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Les valeurs система ценностей в современном мире. Учебное пособие для студентов филологического профиля

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19.La véracité n’a jamais figuré au nombre des vertus politiques, et le mensonge a toujours été considéré comme un moyen parfaitement justifié dans les affaires politiques.

20.Si l’on avait la généalogie exacte et vraie de chaque famille, il est plus que vraisemblable qu’aucun homme ne serait estimé ni méprisé à l’occasion de sa naissance.

21.Le visage des vrais égoïstes est supportable; on connaît le jeu, on est tous là pour le jouer; mais celui des philanthropes est répugnant. On n’a pas le droit de ne penser à ce point qu’à soi-même!

22.La conscience est en vérité le lieu par excellence où les illusions sur soimême sont intimement mêlées à la véracité de l’attestation.

23.Depuis la vente du journal aux Cointet, le vieillard vint rarement en ville, il allégua son grand âge; mais la raison véritable était le peu d’intérêt qu’il portait à une imprimerie qui ne lui appartenait plus.

24.Ce n’est pas tout d’avoir de jolis yeux, il faut qu’une petite lampe s’allume derrière. C’est cette petite lueur qui fait la vraie beauté.

25.Et c’était vrai. J’ai toujours aimé le désert. On s’assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n’entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence.

26.Pardonnez-moi! j’ai connu là de pauvres mères de famille, des femmes vertueuses, je vous assure, de véritables saintes, qui manquaient même de pain.

27.On eût dit un véritable kaléidoscope, un vrai décor d’Opéra, et un moment notre petite localité a pu se croire transportée au milieu d’un rêve des Mille et une Nuits.

28.Elle devenait elle-même comme une partie véritable de ces imaginations et réalisait la longue rêverie de sa jeunesse, en se considérant dans ce type d’amoureuse qu’elle avait tant envié.

29.Après tout, c’est vrai, pensa Rodolphe; j’agis dans son intérêt; je suis honnête.

30.Les «vérités», nous ne voulons plus en supporter le poids, ni en être dupes ou complices. Je rêve d’un monde où l’on mourrait pour une virgule.

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8. Lisez et traduisez l’extrait du roman de Denis Diderot «Le neveu de Rameau». Êtes-vous d’accord avec un avis donné?

LUI. — S’il en fait à quelqu’un, c’est sans s’en douter. C’est un philosophe dans son espèce. Il ne pense qu’à lui; le reste de l’univers lui est comme d’un clou à soufflet. Sa fille et sa femme n’ont qu’à mourir, quand elles voudront; pourvu que les cloches de la paroisse, qu’on sonnera pour elles, continuent de résonner la douzième et la dix-septième tout sera bien. Cela est heureux pour lui. Et c’est ce que je prise particulièrement dans les gens de génie. Ils ne sont bons qu’à une chose. Passé cela, rien. Ils ne savent ce que c’est d’être citoyens, pères, mères, frères, parents, amis. Entre nous, il faut leur ressembler de tout point; mais ne pas désirer que la graine en soit commune. Il faut des hommes; mais pour des hommes de génie; point. Non, ma foi, il n’en faut point. Ce sont eux qui changent la face du globe; et dans les plus petites choses, la sottise est si commune et si puissante qu’on ne la réforme pas sans charivari. Il s’établit partie de ce qu’ils ont imaginé. Partie reste comme il était; de là deux évangiles; un habit d’Arlequin. La sagesse du moine de Rabelais, est la vraie sagesse, pour son repos et pour celui des autres: faire son devoir, tellement quellement; toujours dire du bien de Monsieur le prieur; et laisser aller le monde à sa fantaisie. Il va bien, puisque la multitude en est contente. Si je savais l’histoire, je vous montrerais que le mal est toujours venu ici-bas, par quelque homme de génie. Mais je ne sais pas l’histoire, parce que je ne sais rien. Le diable m’emporte, si j’ai jamais rien appris; et si pour n’avoir rien appris, je m’en trouve plus mal. J’étais un jour à la table d’un ministre du roi de France qui a de l’esprit comme quatre; eh bien, il nous démontra clair comme un et un font deux, que rien n’était plus utile aux peuples que le mensonge; rien de plus nuisible que la vérité. Je ne me rappelle pas bien ses preuves; mais il s’ensuivait évidemment que les gens de génie sont détestables, et que si un enfant apportait en naissant, sur son front, la caractéristique de ce dangereux présent de la nature, il faudrait ou l’étouffer, ou le jeter au cagnard.

