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La Syntaxe de la proposition simple en francais moderne. Учебное пособие по теоретической грамматике современного французского языка

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tremblaient — égaux et fantastiques, lampyres géants tapis au fond des cuisines et des chambres, entretiennent une vie de demi-songe. Chaque samedi après-midi, même par le plus allègre soleil, «le match» vide les ruelles du Lossan de leurs gosses. A peine la partie finie, une horde de vingt champions aux yeux fiévreux déferle sous nos murs, ivre de grands exemples.

Nous avons traversé l’autre jour Burzac vers les dix heures, après une de ces journées écrasantes du milieu de l’été. Une télévision avait été posée sur l’appui d’une fenêtre, son écran tourné vers la rue. Sur des chaises, à même la chaussée, à la fraîche, une dizaine de personnes contemplaient des valseurs et des chevaux étrangement rassemblés dans une lueur grise et des bruits guerriers, comme abîmées dans ces rumeurs de violence ou d’amour qui palpitaient au cœur de leur village. Ah! qui oserait parler savamment des habitants de Burzac, du Lossan, de St-Quentin-les-oules, deVannières? Qui oserait supputer leurs rêves et leurs fatigues? Depuis que nous sommes ici — ces quelques mois — tout m’est devenu plus mystérieux: de nos voisins, des pieds-noirs durs au travail, des vieux avec leurs visages prêts au rire, des villages que nous traversons, attentifs seulement à la beauté de quelques maisons et à la laideur des autres, mais impuissants à pénétrer les secrets, à échanger des mots et de la vie avec ceux qui se taisent et vivent ici.

(«Le Maître de maison» de François Nourissier)

Texte de synthèse

Charles-Ferdinand Ramuz: «Le gros poisson du lac»

Les premiers furent ceux des vignes, car Lude avait bien deviné: les vignes de haut en bas étaient garnies de gens, qui n’avaient pas perdu un instant le bateau de vue.

— II s’est mis tout à coup a filer par l’arrière droit du côté de la Savoie, avec une vitesse, une vitesse!.. comme s’il était attelé à un canot à moteur, tiré par le canot, 1’arrière s’enfonçant dans un paquet d’écume; même qu’il a tourné si court, au moment même qu’il est parti, qu’on l’a cru d’abord chaviré... En un rien de temps on ne l’a plus vu... Pourtant point de moteur, ni rien; on a dû avoir la berlue.

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II y eut ensuite le capitaine d’un bateau à vapeur qui passait justement au large. II dit:

On a failli les couper en deux. Dès que je les ai vus venir, j’ai fait faire machine arrière, mais ils étaient déjà sur nous. II ont passé à pas deux mètres de l’avant. Ils filaient à une vitesse d’au moins trente kilomètres à 1’heure. Ils étaient deux: l’un accroupi qui se tenait des deux mains au bordage, 1’autre debout, la tête haute, le poing sur la hanche, comme s’il commandait la manoeuvre. Pourtant je ne vois pas, je dois dire, de quelle manoeuvre il pouvait s’agir.

Mais ceux dont le témoignage importe le plus furent les gens des barques et les carriers de Meillerie, lequel village, comme on sait, est situé sur 1’autre rive du lac: là ils font sauter les pierres, là, dans le port, cinquante coques noires, avec des yeux peints à l’avant, passent la nuit serrées l’une contre 1’autre: beau pays, où tombant à pic, la haute montagne bleuâtre présente une plaie à son flanc; — ceux-là disaient:

C’est effrayant! Ils disaient:

C’est effrayant ce qu’ils sont venus vite. On n’a pas eu le temps de seulement se demander ce que ca pouvait bien être, qu’ils étaient là. Ils faisaient une grosse écume. Ils venaient droit contre le port et on se disait: «IIs vont tout casser». Heureusement qu’à environ cent mètres de la rive ils ont viré, et ça s’en est retourné d’où ça était venu. II faut dire que ça semblait s’être déjà un peu fatigué. Comme si le moteur manquait de benzine, à supposer qu’il y ait eu un moteur! Mais, sans cela, qu’est-ce que ça pouvait bien être: c’est ce qu’on se demande encore à présent, et on ne voit pas, on ne voit pas...

Personne ne le vit — pour la bonne raison. Personne, sauf ceux de Vully, à 1’heure du retour, qui fut 1’heure de midi, ou presque, comme on peut voir au cadran de l’horloge (le vrai, pas le flotteur de Foilleron, cette fois!).

