
Boiseries dans toutes les pièces, une cheminée démontée puis remontée pierre par pierre pour laquelle ils avaient eu le coup de foudre chez un antiquaire anglais. Aux fenêtres, des tissus lourds retenus par des embrasses. Une cuisine très moderne, des torchons damassés et des plans de travail en marbre gris. Autant de salles de bains que de chambres, peu de meubles mais tous d’époque. Aux murs, des cadres trop dorés et trop larges pour des gravures du XIXme, de chasse essentiellement.
Tout cela fait un peu nouveau riche mais, heureusement, ils ne s’en rendent pas compte.
L’homme est en tenue de week-end, un pantalon de vieux tweed et un col roulé bleu ciel en cachemire (cadeau de sa femme pour ses cinquante ans). Ses chaussures viennent de chez John Lobb, pour rien au monde il ne changerait de fournisseur. Evidemment ses chaussettes sont en fil d’écosse et lui couvrent tout le mollet. Evidemment.
Il conduit relativement vite. Il est pensif. En arrivant, il ira voir les gardiens pour parler avec eux de la propriété, du ménage, de l’élagage des hêtres, du braconnage... Et il déteste ça. Il déteste sentir qu’on se fout de sa gueule et c’est bien ce qui se passe avec ces deux-là qui se mettent au travail le vendredi matin en traînant les pieds parce que les patrons vont arriver le soir même et qu’il faut bien donner l’impression d’avoir bougé.
Il devrait les foutre à la porte mais, en ce moment, il n’a vraiment pas le temps de s’en occuper.
Il est fatigué. Ses associés l’emmerdent, il ne fait presque plus l’amour à sa femme, son parebrise est criblé de moustiques et le gicleur droit fonctionne mal.
La femme s’appelle Mathilde. Elle est belle mais on voit sur son visage tout le renoncement de sa vie.
Elle a toujours su quand son mari la trompait et elle sait aussi que, s’il ne le fait plus, c’est encore pour une histoire d’argent. Elle est à la place du mort et elle est toujours très mélancolique pendant ces interminables allersretours du week-end.
Elle pense qu’elle n’a jamais été aimée, elle pense qu’elle n’a pas eu d’enfants, elle pense au petit garçon de la gardienne qui s’appelle Kevin, et qui va avoir trois ans en janvier... Kevin, quel prénom horrible. Elle, si elle avait eu un
59
fils, elle l’aurait appelé Pierre, comme son père. Elle se souvient de cette scène épouvantable quand elle avait parlé d’adoption... Mais elle pense aussi à ce petit tailleur vert qu’elle a entraperçu l’autre jour dans la vitrine de chez Cerruti.
Ils écoutent Fip. C’est bien, Fip : de la musique classique que l’on se sait gré de pouvoir apprécier, des musiques du monde entier qui donnent le sentiment d’être ouvert et des flashs d’information très brefs qui laissent à la misère à peine le temps de s’engouffrer dans l’habitacle.
Ils viennent de passer le péage. Ils n’ont pas échangé une seule parole et ils sont encore assez loin.
17.Lisez et traduisez le texte d’Anatole France
«Les opinions de M. Jérôme Coignard ». Faites la caractéristique des personnages principaux
Ils naquirent, ils souffrirent, ils moururent
… Monsieur Elward, qui consacre sa vie à étudier la révolution d’Angleterre, assure que la vie d’un homme ne suffirait pas à lire la moitié de ce qui fut écrit pendant les troubles. II me souvient d’un conte que monsieur l’abbé Blanchet me fit à ce sujet, et que je vais vous dire tel qu’il se retrouvera dans ma mémoire, regrettant que monsieur l’abbé Blanchet ne soit pas ici pour le conter lui-même, car il a de l’esprit.
Voici cet apologue:
Quand le jeune prince Zémire succéda à son père sur le trône de Perse, il fit appeler tous les académiciens de son royaume, et, les ayant réunis, il leur, dit:
Le docteur Zeb, mon maître, m’a enseigné que les souverains s’exposeraient à moins d’erreurs s’ils étaient éclairés par l’exemple du passé. C’est pourquoi je veux étudier les annales des peuples. Je vous ordonne de composer une histoire universelle et de ne rien négliger pour la rendre complète.
Les savants promirent de satisfaire le désir du prince, et, s’étant retirés, ils se mirent aussitôt à l’oeuvre. Au bout de vingt ans, ils se présentèrent devant le roi, suivis d’une caravane composée de douze chameaux, portant chacun cinq cents volumes. Le secrétaire de l’académie, s’étant prosterné sur les degrés du trône, parla en ces termes:
60