MOI. — Cependant ces personnages-là, si ennemis du génie, prétendent tous en avoir.

LUI. — Je crois bien qu’ils le pensent au-dedans d’eux-mêmes; mais je ne crois pas qu’ils osassent l’avouer.

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MOI. — C’est par modestie. Vous conçûtes donc là, une terrible haine contre le génie.

LUI. — A n’en jamais revenir.

MOI. — Mais j’ai vu un temps que vous vous désespériez de n’être qu’un homme commun. Vous ne serez jamais heureux, si le pour et le contre vous afflige également. Il faudrait prendre son parti, et y demeurer attaché. Tout en convenant avec vous que les hommes de génie sont communément singuliers, ou comme dit le proverbe, qu’il n’y a point de grands esprits sans un grain de folie, on n’en reviendra pas. On méprisera les siècles qui n’en auront pas produit. Ils feront l’honneur des peuples chez lesquels ils auront existé; tôt ou tard, on leur élève des statues, et on les regarde comme les bienfaiteurs du genre humain. N’en déplaise au ministre sublime que vous m’avez cité, je crois que si le mensonge peut servir un moment, il est nécessairement nuisible à la longue; et qu’au contraire, la vérité sert nécessairement à la longue; bien qu’il puisse arriver qu’elle nuise dans le moment. D’où je serais tenté de conclure que l’homme de génie qui décrie une erreur générale, ou qui accrédite une grande vérité, est toujours un être digne de notre vénération. Il peut arriver que cet être soit la victime du préjugé et des lois; mais il y a deux sortes de lois, les unes d’une équité, d’une généralité absolues; d’autres bizarres qui ne doivent leur sanction qu’à l’aveuglement ou la nécessité des circonstances. Celles-ci ne couvrent le coupable qui les enfreint que d’une ignominie passagère; ignominie que le temps reverse sur les juges et sur les nations, pour y rester à jamais. De Socrate, ou du magistrat qui lui fit boire la ciguë, quel est aujourd’hui le déshonoré?

LUI. — Le voilà bien avancé! en a-t-il été moins condamné? en a-t-il moins été mis à mort? en a-t-il moins été un citoyen turbulent? par le mépris d’une mauvaise loi, en a-t- il moins encouragé les fous au mépris des bonnes? en a-t- il moins été un particulier audacieux et bizarre? Vous n’étiez pas éloigné tout à l’heure d’un aveu peu favorable aux hommes de génie.

MOI. — Ecoutez-moi, cher homme. Une société ne devrait point avoir de mauvaises lois; et si elle n’en avait que de bonnes, elle ne serait jamais dans le cas de persécuter un homme de génie. Je ne vous ai pas dit que le génie fût indivisiblement attaché à la méchanceté, ni la méchanceté au génie. Un sot sera plus souvent un méchant qu’un homme d’esprit. Quand un homme de génie serait communément d’un commerce dur, difficile, épineux, insupportable, quand même ce serait un méchant, qu’en concluriezvous?

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9. Lisez et traduisez l’article tiré de la revue «L’Express». Quel est votre point de vue?

Se changer pour changer le monde

Changer la société en commençant par se changer soi-même...

L’idée est séduisante mais purement Socratique. La liberté d’action ou de pensée ne suffisent pas, d’autant qu’elles ne sont que des vues de l’esprit, ou plutôt le fait d’interprétations personnelles et relatives. Ce qui manque dans la proposition de changement personnel, ou de révolution intérieure, c’est le modèle. Qu’il soit ancien, adapté ou nouveau, c’est le modèle que cherchent tous ceux et celles qui désirent le changement. Il ne s’agit pas simplement de changer (le mécanisme) mais aussi de passer d’une forme à une autre, de changer vers quelque chose d’autre (la transformation). Et si l’exemplarité personnelle est un facteur incitatif du changement, il ne peut être force de loi par le fait de sa singularité. Plus simplement, ce qui est bon pour moi ne l’est pas nécessairement pour les autres.