II y avait de nouveau quelques hommes sur le port: ils apercurent au large, le bateau qui s’en venait dans leur direction.

Ils mirent la main sur leurs yeux, ils dirent: «Mais c’est le bateau de Foilleron! on va rire».

Et, s’appelant l’un 1’autre, ils furent bientôt dix bu douze, et, tous ensemble, ils regardaient.

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Ça ne marchait plus si vite en effet: ça s’en venait tranquillement, bien qu’à une bonne allure encore. Mais la grande surprise fut de voir que ni Foilleron ni Lude (car on commençait à les distinguer l’un et 1’autre), n’étaient aux rames, — malgré quoi donc, le bateau allait son train, fendant bravement l’eau de 1’arrière.

Ils ouvrirent la bouche toute grande. Foilleron les avait aperçus de son côté.

Foilleron ôta son grand chapeau de jonc et se mit à l’agiter audessus de sa tête.

Ils commencèrent à se douter qu’il se passait quelque chose d’extraordinaire.

Ils descendirent sur la grève. A ce moment, le bateau s’arrêta. II n’était plus, d’ailleurs, qu’à une assez faible distance. Et Foilleron, recommençant ses gestes, leur faisait signe de venir les chercher. II mit ses mains en porte-voix: «Arrivez-vous, il n’en peut plus!»

Triomphe de cette arrivée: voilà donc les hommes du port qui étaient sautés dans les bateaux amarrés là et étaient venus. Foilleron fut très modeste. «Avais-je tort?» dit-il simplement. Il ne leur en fallut pas moins s’atteler tous à cette terrible charge, et tous se mettre aux rames et ramer de toutes leurs forces, pour l’amener sur la rive.

Ils étaient là dans cinq bateaux, entrée magnifique, quoique pas commode: et derrière, remorqué, des cordes nouées à l’avant, seul, pompeusement seul, suivait l’autre bateau enfonçant sous le poids, et Foilleron et Lude, bons amis de nouveau, debout dedans, les bras croisés, dormant de temps en temps un ordre.

Cependant la nouvelle s’était rapidement répandue: la cloche de midi, qui sonnait justement semblait les saluer, comme pour un prince en visite, ou des grands de ce monde, non de simples Pêcheurs; toute la ville accourait.

Questions de contrôle

1.Donnez la définition de la proposition simple et de ses marques distinctives.

2.L’intonation, est-elle un facteur universel de la proposition?

3.Nommez les éléments constituants de la prédicativité.

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Chapitre III

Types structurels de la proposition (monorème / dirème)

Problèmes à étudier

1.La proposition à deux termes (dirème).

2.La proposition à un terme (monorème).

3.La proposition à termes réduits.

Exercices d’entraînement

Exercice № 1

Dans les propositions monorèmes suivantes définissez le type morphologique du terme essentiel:

1. Le silence. Un grésillement. Une forte odeur de brûlé. (G. Simenon) 2.Allées et venues des inspecteurs, portes qui claquent, coups de téléphone. (G. Simenon) 3. Mais il sе débattait furieusement: renoncer à Josefs? C'était au-dessus de ses forces. L’installer à Bordeaux? (Fr. Mauriac) 4. Un court silence. Un 1éger haussement d'épaules. (G. Simenon) 5. Qu’on ne l’interrompe pas! (G. Simenon) 6. La rue est obscure. De гагеs boutiques. Personne en face du 17… (G. Simenon) 7. Sur la table­ encombrée, des sandwiches dans un papier. Sur le poêle, une petite cafetière fumante. (G. Simenon) 8. Un champ, par-ci, par-là, avec des hommes courbés sur la terre sombre… (G. Simenon)­ 9. Un drôle de soleil, qu’il était impossible de regarder en face. (G. Simenon) 10. Tout le reste avait disparu, рlus d'égoisme, plus de vanité, plus d’arrière-pensées. (R. Rolland)

Exercice № 2

1.Dites, à quel type communicatif appartiennent les propositions monorèmes dans le texte qui suit.

2.Expliquez la différence structurelle entre les propositions suivantes: Antoine empoigna la couleuvre и Il se mit à rire. Trouvez les exemples analogues.

Depuis qu’il cheminait sous la voûte sinueuse des buissons, sa rage s’était un peu apaisée. Il la sentait encore, mais comme une pénombre qui s’endort.

