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Le village de Coule.doc
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17.09.2019
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☆

Marianette reçoit des lettres

Tous les habitants de Coule-Vent sont sur la place du village. On attend le car et le facteur. Voilà le facteur qui arrive avec un grand sac. Il prend dans son sac des lettres et appelle:

— Marianette Forêt! Et encore Marianette Forêt! ...

La première lettre est de Mlle Geneviève. Elle écrit ainsi: «Mer­ci pour ta lettre, Marianette. Je suis en vacances dans une maison de repos. La vie de Paris m'a beaucoup fatiguée cette année. Pour

la rentrée, j'ai demandé une place dans une école à la campagne. Peut-être serai-je près de toi et je viendrai te voir.»

La deuxième lettre est de Mlle Anybel. Elle est contente de savoir que Marianette est heureuse et donne beaucoup de conseils à la petite.

La petite n'a pas fini de lire cette deuxième lettre, quand un autre facteur est arrivé: Mistoù-chat.

Vite, le collier. Vite, la lettre de Hugues.

«Marianette, je voudrais voir Mistou chaque jour. Je voudrais lire tes lettres tous les jours. Raconte-moi tout ce que tu fais, tout ce que tu vois. Et puis, est-ce que tu es blonde? Je voudrais te voir. Si un jour Mistou n'apporte plus tes lettres, je serai très malheureux.»

— Grand-père! crie Marianette, lis la lettre. Oh, grand-père, cette fois je vais écrire à Hugues que je veux venir au château. Il est malheureux. J'irai le voir, au château.

Vite elle écrit la lettre et la met dans le collier de Mistou. Mais il faut attendre quatre jours pour avoir une réponse. Mistou reste deux jours chez Marianette, deux jours chez Hugues. Quatre jours à attendre!

Ce matin-là, Mistou arrive au château très gai. Vite Hugues sort la lettre de Marianette de son collier. Jusqu'à maintenant, il n'a parlé à personne des lettres que Mistou lui apportait.

Mais il veut voir Marianette et il appelle:

— Madame Abrer?

— Oui.

Elle vient et il lui raconte tout. Mme Abrer est très surprise, elle n'est pas contente.

— Moi, je vois que vous êtes heureux de voir Mistou et de jouer avec lui ... Mais cette fillette ... Je ne sais pas si votre grand-père vous permettra de voir Marianette.

— Je sais! dit Hugues fâché, lui qui est si fort, il a honte de mon infirmité1. Mais moi, je veux voir Marianette parce qu'elle est mon amie. Ma seule amie.

— Oh! Hugues, il faut faire un effort, il faut faire beaucoup d'jexercices. Vous marcherez, Hugues, il n'est pas trop tard. Faites des exercices. Pour vous, bien sûr, mais aussi pour jouer avec le chat, pour vous promener, un jour, avec cette amie Marianette.

— Ne dites pas cela! crie Hugues. Vous savez bien que j'ai fait trois ans d'exercices! Vous savez bien que je ne marche pas mieux. Vous savez bien que j'ai essayé de tout mon cњur2 et que je n'ai pas pu. Vous savez bien que mes jambes sont mortes. Que c'est fini, fini, fini.

— C'est fini parce que vous ne voulez plus faire les exercices, Hugues! Maintenant, il faut recommencer parce que vous êtes plus fort. Il faut recommencer ... Je sais que vous n'aimez pas quand je vous regaide faire des exercices1. Je vous laisse seul. Oh! Hugues, faites ce petit effort. Il faut faire chaque jour un peu plus d'efforts et vous marcherez.

— Un jour, mon grand-père a dit: «II ne marchera pas.» Je F ai entendu.

— Il a dit cela, parce que vous avez mal fait vos exercices.

— Je ne l'ai pas oublié.

— Hugues, recommencez vos exercices. Vous les avez faits il y a quelques mois. Je vous laisse, Hugues ... Appelez-moi si vous avez besoin de moi.

Hugues ne répond rien.

Il ne fait pas de caprices comme d'habitude/II ferme les yeux. Deux larmes coulent sur ses joues. Il ne les essuie pas.

Le petit Mistou saute sur ses genoux. Le chat est petit et chaud. Le garçon pense à Marianette. Sa lettre est chaude. Comme il veut la voir! Elle est sa seule amie. Pourquoi est-il malade? Pourquoi ne peut-il pas marcher? Et s'il recommence ses exercices?

Après des mois et des mois de travail il a pu se tenir debout tout seul2. Pourquoi? Pourquoi n'a-t-il pas continué? Même s'il a une petite chance sur mille, il va recommencer ses exercices.

«Je veux marcher! Je veux marcher!» crie-t-il tout à coup et frappe sur la table. Je veux être debout! Je veux ...»

Et si ses jambes sont vraiment mortes? Et si ...?

Hugues ne sait plus. Il est seulement un petit garçon très mal­heureux. Il pleure et frappe la table de ses mains si fort que Mistou le quitte.

— Hugues, mon petit, qu'est-ce qu'il y a? Madame Abrer l'embrasse.

— Jamais je ne pourrai marcher. Jamais, jamais! Je vous le dis! Jamais je n'ai voulu aussi fort ...3 Et je ne peux pas même me tenir debout ...

Mme Abrer a pris Hugues dans ses bras:

— C'est trop vite. C'est trop tôt. Il faut faire chaque jour un peu plus.

— Non, c'est fini. Fini ... Oh! Je veux voir Marianette!

— Eh bien, écrivez-lui de venir, si elle veut. Mais, calmez-vous, Hugues!

Enfin Hugues s'est calmé. Il a écrit ces quelques mots: «Viens, Marianette. Je suis trop malheureux. Je t'attends.»

Puis il a appelé Mistou pour mettre sa lettre dans son collier. Mais Mistou n'est pas venu. Pour la première fols le chat n'est pas resté au château deux jours. Il a eu peur4 des cris de Hugues, et il est parti à Coule-Vent.

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