Si le changement est à l’origine de la fabrication de l’espace et de la dynamique politiques, c’est sur les modèles et sur les contre-modèles que tout le monde se casse les dents : les politiciens, les philosophes, les sociologues, les intellectuels de toutes sortes, les idéologues et les oracles post-modernes. On ne produit que des fictions ou des interprétations limitées par les conceptions individuelles.

Jusque’ici, on s’est servit de l’utopie et/ou de l’histoire pour fabriquer l’avenir souvent de manière mutuellement exclusive, l’un contre l’autre. Cette oscillation constante entre l’idéalisme (fiction du futur) et le matérialisme (interprétation du passé) n’a débouché que sur des révolutions factices, où une élite a remplacé une autre élite dans un schéma pyramidal qui confine au Moyen-Âge féodal. Et le plus souvent, ces déplacements de puissance se sont fait dans le sang et les larmes.

Car changer soi-même pour changer la société, c’est aussi changer pour changer les autres. Pourquoi vouloir changer les autres ? Pourquoi vouloir façonner la société à notre idée tout à fait personnelle ? N’y a-t-il pas là un antagonisme irréductible qui ne peut déboucher que sur la confrontation et la violence ? Ne faut-il pas repenser la notion même de changement à l’aune de cette nouvelle ère des flux et de la liquéfaction des relations humaines.

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Les frontières s’effacent, les identités se dissolvent, les cadres sont polymorphes et les représentations sociales deviennent protéiformes. Le tout s’opère de manière conjuguée à l’échelle planétaire provoquant toutes sortes de réactions spontanées et imprévues. Dans un tel monde, le passé et le futur deviennent des notions floues, indiscernables, vagues, susceptibles d’être modifiés par nos perceptions et nos projets.

Le changement serait donc une constante, pas un projet. Et le projet serait une activité à la fois dirigée et instable. Il serait à écrire au quotidien en l’enrichissant de tous les échanges et du renouvellement. Il serait le produit de l’individu tout autant que de son dialogue régulier avec les autres. Peut-être estce cela le modèle de société pour l’avenir: réécrire tous les jours son identité, son projet existentiel, son histoire personnelle. Et par là réussir, non à changer le monde, mais à accepter les transformations du monde plutôt que de tenter vainement de résister au courant des métamorphoses.

Une telle conception ne reposera plus seulement sur la production et la recherche de modèles, mais surtout sur l’usage et l’échange. Elle suppose une réelle prise de conscience des données présentes, sans trop s’attacher à des rêveries futures et hypothétiques et en résistant modérément au poids des souvenirs et de l’histoire. Elle nécessite donc la combinaison de deux vertus : l’honnêteté et la responsabilité. Et bien qu’elles soient souvent absentes de notre milieu quotidien, ces vertus ne sont ni abstraites, ni symboliques. L’honnêteté comme la responsabilité sont des attitudes fondées sur une perception personnelle et intime. N’est-ce pas là le début d’une révolution intérieure?

Les fidèles et les traîtres, un nouveau paradigme moral

La légende veut que le vieux Malraux ai dit un truc du genre : «le 21 siècle sera spirituel ou ne sera pas». Désolé André, mais le 21e siècle est là et la spiritualité n’est pas au rendez-vous, loin de là. En revanche, intégrismes, sectes, clubs, initiés, cercles, gourous et délires mystiques sont légions. Ils touchent toutes les couches de la population, toutes les cultures, toutes les classes sociales. Portés par les peoples, icônes païennes modernes, les croyances du 21e siècle sont un vaste fatras incompréhensible et nébuleux pareil à une bouillie d’éléments incompatibles entre eux.

Toutefois, un schéma de pensée, ou plutôt une articulation culturelle se dégage de ce carnaval bigarré. Si autrefois, la morale et l’éthique construites par les religions et les spiritualités tentaient de séparer le monde entre bien et mal, aujourd’hui le paradigme à changé et désormais, le monde se divisera entre

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les fidèles et les traîtres. Car la démarcation entre le bien et le mal est devenu si floue, si imperceptible, que ce dualisme n’est plus qu’une donnée relative relevant de la seule sensibilité individuelle. Il est donc plus simple de diviser le monde entre ceux qui sont pour moi et ceux qui sont contre moi, cette dernière catégorie regroupant tous ceux qui ne sont pas pour moi.