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I1 avait déjà parcouru trois ou quatre cents pas sur le sentier, puis il vit sa chienne s’arrêter, l’oreille dressée, la patte haute et la lie raide. Il pensa tout d’abord à un lapin de garenne, mais lorsque la chienne bondit, battant le sol de ses deux pattes de devant, il comprit tout de suite qu’il s’agissait d’un reptile. Craignant que ce fût une vipère, il cassa unebranche desaule et seprécipita.Alacouleur et àlafaçon que la bête avait de se débattre, il reconnut tout de suite une couleuvre.

— Suzette! cria-t-il... Suzette! Laisse, mon chien, laisse! Comme la chienne qui s’était reculée s’apprêtait à bondir de nou-

veau, il l’empoigna par le collier et la tira derrière lui en répétant:

Laisse ça, Suzette... Tu vois bien que c’est une verte. Et une toute petite, encore...Allons, laisse ma belle... Laisse.

La chienne grognait, tremblant du désir d’achever le reptile. La maintenant de la main gauche,Antoine empoigna la couleuvre.

Heureusement qu’il y a de la boue, dit-il. Sans ça, elle serait foutue. Tu lui aurais cassé les reins, grande brute.

Il se mit à rire.

Voilà que je te traite comme l’autre type a traité ce pauvre Manu... Bon Dieu, ça prouve bien que c’est des mots en l’air.

Il s’était redressé et écartait du genou la chienne qui voulait lui reprendre la couleuvre.

Fous-moi la paix, cria-il. Et file devant.

Aregret,Suzetteseremitàsuivrelesentier,seretournantconstamment pour le surveiller.

Antoine aussi reprit sa marche. Il tenait la couleuvre contre sa poitrine, dans le creux de sa main. Encore sous le coup du choc qui l’avait à demi enfoncée dans la terre molle, la bête qui ne mesurait guère qu’une trentaine de centimètres se tortillait mollement, levant la tête et touchant du bout de sa langue bifide soit la paume que Antoine lui présentait, soit le tissu bleu de sa chemise.

Antoine lui parlait doucement, caressant son dos du bout du doigt.

— Dire qu’il y a des couillons qui les tuent. Faut être salaud, tout de même. C’est pas pour quelques poissons que ça détruit. On en détruit bien d’autres avec les produits chimiques.

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Il se remit à rire. Une idée venait de germer dans sa tête. Il allait porter la couleuvre dans le cabinet du maire, il la lâcherait sur le bureau et il dirait:

— Tiens, moi aussi j’ai arrêté un braconnier. Et je te l’amène. Tu le feras passer en jugement. Et tu lui diras de quitter le pays... Mais je te préviens, il y en a pas mal d’autres de la même espèce.

Mais non. C’était ridicule. Cet imbécile serait capable d’écraser la couleuvre. Il était trop borné pour comprendre.

Plus il allait, plus Antoine se sentait pris d’amitié pour cette couleuvre. Il avait toujours eu le respect de la vie. S’il péchait, c’était par plaisir, bien sûr, mais surtout pour manger le poisson. En tout cas, il n’était pas de ceux qui laissent crever sur une roche les perches soleil ou les poissons-chats sous prétexte que c’est de la vermine immangeable. Lorsqu’il en prenait, il les décrochait sans leur abîmer la gueule et les rejetait à l’eau. Les vipères, il les tuait parce qu’il savait que leur venin peut être mortel pour un enfant ou un chien innocent, mais il le faisait toujours à contrecœur. Et, en ce moment, cette couleuvre à laquelle il venait de sauver la vie lui paraissait beaucoup plus digne d’intérêt que le maire de la ville et bon nombre de ses administrés.

Antoine marcha ainsi jusqu’aux enrochements. Lorsqu’il eut atteint la rive du Doubs il s’assit sur une grosse pierre plate, écarta la chienne qu’attirait toujours la couleuvre, puis, presque à regret, il lança la petite bête verte dans le courant. La chienne voulut se précipiter, mais Antoine veillait. Sa main empoigna le collier, et il attira Suzette sur ses genoux. Comme lui, la chienne suivit des yeux la couleuvre qui filait en zigzaguant, la tête posée sur l’eau. Un remous la maintint sur place quelques instants, puis le courant l’entraîna. Elle allait regagner la rive quelques dizaines de mètres plus bas.

– Tu vois, ditAntoine. Elle est contente. Et toi, ça ne t’enlève rien. La chienne tira encore à plusieurs reprises en direction de l’eau, puis lorsque la couleuvre eut disparu, elle se mit à flairer longuement

les mains et la chemise de son maître.

Antoine se sentait beaucoup plus détendu. C’était un peu comme si la rencontre de ce petit serpent eût suffi à le réconcilier avec le monde. En fait, c’était, seulement avec le monde de la rivière qu’il se

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sentait en plein accord. L’eau qui étincelait au soleil. Le courant qui chantait contre les rochers, les buissons au-dessus de lui où quelques oiseaux voletaient, l’ombre fraîche derrière lui, par-delà les branches, la prairie qu’il ne voyait pas mais qu’il imaginait plus rousse que verte, toute grillée de soleil.

Le bief — espace d’un canal compris entre deux écluses. Le Doubs — affluent de la Saône.

Le poisson-chat — nom courant du silure (en russe, сом).

(«Le Tambour du bief» de Bernard Clavel)

Exercice de travail personnel

Analysez le texte suivant sur le plan de distinction des structures propositionnelles: à deux termes (dirème), à un terme (monorème) et celles à termes réduits:

Je rougis et je dis: mon père est mort, monsieur. Un silence. Et vous étiez très attaché à votre père? Oui, monsieur. Silence de nouveau. Est-ce que la mort de votre père va changer quelque chose à votre situation? Oui. Ma mère m’a fait savoir qu’après mon bac, je ne devrais plus compter sur elle. Il me regarde: vous parlez avec une certaine amertume. Estimez-vous que votre maman pourrait agir différemment? Oui, monsieur. Ma mère a de très beaux vergers, environ cinq hectares de poiriers en contre-espaliers, et elle les exploite avec énergie. Bref, reprit Demiremont, vous estimez que Madame votre mère a plus d’argent qu’elle ne vous le dit ou qu’elle ne le dit au fisc? Je fais «oui» de la tête, je note aussi que, la première fois, Demiremont a dit «votre maman» et la seconde fois «Madame votre mère», et ça me fait un plaisir fou qu’il ait tout compris si vite. Que comptez-vous faire après votre bac? J’avale ma salive et je dis: demander un poste de maître d’internat afin de poursuivre mes études. Oui, oui, oui, dit Demiremont, avec une grimace qui, de «oui» à «oui», s’accentue. Mais il y a une autre solution. L’an prochain, rester en khâgne, ici même. Madame votre mère étant veuve et fiscalement pauvre, pourra facilement obtenir une bourse complète d’internat pour vous. Et si elle l’obtient,

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de deux choses l’une: ou vous entrez rue d’Ulm et la question est résolue; ou vous êtes au moins admissible et vous devenez boursier de licence.

Ménestrel plaça ses mains derrière le dos. Trois ans déjà. Remis en selle en quelques minutes, en quelques mots. Et depuis, que de gentillesses. Il regarda sa montre, introduit à nouveau sa tête dans la conque et refit le numéro.

Monsieur Demiremont? C’est Ménestrel.

Ah, Ménestrel! Eh bien, que devenez-vous, Ménestrel? On ne vous voit plus.

J’ai de gros ennuis, monsieur. Je n’ai pas encore touché ma

bourse.

Le 22 mars, vous n’avez pas encore touché votre deuxième trimestre!

Je n’ai pas encore touché le premier, monsieur.

Mais c’est scandaleux. Comment avez-vous fait?

Eh bien, je me suis livré à des tas de petits travaux ici et là, et comme ça ne suffisait pas, au premier trimestre j’ai fait un emprunt à ma mère.

Oui, oui, oui.

Un silence.

Et maintenant, reprit-il, vous aimeriez aussi bien vous tirer d’affaire tout seul?

On ne pouvait pas saisir plus vite la situation ni la résumer plus gentiment.

Oui, monsieur, dit Ménestrel avec gratitude. Et je viens de me rappeler à l’instant que vous m’aviez parlé d’un baby-sitting, très dur mais très bien payé.

Mais c’était il y a un mois, la place est peut-être prise. Ecoutez, Ménestrel, nous allons en avoir le cœur net. Il est 11 h. 25, je téléphone

àcette dame et vous me rappelez à moins vingt.

Ménestrel entendit le déclic et raccrocha.