Cecurieuxclivage,relevantdel’appropriationdesrelationsinterpersonnelles par les enfants en pleine phase de socialisation, se révèle dans l’ensemble des liens qui unissent les individus dans les sociétés industrielles contemporaines. Que ce soit dans les relations amoureuses ou amicales, dans les relations de travail entre collaborateurs ou bien partenaires, dans les relations sociales entre voisins, citoyens, électeurs, militants, représentants, fonctionnaires... Ce qui relevait autrefois d’un serment institutionnel propre à des corps constitués comme les églises, les ordres de chevalerie ou de magistrats s’étend aujourd’hui à l’ensemble de la société, comme si le fait d’être né quelque part et d’entretenir des liens avec les individus de son environnement immédiat nous obligeaient ipso facto.

Le fidèle est donc celui qui cultive le respect et l’adoration du personnage central. Dans l’entreprise, ce sera le supérieur hiérarchique au plus haut niveau visible. Dans le parti, ce sera le président ou le secrétaire général. Dans l’église ce sera le dignitaire qui gravite au plus près du pape ou de son équivalent. Le fidèle n’aura pas d’autre préoccupation que de travailler à garantir les intérêts de son maître, qu’il désignera sous des vocables plus consensuels et moins tranchés comme mentor ou personnalité auxquels il apposera les qualificatif de respectable, estimable, admirable...

Le fidèle est aussi celui qui fera preuve d’une adhésion inconditionnelle aux directions de l’organisation et de ses dirigeants. Pièce de la machine institutionnelle, le fidèle sait qu’il a son rôle à jouer et bien que mineur, voire insignifiant aux yeux des «autres», il est essentiel à l’accomplissement du projet de l’organisation et de ses dirigeants. La position subalterne est magnifiée, gonflée artificiellement par une rhétorique de l’effort invisible, de la récompense inéluctable mais différée, de la fierté discrète mais réconfortante. Le fidèle est sûr de l’impact de son action car il est investit d’une mission.

Enfin le fidèle est celui qui ne perd pas de temps à remettre en question les dogmes de l’organisation, ni l’autorité de ses dirigeants, et ce quelles que soient les conditions, les erreurs manifestes ou les entorses manifestes au plus élémentaire sens commun. Pour faire la démonstration de son attachement aux dogmes, le fidèle s’en fait le porte-parole, souvent spontanément, sans besoin

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d’ordre de la part de la direction. Il calque son comportement et sa posture intellectuelle sur ces dogmes et les faits siens. Il démontre ainsi son dévouement et sa fidélité. Et par la même, il affirme sa profession de foi sans jamais émettre la moindre contestation sur la validité de ce qu’il affirme haut et fort.

Le fidèle est donc admirable par son courage, par son abnégation, par les efforts spontanés qu’il déploie et par le sens du dévouement dont il fait preuve. Il est un militant fiable, un bon élément, un collaborateur digne de confiance, un pratiquant assidu, un membre motivé... Autant de qualificatifs qui le caractérisent et lui donnent les lettres de noblesse et de reconnaissance qu’il recherche pour combler le vide sidéral qui était sa vie avant de rencontrer la voie.

Le traître est tout le contraire, et par extension tout le reste.

Le traître refuse d’obéir à l’ordre naturel des choses. Il préfère stupidement s’opposer à ce qui est pourtant accepté par les fidèles. Son attitude déraisonnable et défiante est intolérable et provoque des souffrances qu’il faut éviter aux fidèles. En refusant le culte du chef, il démontre un manque total de discernement et son ignorance des choses de ce monde. Il est donc arrogant, négatif et vindicatif. Il ne peut comprendre la grandeur du chef, de la personnalité, du dignitaire car il est trop absorbé par sa propre personne, par son égoïsme et sa passion narcissique.

En contestant les conditions d’adhésion, le traître fait déjà la preuve de sa mauvaise foi et de sa fourberie. Il remet en question les termes mêmes du contrat social, des dispositions admises par le plus grand nombre et tente de fissurer l’ordre social. Car le traître souhaite rompre l’harmonie des fidèles et faire régner l’anarchie, le désordre, le chaos. Sa stratégie n’a d’autre but que de prendre le pouvoir et de renverser l’autorité. Alors il cherche les failles dans l’adhésion des fidèles et tente ainsi de corrompre le lien presque sacré qui unit les fidèles et le corps constitué, l’institution.