(«Derrière la vitre» de Robert Merle)

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Texte de synthèse

Michelle Tourneur: «Force huit»

Elle osa alors lui répondre, osa se lancer sur le sujet qui la hantait depuis des jours en la plongeant dans un abîme de suppositions déchirantes: «Cette robe, c’est la robe de 1’épicière.

Je le sais que c’est la robe de 1’épicière. Evidemment.

Comment ça, tu le sais?

Mais parce que c’est le chocolat de l’épicière, c’est le pain congelé de 1’épicière, ce sont les épices de 1’épicière, les haricots de 1’épicière, voilà combien de jours qu’on vit en pillards sur ses réserves ici, hurla-t-il.

En artistes, pas en pillards, tenta-t-elle de crier plus fort.

Artistes? Artistes en quoi? Qu’est-ce que tu fais pour être artiste, toi, à part manger et monter sur ce véhicule? Qu’est-ce que tu sais faire? Rien!

«Non. Non rien. Les yeux de Lina s’emplissaient de larmes». «Mais je t’écoute... Je t’admire toi quand tu joues, avec ton âme d’artiste».

Il la vit si bouleversée qu’il eût envie de la prendre dans ses bras mais recula au contraire, dérangé par l’incongruité de la robe tintinnabulante. «Tu as froid, maman...

Oui j’ai froid... Regarde ce qui se passe... Le feu ne fait plus fondre la glace.

Toutcomptefait,c’estvrai,çaévolue».Illuisouritavecl’espoir naissantdequelquechosequisedessinaitdanssatête,retournas’asseoir surletabouretnoir,etànouveauéclataentreeuxunerhapsodierapideet furibonde dont les vibrations la forcèrent à poser son verre. Vincent ne s’arrêtait plus. II jouait avec une telle puissance qu’elle se sentait contrainte d’assister à cette prouesse debout, raide comme quelqu’un qui entend inopinément un hymne patriotique.

Devant leurs yeux, le ruissellement des murs accompagnait la musique. Le givre intérieur ne résistait pas à sa chaleur. II se fendillait puis se liquéfiait le long des plinthes avant de se perdre dans l’épaisseur de la moquette qu’il ne maculait pas. Un effet de vapeur croissant

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rendait le salon uniformément gris, la silhouette de Vincent au clavier, lointaine.

«C’est merveilleux... merveilleux, ce résultat, s’esclaffa-t-elle. Tu savais que tu obtiendrais ça en jouant? Penses-tu que si tu continues à jouer comme ça la neige aussi risque de s’arrêter?

Je ne sais pas. J’ai faim, dit-il en sueur... Donne-moi le caviar, je meurs de faim.

Quel caviar? II n’y a pas de caviar.Aucun caviar chez moi.

Si, il y en a! Je le sais, ne dis pas n’importe quoi.

Qu’est-ce qui te le fait imaginer?

L’épicière en avait plein son arrière-salle. II hésita. Range dans des flacons taillés, comme des flacons d’eau de Cologne. Avec son portrait dessus, c’est son luxe. Je sais...

Avec son portrait dessus... Tu sais... tu connais... tu connais toutes ces choses, oh mon Dieu...»

Lina venait de reculer vers le fond de la pièce, dans l’atmosphère fluide comme un marais ou un abord de fleuve, dont les émanations brouillaient jusqu’à la couleur des murs. Elle ne pouvait plus dire un mot. Elle pensait que c’était inutile d’avoir bataillé si longtemps et inventé tant de discours sur la Chenillette et supporté tant d’allées et venues dans la ville morte, pour finir comme les autres passagers, de désespoir.Deloin,danslabrumeintérieure,illuisemblaitvoirVincent en train d’avaler le caviar à grandes louchées frénétiques, répandant des graines noires sur le piano noir et caressant de ses doigts d’artiste surdoué le portrait de l’épicière.

Elle s’approcha de la fenêtre. Elle ne le vit pas arriver sur lui. «Qu’est-ce que tu fais, maman? Qu’est-ce qui te prend?

Je pars.

Ah non! Ne t’amuse pas à ouvrir ça! Dans quelques seconde on ne pourra plus refermer cette fenêtre.

Vincent, mon petit... Vincent, réponds-moi franchement, est-ce que tu as fait l’amour avec l’épicière?

Avec l’épicière ou une autre, mais qu’est-ce que ça t’apportera d’avoir une réponse?»

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