Enfin le traître ne peut comprendre la foi. Celle-ci lui est étrangère parce qu’il est incapable de surmonter la barrière de l’intellect, de l’esprit petit-bourgeois, d’un matérialisme qui empêche de voir grand, de voir plus loin que sa propre vision, plus loin que son petit ego. Le traître n’a donc aucun respect pour les articles et la profession du dogme. Pire, il les remet en question, les discutent de manière historique et factuelle, occulte la dimension symbolique et l’idéal, et ramène la croyance à une affaire triviale, dégradante, basse. Car le traître ne sait que poser des questions biaisées, que proférer des critiques infondées car

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dénuées de convictions profondes. Il n’a aucune morale et cherche à pervertir l’éthique qui forme le socle de comportement des fidèles.

Le traître est par essence détestable et méprisable. Sans foi, ni fidélité, il n’a pas d’identité et encore moins de valeur pour l’institution, pour le courant, pour le mouvement. Il est un parasite dont il faut se défendre, qu’il faut chasser faute de quoi, il sera telle une pomme pourrie dans le panier. Le traître ne mérite ni la confiance, ni la sympathie, car il ignore la réciprocité et la modestie. Sa marque est celle de la contestation stérile et de la sournoiserie la plus vile.

Le traître et le fidèle sont les deux stéréoptypes de la nouvelle morale contemporaine que l’on dit libérale, mais qui n’a rien de libéral. Ils forment les deux modèles de comportement dictés par les tenants d’une éthique aveugle qui ne tient compte que des fins au détriment des moyens. Et cette éthique, mue par la rapacité et le gain individuel maximal, ne peut s’encombrer de notions comme le bien et le mal qui ne permettent pas de classifications simples et tranchées comme celles du traître et du fidèle.

Le 21e siècle est celui de la disparition du bien et du mal et de leur remplacement par la fidélité et la trahison, deux valeurs présentes dans tous les grands courants religieux et idéologiques de la planète. Mais faute d’un culte de la pertinence et d’une pratique concrète de l’éveil, cette culture dualiste de la fidélité et de la trahison nous fera sombrer dans une longue période de terreur et d’obscurité comme nous en avons déjà connues dans l’histoire humaine.

10. Lisez et traduisez l’article tiré de la revue «Réforme». Quels problèmes relève l’auteur de cet

article?

Aimer d’amitié

Surprise. Pour nombre de nos contemporains, avoir des amis fidèles semble plus important que de réussir sa carrière professionnelle. Ou sa vie amoureuse.

C’est que l’amitié est une valeur intemporelle que la société moderne est en train de redécouvrir. Point d’ancrage dans un monde mouvant, elle est fondée sur la réciprocité et l’égalité. Elle est donc sereine et rassurante. Mais l’amitié est aussi au fondement du message biblique et évangélique.

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Un anniversaire? Une pendaison de crémaillère? Un enterrement de vie de jeune fille? Des vacances? C’est souvent entre amis que l’on passe tous ces bons moments. L’amitié est même aujourd’hui la deuxième clef de la réussite pour les Français, juste derrière la famille et bien devant la carrière professionnelle ou la vie amoureuse. Un sondage Capital de juin 2007 révèle en effet que si 78 % des Français estiment qu’«avoir une famille heureuse est le plus important pour avoir une vie réussie», ils sont 38 % à citer l’amitié, 25 % la carrière professionnelle, 21 % la vie amoureuse et 12 % l’humanitaire comme critères d’accomplissement. C’est que «l’amitié est une valeur intemporelle que notre monde redécouvre, analyse Jacqueline Kelen, écrivain, et auteur de l’ouvrage Aimer d’amitié. Dans ce monde qui est très mouvant, capricieux et éphémère, l’amitié paraît comme un point d’ancrage profond, sérieux et durable. La véritable amitié est faite pour la vie et n’est pas sujette aux aléas des sentiments».

Et puis, elle est universelle. Le sondage Capital révèle peu de différences dans l’attachement des Français à l’amitié, quels que soient leur âge, leur sexe, leur catégorie socioprofessionnelle ou leur niveau d’études. L’amitié est pour tous. Certes, elle existe à plusieurs niveaux, qui n’ont pas tous la même intensité ni la même qualité. «Le premier niveau est celui de l’utilité», poursuit Jacqueline Kelen, citant l’Ethique à Nicomaque d’Aristote. Cette relation d’utilité, selon laquelle s’échangent des services, est sans doute celle qui procure les amis les plus nombreux. L’étape suivante est celle de «l’amitié d’agrément: être présent l’un pour l’autre, partager de bons moments et être là dans les difficultés». Cette amitié-là est une relation affectueuse, intime et plaisante, fondée sur la confidence, le soutien et l’agrément.

Mais il existe aussi un troisième niveau d’amitié, «plus rarement pratiqué», qui consiste à cheminer ensemble vers la sagesse et le perfectionnement spirituel. A ce niveau, «l’amitié est un cheminement commun vers le bien». Elle ne se vit qu’avec deux ou trois amis. Pour Jacqueline Kelen, ces relations rares et précieuses nous sont données par grâce mais demandent de véritables efforts pour être cultivées et nourries. Bref, la véritable amitié est exigeante. D’ailleurs, «dans le christianisme, l’amitié ne peut se concevoir que si elle est enracinée en

Dieu et pratiquée à trois: les deux amis et Dieu. C’est donc un très noble idéal. La Bible elle-même regorge de maximes sur l’amitié». Notamment le célèbre proverbe «Un ami aime en tout temps». Des amis de cette trempe-là, citons, dans la Bible, David et Jonathan, Jésus et Lazare; et dans l’histoire, François et Claire d’Assise ou encore l’Allemande Sophie Scholl et ses amis de résistance contre le nazisme.

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Car l’amitié, à ce niveau, permet des engagements profonds, voire radicaux. Et c’est parce qu’elle est source de vertu que les philosophes grecs et romains faisaient de sa pratique une haute priorité. Cicéron, par exemple, dans son traité De l’Amitié, la définit comme «le soleil de la vie», lui attribuant donc deux composantes: la chaleur qui permet la vie et la croissance; la lumière, guide céleste qui autorise le perfectionnement spirituel.

L’amitié a cela de particulier qu’elle est forcément réciproque, contrairement au sentiment amoureux. On ne se demande pas si nos amis nous aiment, c’est une évidence. Fondée sur la réciprocité et l’égalité, l’amitié est donc «sereine et rassurante», d’où sa popularité actuelle. Cependant, elle n’est pas forcément «tranquille, car elle peut aussi impliquer de dire ou d’entendre des choses qui ne plaisent pas». Elle demande donc de la maturité, et un véritable goût des autres. En théologie, on parlerait d’un «amour de bienveillance» par opposition à celui de «concupiscence» : l’amitié, qui est un véritable amour, mais sans désir amoureux, veut du bien à l’autre, et sait se rendre disponible pour l’écoute et le soutien. «L’amitié n’est pas un plaisir pour soi mais elle a vocation à développer les qualités de l’autre. Elle n’est ni passionnelle, ni jalouse, ni exclusive», poursuit Jacqueline Kelen.

C’est justement quand elle ne sait pas faire preuve de retenue et qu’elle devient exclusive qu’elle aboutit à la rupture et blesse profondément. «Les chagrins d’amitié sont très douloureux», affirme ainsi Danièle Brun, psychanalyste, professeur de psychopathologie à l’université de Paris-VII, et auteur de l’ouvrage La Passion dans l’amitié. «Les gens parlent moins de leurs chagrins d’amitié que de leurs chagrins d’amour, mais ils en sont très atteints, car la rupture est vécue comme un abandon». La cause en est souvent une attente trop grande, devenue irrespectueuse de l’autre: «Être là tout le temps, demander à l’autre une abnégation de soi sont des exigences de l’enfance que l’autre, à un moment donné, ne peut plus fournir. Il faut respecter les limites de l’autre» et ne pas exiger une transparence absolue, pour laisser au contraire «une part d’intimité échapper à l’amitié».

La rupture peut aussi avoir lieu pour des questions de valeurs – et c’est là qu’intervient la notion de trahison. Danièle Brun analyse à ce propos Inconnu à cette adresse, de Kressmann Taylor, roman épistolaire entre un Allemand et son ami juif américain, publié en 1938. «Il y a des moments où l’amitié est impossible à maintenir quand il y a trahison par rapport à ce à quoi l’on tient depuis sa naissance, son identité, sa religion, commente Danièle Brun. Il y a rupture quand les valeurs de l’autre ne sont pas respectées. Il n’est pas obligatoire

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